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(fr) France, Organisation Communiste Libertarie CA #226 - LâantirÃpression dans tous ses Ãtats (en)

Date Tue, 22 Jan 2013 17:40:16 +0200


Au cours des rencontres organisÃes par lâOCL et lâOLS cet Ãtà dans lâAriÃge, trois soirs ont Ãtà consacrÃs à un dÃbat sur lâantirÃpression. Les personnes qui y ont participà appartiennent pour la plupart à des collectifs confrontÃs en France à la rÃpression contre des militant-e-s, dâautres Ãtant investies dans les luttes sur la prison en gÃnÃral par le biais dâÃmissions de radio ou dâÃcrits (1). Nous reprenons ici trois des thÃmes abordÃs lors de cette discussion â reconstruite sous forme de questions auxquelles ont Ãtà apportÃs des dÃbuts de rÃponse â parce quâil nous paraÃt urgent dâÃtre plus offensifs sur le terrain de la rÃpression, afin de construire un rapport de forces permettant une solidarità plus large et plus solide.

On constate aujourdâhui en France une augmentation à la fois des poursuites engagÃes contre les militant-e-s, du nombre de personnes enfermÃes dans lâunivers carcÃral (de 35 000 au dÃbut des annÃes 1980 à 65 000) et du nombre des peines distribuÃes par lâinstitution judiciaire. Loin dâÃtre un hasard, cette situation est liÃe à la sociÃtà actuelle : la rÃpression est un outil de gestion de certaines populations ; câest pourquoi il faut lâanalyser à partir de cette sociÃtÃ, et non lâinverse. La rÃpression Ãtant politique et sociale, les dizaines de lois antiterroristes votÃes par la gauche et la droite correspondent à une hausse de la conflictualità de classe : il sâagit pour le pouvoir de criminaliser lâactività politique en frappant des militant-e-s, mais câest surtout pour les classes populaires que la situation sâest aggravÃe. La rÃpression est Ãgalement de plus en plus prÃventive contre des militant-e-s au dÃbut de mouvements sociaux (interpellations avec comparution immÃdiate, dÃtention provisoire, contrÃles judiciairesâ), lâEtat cherchant là avant tout à freiner ces mouvements.

Ecueils et handicaps de lâantirÃpression

Qui soutient-on et comment ? On soutient en gÃnÃral, à travers des collectifs, des gens avec qui existe une proximità politique â par incapacità dâÃlargir notre action à dâautres, mais aussi par refus de jouer aux assistantes sociales ou aux cathos et maos dâantan. Cette dÃmarche est donc à lâopposà dâun humanisme qui, souvent basà sur lâassistanat et la victimisation, conduit à dÃfendre toutes les causes se prÃsentant, y compris des personnes ne le demandant pas ou ne se prenant pas en charge. Elle correspond à une volontà politique. Ainsi, à sa crÃation, le Comità poitevin contre la rÃpression des mouvements sociaux a prÃcisà quâil ne soutenait pas les gens pour ce qui leur est reprochÃ, en distinguant par là coupables et non-coupables, mais pour ce que lâEtat, la  justice  leur fait.

Il existe en France un certain nombre de comitÃs antirÃpression ou de caisses de solidarità (2), et ces petites structures de solidarità fondÃes sur une base militante et pÃrenne entretiennent pour partie des relations entre elles (3), mais aucune structure globale ne mutualise les expÃriences antirÃpression, alors que cela aiderait à examiner en termes de stratÃgie politique la question de la rÃpression. De plus, les positionnements thÃoriques et pratiques des collectifs diffÃrent ou divergent â quand ils ne sâopposent pas, pour des raisons idÃologiques mais Ãgalement et peut-Ãtre surtout de par lâhistoire et la situation locales. Les milieux antirÃpression nâÃchappent pas à une concurrence entre leurs chapelles ou tribus ; nombre de militant-e-s ne pensent guÃre à la rÃpression avant de mener une action ; les dÃfenses collectives sont trÃs rares dans les procÃsâ Dans un tel cadre, les textes publiÃs sur la rÃpression sont en gÃnÃral individuels, et ils ne prÃsentent jamais de bilan de pratique.

Pourtant, si les affaires judiciaires sont toutes diffÃrentes, on se heurte partout à une mÃme logique coercitive. Il vaudrait donc mieux sây prÃparer en posant lâaction antirÃpressive comme un moment de la lutte, dâautant que lâampleur de la solidarità est fonction de la dynamique de mouvement dans laquelle se trouvent les personnes poursuivies. Par exemple, si quelquâun se fait prendre à Rennes dans une manif antinuclÃaire, il est important que les antinuclÃaires hors de cette ville soient immÃdiatement au courant et fassent de lâagitation autour. Concernant Notre-Dame-des-Landes, il est important que lâexpression de la solidarità contre la rÃpression sâexprime ailleurs â on constate que câest ce qui se fait de plus en plus.

LâexpÃrience de la Legal Team qui a Ãtà crÃÃe à Strasbourg à lâoccasion du contre-sommet de lâOTAN est intÃressante puisque, sachant quâil y aurait de la rÃpression à cette occasion vis-Ã-vis de la rue, des gens ont tractà un an avant dans les manifs en insistant sur lâidÃe que le mouvement social devait se donner les moyens de se dÃfendre. Tout un travail juridique a Ãtà effectuà par avance, ainsi que la recherche dâavocats à qui il a Ãtà prÃcisà quâils ne choisiraient pas leurs clients, et quâils devaient rester disponibles et prÃsents au commissariat les jours oà ce serait nÃcessaire.

Mais quâentend-on par  solidarità  ? On peut Ãtre solidaire de gens sans les connaÃtre, parce quâils sont dans un mouvement oà on pourrait Ãtre amenÃ-e à les croiser. Dans cette expression de notre solidaritÃ, on dit des choses contre la sociÃtà qui produit de la rÃpression et que lâon combat. Cependant, un des Ãcueils à Ãviter quand la rÃpression sâexerce contre un mouvement, câest que lâactività antirÃpressive envahisse peu à peu lâespace et le temps consacrÃs à la revendication portÃe par ce mouvement.

On doit par ailleurs toujours garder en tÃte que les pratiques policiÃres dans les quartiers populaires, en particulier les citÃs, comme les lois sÃcuritaires ou antiterroristes, dÃpassent rapidement leur cadre pour viser dâautres milieux â voir les mÃthodes dâintervention des flics dans les manifs. Câest pourquoi il faut absolument dÃcloisonner la rÃpression â comprendre par exemple les enjeux des procÃs visant des jeunes des citÃs et lâimportance de les soutenir. Malheureusement, on entend de plus en plus :  On est des sans-papiers â ou des militants â, pas des dÃlinquants Ââ et cette coupure entre le politique et le social est dommageable pour la comprÃhension de ce que devrait Ãtre notre combat politique. Car la rÃpression contre les militant-e-s pour leur action comme celle des jeunes qui dealent pour des raisons Ãconomiques tÃmoignent dâune mÃme rÃalità sociale.

Comment faire exister du politique à lâoccasion dâun procÃs pour revendiquer la lÃgitimità dâune action ? Il faut replacer cette action dans son contexte social et politique. Par exemple, les gens qui ont saccagà en 1999 vers Montpellier une parcelle de riz transgÃnique ont eu là un choix judicieux puisque le mouvement anti-OGM sâest amplifià aprÃs leur procÃs. Ils ont fait un peu de prison, mais la mobilisation contre la rÃpression a Ãtà offensive, lâacte Ãtant revendiquà collectivement, sans personne pour se dÃclarer  innocent Â, et des comitÃs de soutien sont apparus partout (4).

A lâinverse, certaines actions militantes ne sont ni expliquÃes ni revendiquÃes, ce qui crÃe un flou total par rapport aux bases du soutien. Dans de nombreux procÃs de militant-e-s, on dirait quâa disparu lâenvie de gagner en faisant de la politique autour, comme si on nâen voyait pas lâintÃrÃt. Ainsi, certain-e-s ne se rendent pas à leur procÃs, ou ne veulent pas revendiquer le contenu politique de ce qui leur est reprochà ni â sans Ãtre toujours sur des bases innocentistes â se confronter à la justice, et, au niveau du soutien, pareille attitude laisse dÃsemparÃ-e. Elle incite à se dire à la fois quâon ne va pas se battre à leur placeâ et que si on ne le fait pas cela aura des rÃpercussions bien plus larges que leur simple cas, parce que la rÃpression sâexerce en rÃalità contre nous tous : les procÃs ne sont pas une affaire personnelle, mais concernent tout le monde. Câest pourquoi on se mobilise contre la rÃpression pour renforcer un mouvement, une grÃveâ ou au moins pour ne pas nous affaiblir. De plus, se dÃfendre a aussi son importance sur le plan individuel : mÃme si on ne gagne pas forcÃment son procÃs, au moins on nâest pas restÃ-e passif-veâ(5). Lâacceptation chez pas mal de militant-e-s de la rÃpression comme dâune rÃalità avec laquelle il faut faire constitue un point commun avec les jeunes des citÃs, convaincus quâil est  normal  de passer en procÃs quand on se fait prendre, et quâil suffit dâattendre la sortie de taule pour pouvoir recommencer parce quâil nây a pas dâautre solution. Dans les citÃs, la rÃpression subie au quotidien par une bonne part de la population est vÃcue comme une affaire individuelle, de business, non comme un phÃnomÃne social, et lâidÃe dâune dÃfense collective ne traverse pas les esprits â sauf quand il y a des Ãmeutes. Câest donc lâexistence dâun cadre collectif qui fait la diffÃrence entre certains procÃs de militant-e-s et ceux qui concernent les jeunes des citÃs.

Quel positionnement avoir par rapport aux personnes poursuivies pour des actes violents ou qualifiÃs ainsi par la police et la  justice  (comme les  outrages-rÃbellion  visant des gens investis dans un mouvement ou les inculpations aprÃs des Ãmeutes de banlieue) ? Dans un mouvement, ce sont rarement ses participant-e-s qui dÃcident du degrà de violence â et bien davantage les flics (voir les blessÃ-e-s graves rÃsultant de la charge policiÃre lors du week-end de rÃsistance contre la ligne THT Cotentin-Maine organisÃe en juin dernier). La violence nâest donc pas un critÃre pour soutenir ou non : le choix de pÃter des vitrines lors des manifs, par exemple, doit plutÃt Ãtre analysà en fonction du rapport de forces que cela peut ou non crÃer pour renforcer un mouvement. La manif contre lâaÃroport de Notre-Dame-des-Landes, le 24 mars dernier à Nantes, en constitue un bonne illustration : compte tenu de lâimportance quâelle reprÃsentait, les composantes radicales de lâopposition à lâaÃroport ont trouvà un consensus sur la maniÃre dont devait se dÃrouler le cortÃge afin de faire rebondir la lutte. Un des problÃmes de nos milieux, câest quâon y raisonne presque toujours uniquement en termes de face-Ã-face avec lâEtat, alors que rÃduire un mouvement social à un conflit avec lui prÃsente le risque de faire oublier lâobjectif de cette mobilisation. Quoi quâil en soit, sâil faut assumer dans lâantirÃpression les divers niveaux de conflictualitÃ, il importe dâÃtre dâentrÃe clair-e sur les limites de notre soutien et sur les objectifs quâon se fixe, car cela permet de mieux rÃsister ensuite aux Ãventuelles pressions â autrement il peut y avoir une  prise en otage Â, ou du moins des processus de culpabilisation de la part de ceux qui seraient les plus  radicaux  envers ceux qui seraient des timorÃs voire des  traÃtres Â.

Comment Ãviter que lâantirÃpression tombe dans le combat  dÃmocratique  ? Alors que, dans une entreprise, on peut se battre pour un meilleur salaire sans avoir lâimpression de dÃfendre par là le salariat, en matiÃre dâantirÃpression, certain-e-s ont le sentiment quâen sâaventurant sur ce terrain ils-elles vont dÃfendre lâidÃe dâune possible  bonne  justice. Pourtant, empÃcher que des gens aillent en taule et se battre pour sauvegarder et agrandir nos espaces de lutte, ce nâest pas dÃfendre lâ Etat de droit  : câest dÃfendre des droits en essayant de faire reculer la capacità des flics à agir contre nous, crÃer un rapport de forces par la solidarità afin dâaffronter la rÃpression.

Pour quâun collectif antirÃpression ne se rÃduise pas avec le temps à un service social ou à un spÃcialiste du droit, il faut que ses membres aient un intÃrÃt propre, dans leur lutte contre la sociÃtÃ, à se situer sur ce terrain-lÃ. Donc que ce collectif dispose dâune autonomie dans son action de soutien, pour pouvoir dire davantage que les personnes poursuivies (dans le prolongement de leur discours et avec leur accord), en dÃnonÃant la rÃpression contre tel ou tel sur la base dâune rÃflexion politique propre. On peut ainsi dÃnoncer le rÃle de la BAC, lâusage des flash-balls, le prÃlÃvement dâADN, etc. Autour des inculpations pour bris de panneaux Decaux, on peut se bagarrer contre la publicitÃ, ou contre la rÃnovation urbaine, sa signification et ses consÃquences sociales. En thÃorie, dans les milieux antirÃpression, on ne fait pas de distinction entre prisonniers  politiques  et  sociaux  ; quâen est-il dans la rÃalità ? On retrouve dans les milieux antirÃpression cette distinction couramment faite dans la sociÃtà â et le soutien aux prisonniers sociaux est fonction des actes pour lesquels ils sont poursuivis. Ainsi, un militant rÃvolutionnaire soutiendra plus facilement un dealer de shit quâun assassin, un voleur quâun pÃdophile. Et dâautres clivages se fontâ

Au cours des annÃes 1970, la sÃparation entre  politiques  et  droit commun  a Ãtà contestÃe parce quâun mouvement de fond interrogeait lâensemble de la sociÃtà et des structures de pouvoir. Dans la lutte contre les quartiers de haute sÃcurità (QHS), menÃe majoritairement par des  droit co  pendant les annÃes 1980, cette sÃparation nâÃtait pas faite ; le statut de prisonnier politique avait Ãtà dÃbattu à lâintÃrieur de la dÃtention, et les personnes investies dans la solidarità nâÃtaient donc pas embourbÃes dans cette question. Mais les luttes anticarcÃrales menÃes dans les annÃes 1990 sont retombÃes quand les prisonnier-Ãre-s qui y Ãtaient investis se sont retrouvÃs en quartier dâisolement (QI) pour des pÃriodes trÃs longues, avec des tabassages, etc. Et dans la sociÃtà actuelle la sÃparation entre  politiques  et  droit co  nâest plus contestÃe.

Il est aujourdâhui difficile de tisser des liens entre les luttes ou les secteurs de la sociÃtÃ. LâÃchec des Interluttes qui ont Ãtà tentÃs ici ou là il y a quelques annÃes le montre : ils ont rapidement avortà tandis que grandissait la nÃcessità de dÃfendre des jeunes poursuivi-e-s pour avoir participà aux mouvements de contestation successifs dans lâÃducation. Et si, au dÃpart, dans le combat des  Conti  et leur refus du prÃlÃvement dâADN, il y avait quelque chose dâintÃressant sur le plan politique, ils nâont malheureusement pas dÃfendu une position politique de classe, et la  gauche  en a profità pour demander le non-fichage ADN des seuls militants syndicaux.

Le rapport de forces avec la justice Comment lutter contre lâinstitution judiciaire en tant quâinstrument visant à dÃfendre un ordre social ? Beaucoup dâillusions existent dans la population concernant la  justice Â. Y compris dans les citÃs, malgrà les slogans du type  Police partout, justice nulle part  souvent lancÃs, on le constate avec les comitÃs vÃrità justice (CVJ). Nombre de gens pensent encore que le tribunal est un endroit dâoà peut se dÃgager une forme de vÃrità si on prÃsente des tÃmoins et des preuves â et cela mÃme si le flic ou le patron est toujours relaxÃâ (Les procÃs sont cependant aussi les seuls ÃvÃnements autour desquels peut se construire la mobilisation _â et oà se dÃroule une vÃrification de lâÃgalitÃ, une mise en lumiÃre des contradictions car câest uniquement là que lâaffrontement avec lâEtat sur ces questions prend de la consistance.)

Il y a donc tout un travail de dÃsacralisation de lâinstitution judiciaire à faire. Il faut montrer à quoi sert la rÃpression, et que le tribunal nâest pas un espace de vÃrità et de justice, lâinstance de rÃgulation des relations sociales et lâoutil idÃal pour que cela se passe le mieux possible dans une  dÃmocratie Â. La  justice  prÃtend juger sur des faits, mais câest une justice de classe ; les lois sont politiques, et les mÃmes types de population sont visÃs partout. On doit insister lÃ-dessus : selon la position sociale, la peine ne sera pas la mÃme ; et, avec les dispositifs de surveillance et de contrÃle social, les lois sÃcuritaires, câest une rÃalità de plus en plus marquÃe (6). Pas besoin dâavoir fait quelque chose pour Ãtre rÃprimÃ-e : frÃquentations, lectures et tout un ensemble dâautres ÃlÃments constituent ce qui, à un moment donnÃ, permet à lâEtat de dÃsigner une personne comme son ennemi. On peut Ãtre poursuivi-e sur des intentions, pour  association de malfaiteurs Â, etc. A un moment donnÃ, ce sera lâ ultra-gauche  qui sera ciblÃe ; à dâautres, les islamistesâ selon les objectifs du moment que se fixe le gouvernement. La chasse aux sans-papiers implique que tous les immigrÃ-e-s subissent beaucoup plus de contrÃles dâidentità que les autres, indÃpendamment de leur attitude spontanÃe par rapport à la police et à la  justice  â cependant, comme ce sont certaines catÃgories sociales qui sont rÃprimÃes et que les bandes de jeunes sont mixtes dans les citÃs, les contrÃles de police ne se limitent pas aux Noirs et aux Arabes. Les annÃes 1980 ont Ãtà une pÃriode trÃs difficile pour lâantirÃpression, et elles ont laissà des traces : les socialistes Ãtaient au pouvoir, les mouvements Ãtaient affaiblis ; il Ãtait trÃs dur de bouger et on Ãtait assez isolÃ-e-s â plus quâaujourdâhui encore : il y a maintenant davantage de collectifs et dâÃmissions de radio antirÃpression quâà lâÃpoque. Câest sous la gauche que sâest rÃpandue lâidÃe, contre laquelle il faut lutter, quâil nây a pas de cause sociale à la dÃlinquance ou au militantisme, seulement des responsabilitÃs individuelles. Et cette idÃe sâest vraiment ancrÃe â il nây a plus que des individus face au systÃme, et ils sont responsables dâeux-mÃmes à tous les niveaux, psychologique, personnel, etc.

Comment pallier la faiblesse actuelle de lâantirÃpression ? Dans le soutien, on nâa en gÃnÃral pas les moyens de mener des campagnes avec tractages sur les marchÃs, confÃrences de presse et autres, et nos discours tournent frÃquemment à vide. Concernant les interpellations et la mise en dÃtention, il y a tout un travail dâinformation à faire â sur la nÃcessità de garder le silence, pour ne pas Ãtre tentÃ-e de dÃnoncer dâautres inculpÃ-e-s dans lâespoir de sâen tirer mieux par exemple. Les gens poursuivis devant les tribunaux sont souvent fragiles (manque de confiance en soi du fait de lâÃge, de lâorigine sociale, de lâinexpÃrience ; incertitude par rapport à la solidarità à attendre) ; de plus, un tribunal, câest oppressant : il y a des flics et des camÃras vidÃo partout ; et il existe une grosse pression psychologique en garde à vue comme au moment des auditions. On se heurte aussi au problÃme des gens qui refusent de parler au tribunal ( Je nâai rien à prouver, rien à dire Â) et qui cherchent seulement à sâen sortir moins mal â car pour ce faire ils sâen remettent à leur avocat, lequel agit à sa guise. Ils lui demandent quelque part de se salir les mains à leur place tandis quâeux conservent leur  puretà  idÃologique â mÃme sâils thÃorisent parfois cette incapacità à sâexprimer en prÃtendant le faire exprÃs, cela reprÃsente une contradiction certaine par rapport à leur critique du  dÃmocratisme Â. Ne pas partir vaincu-e dâavance à un procÃs est trÃs important : certaines personnes se disent que si on a la tÃte basse, on sâen sortira mieux, alors que les procÃs montrent en gÃnÃral le contraire. Ce nâest pas en se niant politiquement que les peines seront forcÃment moins lourdes. Quand des manifestant-e-s sont arrÃtÃs en fin de manif et accusÃ-e-s dâavoir lancà des cocktails sur les flics, sâil nây a pas de preuves à lâappui, il faut nier les faits, mais pas le pourquoi de la manif, le pourquoi on y Ãtait â Ãa câest le contenu politique, et ce qui compte dans cette situation de rÃpression. Nier à la fois les faits et la raison de sa prÃsence dans une manif revient à se faire criminaliser sans avoir pu ou voulu sâexprimer politiquement.

Dâautres ne partent pas perdant-e-s à un procÃs et revendiquent son enjeu politique. Et puis, au niveau du dossier, il peut y avoir des vices de forme, et on voit parfois des relaxes ou des peines moins lourdes quâattendu pour des cas qui semblaient perdus dâavanceâ La vÃritable question à se poser concernant lâattitude au tribunal est donc : se sert-on de lâoccasion pour dire quelque chose â non pour essayer de convaincre le juge, mais pour sâexprimer politiquement ? On peut parfois vraiment  faire de la politique  à partir de procÃs (ceux pour  terrorisme  en particulier) en se dÃfendant à lâintÃrieur du palais de justice et en faisant de lâagitation au-dehors â avec des manifs, et mÃme des contre-procÃs (le Mouvement de lâimmigration et des banlieues [MIB] en a organisÃ, à une Ãpoque, souvent à la suite de crimes racistes et sÃcuritaires). Câest ce quâon appelle les procÃs de rupture ou  procÃs-tribune  (7). Quand les procÃs arrivent en fin de mouvement, ils peuvent Ãtre une faÃon de continuer la lutte. Câest le moment de construire un argumentaire, de dÃnoncer les conditions faites aux inculpÃ-e-s. Mais, dans ce genre de situation, on craint les consÃquences que peut avoir notre action sur ces personnes et câest une situation pas facile à gÃrer.

Les stratÃgies de dÃfense

Comment se construit une stratÃgie collective de dÃfense ? Ce type de stratÃgie implique une rÃflexion commune entre accusÃ-e, comità et avocat-e pour dÃfinir lâattitude de chaque partie ; et Ãgalement une rÃflexion sur le rapport à la presse et aux  dÃmocrates Â, qui se pose assez vite quand la rÃpression sâabat. Il faut arrÃter des objectifs concernant la salle dâaudience mais aussi lâextÃrieur (revendications, dÃnonciation...), et lâarticulation entre les deux. Comment mobiliser sur ces contenus, Ãlargir les forcesâ A Reims, la structure de solidarità avec les sans-papiers travaille ainsi sans problÃme depuis vingt-cinq ans avec le mÃme avocat, parce que celui-ci est motivà par ces affaires et toujours prÃt à discuter de la dÃfense à mener.

La parole de lâaccusÃ-e est à prendre en considÃration tout au long du temps judiciaire ; mais câest souvent problÃmatique car elle nâexiste pas toujours, ou elle est diverse parce quâil y a plusieurs accusÃ-e-s. Si un-e accusÃ-e refuse de sâexprimer, le procÃs est jouà dâavance ; et de mÃme lorsquâun avocat fait le contraire de ce quâon attend de lui. Les relations avec les avocats sont trÃs frÃquemment difficiles. Quand ils prÃsentent la personnalità de quelquâun en disant :  Câest un bon citoyen, bien insÃrà dans la sociÃtà ; pas un casseur, mais un manifestantâ  plutÃt quâen dÃveloppant une dÃfense politique, ils ont forcÃment un impact sur la conduite du procÃs. La plupart du temps, ils sont Ãvidemment là pour faire en sorte que  tout se passe bien Â. (Concernant le procÃs de la dÃpanneuse de police à Paris, les inculpÃ-e-s ont craint jusquâà la fin ce quâallaient dire leurs  dÃfenseurs Â. Au cours des annÃes prÃcÃdentes, ceux-ci leur avaient rÃclamà 25 000 euros chacun, avaient contactà dans leur dos leurs familles pour leur soutirer de lâargentâ Les relations avec eux ont Ãtà constamment conflictuelles.) Tel jeune avocat peut bien sÃr avoir envie de faire une dÃfense politique, mais les rapports avec lui, comme nâimporte quelles relations humaines, peuvent Ãvoluer avec le temps â il ne sera plus intÃressà par ce type dâaffaires, certaines choses lui auront dÃplu au fil des ans, il aura acquis un certaine notoriÃtÃâ

Etant donnà cette situation, certaines personnes avancent lâidÃe dâune charte avec les avocats, dans le genre de celle du rÃseau RÃsistons ensemble contre les violences policiÃres et sÃcuritaires. Cette charte pourrait constituer une sorte de feuille de route pour les avocats, mettant en avant la nÃcessità dâun travail collectif entre eux-elles, les inculpÃ-e-s et les comitÃs de soutien, et oà seraient consignÃs divers engagements et consignes (pas de dÃfense dâun client au dÃtriment dâun coinculpÃ, pas de dÃpassement dâhonoraires sans discussion prÃalable, possibilità pour les inculpÃs dâavoir prise sur leur dÃfense et leur dossier, etc.).

Dans quelle optique se construit une stratÃgie judiciaire ? Une dÃfense peut Ãtre soit de connivence soit de rupture. A Poitiers, il nây a guÃre que des procÃs de connivence depuis des annÃes : les prÃvenu-e-s sont souvent silencieux et les Ãventuelles belles envolÃes viennent donc des avocats. Il y a eu dans cette ville pas mal de procÃs pour  outrages-rÃbellion Â, et aussi des actions antipub contre des panneaux Decaux, avec des tracts dâexplication que le comità antirÃp a diffusÃs en assumant leur contenu, alors que lâavocat-e se dÃmenait toujours pour dÃmontrer que ce ne pouvait pas Ãtre son client ou sa cliente qui avait fait Ãa, que le policier ne pouvait pas voir lâinfraction de là oà il se tenait, etc. Donc on avait dâun cÃtà une campagne de soutien ne se dÃmarquant pas des actions et de leur contenu politique, pour se solidariser avec, et de lâautre des plaidoiries Bisounours.

En revanche, un procÃs de rupture sâest dÃroulà à Nantes au printemps dernier : cinq paysans Ãtaient accusÃs dâavoir balancà du fumier contre la faÃade du siÃge de Vinci. CâÃtait une petite affaire, et ils avaient des avocats nuls ; mais tout ce qui Ãtait demandà à ces avocats, câÃtait quâils se battent pour faire tÃmoigner certaines personnes â et celles-ci ont expliquà le geste des paysans, disant que câÃtait normal de balancer du fumier, que Vinci Ãtait un salaudâ Bref, ces paysans avaient choisi à bon escient leurs tÃmoins, des gens considÃrÃs comme assez  honorables  et qui parlaient bien. La rupture, ce nâest pas dire :  On nâa rien à faire avec la justice Â, mais resituer un acte dans son contexte pour en expliquer les raisons, alors que lâEtat isole cet acte pour en faire un cas individuel. Il sâagit de donner aux procÃs une dimension politique â et aussi dâen faire un enjeu de solidarità ; sinon, on en reste à la seule dimension dâune personne avec ses proches, et tout repose sur la responsabilità individuelle. Dans le procÃs du flash-ball au printemps dernier, au lieu de chercher à dÃmontrer la responsabilità individuelle du policier qui avait tirÃ, lâobjectif aurait pu Ãtre de demander la suppression des flash-balls, et de sâattaquer à la BAC et aux flics. Dans celui de la dÃpanneuse de police, la dÃfense aurait pu Ãtre axÃe sur les procÃdures antiterroristes pour dÃpasser le cas des inculpÃ-e-s. Et à Villiers-le-Bel, en juin, on aurait pu faire le procÃs des tÃmoins anonymesâ Il faut considÃrer, en fonction du rapport de forces, ce quâon peut mettre en avant de faÃon largement audible. Cela implique de voir la  justice  comme une instance sociale de contrÃle qui prolonge et cristallise les rapports de forces existant à lâextÃrieur du tribunal. Si on ne peut fixer un objectif politique permettant de dire :  On ne dÃfend pas des gens mais on se bat contre un systÃme Â, on reste dans de la peur, de lâaffectif, du juridique, toutes choses trÃs difficiles à collectiviser. Souvent, on parvient à se dÃfendre un peu et à sâen sortir juridiquement pas trop mal, mais sur le plan politique on a perdu parce quâon nâa pas quittà le cadre du judiciaire.

1. Notamment lâÃmission-journal LâEnvolÃe ; et Christophe Soulià avec son ouvrage Libertà sur paroles â contribution à lâhistoire du Comità dâaction des prisonniers, Analis, 1995.

2. Les parents ou ami-e-s de jeunes de banlieue tuÃs par la police ou poursuivis en justice crÃent plus souvent, ponctuellement, des comitÃs de soutien tels que les comitÃs vÃrità justice.

3. Ainsi, deux ans dâaffilÃe, un Forum antirÃpression a rassemblà à Poitiers une dizaine de collectifs qui ont organisà ensuite une JournÃe nationale dâaction contre les violences policiÃres.

4.Quand les risques judiciaires encourus sont peu importants, il nâest pas toujours Ãvident de trouver la juste mesure de la rÃaction : par exemple, à Toulouse, des gens arrÃtÃs pour un tag dans une manif se sont vu coller des inculpations pour appel à lâÃmeute et dÃgradation. Sâil faut refuser la rÃpression du taggage, est-il nÃcessaire à cette occasion de faire des tracts, dâappeler à des rassemblementsâ ?

5.Dans lâintroduction à De la stratÃgie judiciaire publià en 1968 par Jacques VergÃs, il est dit quâil faut comprendre la justice comme un monde ni plus ni moins cruel que la guerre ou le commerce, comme un champ de bataille. Cela implique, avant un procÃs, dâarrÃter lâattitude à avoir en fonction des ÃlÃments que possÃde lâautre partie, de ceux sur lesquels on peut sâappuyer et surtout de lâobjectif quâon se fixe.

6. GrÃce à la loi de juillet 2011 qui modifie lâinternement, lâEtat va Ãgalement recourir de plus en plus à la psychiatrie pour rÃprimer des rÃvoltes individuelles qui ont trÃs souvent une dimension sociale

7. Voir à ce sujet CA n 220,  StratÃgie judiciaire : face à la rÃpression, il nâest pas dÃfendu de se dÃfendre Â.
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