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(fr) Alternative libertaire #222 - Syrie : Des conseils populaires élus (en)
Date
Wed, 02 Jan 2013 09:53:26 +0200
Dans la continuité des luttes enclenchées en Tunisie et en Égypte, la résistance du peuple
syrien ne cesse de s’amplifier depuis le début du processus révolutionnaire en mars 2011.
Alternative libertaire publie des extraits d’une lettre ouverte de la Gauche
révolutionnaire syrienne. ---- Le soulèvement populaire syrien, survenant à la suite de la
crise financière et économique mondiale, est une révolte contre les politiques
néolibérales imposées par le régime autoritaire, et encouragées par les institutions
financières internationales, comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque
mondiale (BM). Les mesures néolibérales ont servi au démantèlement et à l’affaiblissement
croissant des services publics dans le pays, à la suppression de subventions, notamment
pour des biens de première nécessité, tout en accélérant les processus de privatisation,
très souvent au profit des classes dirigeantes et bourgeoises liées au pouvoir politique.
Les réformes néolibérales du régime ont encouragé une politique basée sur l’accueil des
investissements directs étrangers, le développement des exportations et du secteur des
services, en particulier du tourisme. L’appareil répressif de ce pays a servi « d’agent de
sécurité » pour ces compagnies, les prémunissant de tous troubles ou revendications
sociales. Cet État a joué le rôle d’entremetteur pour les capitaux étrangers et les
grandes multinationales, tout en garantissant l’enrichissement d’une classe bourgeoise
liée au régime.
Concentration des richesses
Les fléaux qu’impliquent ces politiques néolibérales sont nombreux en Syrie. Mentionnons
le taux de chômage élevé et le sous-emploi. Le processus de libéralisation économique a
créé une inégalité toujours plus grande en Syrie. Les plus pauvres ont du mal à s’en
sortir, tandis que la classe moyenne tombe en chute libre vers le seuil de pauvreté. Il y
a maintenant des taux de chômage de l’ordre de 20 à 25 %, atteignant 55 % pour les moins
de 25 ans. Le pourcentage des Syriens vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 11 %
en 2000 à 33 % en 2010 selon les chiffres officiels. Dans l’agriculture, la vente de leurs
terres par plusieurs centaines de milliers de paysans dans le Nord-Est en raison de la
sécheresse ne devrait pas être considérée comme le résultat d’ine simple catastrophe
naturelle. En effet, l’accroissement et l’intensification de l’exploitation des terres par
des grands entrepreneurs agricoles, y compris de terres précédemment conservées pour le
pâturage, de même que le forage illégal de puits et la mise en place de conduites d’eau
sélectives répondant aux exigences des nouveaux grands propriétaires – tout cela facilité
par la corruption de l’administration locale – ont développé la crise agricole. La
politique de libéralisation économique du régime a presque reproduit la situation
socio-économique qui prévalait avant que le parti Baas ne prenne le pouvoir en 1963 : 5 %
de la population possède plus de 50 % du revenu national. Les processus de privatisation
ont créé de nouveaux monopoles entre les mains des proches du pouvoir faisant partie
intégrante du système de corruption et profitant principalement à la classe gouvernante.
Les groupes armés de l’Armée syrienne libre (ASL) sont en grande partie composés de
prolétaires ruraux et urbains et de classes moyennes économiquement marginalisées qui ont
subi l’application des politiques néolibérales, notamment depuis l’arrivée au pouvoir de
Bachar el-Assad en juillet 2000. Au cours du mois de décembre 2011, des grèves générales
ont paralysé d’importantes parties du pays, montrant ainsi que la mobilisation de la
classe laborieuse et des exploité-e-s se trouve au cœur de la révolution syrienne. Les
universités ont également constitué des centres de la résistance populaire. L’Université
d’Alep a vu se dérouler d’importantes manifestations d’étudiantes et étudiants en mai et
précédemment aussi. Elles ont été violemment réprimées par les forces de sécurité qui ont
tué quatre personnes et arrêté des centaines d’autres. Fondée le 29 septembre 2011 pour
lutter contre le régime, l’Union des étudiants libres de Syrie (SFSU) constitue un bastion
politique et syndical de la résistance pour une société démocratique dans la vie du
mouvement étudiant.
Le mouvement populaire toujours actif
Le mouvement populaire en Syrie ne s’est pas retiré des rues malgré la répression
multiforme et violente du régime. Les comités de coordination populaire sont le véritable
fer de lance du mouvement populaire mobilisant le peuple pour les manifestations. Ils ont
aussi développé des formes d’autogestion populaire basées sur l’organisation des masses
dans les régions libérées du joug du régime. Des conseils populaires révolutionnaires le
plus souvent élus sont mis en place pour s’occuper des régions libérées, prouvant que
c’est le régime qui provoque l’anarchie et non le peuple. Des comités de coordination des
actions politiques et armées sont également mis en place. Un code de bonne conduite,
respectant le droit international et contre le confessionnalisme a été signé par une
grande partie des groupes armés faisant partie de la résistance populaire armée contre le
régime. Composée de soldats déserteurs et de civils ayant pris les armes, la résistance
populaire armée bénéficie de véritables racines populaires au sein de l’insurrection. Le
mouvement populaire a réaffirmé sa lutte unitaire, en développant un sentiment de
solidarité nationale et sociale qui transcende les divisions ethniques et confessionnelles.
Des politiques néolibérales destructrices
La révolution permanente signifie s’opposer et renverser le régime dictatorial des Assad,
tout en s’opposant aux impérialismes mondiaux et régionaux, lesquels tentent de détourner
le processus révolutionnaire syrien pour leurs propres intérêts et contre ceux du peuple
syrien. C’est pour cette raison que nous refusons et condamnons toutes les interventions
étrangères en Syrie, que ce soit de l’axe occidental et saoudi-qatari, ou de l’axe
irano-russe. Le développement de la révolution s’inscrit dans la volonté de construire une
Syrie libre, démocratique, laïque et révolutionnaire qui s’emploie à éliminer toutes les
inégalités et discriminations sociales, ethniques, de genre et religieuses, à appuyer le
droit à l’autodétermination du peuple kurde, à respecter les minorités religieuses et
ethniques, et à garantir les libertés démocratiques et politiques de tous et toutes. La
révolution s’engage à assister les autres peuples de la région dans leurs luttes contre
leur dictateur et l’impérialisme. Il est nécessaire que toutes les forces progressistes et
démocratiques apportent leur soutien au mouvement populaire syrien. C’est pour cela que
nous vous invitons à exprimer clairement votre soutien et votre solidarité à la révolution
syrienne et au peuple syrien révolté. Vive la Révolution populaire syrienne
Courant de la Gauche révolutionnaire syrienne
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