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(fr) OCL - Courant alternatif #225 - rÃflexions sur les luttes - Genres et classes (en)

Date Thu, 27 Dec 2012 14:04:54 +0200


Genres et classes ---- La dÃmarche consistant à rÃflÃchir sur les liens entre domination masculine et capitalisme, entre lutte des femmes et lutte des classes, est assez rare de nos jours pour quâon ait envie dâen parler quand elle se prÃsente. Dâautant que le collectif auteur de Genres et classes, lâinsurrection gÃnÃralisÃe qui dÃtruira les hommes et les femmes (1) explique ce choix  Ãpineux  par son dÃsir de dÃpasser les  clichÃs militants  et les analyses datÃes pour contribuer à un dÃbat indispensable. ---- Le travail rÃalisà par le groupe communisateur (2) Incendo est dÃclarà dâentrÃe  non abouti Â, à la fois parce quâil ne porte que sur la sociÃtà occidentale (en particulier franÃaise) et parce quâil est avant tout constituà de notes et de pistes de rÃflexion sur des questions qui suscitent des discussions internes  toujours vives et conflictuelles  quant à la priorità à donner soit à la lutte des classes soit à la lutte contre la domination masculine. Quoi quâil en soit, je rÃsumerai dâabord ici lâanalyse proposÃe avant de lui apporter quelques commentaires.

Patriarcat, capitalisme et Etat

Dans une perspective rÃvolutionnaire, on ne peut faire lâÃconomie de la question des genres*, constate Incendo, parce que la rÃpartition des tÃches selon le sexe ou le genre (ou sexuation, premiÃre division du travail) est intrinsÃquement liÃe au capitalisme (mode de production oÃ, avec le  monopole de la bourgeoisie sur les moyens de production et les subsistances, [â] le prolÃtaire, dÃmuni de tout, est contraint au travail salarià et à la production de plus-value Â), et parce que la sociÃtà communiste visÃe est incompatible avec la persistance de formes de hiÃrarchie et de domination. Lâassignation des individus à un rÃle social dÃterminà a de tous temps existÃ, mais avec des  degrÃs  de domination masculine variable. On avance couramment la maternità et ses contraintes pour expliquer la sexuation : la grossesse, lâallaitement, la sÃcurità des femmes enceintes (vitales pour la survie dâun groupe ou dâune sociÃtÃ) auraient entraÃnà un glissement vers la  protection  de toutes les femmes en raison de leur potentielle capacità reproductrice. De plus, la domination masculine sâest renforcÃe avec lâapparition de la propriÃtà privÃe et de la sociÃtà de classes, du fait de lâappropriation des femmes par le pÃre ou le mari via la famille et le mariage.

Le  travail domestique  a Ãtà inventà par le capitalisme, considÃre Incendo. Avant la pÃriode industrielle, la population est en majorità rurale et paysanne, et les unitÃs de production et de reproduction* coÃncident. Au foyer vit une famille Ãlargie dont la production agricole permet la survie, et les activitÃs des hommes* et des femmes sont  complÃmentaires et indispensables  ( cette sexuation nâimplique alors pas une dÃvalorisation et une invisibilisation des tÃches fÃminines Â). Une partie de lâactività fÃminine est rÃalisÃe sur le lieu dâhabitation, mais elle est pour lâessentiel destinÃe à lâautoconsommation (confection de vÃtements, bougies, etc.) et nâexiste plus aujourdâhui (3) ; à lâinverse, ce qui constitue à prÃsent le gros du travail domestique (cuisine, lessive, mÃnage) nây est que trÃs marginal (mÃnage et lessive de printemps, etc.) et lâÃlevage des enfants est fort sommaire (ils sont considÃrÃs et traitÃs comme des adultes en miniature).

Le passage au mode de production capitaliste rompt spectaculairement avec cette situation. Jusquâà la premiÃre moitià du XIXe siÃcle, certes, le capital utilise toute la main-dâÅuvre à disposition â donc hommes, femmes et enfants. Mais, avec lâessor de lâindustrie, cela devient dangereux pour la reproduction mÃme de la  race des travailleurs Â, comme dit Marx (jusquâà 14 heures de travail par jour, plus les trajetsâ). Or, lâaccroissement (ou du moins le renouvellement) du nombre de travailleurs est la condition de lâexpansion Ãconomique. De là lâassignation progressive des femmes à la maison pour effectuer les tÃches domestiques : quand salariat et marchandise deviennent la rÃgle, on assiste non seulement à une dÃpossession des moyens de production et de subsistance pour la grande majorità mais aussi à une sÃparation entre lieu de production (homme/usine, sphÃre publique) et lieu de reproduction (femme/foyer, sphÃre privÃe).

Pour ce faire, le capitalisme sâappuie sur le patriarcat â  type dâorganisation sociale oà lâautorità familiale et politique est exercÃe par les hommes Â. Les institutions (Etat, droit, religion, politiqueâ) visent à assurer la perpÃtuation et la stabilità de lâordre social dont la famille est lâÃlÃment fondamental puisquâelle permet la transmission du patrimoine. Il sâagit de fixer la classe ouvriÃre par le mariage, pour sâassurer son intÃgration et la reproduction de la force de travail, en promouvant le modÃle familial bourgeois et sa morale.
Cependant, lâindustrialisation tous azimuts au tournant du xxe siÃcle et les deux guerres mondiales conduisent le capitalisme à modifier la forme de la sexuation pour lâadapter à ses nouveaux objectifs. Afin de favoriser lâentrÃe des femmes dans le salariat du secondaire puis du tertiaire, il recourt à lâEtat ; et, avec lâexplosion de la sociÃtà de consommation et lâessor massif du salariat fÃminin, on assiste au milieu du XXe à un changement dans les rapports entre les sexes. Les femmes acquiÃrent une certaine indÃpendance Ãconomique et une certaine Ãgalità formelle.

Bien sÃr, le capitalisme ne  libÃre  pas pour rien les femmes : il a besoin dâune main-dâÅuvre à bas coÃt et dâune relance constante de la consommation par une augmentation du pouvoir dâachat, et la famille  traditionnelle  freine la mobilità des travailleurs. Par ailleurs, lâaccession de la bourgeoisie au pouvoir, avec la RÃvolution franÃaise, a entraÃnà une idÃologie favorisant lâidÃe dâune Ãgalità formelle entre hommes et femmes ( libertÃ, dÃmocratisme, valeur travail, rÃussite, compÃtition, individualisme Ââ). La fÃminisation du salariat a une implication directe et massive dans la lutte de classes : dâune part, le prolÃtariat (composà dâouvriers et dâemployÃs des deux sexes) est en expansion ; dâautre part, la famille nuclÃaire, qui Ãtait devenue la norme, explose.

Aujourdâhui, lâappropriation des femmes  se fait majoritairement sur un mode collectif, la domination devient indirecte, impersonnelle [â] Â. Depuis le xixe, le rÃle de lâEtat est majeur et croissant : il exerce, par le biais de la mÃdecine, un contrÃle sur le corps des femmes (contraception, IVG, etc.) et, grÃce à divers dispositifs (DASSâ), sur la famille (au dÃtriment du pouvoir du mari) ; il prend en charge une partie des tÃches de reproduction de la force de travail (crÃches, Ãducation, formation, santÃâ, SÃcu, allocsâ) ; il impose lâÃgalità juridique des femmes avec les hommes, met en place des rÃglementations concernant le divorce, lâadoption, la garde des enfantsâ Quant aux politiques familiales, elles cherchent plus la sauvegarde du couple parental que du couple conjugal (PACS, rÃforme du divorce â par consentement mutuelâ).

Lâimage de la femme au foyer a peu à peu Ãtà remplacÃe par celle de la travailleuse ou de la chÃmeuse ; et un nombre croissant de femmes participent à lâexploitation capitaliste (4) en accÃdant à des postes de pouvoir ou prestigieux â un phÃnomÃne  inÃluctable  mÃme sâil est plus ou moins rapide selon les secteurs. La sphÃre publique a de ce fait  perdu le caractÃre masculin qui la caractÃrisait Â. Cette  mixità croissante de la classe dominante (femmes, hommes, hÃtÃros, homos, Noirs, Blancs, Jaunes, etc.)  a pour consÃquence de  masquer, partiellement, les oppressions de genres, mais elle est surtout le reflet dâune rÃalità : la marchandise se fout du genre du prolÃtaire et encore plus de celui du capitaliste Â. Il nây a en fait une avancÃe que pour les bourgeoises.

En revanche, la sphÃre privÃe demeure le domaine des femmes : les tÃches domestiques et la reproduction de la force de travail leur reviennent toujours ; toutes restent  dÃterminÃes par leur fonction reproductrice  (mÃme si plus elles montent dans la hiÃrarchie sociale moins elles font dâenfants) ; et il y a persistance des violences à leur encontre (viol, sexismeâ). Cette double actività des femmes, qui  combine  leur statut au foyer de la sociÃtà patriarcale avec celui de salariÃe (5), incite Incendo à parler prÃsentement de  domination masculine  plutÃt que de  patriarcat  :  Les hommes dÃtiennent majoritairement le pouvoir, mais la sociÃtà (occidentale) nâest plus organisÃe (juridiquement, politiquement) dans le sens de la division sexuà du travail et lâexclusion des femmes des activitÃs donnant du pouvoir (monopole de la politique, de lâusage des armes et des outils les plus efficaces). Â

FÃminisme et rÃvolution

Une fois cette analyse faite, cependant, Incendo se heurte â comme nombre dâautres â à des questions telles que :  Existe-t-il une double contradiction, au sein des classes et au sein des genres ? Les bourgeoises peuvent-elles prendre part à la rÃvolution ? Peut-il y avoir des âsolidaritÃsâ entre femmes au-delà des classes â et inversement ?  Poursuivant sa rÃflexion, le collectif de la revue sâest penchà sur le mouvement des femmes des annÃes 1970 et ses trois courants fÃministes principaux :

le fÃminisme radical (avec en particulier Questions fÃministes et la tendance des lesbiennes radicales), qui tient les femmes pour une classe. Le capitalisme Ãtant le fruit du patriarcat, le sexisme en est un des fondements ; et si on ne peut abattre lâun sans lâautre, lâennemi principal reste le patriarcat ;
lâessentialisme ou le diffÃrentialisme (dont PsychÃpo [6]), qui valorise le corps des femmes et leur capacità reproductrice, la  fÃminitude Â, en souhaitant un contrÃle des naissances et lâappropriation des enfants par les femmes ;
le courant lutte de classes (notamment le groupe/journal des PÃtroleuses et le Cercle Elisabeth-Dmitriev) pour qui la convergence de la lutte des femmes et de la lutte des classes est une nÃcessità (le capitalisme ayant utilisà les structures du patriarcat prÃexistantes), et qui sâintÃresse aux luttes des femmes dans le salariat. LâidÃe admise dans ce courant est que les femmes subissent une domination, et non une exploitation spÃcifique, et quâelles ne sont pas toutes dominÃes pareil (bourgeoises et prolÃtaires nâont pas les mÃmes intÃrÃts). Mais les choix stratÃgiques divergent ensuite, selon les analyses faites, entre : la lutte de classes est primordiale, et la lutte des femmes doit Ãtre liÃe à elle ; ou la lutte des femmes est en soi anticapitaliste ; ou encore la lutte des femmes contre le patriarcat et la lutte des prolÃtaires contre le capitalisme doivent se rejoindre dans un affrontement principal contre le  systÃme Â.
De nos jours, le mouvement des femmes a quasi disparu mais ces sensibilitÃs fÃministes subsistent, rappelle Incendo, qui constate à propos des fÃministes et lesbiennes radicales :  Bien que lâhomosexualità tende de plus en plus à Ãtre intÃgrÃe par le capitalisme, la critique de lâhÃtÃrosexualità et de son pendant, la pression à la maternitÃ, ont toujours lieu dâÃtre Â, mais  cette critique peut aboutir à la thÃorie du lesbianisme comme stratÃgie politique, (et parfois) à des tendances sÃparatistes anti-hommes, dÃnonÃant lâhÃtÃrosexualità comme une forme de collaboration avec lâennemi ou de soumission volontaire. Par cette posture, il sâagit de refuser la domination masculine, mais certainement pas le sexisme, et encore moins les genres Â.

Les essentialistes continuent de valoriser la  nature  fÃminine, la maternità et la  sororità Â, en idÃalisant souvent des sociÃtÃs prÃcapitalistes et en voulant se rÃapproprier des savoirs anciens.

Et puis, à cÃtà des  spÃcialistes du genre  (universitaires et intellectuelles sâexprimant dans les facultÃs, lâÃdition ou les mÃdias), on note lâaction de groupes (Chiennes de garde, Ni putes ni soumises, la Marche mondialeâ) souvent citoyennistes social-dÃmocrates qui cherchent par une pression sur lâEtat, et au moyen de campagnes de lobbyisme et dâun recours à la justice, à dÃfendre les droits des femmes. Ces groupes veulent corriger les dÃfauts de la domination masculine et amÃliorer la  condition des femmes  par des amÃnagements qui sâinscrivent en fait dans les Ãvolutions du capitalisme (paritÃ, Ãgalità salariale, dÃfense du droit à lâavortementâ) [7].

Pour Incendo, lâaccent qui a Ãtà mis de plus en plus, dans le mouvement des femmes, sur le privÃ, le mode de vie, explique sa dÃliquescence : si  le personnel est politique Â, la politique ne sây rÃduit pas ; et sâil est impÃratif de parler de soi, cela peut conduire à un glissement vers  la politique câest le privà  quand on se cantonne à une dÃconstruction ( remise en cause individuelle et personnelle des genres Â) sans sâimpliquer dans des mouvements sociaux. Cette dÃconstruction,  comme toute alternative, se rÃduit à la recherche du bonheur individuel dans la sociÃtà capitaliste Â, alors que, les genres nâÃtant pas  des identitÃs figÃes [mais] une construction sociale, il nâest pas possible de sâextraire des rapports sociaux dont ils sont la manifestation (8) Â.

Si les femmes constituent bien un groupe dominà en raison de leurs supposÃes capacitÃs reproductrices, bourgeoises et prolÃtaires  ne sont pas toutes soumises aux mÃmes conditions matÃrielles et ont des intÃrÃts contradictoires Â. Toutefois, dans lâimpossibilità dâavancer davantage sur la question des genres et des classes, Incendo sâen remet ensuite à la rÃvolution :  Ce mouvement abolissant dÃfinitivement lâordre des choses existant, câest-Ã-dire les rapports sociaux de ce monde de merde (Etat, propriÃtÃ, capitalisme, exploitation, valeur, argent, salariat, lâÃchange, les classes, etc.), supprime dans un mÃme temps la nÃcessità de reproduire la force de travail, la famille et les genres. Lâabolition du salariat et lâactività rÃvolutionnaire mettent fin à la distinction entre actività sociale et actività individuelle, entre les diverses sÃparations (temps de travail, de repos, de loisir, etc.), donc aux bases du travail domestique (la sÃparation entre sphÃre privÃe/reproductive et sphÃre publique/productive). Â

Commentaires sur ce qui prÃcÃde

Certaines analyses dâIncendo concernant les sociÃtÃs prÃcapitalistes paraissent sÃduisantes (comme la non-dÃvalorisation des tÃches fÃminines alors), mais elles nâen demeurent pas moins des hypothÃses. Tout dÃpend qui plus est des classes sociales ÃtudiÃes, et on ne peut de toute faÃon  mesurer  par exemple le renforcement de la domination masculine avec lâavÃnement de la bourgeoisie. Par ailleurs, Incendo Ãcrit que le patriarcat  concerne surtout les sociÃtÃs industrielles contemporaines  ; est-ce à dire quâil aurait durà en France à peine un ou deux siÃcles ? Comment dÃs lors qualifier les sociÃtÃs antÃrieures â et nây avait-il vraiment pas, dans ces sociÃtÃs, de hiÃrarchie entre les sexes sur la base de la diffÃrenciation des tÃches ? Ce serait Ãtonnant vu lâimportance de la force physique ainsi que du nombre dâenfants (de  bras Â) dans lâÃconomie rurale. Quant à lâ invention  des tÃches mÃnagÃres attribuÃe au capitalisme, il nâest que de se rappeler lâorigine du mot  domestique  (domus = maison) pour se dire que, dÃjÃ, la sociÃtà romaine en avait quelque idÃe. Enfin, le renvoi des femmes à la maison avec lâessor de lâindustrialisation est à relativiser beaucoup, puisquâau dÃbut du xxe siÃcle la moitià de la population franÃaise Ãtait encore agricole, avec donc nombre de femmes travaillant sur leur lieu de vie, et que les bourgeoises Ãtaient cantonnÃes au foyer.

On a par ailleurs un peu lâimpression, à la lecture de la revue, que le patriarcat et le capitalisme sont des entitÃs sÃparÃes et monolithiques. Ce sont pourtant les structures mÃmes (à la fois Ãconomiques, institutionnelles et sociales) dâun mÃme pouvoir, qui se confortent lâune lâautre, et leurs tenants sont suffisamment mÃlÃs pour avoir fait couler des tonnes dâencre depuis des dÃcennies sur la question de savoir oà est la poule et oà est lâÅuf. Et puis, il existe au sein des classes supÃrieures une lutte constante et acharnÃe entre  progressistes  et  conservateurs Â, dans leurs recherches respectives dâun profit maximal, afin de promouvoir ou au contraire dâempÃcher les changements jugÃs nÃcessaires.

Concernant toujours le patriarcat, il est affirmà que la lÃgalisation de lâavortement et de la contraception lui a portà des  coups fatals Â, et que ce terme est donc dÃpassà pour qualifier les sociÃtÃs actuelles. Pourquoi pas lui prÃfÃrer la  domination masculine Â, en effet â mÃme si un nombre croissant de femmes intÃgrent les hautes sphÃres ? Il nâempÃche que, en dÃpit de ses transformations, la famille demeure le pilier du systÃme en place (elle Ãtablit lâappartenance à une classe, favorise ou gÃne lâascension sociale, sert de base au soutien Ãconomique entre les gÃnÃrationsâ) ; et que le mariage traditionnel nâest pas  devenu obsolÃte  autant quâIncendo lâestime : aprÃs quelques annÃes dâunion libre, on y vient encore pour transmettre le patrimoineâ mais aussi parce quâil y a lâenvie dâÃtablir un lien stable et durable fondà sur la fidÃlitÃ. Car lâexigence de fidÃlità  dâantan  nâa pas disparu, loin de lÃ, et, marià ou non, le couple demeure le modÃle dominant. MÃme sâil sâest  libÃralisà  avec le  turnover  des familles dÃcomposÃes-recomposÃes et les divorces qui soldent aujourdâhui plus de la moitià des mariages, on observe en gÃnÃral dans sa pratique une fidÃlitÃ-Ã-lâautre le temps de la relation â partant, une appropriation de lâautre.  La permanence du couple peut notamment sâexpliquer par les difficultÃs Ãconomiques qui poussent à sâassocier pour Ãlever un enfant Â, suggÃre Incendo ; cependant, parmi les autres facteurs, il y a fortement le dÃsir de vivre ensemble dans la fidÃlitÃâ avant de se quitter pour reformer un autre couple, sur les mÃmes bases le plus souvent.

Plus gÃnant à mes yeux, dans les thÃses prÃsentÃes, est lâespÃce de dÃterminisme sous-jacent â par exemple concernant la lutte menÃe par les femmes dans les annÃes 1970 :  Est-ce le mouvement des femmes qui a fait Ãvoluer les rÃtrogrades mentalitÃs franÃaises ? [â] Et si les campagnes fÃministes nâÃtaient que lâeffet et non la cause ? Comme tous les groupes/orgas gauchistes qui sont en plein dÃveloppement dans les annÃes 1960, lâÃmergence du mouvement fÃministe est rÃvÃlatrice des bouleversements Ãconomiques et sociaux, et de la conflictualità des rapports sociaux de la pÃriode. [â] En fait, cette lutte nâÃtait pas en contradiction avec la modernisation de la sociÃtÃ, au contraire. Â

Porter un regard distancià et critique sur le fÃminisme (comme sur nâimporte quel autre courant de pensÃe) a bien sÃr son utilità ; et il nâest pas faux de dire que toutes les  avancÃes  (avortement, contraceptionâ ou autres) obtenues par des mouvements sociaux, sur la base de revendications nÃes des Ãvolutions Ãconomiques, satisfont en partie le capitalisme pour un profit maximal â de mÃme que, quand un rapport de forces sur le terrain Ãconomique et social permet dâarracher quelque chose, le pouvoir nâa de cesse de le rÃcupÃrer pour lui Ãter son aspect subversifâ Mais, dâune part, que le capitalisme ait pu choisir dâamÃliorer la  condition fÃminine  pour favoriser lâindustrialisation puis la tertiarisation des emplois ne signifie en rien que le rÃsultat aurait Ãtà le mÃme en lâabsence du mouvement de libÃration des femmes. Dâautre part, si on pousse plus loin ce type de raisonnement dÃterministe, pourquoi ne pas attendre tout simplement que les Ãvolutions Ãconomiques entraÃnent les changements sociaux â que, par exemple, les  conditions  soient remplies pour que surgisse un nouveau mouvement des femmes ? (La renaissance de ce mouvement, dit Incendo,  ne dÃpend Ãvidemment pas de lâÃnergie ou du volontarisme de quelques-unes mais des conditions de ce dÃbut de XXIe siÃcle qui restent à Ãtudier Â.)

Concernant les classes et les genres, Incendo nous propose une conclusion au mÃme caractÃre inÃluctable :  Avec la rÃvolution, sexuation et genres auront de fait Ãtà abolis par les individus immÃdiatement sociaux [âdÃjà transformÃs par la communisationâ]  ; le processus insurrectionnel  intÃgrera inÃvitablement la question des genres, et entraÃnera pour nous, à terme, leur abolition sous peine de sombrer dans la contre-rÃvolution Â. Or, sâil est profondÃment vrai que câest dans les situations de rupture, rÃvolutionnaires, que les gens se transforment (rÃle, attitudesâ) et que les rapports sociaux habituels sont bouleversÃs ou interrompus, sâavancer davantage me paraÃt faire preuve dâun optimisme forcenà car la mÃcanique sociale ne fonctionne pas de faÃon aussi  magique Â. Incendo met juste un bÃmol à sa description : tout ne baignera pas aussitÃt, et donc il faudra une  pÃriode de transition (non pas de dÃpÃrissement de lâEtat, mais de dÃpÃrissement des mentalitÃs capitalistes) vers le communisme Â. Pour ma part, je nâai pas besoin de dÃmontrer la nÃcessità dâune rÃvolution par quelques  preuves  pÃchÃes dans lâHistoire : le dÃsir que jâen ai me fait plutÃt, je lâavoue, chercher les signes dâune avancÃe vers cette rÃvolution dans les rapports de forces actuels.

DerniÃres remarques, en ce qui concerne la domination masculine : le mariage nâa pas selon moi pour seuls fondements la transmission du patrimoine et le souci quâa eu la bourgeoisie devenue dominante dâinculquer ses valeurs ; il a Ãtà bien avant, pour lâEglise et lâEtat, un formidable outil de rÃpression sexuelle â et câest pourquoi la libÃration sexuelle, le droit de disposer de son corps, a constituà une des principales revendications du mouvement des femmes. Or, cette libÃration est quasi absente de la revue.

De mÃme, Incendo ne consacre à la maternità guÃre plus quâun tract sur le dÃsir deâ stÃrilisation pour ne pas avoir dâenfants, en remarquant :  Le communisme nâabolira Ãvidemment pas la distinction entre qui porte les enfants et qui ne les porte pas. Cependant la grossesse nâest pas un phÃnomÃne naturel, elle est organisÃe socialement (diffÃremment selon les Ãpoques, les sociÃtÃs et les rÃgions).
Aujourdâhui cela implique la constitution du groupe femmes et la domination masculine. La maniÃre dont sera traitÃe et rÃsolue la question de lâorganisation de la grossesse pendant la communisation est cruciale et trÃs problÃmatique. Câest notamment sur cette question, la maternitÃ, que risque de buter lâabolition des genres, donc la communisation.  Quant à moi, je considÃre â encore â la grossesse comme un phÃnomÃne naturel ; ce qui ne lâest pas, câest lâorganisation de la reproduction.âMais, quoi quâil en soit, ce nâest sÃrement pas par un recours accru à la science (comme beaucoup le souhaitent, pour des bouleversements qui laisseront trÃs loin derriÃre la  rÃvolution  des bÃbÃs-Ãprouvettes [9]) que lâÃmancipation socialeâ naÃtra.

Enfin, Incendo constate à juste titre que nombre de femmes ne remettent pas en question la sexuation, surtout pour ce qui est de la garde des enfants ; que la non-mixità ne peut rÃgler le problÃme des inÃgalitÃs entre les femmes, autrement dit du pouvoir quâont celles qui parlent fort, facilement, etc., et que le pouvoir nâest donc pas  forcÃment masculin Â, comme le capitalisme nâest  ni blanc ou ârÃservÃâ aux hommes actuellement, ni hÃtÃrosexuel pour toujours Ââ Autant dâobservations qui rejoignent celles faites par un certain anarcha-fÃminisme (10), et qui pointent la nÃcessità de croiser lutte anticapitaliste et lutte antipatriarcale pour avancer vers un processus rÃvolutionnaire.

Vanina

[1]

Notes
[1] 1. Hors-sÃrie du collectif Incendo (http://incendo.noblogs.org), vendu 3 euros en librairie, prix libre ailleurs.
2. Les mots suivis dâun astÃrisque sont dÃfinis dans lâencadrà p.â27.
3. Les tÃches mÃnagÃres actuelles sont pour une bonne part inutiles : voir le temps passà au mÃnage par les femmes salariÃes et par celles qui sont au foyer ; nÃanmoins, avec lâarrivÃe dâun enfant, le travail des femmes augmente beaucoup par rapport à celui des hommes.
4. A la diffÃrence des femmes des classes supÃrieures dâautrefois, qui en profitaient seulement grÃce à la situation de leur Ãpoux.
5. Cela explique pour une bonne part la rÃalità du travail à temps partiel : il est à 80 % effectuà par des femmes en France. En 2005, les  familles monoparentales  (7 % des foyers) Ãtaient à plus de 90 % des femmes Ãlevant leur-s enfant-s seules. Dans 85 % des cas de divorce, les enfants sont confiÃs à la mÃre, et 96 % des bÃnÃficiaires de lâallocation de soutien familial sont des femmes.
6. Antoinette Fouque, avec  Psychanalyse et politique Â, a crÃà en 1973 et 1974 les Ãditions et librairies Des femmes, puis sâest approprià le sigle MLF en le dÃposant comme une marque en 1979.
7. Certains collectifs, note Incendo, mÃnent des campagnes de sensibilisation (contre les jouets sexistes, le publisexismeâ) à destination du grand public et à lâimpact trÃs rÃduit. Convaincus que  le sexisme puise son origine dans lâÃducation, les mÃdias, la publicitÃ, ils croient que câest en modifiant lâÃducation, et en Ãpurant les mÃdias et la publicità que lâon pourra abolir le sexisme Â, alors que lâoppression des femmes  repose sur des bases bien plus profondes  et que lâ Ãducation nâest quâun vecteur Â.
8. Incendo adresse le mÃme reproche aux Queer : sâil faut dÃpasser le genre et les identitÃs sexuelles, leur refus des normes en cours ne conduit pas à la destruction dâun cadre dâoppression, plutÃt à son Ãlargissement (par le choix dâautres normes) ; et leur ignorance des rapports de classes crÃe les limites de leur revendication car le capitalisme sâaccommode fort bien des changements à caractÃre personnel.
9. Lire par exemple  Biologie et homoparentalità  (Le Monde du 27 octobre 2012) sur la possibilità prochaine â grÃce aux cellules souches IPS â pour les homosexuel-le-s dâavoir des enfants biologiques porteurs de gÃnes des deux parents ; et, pour une mÃme personne, de produire à la fois des ovules et des spermatozoÃdes.
10. Voir, entre autres, LibÃration des femmes et projet libertaire, ouvrage collectif de lâOCL paru chez Acratie ; et le
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