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(fr) Le Monde Libertaire nÂ1692 (20-26 dÃcembre 2012) (en)
Date
Wed, 26 Dec 2012 12:29:08 +0200
Contenu ---- Ãditorial du nÂ1692 ---- Florange : la social-dÃmocratie en action ---- La
bibliothÃque La Rue rouvre ses portes ---- La dÃsobÃissance civile ---- MÃthodes
infaillibles pour combattre la pauvretà ---- Ãditorial du nÂ1692 ---- Quâest-ce quâon va
trouver sous le sapin ? Des chÃmeurs. Plein de chÃmeurs. EnfoncÃs, les Playmobil ! LâarmÃe
des sans-emploi va les submerger inexorablement. On prÃvoit des records pour 2013, des
centaines de milliers dâemplois en moins. 10 % ou 11 % de chÃmeurs dans la population
active. Et tout Ãa avec une statistique officielle qui masque une bonne moitià des
effectifs. ---- ConsÃquence : 8,6 millions de personnes en dessous du seuil de pauvretà en
France en 2010. Les statistiques arrivent toujours trÃs tard, et on est pris de vertige Ã
lâidÃe de ce quâil doit en Ãtre maintenant que la crise sâest approfondie. 10 millions ?
Allez savoir !
Au bÃnÃfice de la crise, dont ils sont responsables et quâils exagÃrent à lâenvi, les
capitalistes restructurent à tout va. Rien quâà PSA, Varin relance de 1 500. Et le
gouvernement du redressement productif leur donne la main, roulant les travailleurs dans
la farine et baissant culotte devant les barons de lâargent.
Câest lâeffet Mittal : Hollande, Ayrault et le gouvernement se dÃballonnent devant le
patronat arrogant et mondialisà de lâacier, aussitÃt les maÃtres de forge
bien-de-chez-nous relÃvent encore la tÃte. Les 20 milliards de cadeau faits il y peu à ces
fauves nâauront Ãtà pour eux quâune mise en bouche. Insatiables, on vous dit !
Du reste, une  bonne  nouvelle sur le front des salaires. Une catÃgorie, restreinte mais
influente, a vu son sort sâamÃliorer nettement ces derniÃres annÃes : celles des patrons
des grandes entreprises cotÃes en Bourse. 2010 avait Ãtà une annÃe faste (34 %
dâaugmentation en moyenne). 2011 nâa vu quâune progression moyenne de 4 %, ce qui
correspond à un bonus de 13 000 euros par mois, le total annuel dÃpassant les 4,2 millions
dâeuros. On finirait par croire que leur salaire est indexà sur le taux de chÃmage.
Alors, cette annÃe, le sapin, devinez ce quâon devrait en faire ?
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Florange : la social-dÃmocratie en action
La vraie diffÃrence entre la droite et la gauche parlementaire, câest que lâune assume
quand lâautre sâefforce vainement de prÃtendre que le changement câest maintenant. Lâune
est cohÃrente, lâautre sâenlise dans ses contradictions. Les deux, bien sÃr, sont la mÃme
saloperie. Lâaffaire ArcelorMittal est un  bel  exemple des cafouillages et de
lâhypocrisie de cette gauche parlementaire.
Histoire dâun enfumage total
Je ne reviendrai pas, dans le prÃsent article, sur les tout dÃbuts de cette histoire (se
reporter au Monde libertaire n 1690 pour cela), mais seulement sur les rebondissement
quâelle a connus depuis le 30 novembre dernier, date à laquelle le Premier ministre,
lâinfÃme Jean-Marc Ayrault, annonce la conclusion dâun accord entre le gros Mittal et le
gouvernement. La question de la nationalisation ( audacieusement  ÃvoquÃe par Arnaud
Montebourg quelques jours auparavant) nâest, bien sÃr, plus dâactualità (que voulez-vous,
la patronne du Medef avait dit :  Non ! Â) et le deal passà prÃvoit le simple versement
de 180 millions dâeuros dâinvestissement de la part dâArcelorMittal, Ãchelonnà sur cinq
ans. Du fric, donc, mais pas la promesse de redÃmarrer dans la foulÃe les hauts-fourneaux
à lâarrÃt, principale raison de la colÃre des salariÃs du site. En outre, sur les millions
promis, moins dâun tiers seront rÃservÃs aux investissements stratÃgiques (les deux autres
tiers concernant  le flux dâinvestissements courants, les investissements de pÃrennitÃ,
santÃ, sÃcurità et progrÃs continu, et la maintenance exceptionnelle Â), ce qui en dit
long sur la volontà de Mittal (et du gouvernement signataire) de prÃserver le site
mosellois. Le mercredi 5 dÃcembre, le Premier ministre invite à lâÃlysÃe les syndicalistes
de Florange qui, en sortant, assurent que  la rÃsistance continue, le combat continue Â.
Et ils ont bien raison puisque, le lendemain, ArcelorMittal annonce lâabandon dâUlcos, le
fameux projet de captage et stockage de CO2 qui, sâil avait Ãtà retenu, aurait sans doute
permis de sauvegarder le site. En lâapprenant, Ãdouard Martin, un des leaders CFDT de
Florange, dÃclare alors quâArcelorMittal vient de signer  lâarrÃt de mort de la filiÃre
liquide  du site. Jean-Marc Ayrault, lui, toujours aussi con ou cynique (voire les deux),
se contente de dire quâil nâest pas  dÃfaitiste Â.
Les larmes des Ãdiles
Quelques Ãlus PS exprimeront leur dÃsaccord et leur sentiment de sâÃtre fait duper par
Mittal (câest quâils ne sây attendaient sÃrement pas, les pauvres bougres !). Certains
types de lâUMP, sans doute dÃboussolÃs par la crise interne de leur parti, se joindront
aussi aux critiques et aux dÃsillusions, quitte à se rapprocher dangereusement des
positions syndicalistes. Mais cet Ãtalage dâhypocrisie Ãminemment spectaculaire ne suffira
pas à nous faire croire que tous ces politicards ne se doutaient pas un seul instant que
Mittal, premier aciÃriste du monde, tiendrait des engagements quâil nâavait mÃme pas
signÃs. Quant aux soutiens de lâaccord, Ã part au sein du gouvernement, il faudra les
chercherâ à la CFDT ! Pas à la section de Florange, plus en colÃre que jamais, mais à la
tÃte de la confÃdÃration oà Laurent Berger, le nouveau secrÃtaire gÃnÃral, a affirmà que
lâaccord signà Ãtait  acceptable Â. Ce nâest pas la premiÃre fois que la tÃte de ce
syndicat poignarde dans le dos les plus combatifs de ses adhÃrents (souvenez-vous des
salariÃs de SeaFrance lâan dernier), et on peut aisÃment parier quâavec le PS au pouvoir
elle continuera sans relÃche à le faire, si dÃsireuse quâelle est de devenir le partenaire
social numÃro 1 du gouvernement.
AprÃs Florange, Basse-Indre ?
Lâaccord conclu entre lâÃtat et Mittal stipule Ãgalement que les deux premiÃres Ãtapes de
production (dÃcapage et laminage des bobines de mÃtal) du site ArcelorMittal de
Basse-Indre seront transfÃrÃes à Florange. Ce qui implique la suppression dâune
soixantaine dâemplois, malgrà les promesses de reclassement faites par la direction du
groupe. Et câest pourquoi les salariÃs de Basse-Indre ont cessà le travail pendant
vingt-quatre heures lundi 10 dÃcembre dernier. Comme ils le disent eux-mÃmes, non
seulement ce transfert met en pÃril lâavenir de leur site, mais il ne sauvera en aucun cas
celui de Florange. FrÃdÃric Gautier, dÃlÃguà syndical CGT, estime que, si ce transfert
avait bien lieu, Â le pronostic vital de Basse-Indre serait engagÃ, car on amputerait
notre process Â. DerriÃre cette clause de lâaccord tant chÃri par Jean-Marc Ayrault semble
donc dangereusement se dessiner la fermeture dâun autre site ArcelorMittal en France. Rien
nâest certes encore jouÃ, mais les premiers signes laissent prÃsager le pire.
Et pendant ce tempsâ
Eh bien, pendant ce temps, entre deux expulsions de campements de Roms, entre deux
extraditions de prisonniers politiques, entre deux discours dÃbilitants du roquet Valls,
entre deux coups de pelleteuse à Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement Hollande se la
joue de gauche avec le droit de vote des Ãtrangers et autres mariages homosexuels.
Quelques avancÃes sociÃtales â qui nâen restent pas moins timidement promises â qui ne
font quâocculter une politique Ãconomique et sociale profondÃment libÃrale, dans la
continuità des mÃfaits de la droite au pouvoir. Quâon se le dise, rien ne change, rien ne
bouge, sous les drapeaux roses de la gauche parlementaire, qui ne fait à nouveau que
confirmer quâelle est incapable â et quâelle ne souhaite pas â trouver de solution au
problÃme social. Alors, certes, les travailleurs gays de Florange pourront dÃsormais se
marier devant monsieur le maire, mais il nâempÃche quâils nâauront bientÃt plus de quoi
payer leur loyer, leurs factures, leurs crÃdits. Le mariage plutÃt que lâemploi, tel est
le deal de la politique globale du Parti socialiste. Câest Ãa la social-dÃmocratie, et
rien dâautre.
Guillaume Goutte
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La bibliothÃque La Rue rouvre ses portes
Pendant quatorze ans, les membres du groupe La Rue ont assurà la gestion de la
bibliothÃque La Rue situÃe au 10, rue Robert-Planquette (Paris XVIIIe), y consacrant
beaucoup de temps et dâÃnergie. GrÃce à eux, ce lieu historique est restà ouvert et vivant
malgrà une baisse de la frÃquentation. Ne se sentant pas la force de continuer lâaventure,
ils ont lancà de nombreux appels afin de trouver des personnes susceptibles dâassurer Ã
leur suite les permanences de La Rue.
Nous avons dÃcidà dây rÃpondre et sommes heureux dâannoncer quâà partir de janvier 2013 la
bibliothÃque sera ouverte tous les samedis de 15 heures à 18 heures.
Comme le rappelait Barbara (dans Le Monde libertaire n 1688), le fonds renferme des
ouvrages et documents rares qui mÃritent dâÃtre mis en valeur afin que La Rue soit un lieu
dâÃtude. Notre premier objectif est donc de rÃaliser un catalogue informatisà disponible
en ligne, notamment sur le blog de la bibliothÃque :
http://bibliotheque-larue.over-blog.com
La Rue est cependant et avant tout un lieu de rencontres et de dÃtente quâil convient de
faire vivre. Notre dÃmarche sâinscrit donc dans un projet plus ambitieux destinà à faire
du local La Rue un lieu militant oà il sera possible de lire et emprunter des ouvrages
variÃs, consulter la presse libertaire, discuter, participer à des dÃbatsâ
NâhÃsitez pas à venir à notre rencontre.
Adrien (sympathisant)
Franck (groupe Louise-Michel)
Marie (groupe Louise-Michel)
Michel (sympathisant)
BibliothÃque La Rue
10, rue Robert-Planquette, 75018 Paris.
bibliothequelarue (arobase) no-log.org
larue75018 (arobase) yahoo.fr
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La dÃsobÃissance civile
On ne sâimprovise pas dÃsobÃissant collectif. Ãa se travaille. Dans le dÃsordre et la
discipline.
Je me suis rendue à un stage de formation à la dÃsobÃissance civile pour connaÃtre les
outils de ce mode dâaction qui privilÃgie lâorganisation aux dÃpens de la spontanÃitÃ. Il
permet de casser les routines des modes traditionnels de revendication â comme une
manifestation ou un rassemblement â qui, sâils sont nÃcessaires dans un premier temps,
sont insuffisants par la suite et minent souvent le moral des  troupes Â. Ils doivent
alors sâaccompagner dâactions plus radicales qui dÃpassent lâobjectif dâinformation et
dâexpression dâune opposition pour bloquer un fonctionnement : faire perdre du temps, de
lâargent à nos ennemis ou les discrÃditer aux yeux de lâopinion publique.
Campagne et stratÃgie collective
Ce type dâactions requiert une stratÃgie collective : il doit y avoir des paliers dans la
lutte. Les dÃsobÃissants appellent Ãa une  campagne Â, câest-Ã-dire un plan dâaction. Si
on sâaccorde sur le fait quâune poignÃe de gens ne fera pas tomber le capitalisme et quâil
faut se faire davantage dâalliÃs que dâennemis, il faut passer dâabord par des actions
lÃgales, mÃme si on les sait inutiles : cela lÃgitime par la suite les actions plus
radicales aux yeux de lâopinion publique. Cela met des personnes de notre cÃtà lors de la
phase lÃgale des opÃrations, augmentant ainsi le nombre de gens susceptibles de nous
rejoindre dans la radicalitÃ. Lâobjectif peut ne pas Ãtre uniquement lâabolition du
capitalisme, vaste programme un peu dÃcourageant par son ampleur, mÃme sâil est prÃsent
dans le discours.
Avant de passer à lâaction, les dÃsobÃissants privilÃgient rassemblements, manifestations,
pÃtitions, lettres aux Ãlus.
Lorsque vient le moment de lâaction, elle est mÃrement rÃflÃchie et rÃclame une
organisation mÃticuleuse en amont. Au cours du stage auquel jâai participÃ, un grand jeu
de rÃle nous a donnà un aperÃu des consÃquences du manque de prÃparation et dâorganisation
dâune action. Un groupe de manifestants devait occuper une prÃfecture, il en Ãtait empÃchÃ
par les forces de lâordre. Les participants au jeu Ãtaient soit des agents des forces de
lâordre, soit des manifestants, dâautres avaient un rÃle inconnu des autres joueurs. Dans
le feu de lâaction, on a pu se rendre compte â alors que ce nâÃtait quâun jeu â quelle
importance peut prendre le climat Ãmotionnel gÃnÃrà par une situation inhabituelle :
beaucoup de bruit, de stress, ce qui laisse davantage de place à lâimpulsivitÃ, aux
sentiments, à lâirrationnel, à lâÃmotionnel plutÃt quâà la raison, aux gestes et aux
paroles maÃtrisÃs. Chacun a sa stratÃgie quâil considÃre comme la meilleure. La confusion
qui en dÃcoule aboutit à des divisions dans les rangs des manifestants. Sâorganiser en
amont permet plus de sÃrÃnitÃ, chacun sait ce quâil a à faire, à dire, et jusquâoà il peut
aller dans les initiatives nÃcessaires pendant la durÃe de lâaction. Cela favorise
lâÃmergence dâune force collective bien utile pendant lâaffrontement.
Sâorganiser, câest dÃcider ensemble des objectifs de lâaction, se choisir une cible et
trouver les moyens humains et matÃriels pour arriver à ses fins. Lors du stage, on apprend
que Ãa ne sâimprovise pas, que Ãa nÃcessite de se former aux techniques dâÃlaboration
dâune stratÃgie et de prÃparation des actions. Lâanimateur du stage, par ses expÃriences
et sa connaissance du sujet, nous a transmis, dans le temps limità dâun week-end, un peu
de son savoir. Il nous a donnà une grille de questions à se poser et dâÃlÃments à prendre
en compte pour prÃparer lâaction. Cela va du repÃrage des lieux, du contexte, du matÃriel
à la rÃpartition des rÃles.
Les participants se rÃpartissent les rÃles selon leurs compÃtences, leurs forces, leurs
faiblesses et leurs envies. Les  actions dÃsobÃissantes  ont lâavantage de concerner un
Ãventail large de la population, jeunes, vieux, personnes en petite forme physiqueâ Tous
Ãtaient prÃsents au stage et prÃts à sâinvestir dans des modes dâactions radicaux touchant
à lâillÃgalitÃ. La conception  dÃsobÃissante  du militant est intÃressante car elle fait
appel à leur condition dâhomme et non à un surhomme hÃroÃque, prÃt à tout pour la cause.
Elle casse lâimage religieuse et orthodoxe du militant qui fait de ses activitÃs une
vocation religieuse pÃtrie de sacrifice, de douleur, de souffrance. Un  militant
dÃsobÃissant  a des limites et il les connaÃt. Il va choisir son rÃle dans lâaction. Il
ne va pas sâenchaÃner à une grille sâil a trop peur, ne va pas se suspendre à un arbre
sâil a le vertige. Il prÃfÃrera peut-Ãtre prendre soin du confort physique et moral de
celui qui est attachà (lâactiviste) en lui apportant de lâeau, à manger, des vÃtements
sâil a froid, en le tenant au courant du dÃroulement de lâaction. Il aura le rÃle dâ ange
gardien Â. Les mÃdiateurs, eux, sont chargÃs du dialogue avec les adversaires : forces de
lâordre, patrons, Il sont censÃs maintenir un climat serein pour retarder lâÃvacuation par
les forces de lâordre et faire durer lâaction en temporisant et en expliquant la lutte,
les revendicationsâ Il y a aussi les preneurs dâimages (photographes, cameramen), chargÃs
de relayer lâaction auprÃs des mÃdias indÃpendants. Les rÃfÃrents-presse sâoccupent du
contact avec les journaux rÃgionaux, voire nationaux. Ils vont transmettre aux mÃdias le
contenu des revendications portÃes par les participants de lâaction.
Les non-violents et les forces de lâordre
Les dÃsobÃissants sont conscients de la rÃpression policiÃre à lâencontre des opposants Ã
lâordre capitaliste, cet ordre qui privilÃgie les intÃrÃts dâune minorità (actionnaires,
multinationales, banques) aux dÃpens de la collectivitÃ. Pourtant, ils prÃnent aussi la
non-violence face à des CRS, montrant ainsi quâils reconnaissent la personne humaine avant
son rÃle social. Ils pensent que câest à la fonction quâil faut sâattaquer, et non à la
personne. Que les forces de lâordre sont des travailleurs au bas de lâÃchelle, des pions
comme dâautres, pris au piÃge du salariat. Cette attitude met en Ãvidence la
contradiction qui existe en chacun de nous, à savoir que, mÃme si on cherche à sâÃmanciper
de cette sociÃtÃ, on en est tous le produit et nos faÃons dâÃtre et dâagir dÃpendent
souvent de son fonctionnement. Ainsi, des travailleurs dâune usine polluante qui doit
fermer vont se mobiliser pour sauver leur usine, alors quâelle est nuisible à leur santÃ
et à lâÃcosystÃme.
Dans cette logique, les dÃsobÃissants ne considÃrent pas que les agents des forces de
lâordre sont tous sadiques, mÃme sâil y en a parmi eux. Ils ne pensent pas non plus quâils
ont tous choisi ce mÃtier pour le simple plaisir de frapper leurs contemporains. RÃagir de
faÃon non violente, en faisant preuve dâempathie et en favorisant le dialogue avec les
forces de lâordre, participe à enrayer lâescalade de la violence et aide à lâefficacità de
lâaction. La violence des manifestants rend lÃgitime et valorise, aux yeux de la
population, la fonction rÃpressive des flics. Un manifestant non violent va davantage les
surprendre, les renvoyer dans leur contradiction. Et puis, les dÃsobÃissants soutiennent
lâidÃe que la stratÃgie non violente peut induire une division parmi les agents des forces
de lâordre. Il y aura ceux qui continuent à Ãtre agressifs et dâautres, plus modÃrÃs, qui
finissent par se prendre de sympathie pour le manifestant.
Enfin, mÃme sâils reconnaissent que leur posture non violente nâempÃche pas toujours les
violences policiÃres, elle peut, avec les techniques quâelle suppose (le poids mort qui
bouge encore, la tortue, le train), faire perdurer lâaction et retarder lâÃvacuation par
les forces de lâordre.
Les rapports avec la presse
Les dÃsobÃissants sont conscients que les mÃdias appartiennent à des grands groupes
industriels qui sont complices du systÃme en place et desservent lâintÃrÃt de lâÃtre
humain au nom de gains financiers. Cette situation ne garantit pas lâobjectività de
lâinformation et peut entraÃner la dÃsinformation. Cependant, la rÃussite des actions non
violentes repose en large partie sur leur mÃdiatisation. Câest un moyen de sensibiliser
lâopinion publique sur le combat quâils mÃnent et qui lÃgitime la dÃsobÃissance. La
prÃsence de la presse permet aussi de limiter, voire dâÃviter les interventions musclÃes
des forces de lâordre.
Pour finir, lors dâune action dÃsobÃissante, les divergences sont mises de cÃtà au profit
dâun objectif commun. Ce type dâaction consolide les liens entre militants et donne un
cÃtà plaisant au militantisme.
Nos milieux libertaires devraient sâinspirer de ces diffÃrentes formes dâaction et des
acteurs qui les mettent en pratique car ils sont souvent engagÃs dans les mÃmes combats.
Je pense nÃcessaire de sortir de notre microcosme, enfermÃs que nous sommes dans une
posture puritaine qui nous Ãloigne du commun des mortels. Pour cela, nous devons nous
dÃbarrasser dâune vision puriste et manichÃenne de lâengagement selon laquelle il y aurait
ceux qui veulent changer le systÃme et ceux qui font semblant de le vouloir et qui en sont
les complices ! Nous devons rechercher des alliÃs dans les luttes. Le challenge du
libertaire nâest-il pas de porter, au sein de ce terreau de rÃsistances, un discours sur
la nÃcessità de crÃer sociÃtÃ, plus juste et Ãgalitaire, ÃmancipÃe de tout pouvoir et de
toute domination ?
Moriel
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MÃthodes infaillibles pour combattre la pauvretÃ
The Economist, un hebdomadaire britannique, est un magazine intÃressant à lire. Car il
dÃvoile sans fard la pensÃe des maÃtres de ce monde, les riches. En tout cas, celle des
plus intelligents dâentre eux. On dispose donc avec lui dâune pierre de touche utile. Les
riches intelligents sont en gÃnÃral un peu moins cruels, un peu moins cyniques que leurs
confrÃres moins douÃs. Toute ignominie approuvÃe par The Economist est par consÃquent
certainement partagÃe par lâintÃgralità des maÃtres. Une preuve parmi tant dâautres : le
numÃro du 15 dÃcembre 2012 comporte une chronique, rubrique  business  et  Schumpeter
Â. On aura reconnu le nom dâun Ãconomiste, pas dâun journaliste. Il sâagit bien dâun
pseudonyme, aucun article de TheâEconomist nâest signÃ. Câest heureux pour le journaliste
en question, car sa chronique passe les bornes, pourtant lointaines, du cynisme.
 Schumpeter  commence par se lamenter de lâÃtat de lâÃconomie. Bien entendu, il nâest
pas question pour lui de se demander pourquoi lâÃconomie va mal, ce serait courir un gros
risque. Mais il demande quand mÃme  comment les entreprises peuvent-elles prospÃrer quand
leurs clients sont sÃvÃrement gÃnÃs aux entournures Â. Â Comment les gouvernements
peuvent-ils sâoccuper des pauvres quand leurs budgets sont si tirÃs ? Â La lectrice du
Monde libertaire la moins savante en Ãconomie pourrait lui rÃpondre sans rÃflÃchir plus
dâune nanoseconde  si les riches ne passaient pas lâaspirateur dans les poches des
salariÃs et des Ãtats, peut-Ãtre quâil y resterait quelque chose Â. Non, The Economist a
pour but dâaider les riches à devenir plus riches. La rÃponse est donc fort diffÃrente.
Elle consiste en une idÃe simple.
Abandonnez les techniques de vol (en langage technique, le vol se dit  la vente Â, si
lâon parle dâune cliente, ou  le salaire  si lâon parle dâune employÃe) qui fonctionnent
avec les classes moyennes, puisque les classes moyennes sont en voie de disparition.
Appliquez maintenant partout les techniques de vol qui, auparavant, Ãtaient destinÃes à ne
vider que les poches des pauvres. Et notre Ãconomiste, dans son journal dâÃconomie, de
recommander des techniques de vol extraordinairement sophistiquÃes : les Grecs nâont mÃme
plus de quoi se payer de la purÃe en poudre ? Quâà cela ne tienne, ne baissez pas baisser
le prix au kilo, vendez simplement des boÃtes beaucoup plus petites. Yorgos Anachrysos ne
peut pas se payer une boÃte dâun kilo à cinq euros ? Il sâoffrira la boÃte de cent grammes
à cinquante centimes. Il suffisait dây penser. Maria Sinpesetas ne peut plus se payer un
baril dâOmo ? Elle achÃtera un berlingot. Petit, le berlingot. Petit, le profit sur le
berlingot ? Certes, mais les petits ruisseaux font les grandes riviÃres, et sâil y a plus
de pauvres il y a donc plus de gens pour acheter la purÃe en dà à coudre ou la lessive en
paquet de six molÃcules. Câest Ãcrit noir sur blanc par  Schumpeter Â.
DeuxiÃme mÃthode, faites comme Renault. La Renault est trop chÃre pour lâex-sidÃrurgiste
lorrain moyen ? Vendez-lui la Dacia !
Divisez votre production en deux : une marque riche, une marque pauvre. LâOrÃal pour
Marie-Chantal, Dop pour sa concierge.
TroisiÃme mÃthode, inondez le monde dâimprimantes en 3D. Oui, vous savez, ces imprimantes
qui ne fonctionnent pas au jet dâencre, mais au jet de plastique, et qui sortent nâimporte
quoi, une paire de tenailles, un vase, un coude de tuyau. Lorsque tout le monde en
possÃdera une, on nâaura plus besoin dâacheter des objets trÃs chers, il suffira dâun peu
de ce plastique dont sont faites les briquettes de Lego, et hop ! lâabondance sera à la
portÃe de tous.
Nestor Potkine
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