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(fr) Coordination des Groupes Anarchites CGA IAL #93 - Se dirige-t-on vers des pogroms anti-rroms ? (en)
Date
Tue, 25 Dec 2012 09:45:19 +0200
La situation en France devient de plus en plus critique pour la population rrom :
évacuations, expulsions, traques ---- Mais est-ce un fait nouveau ou un racisme ancré et
prêt à exploser avec la crise ? ---- Une discrimination légale ---- Les ressortissants
roumains et bulgares, et parmi eux plus particulièrement les rroms, sont victimes d'une
discrimination légale : bien que citoyens européens en théorie, ils sont en fait régi par
une disposition présentée comme une «mesure transitoire » lors de l'intégration des pays
d'origine à l'Union Européenne. Celle-ci, renouvelée à plusieurs reprises, rend
extrêmement difficile l'accès des rroms au travail, et par conséquent, à un logement
décent. ---- Les rroms ne peuvent postuler qu'à des offres concernant un des 150 métiers
classés "sous tension" par le gouvernement.
Ils doivent obtenir une promesse d'embauche et attendre l'autorisation de la préfecture.
Quant à leur employeur, il devait jusqu'à présent s'acquitter d'une taxe d'environ 800
euros si le contrat de travail porte sur plus d'un an.
Si la circulaire du 26 août prétend élargir la liste des métiers accessibles et affirme la
suppression de la taxe OFII, elle maintient le régime légal discriminatoire visant
essentiellement les rroms,
Cette discrimination légale s'ajoute à la discrimination existant dans le pays d'origine
pour les Rroms étrangers, et à la situation de misère qui leur est faite, et qui les met à
la merci autant de groupes racistes de type pogromistes que de groupes mafieux qui
profitent de leur vulnérabilité.
Des expulsions en pagaille
L'actualité de cet été 2012 et de la rentrée a été rythmée par des expulsions, de plus en
plus nombreuses et de plus en plus médiatisées, de bidonvilles, de camps, de squats
occupés par des rroms.
Beaucoup pensaient à tort que l'arrivée aux pouvoirs des socialistes allaient changer la
donne et que l'été 2010 (discours de Sarkozy à Saint Aignan suivi d'un plan d'expulsion
particulièrement important) n'était qu'un mauvais souvenir : leur espoir a dû en prendre
un sérieux coup !
A Lyon notamment, la liste est longue et résume bien la situation nationale :
• le 28/08 : 180 personnes sont évacuées d'un camp à Saint-Priest (banlieue lyonnaise)
alors que la Préfecture avait invité l'association Médecins du Monde à procéder à une
campagne de vaccinations ;
• le 13/09 : la veille de la venue du ministre Valls à Lyon, un campement est « nettoyé »
sur la Place Carnot dans le 2ème arrondissement ;
• le 19/09 : alors qu'un projet viable sur deux ans avait été proposé par l'association «
Demeurant Partout », le squat de la rue Montesquieu (7ème arrondissement) est expulsé
malgré la mobilisation des habitant-e-s du quartier.
• le 28/09 : un squat de 80 personnes dans le 9ème arrondissement est également expulsé....
Ces quelques exemples ne sont malheureusement pas les seuls et la liste est beaucoup plus
longue avec à chaque fois des adultes, des enfants, des nourrissons mis à la rue (plus de
700 personnes à Lyon).
De plus, les expulsions pour des raisons de sécurité et/ou d'insalubrité (nouvelle
trouvaille du gouvernement de gauche) sont suivies d'une traque sur plusieurs jours pour
d'une part, les empêcher de se réinstaller ailleurs et générer un climat de terreur
psychologique et physique (ou de les regrouper sur un même lieu comme c'est le cas sur la
commune de Saint-Fons en banlieue proche de Lyon), et d'autre part procéder à des
expulsions en cars en direction de la Roumanie.
Vous l'aurez donc bien compris : L’État n'a rien contre les rroms : il les protège en le
mettant à la rue avec leurs enfants, rendant le travail des associations encore plus
difficile en terme de suivi médical et de scolarisation des enfants!
Du racisme d’État au racisme populaire
Le racisme antirrom est sans doute celui que l'on peut qualifier de plus violent
actuellement en France, sans que ce constat conduise à minorer la violence du racisme que
vivent les autres minorités nationales.
D'abord parce qu'il est le racisme d’État qui prend la forme la plus violente : exclusion
du travail légal, traques policières, violences policières allant jusqu'à l'homicide,
exclusion du logement décent, expulsions de campement, politiques publiques légales ou de
fait visant à empêcher l'accès des enfants à la scolarité - refus d'inscription,
multiplication des entraves administratives -, criminalisation spécifique (par exemple le
délit de campement illégal ou de « vol de cuivre » créé sur mesure et utilisé pour
criminaliser la récupération de cuivre...), politiques visant à restreindre l'accès à la
santé, associées à des discours stigmatisant les rroms, les associant à la criminalité
organisée, dénonçant leur prétendu refus de travailler, etc.....
Ensuite parce que le racisme anti-rrom est très fortement ancré dans la population, y
compris au sein des autres minorités nationales opprimées par le système raciste. Ce
racisme mobilise très largement, au point que des mouvement de types pogromistes ont
commencés à voir le jour : manifestations de « riverains » exigeant l'expulsion de
campements, actes de violences racistes (agressions, jets de cocktails molotov...) ayant
entraîné à plusieurs reprise la mort, dans l'indifférence quasi générale.
Ces violences sont cautionnées par l’État, qui enterre les enquêtes pour homicides.
Outre l'implication de groupes racistes constituées dans certaines violences, à côté de
groupes progromistes « spontanés » constitués de riverains des campements, on peut
fortement soupçonner la main d'hommes de main au service des propriétaires dans certains cas.
Ce racisme n'est pas seulement actuel, doublé de xénophobie, mais trouve son origine dans
le racisme anti-rroms formé conjointement au développement de l'idéologie nationale en
France et en Europe, qui a désigné les rroms comme figure anti-nationale car associée au
nomadisme et à une population « non blanche ».
Il se structure autour des stéréotypes du rrom « voleur », « voleur de poule », vivant de
larcins et de travail informel, stéréotypes réactivés suite à l'afflux de rroms réfugiés
de Roumanie et de Hongrie.
Une partie de la minorité rrom française cherche à se dissocier en revendiquant son
appartenance nationale et en rejetant l'étiquette « rrom » pour celle de « tsiganes » ou «
gens du voyage », en reproduisant les stéréotypes racistes à l'égard des rroms étrangers
véhiculés par l'idéologie dominante, mais cela ne leur permet pas d'échapper à la
stigmatisation raciste, pas plus que les juifs français stigmatisant les juifs polonais et
slaves avant la guerre par soucis d'intégration n'échappaient à l'antisémitisme.
Deux exemples assez récents viennent malheureusement étayer les propos précédents :
• A Lille, le 29 septembre, entre 700 et 1000 personnes ont manifesté contre le projet
d'implantation d'un camp de rroms à Cysoing : bien évidemment, les organisateurs et élus
démentent toute trace de racisme dans ce mouvement « populaire »...
• A Marseille, le 27 septembre, ce sont les habitants d'un quartier qui ont chassé les
rroms installés en bas de leur immeuble. Dans la nuit, ce qui restait du camp a été
incendié...
Pour certain-e-s d'entre eux/elles, il s'agissait de la 17ème expulsion en deux ans !
Lutter contre les préjugés et organiser la solidarité entre opprimé-e-s.
Dans la période actuelle de tensions sociales dues à la crise et au développement
parallèle des groupuscules fascistes, la solidarité entre les opprimé-e-s reste pour nous
la solution.
En développant les luttes populaires pour l'accès au logement décent, en mettant en avant
la perspective de reprise des logements vides et de socialisation des logement, en luttant
pour l'accès de toutes et tous à un revenu, par la gestion des entreprises, nous pourront
combattre la logique du « chacun-e pour soi » et du « tou-te-s contre tou-te-s » dont se
nourri le racisme, et particulièrement le racisme anti-rrom.
Parce que c'est l'organisation économique de la misère et de l'appauvrissement du plus
grand nombre qui crée les conditions du cannibalisme social que sont les violences
racistes et pogromistes. C'est sur le terreau de la misère engendrée par le capitalisme
que l’État peut développer une politique visant à désigner des boucs émissaires pour
protéger la bourgeoisie.
En plus de jouer la carte de la division entre salarié-e-s pour mieux exploiter ce qui
peut l'être encore, l’État renforce également son arsenal raciste en stigmatisant tour à
tour les minorités nationales en désignant un « ennemi intérieur ».
En effet, en établissant des « ennemis intérieurs » responsables de tous les problèmes
(vols, violences, chômage...), l’État fractionne et oppose la population afin d'imposer sa
domination.
Il en va donc ainsi des rroms depuis quelques années et les incidents entre « citoyens »,
groupes fascistes et rroms risquent de se multiplier.
C'est déjà le cas en Grèce où la police locale n'intervient plus pour chasser les
populations étrangères mais conseille à ceux/celles qui les contactent, de faire appel aux
néo-nazis de l'Aube Dorée...
Ne nous laissons pas piéger par cette manœuvre et œuvrons pour une solidarité entre les
opprimé-e-s.
Ne nous laissons pas avoir par la poussée xénophobe, la crise sociale n'est pas la faute
des plus démunis (sans-papiers, rroms, chômeurs, précaires …). elle est le produit d'un
système capitaliste qu'il nous faut plus que jamais combattre et renverser, faute de quoi,
c'est la barbarie raciste qui deviendra la règle, avec les rivières de sang qu'elle
charrie toujours.
Groupe de Lyon
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