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(fr) France, Alternative Libertair #222 - Mayotte : Le colonialisme français tue toujours (en)
Date
Wed, 19 Dec 2012 13:30:32 +0200
La situation de Mayotte reste marquée par le colonialisme français, une situation qui
risque bien de durer, du fait du renouveau des intérêts économiques que représente la
région pour la France et ses multinationales.
Le 8 octobre dernier un énième naufrage est survenu sur les côtes de Mayotte dans l’Océan
Indien, la quatrième île de l’archipel des Comores devenue – illégalement – le 101e
département français le 1er avril 2011… Un naufrage qui une nouvelle fois n’a pas suscité
le moindre émoi,malgré un bilan extrêmement lourd : plus de 16 morts et disparus pour les
migrantes et migrants qui s’apprêtaient à débarquer. Une hécatombe dans ces eaux
françaises avec plus de 108 morts et disparu-e-s dont au moins 9 enfants depuis le début
de l’année. Un massacre organisé autour d’une occupation coloniale française depuis 1841…
Bien sûr les Mahoraises et Mahorais se défendent de cet état de fait et clament haut et
fort que c’est le fruit de leur choix. Choix survenu à l’issue d’un référendum plus que
contestable en 1974 où une majorité s’est dégagée en faveur des partisans du maintien de
Mayotte dans le giron français. C’est en vertu de ce résultat que la France a invoqué le «
droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » pour justifier la poursuite de l’occupation
coloniale sur l’île. Un droit international qui reste un outil à géométrie variable : les
Comores invoquent « l’intégrité territoriale » pour le retour de Mayotte dans le giron
comorien. Or, une intégrité territoriale est préconisée par la France pour justifier le
bienfondé d’une intervention internationale armée au Mali.
C’est en 1995 que la France décide d’établir une frontière plus restrictive entre les
trois autres îles comoriennes et Mayotte en instaurant un visa – baptisé « visa Balladur »
– destiné à réglementer la circulation entre les îles. La même année survenait une
tentative de coup d’État aux Comores et plus précisément en Grande Comore pilotée par des
mercenaires français dont le fameux Bob Denard. Des mercenaires qui devaient sans nul
doute rendre compte à la France. Toujours est-il que cette crise est intervenue à point
nommé et a permis d’appuyer la décision française de fermeture de frontière, une barrière
venue « protéger » ce territoire français face à un risque fantasmé de contagion de
l’instabilité.
Le terrain de jeu de l’extrême droite
Une instabilité contrôlée par la France et qui s’est traduite par au moins 28 coups d’État
depuis 1975 au Comores dont la plupart sont le fait de Bob Denard, proche des milieux
d’extrême droite qui deviendra même vice-roi des Comores. Au sein des barbouzes qui
officient dans la région on trouve aussi un certain François-Xavier Sidos, ancien cadre du
FN et responsable de la division Protection sécurité du FN. Ce dernier sera fait
prisonnier lors du coup d’État de 1995 alors qu’il était conseiller municipal d’Epinay-sur
Seine [1]. Il est indéniable que cet archipel fut l’un des terrains de jeu favoris de
l’extrême droite française tant on peut multiplier les exemples. Les fameuses «
chatouilleuses », l’un des groupes de choc des pro-rattachements à la France en 1975, et
l’unique parti de l’île jusque dans les années 1990, le MPM (Mouvement populaire mahorais)
ont été appuyés et organisés par l’Action française, une des principales formations
d’extrême droite de l’époque. N’oublions pas que les Comores et l’île de Mayotte ont une
situation stratégique car proche de l’Afrique du Sud gouvernée pendant plusieurs décennies
par un gouvernement d’apartheid soutenu par l’extrême droite française. Un régime qui
malgré un embargo international continuait de recevoir armement et soutien technique de la
France et qui transitait via les Comores et Mayotte.
Ce territoire reste stratégique pour la France : un gisement d’hydrocarbure immense, parmi
les plus importants du monde, a été découvert récemment au large des îles Éparses,
possessions françaises à quelques encablures des côtes malgaches et de Mayotte [2]]. Les
investissements de la multinationale Bolloré, dont une grande partie dans les
infrastructures portuaires, tels que ceux du port de Dar El Salam en Tanzanie, montrent un
regain d’intérêts pour la France. Rappelons que la construction d’une voie ferrée reliant
le port de Dar El Salam avec les principaux sites d’exploitations miniers de l’Est de la
République rémocratique du Congo et de la région des Grands Lacs, où l’on trouve les
principales ressources utiles au développement occidental (or, diamant, cobalt, coltan,
etc.), laisse entrevoir des gains énormes pour les entreprises privées françaises…
L’augmentation de la piraterie dans le Golfe d’Aden est un des révélateurs de l’enjeu
stratégique de la région. Mayotte et La Réunion offrent ainsi des bases précieuses pour
les opérations françaises et les investissements des entreprises dans la région.
Pas de légitimité sans persécution
La question qui s’est posée pour la France, c’est comment maintenir la présence coloniale
française sur l’île face à toutes les velléités que cette dernière suscite ? Pour ce faire
la France a joué sur deux tableaux : – l’instabilité politique de l’archipel a permis de
lever les sanctions contre la France mises en place par l’Onu (pas moins de 22 résolutions
ont été prises contre la France) ; – en second lieu, la mise en place du visa Balladur et
des politiques de lutte contre l’immigration sur l’île ont favorisé le développement de
sentiments xénophobes et racistes parmi une population pourtant liée avec les autres îles
de l’archipel, toutes les familles étant dispatchées sur les quatre îles. Une
stigmatisation qui permet d’attirer l’attention sur d’autres problèmes que sur les
inégalités chroniques liées à la colonisation. Des stratégies efficaces qui vont
transformer cette lutte contre l’immigration en véritable chasse à l’homme : plus de 21
000 expulsions en 2011 dont encore 5 000 mineurs !
Quand l’UE devient complice
En juillet dernier l’Union européenne dont bon nombre de pays ont condamné la présence
française à Mayotte à l’Assemblée générale de l’Onu, a pourtant accepté la demande
française d’intégrer Mayotte aux Régions ultra-périphériques (RUP) de l’UE, rejoignant
ainsi la Guadeloupe, la Réunion, la Guyane, la Martinique, Saint-Martin, les Açores, les
îles Canaries et Madère. Une décision lourde de conséquences puisque l’UE décide
d’entériner une occupation coloniale qui recueille les foudres internationales [3]. Une UE
qui se drape pourtant depuis le 12 octobre 2012 dans les oripeaux d’un pacifisme distingué
par le prix Nobel. La schizophrénie française, gagne donc l’Union européenne… Mais cette
situation semble loin de s’arrêter, tant l’indifférence de l’opinion publique et d’une
bonne partie des réseaux militants autour des questions coloniales est grande, alors que
ces questions mettent en lumière un impérialisme et une colonisation française qui
perdurent pour le bonheur du système capitaliste.
Tibo, syndicaliste Mahorais
[1] Voir « Que fait l’armée française en Afrique ? » de Raphaël Granvaud.
[2] Raphaël de Benito, « Les îles Eparses, un trésor bien gardé »,4/9/2012, , sur le site
de l’association Survie :
[http://survie.org/billets-d-afrique->http://survie.org/billets-d-afrique
[3] À l’Assemblée générale de l’Onu de septembre dernier le président de la Fédération des
Comores a une nouvelle fois réclamé à la France le retour de Mayotte aux Comores au nom de
l’intégrité territoriale de l’archipel. Droit international à l’intégrité territoriale
défendue par un Hollande va-t’en-guerre au Mali à cette même Assemblée de l’Onu quelques
heures plus tôt… Un deux poids, deux mesures français bien connu dans les relations
françafricaines.
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