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(fr) Courant alternatif décembre 2012 #225 - Gaza : quand l’Occident légalise l’assassinat de masse - Pierre Stambul
Date
Mon, 10 Dec 2012 18:38:43 +0200
Pour toutes celles et ceux qui ont vu le film « Gazastrophe », l’histoire bégaie. Mêmes
scènes d’horreur de familles pulvérisées parce qu’elles ont le tort d’habiter Gaza. Même
lâcheté de la « communauté internationale » qui détourne pudiquement le regard en faisant
semblant de ne pas avoir vu. ---- Mettre un peuple en cage ---- Gaza est un laboratoire.
Une campagne d’opinion effrénée en Israël a transformé la population en un ramassis de «
terroristes » contre lesquels tout est permis. Les Gazaouis sont coupables d’avoir mal
voté. Le blocus est un crime de guerre permanent. Un million et demi de personnes sont
enfermés. L’occupant expérimente les réactions d’une population privée en quantité
suffisante d’eau, de nourriture, d’électricité, de carburant, de ciment, de médicaments,
de matériel scolaire …
Pendant des années, la propagande israélienne a déshumanisé les Gazaouis. Pendant
l’opération « Plomb Durci », l’armée israélienne avait invité les médias étrangers à
assister depuis Sdérot aux bombardements qui ressemblaient à un véritable jeu vidéo.
L’idéologie sioniste est une machine infernale qui a besoin en permanence du complexe de
Massada, du sentiment que les victimes sont et seront les Juifs et qu’il faut faire la
guerre pour ne pas être anéanti. Guerre en 2002 contre la Cisjordanie, en 2006 au
Sud-Liban, en 2008-2009 déjà contre Gaza et à présent aujourd’hui. Il y a aura d’autres
guerres. Peut-être contre l’Iran présenté comme une menace nucléaire alors que le seul
pays de la région qui possède la bombe de façon avérée et qui refuse de signer tout traité
de non-prolifération est … Israël.
Une guerre électorale ?
En 2008, Tsipi Livni avait imaginé gagner les élections en attaquant Gaza et finalement
les électeurs israéliens avaient « préféré l’original à la copie » pour paraphraser Le
Pen. Israël a un gouvernement de type OAS avec le tandem Nétanyahou/Lieberman qui
rivalisent à coup de déclarations belliqueuses et racistes et tout indique qu’ils seront
réélus.
C’est de façon délibérée que l’armée israélienne a déclenché le massacre actuel. Ahmed
Jabari, chef militaire du Hamas qui avait mené les négociations sur Gilad Shalit, était de
façon notoire un partisan d’une trêve de longue durée. Mais c’est une constante dans
l’histoire sioniste : les dirigeants israéliens ne veulent pas d’un « partenaire pour la
paix ». Si un tel personnage apparaît, on le discrédite, on l’emprisonne à vie (Marwan
Barghouti) ou on l’assassine. L’Etat israélien qui se dit démocratique a toujours pratiqué
l’exécution extrajudiciaire sans jamais dédaigner les « dommages collatéraux ». 6 jours
après le déclenchement de la guerre à Gaza, sur les 109 mort-e-s palestinien-ne-s, on
comptait 24 enfants, 10 femmes et 12 personnes âgées. Après 8 jours de guerre, on en était
à 143 morts, plus de 1000 blessés avec un acharnement contre certains bâtiments.
L’apartheid
Le gouvernement israélien a clairement annoncé qu’il ne se retirerait d’aucun territoire
et d’ailleurs les agrandissements de colonies se multiplient. Il n’est pas non plus
question d’accepter la création d’un Etat palestinien, même croupion, même réduit à des
bantoustans non-viables. Alors que Mahmoud Abbas a toujours accepté d’assurer la «
sécurité de l’occupant » ou de participer à des « négociations » qui n’étaient rien
d’autre que des demandes de capitulation, l’Autorité Palestinienne est aujourd’hui menacée
de dissolution pour oser demander le même statut que le Vatican à l’ONU !
En fait, la stratégie israélienne est claire : accentuer la fragmentation de la Palestine
(d’où l’offensive contre Gaza) et généraliser l’apartheid. Le tribunal Russell sur la
Palestine a abouti clairement à la conclusion que les mots "apartheid" et "sociocide"
correspondent totalement à ce qui est à l’œuvre. Entre Méditerranée et Jourdain, près de
50% de la population est palestinienne. Cette population est fragmentée subissant des
statuts et des formes d’oppression différentes. Le rêve sioniste est de les transformer en
indigènes incapables de revendiquer leurs droits.
Après un siècle d’avancée ininterrompue du colonialisme, on est entré de fait dans une
longue lutte pour l’égalité des droits dans un espace unique et la résistance des Gazaouis
est un élément de cette lutte.
Ce qui a changé
Les révolutions arabes, même inachevées, même très partielles, ont modifié le contexte.
Les populations soutiennent clairement la résistance palestinienne, même si ce n’est pas
cela qui a motivé en premier leur révolte. En 2008-2009, le Hamas était resté isolé et
Moubarak avait installé des herses pour couper les tunnels entre Gaza et l’Egypte. Cette
fois-ci, pour des raisons internes facilement compréhensibles, l’émir du Qatar, le
président égyptien et le ministre des affaires étrangères tunisien sont allés à Gaza. La
Ligue Arabe, totalement dominée par les féodaux esclavagistes du Golfe songe (mieux vaut
tard que jamais) à rompre le blocus. Les Gazaouis ne sont plus seuls. Depuis des années,
la réunification palestinienne est à l’ordre du jour. Mahmoud Abbas l’a toujours bloquée
en voulant maintenir coûte que coûte Salam Fayyad, l’homme du FMI au poste de Premier
ministre. Avec le massacre actuel, on reparle à nouveau d’un gouvernement palestinien d’union.
Impunité, complicité
Qu’est-ce qui permet à l’OAS israélienne de continuer les guerres incessantes ? D’abord
l’impunité. La « justice » internationale juge les crimes de guerre commis en
ex-Yougoslavie (de façon partiale, elle vient d’acquitter le criminel de guerre croate
Gotovina) ou au Rwanda. Jamais les criminels de guerre israéliens civils ou militaires
n’ont été poursuivis. Les pays qui avaient un système judiciaire permettant des
inculpations pour crimes commis à l’étranger ont modifié leur législation. Les criminels
israéliens peuvent dormir tranquilles.
Aux Etats-Unis, c’est la course pour savoir qui sera le plus fayot avec la direction
sioniste. Romney avait repris la propagande sioniste expliquant que le peuple palestinien
n’existe pas. Obama va poursuivre la politique du parapluie. Jamais Israël ne sera
condamné à l’ONU ou forcé à quoi que ce soit, le veto américain est là pour tout couvrir.
Le gros du commerce israélien se fait avec l’Union Européenne. Tous les gouvernements de
cette Union soutiennent Nétanyahou, y compris (ou surtout) ceux qui sont appuyés en Europe
de l’Est par des partis héritiers des mouvements collabos antisémites qui ont participé au
génocide nazi. Le Parlement européen vient de rehausser à nouveau les relations
économiques entre l’Europe et Israël. Les produits israéliens arrivent en Europe sans
taxe, y compris ceux des colonies.
Ce n’est pas par manque d’information que nos dirigeants soutiennent Israël. C’est parce
que cet Etat surarmé, dépensant 60% de son budget dans les technologies de pointe et
l’armement, morceau avancé d’Occident au Proche-Orient, est leur Etat rêvé.
France-Israël
Dans le cadre du « Sarkozy-Guéant l’ont rêvé, Hollande-Valls l’ont fait », après les Roms,
les Sans Papiers, les fermetures d’usines, les cadeaux aux patrons, le traité européen,
Aurore Martin, Notre-Dame-des-Landes, j’en passe et des meilleurs, Hollande est tout aussi
« bon » sur Israël/Palestine.
Il a reçu en triomphe à Toulouse le terroriste Nétanyahou. Il exige que les Palestiniens «
négocient sans condition », donc capitulent. Et il s’opposera à la reconnaissance de la
Palestine à l’ONU. La social-démocratie revient à ses vieilles amours quand Guy Mollet
faisait torturer en Algérie et participait avec Israël à une équipée impérialiste sur le
canal de Suez.
BDS
Plus que jamais, la solidarité internationale doit s’exprimer. Le BDS (boycott,
désinvestissement, sanctions) demandé par la société palestinienne doit frapper Israël sur
tous les aspects : politique, économique, sportif, culturel, universitaire, syndical. Tant
que la société israélienne ne subira pas ce que la société blanche sud-africaine a subi à
l’époque de l’apartheid, les massacres ou la mise à feu et à sang de la région se
poursuivront.
Pierre Stambul (21 novembre)
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