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Re: (fr) Brésil - Traduction de « Anarquismo Social e Organização »

Date Sat, 08 Dec 2012 16:24:56 +0200


[Texte traduit : http://anarkismo.net/article/23573]
Le jeudi 6 décembre 2012
Traduction de « Anarquismo Social e Organização »
C’est avec un réel plaisir que nous avons constaté que le texte de la
FARJ, « Anarquismo Social e Organização », a été traduit en français.
Nous sommes en relation avec les camarades de la FARJ depuis quelques
années et le groupe Gaston-Leval de la Fédération anarchiste, à travers
son site monde-nouveau.net, a entrepris depuis deux ans de traduire des
textes émanant des différents groupes d’Amérique du Sud afin de les faire
connaître aux libertaires français.

Dans la perspective des Rencontres internationales de l’anarchisme de
Saint-Imier, nous avons pensé en effet qu’il était important de faire
connaître le travail de ces groupes, même ceux dont nous ne partageons pas
nécessairement toutes leurs orientations.

Bien entendu, nous avons également traduit des textes émanant de groupes
qui ne sont pas liés au réseau Anarkismo, avec lesquels nous avons
également des relations, et nous nous sommes efforcés de les faire venir à
Saint-Imier en août dernier. Si nous priorisons les relations avec ces
groupes, il va de soi que nous entendons conserver de bonnes relations
avec les militants de Rio et de São Paulo avec qui nous avons établi des
relations personnelles, amicales et fraternelles.

Si la publication des textes des camarades brésiliens d’Anarkismo (Voir
références en annexe) est une bonne chose, il nous semble cependant qu’il
est également nécessaire que nous expliquions le contexte du travail
militant au Brésil, ce qui permet de faire la part des choses dans les
positions développées, entre ce qui pourrait être considéré comme valable
en toute circonstance et ce qui est strictement limité à la situation au
Brésil.

Par exemple, une militante de la FAG, la Fédération anarchiste Gaucha,
déclara dans une interview:

« Nous pensons que, étant donné le taux élevé de chômage au Brésil, la
classe opprimée urbaine est largement non pas dans les usines, mais plutôt
dans les petites villes, villages et collines. 70% de notre population vit
avec des emplois misérables, que nous appelons «bicos» (becs). Ce sont les
travailleurs de la construction, les «chameaux» (vendeurs ambulants), les
éboueurs, domestiques, gardes de sécurité, les travailleurs de réparation,
etc. Ce qui laisse la majorité de la population en dehors des usines ; ils
travaillent dans votre quartier, où ils vivent et ont des familles. »

On nous explique donc qu’au Brésil, il n’y a pas de classe ouvrière
industrielle, dans le sens où elle existe dans les pays industriels
européens, puisque à cause du taux élevé de chômage, la « classe opprimée
urbaine » est constituée de personnes vivant de ce qu’on appelle en France
des « petits boulots ». On en déduit que les 30 % de la population qui
reste inclut les fonctionnaires (administration publique, armée, police,
santé, etc.) ; la bourgeoise industrielle, financière, commerciale ; la
petite bourgeoise (commerçants, artisans, etc.) ; et, enfin, l’ensemble
des salariés hors secteur public, ce qui ne laisse pas grand monde dans le
secteur productif – sans parler de la petite paysannerie dont on ne sait
pas trop où la classer.

Or pour mettre en oeuvre une transformation révolutionnaire de la société,
il faut tout de même que le « sujet révolutionnaire », autrement dit les
personnes qui vont concrètement réaliser ces transformations, soient déjà
insérées dans le processus de production dont on va opérer des
transformations. A moins de considérer que c’est l'État, faute de classe
ouvrière, qui se charge de ces transformations…

Ces quelques considérations très rapides donnent la mesure des difficultés
auxquelles sont confrontés les anarchistes brésiliens, toutes tendances
confondues.

Il y a aussi un autre point qui mériterait d’être situé dans son contexte,
c’est celui de l’« especifismo ». Le fait que les anarchistes doivent
s’organiser dans une organisation anarchiste n’est pas précisément une
nouveauté ; c’est pourquoi il serait bon d’expliquer en quoi cette idée
est si importante en Amérique latine, en particulier en Uruguay et au
Brésil.

Voici ce que nous disons dans le commentaire qui accompagne notre
traduction de Huerta Grande, un texte considéré comme fondateur de l’«
especifismo ».

« Si l’idée d’organisation dite “spécifique” n’a rien de nouveau en France
ou en Europe, l’histoire du mouvement ouvrier d’Uruguay, mais aussi celle
de toute l’Amérique latine, et en particulier du Brésil, explique cette
insistance sur la nécessité d’une telle organisation. « Les anarchistes en
Uruguay considéraient l’organisation syndicale comme la structure
naturelle dans laquelle les travailleurs devaient s’organiser, en quoi ils
étaient absolument sur les mêmes positions que les syndicalistes
révolutionnaires français pour qui “le syndicat, aujourd’hui groupement de
résistance, sera, dans l’avenir, le groupe de production et de
répartition, base de réorganisation sociale” (CGT, Charte d’Amiens, 1906.)

En Uruguay, le mouvement anarchiste disposait d’une réelle hégémonie dans
la classe ouvrière jusqu’à la révolution russe. Le principe énoncé dans la
charte d’Amiens, votée au congrès de la CGT française en 1906, et partagé
par les anarchistes uruguayens, ne pouvait plus s’appliquer lorsque
d’autres courants politiques porteurs d’autres modèles syndicaux
surgirent.

C’est ce qui arriva après la révolution russe, avec la création de partis
communistes et la mise en place par l’Internationale communiste d’une
politique de pénétration systématique dans les organisations ouvrières. »

Ce qui est dit de l’Uruguay vaut naturellement aussi pour le Brésil. Ces
pratiques étaient, dans le mouvement ouvrier, totalement inédites, aussi
bien en France qu’en Uruguay – et ailleurs. Pour la CGT française comme
pour la FORU, cette pénétration fut facilitée par l’absence, à l’intérieur
de l’organisation syndicale, d’une organisation propre aux libertaires,
capable d’organiser de manière sérieuse la résistance à la pénétration
communiste. Après la Première Guerre mondiale, l’influence déjà largement
déclinante du syndicalisme révolutionnaire dans la CGT fut définitivement
brisée par l’incapacité des militants anarchistes à faire face aux
fractions communistes qui prenaient progressivement le contrôle de toutes
les instances de l’organisation syndicale, en application de la 9e
condition d’adhésion des partis socialistes à l’Internationale communiste.

Ce qui survint en France, en Uruguay, survint également au Brésil, où
existait un puissant mouvement syndicaliste révolutionnaire.

Il nous semble que l’« especifismo » n’est rien d’autre que l’expression
du constat que les libertaires présents dans les organisations de masse ne
doivent pas se contenter d’y exister de manière diffuse, mais qu’ils
doivent s’y organiser et qu’ils doivent également s’organiser en tant que
libertaires en dehors de ces organisations de masse. Il n’y a là rien de
particulièrement nouveau. Donc, lorsque les camarades brésiliens parlent
de « récupérer le vecteur social perdu depuis les années 1930 », ce n’est
qu’une manière de dire qu’ils entendent récupérer l’influence qu’ils
avaient eue dans le mouvement syndical du début du XXe siècle. Et pour
récupérer le « vecteur social », ils pratiquent l’« insertion sociale »,
c’est-à-dire l’implantation des militants dans les organisations de masse.

Quant à leur « approche différenciée du plan politique et du plan social
», nous ne voyons pas ce qu’elle a de nouveau : il s’agit là d’un très
vieux débat, qui eut lieu dès le début du mouvement ouvrier, à la fois au
sein de la social-démocratie et du mouvement anarchiste. C’est la question
de la division du travail entre action politique et action économique,
entre parti (ou groupe « spécifique ») et syndicat, dont certains
anarchistes ont souligné qu’elle était porteuse d’une dérive potentielle
fâcheuse, conduisant à la subordination de l’organisation économique à
l’organisation politique.

Tout cela n’est pas particulièrement nouveau, et s’il ne faut pas négliger
l’intérêt des positions défendues par nos camarades brésiliens, s’il faut
saluer la traduction de « Anarquismo Social e Organização », il ne
faudrait pas non plus, parce qu’ils utilisent un vocabulaire différent du
nôtre, surestimer le « regard nouveau et actuel » qu’ils apportent sur la
question de l’organisation. Ce qui ne diminue en rien le mérite de ces
camarades et de leur contribution au débat. En insistant sur le fait qu'il
faut récupérer le terrain que le mouvement libertaire a perdu depuis les
années 20 et 30 du XXe siècle, les camarades de la FARJ nous rappellent
que nous avons nous aussi à analyser les erreurs qui ont été commises et
que nous avons nous aussi du chemin à parcourir pour que le mouvement
libertaire retrouve une place prédominante dans les luttes sociales et
dans le combat pour une société libérée de l'exploitation et de
l’oppression.

Salutations libertaires et fraternelles,
Relations internationales de la Fédération Anarchiste
relations-internationales@federation-anarchiste.org


BIBLIOGRAPHIE - TRADUCTIONS

Huerta grande [le grand verger] Fédération anarchiste urugua
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