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(fr) Alternative libertaire #221 - Québec : Victoire pour les élus (en)
Date
Fri, 07 Dec 2012 16:24:00 +0200
Après le mouvement social du « printemps érable », la donne politique vient de changer au
Québec avec la victoire du Parti québécois. La victoire au moyen d’élections, ne peut
satisfaire ceux et celles qui ont lutté. ---- Il y a encore un mois, la situation sociale
québécoise semblait désespérée. Les associations étudiantes en grève diminuaient, les
étudiantes et les étudiants retournaient en classe, l’Université de Montréal était envahie
par des policiers anti-émeute patibulaires. Du côté politique, le Québec entrait en
élection, avec un débat ras-le sol et où les discours sur l’importance d’aller voter
prenaient le pas sur tout le reste. Les étudiantes et les étudiants n’avaient plus le
contrôle du mouvement pour lequel ils et elles se battaient depuis des mois, et l’issue du
conflit dépendait donc du résultat des élections. Il y a un mois donc, les cœurs n’étaient
vraiment pas à la fête.
Une claque pour les libéraux
Et puis le 4 septembre au soir, le Parti libéral du Québec était défait, premier ministre
depuis 2003, Jean Charest, chutait. Pauline Marois, cheffe du Parti québécois (PQ),
devenait Première ministre de la Province, à la tête d’un gouvernement minoritaire [1].
Comme promis lors de la campagne électorale, elle annule hausse des frais de scolarité et
la loi 78 [2]. Les rares concessions du gouvernement Charest, la bonification du système
de prêts et bourses, est maintenue. Conformément à l’une des revendications de l’hiver
dernier, un sommet de l’éducation aura lieu dans les prochains mois.
A ce titre, il est légitime de dire que la grève étudiante de 2012 est victorieuse sur
tous les plans : la hausse est annulée et le Québec est débarrassé d’un des gouvernements
les plus corrompus de son histoire. Cela dit, il ne faudrait pas que l’arrivée du PQ au
pouvoir provoque un endormissement et le retour du statu quo. L’histoire nous l’a montré,
le PQ est au même titre que le Parti libéral capable de politiques rétrogrades et
antisociales.
Les mouvements sociaux doivent donc rester sur leurs gardes et ne pas se laisser berner
par la nouvelle façade. Pauline Marois a d’ailleurs annoncé que si elle annulait la hausse
prévue par le gouvernement précédent, son parti défendrait une indexation des frais de
scolarité sur l’inflation. L’éducation reste aux yeux du gouvernement une marchandise dont
le prix augmente au gré des prix, au même titre que celui des Ipod et des croquettes pour
chats. Bref, la victoire du mouvement étudiant n’est que temporaire, et la mobilisation
devra probablement reprendre dans les années à venir.
Des luttes qui politisent, sans illusion
Cela dit, l’une des grandes victoires du mouvement « érable » est le fait d’avoir tiré le
débat politique vers la gauche, et surtout le PQ, ne serait-ce qu’un peu. Le PQ n’a pas de
ligne idéologique claire (à part l’indépendance), ses orientations dépendent des rapports
de force internes. Si depuis des années le parti avait de lourdes tendances libérales et
ne se distinguait guère du Parti libéral, les mouvements sociaux et les luttes des
dernières années (écologistes contre les gaz de schistes, accessibilité aux soins de
santé) ont favorisé l’orientation du débat politique au Québec sur un axe gauche-droite.
D’autant plus que le Parti libéral a aussi favorisé la polarisation du débat, permettant
au PQ de s’affirmer comme alternative « progressiste » à un gouvernement antisocial.
Bref, il ne faut pas se faire d’illusion, si le PQ agit ainsi, c’est grâce à la pression
mise par le mouvement social qui a débuté l’hiver dernier. Sans cela, il est certain que
de telles mesures n’auraient pas été mises en place. Tant mieux, mais il faut rester sur
nos gardes et maintenir la pression. D’autant plus que l’attitude de la police sous le PQ
ne risque pas de changer : le 22 septembre, lors d’une manifestation en faveur de la
gratuité scolaire, la répression s’est faite encore une fois à coups de matraques et de
gaz. Comme quoi, plus ça change, plus c’est pareil…
Clémence (Québec)
[1] Au Québec, les élections fonctionnent par un scrutin uninominal à un tour. Ce qui fait
que sur quatre candidats, si le premier ou la première n’a que 22%, c’est lui ou elle qui
est élu. Le parti qui a le plus de député-e-s forme le gouvernement, mais il se peut qu’il
n’ait pas la majorité de la chambre : il forme donc un gouvernement minoritaire.
[2] Voir Alternative Libertaire numéro 218 de mai 2012
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