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(fr) Courant alternatif octobre 2012 (#223) - LIBYE - Une rÃvolution achevÃe ! (en)

Date Mon, 03 Dec 2012 16:24:22 +0200


Les derniers ÃvÃnements dans le monde arabe et en Afrique du Nord, nommÃs par les journalistes  âprintemps arabeâ Â, ont montrà clairement, depuis prÃs de deux ans de mouvement, quâun  âchangementâ  est possible dans une sociÃtà sclÃrosÃe par la corruption quand les gens le souhaitent et en paient le prix, mais aussi que ce  â changementâ  ne garantit pas la satisfaction des revendications populaires, englobÃes dans lâexpression  âchangementâ Â. ---- Le changement a effectivement eu lieu en Tunisie, en Libye, en Egypte, au YÃmen et bientÃt en Syrie : changement de rÃgime ou de gouvernement, changement de constitution, changement aussi dans les familles au pouvoir tant politique quâÃconomique, et dans les discours, dans les mÃdias avec enfin la possibilità de pouvoir donner un grand coup de balai dans 40 ans de rÃpression, dâhumiliation et de misÃre.

Ce sont les mouvements populaires et spontanÃs qui ont crÃà les conditions propices à ce  changement Â, le prix à payer en a Ãtà trÃs lourd mais les motivations à la rÃvolte ne manquaient pas et ne manquent toujours pas. Ces revendications sont ni ambigÃes, ni opaques, ni floues, elles sont nettement exprimÃes : du pain et de lâair, du travail et la libertà avec tout ce qui va avec, en matiÃre de droit à la santÃ, au logement, lâÃducation, les transports, lâinformation, etc. Ce nâest pas la premiÃre fois que les populations arabes se soulÃvent pour ces mÃmes revendications et le 17 dÃcembre 2010 nâest quâune date parmi dâautres. Lâampleur des ÃvÃnements, qui ont eu lieu dans les pays arabes, ne peut pas sâexpliquer par une raison unique ou sous lâÃclairage dâun seul point de vue. Les facteurs multiples, ÃvoquÃs dans diffÃrentes analyses parues dans les mÃdias ou dâautres secteurs de communication, comme la force de la rÃpression par lâEtat et sa fÃrocità à lâÃgard des manifestations pacifiques, mais aussi la forte aspiration de la population à la libertà et la dÃmocratie, le refus du chÃmage et de la misÃre qui touchent une grande partie de la population, tout cela peut suffire à expliquer cette explosion de colÃre et la dÃtermination des gens à vouloir faire tomber des rÃgimes installÃs au pouvoir depuis des dÃcennies, sans expliquer pourquoi lâentreprise a rÃussi avec le dÃpart des dirigeants et la chute des rÃgimes en place.

Tunisie-Egypte, Libye-Syrie Malgrà la complexità des sociÃtÃs arabes et des diffÃrences qui peuvent exister entre la Tunisie et le YÃmen, entre lâEgypte et la Libye, le BahreÃn, la Syrie, etc., il est indÃniable que les mouvements de contestation Ãtaient spontanÃs et populaires, largement inspirÃs par la rÃvolte tunisienne, avec des nuances pour chaque pays, oà les populations ont respectivement mille raisons de se rÃvolter et rÃclamer lâamÃlioration de leurs conditions de vie. On remarque tout dâabord des similitudes et des diffÃrences dans le dÃroulement des ÃvÃnements et dans leur issue en Tunisie et Egypte, et en Libye et Syrie. Ainsi, on constate une relative rapidità du dÃpart de Ben Ali (Tunisie) et de Moubarak (Egypte). Le 14 janvier, soit un mois aprÃs le dÃclenchement de la rÃvolte tunisienne du 17 dÃcembre 2010, Ben Ali est dÃjà dans un avion en partance vers lâArabie Saoudite ; quant à Moubarak il rÃsiste 18 jours avant de jeter lâÃponge et partir en laissant les clÃs à lâarmÃe. De son cÃtà Kadhafi lui refuse de partir et il aura fallu six mois de bombardements intensifs des avions de lâOtan et au final son assassinat le 20 octobre 2011 pour que le rÃgime change en Lybie. Son alter ego, Bachar el-Assad en Syrie rÃsiste toujours, la faute aux bombardiers de lâOtan qui tardent à intervenir pour dâÃvidentes raisons gÃostratÃgiques.

Lâautre ressemblance entre la rÃvolte des Tunisien-nes et des Egyptien-nes se trouve dans la forme populaire et pacifique du mouvement, par la force des manifestations de rue, lâoccupation pacifique des places publiques dans les grandes villes, les grÃves et arrÃts de travail multiples et de longue durÃe dans tout le pays. A lâopposà en Lybie, avec la militarisation de la contestation, qui a lieu dÃs les premiers jours, câest une minorità de la population qui continue la guerre contre le rÃgime jusquâà sa chute. En Syrie, il y a eu la volontà affichÃe et exprimÃe, au dÃbut des rÃvoltes en mars 2011, dâagir pacifiquement malgrà la rÃpression fÃroce, voyant ce qui sâest passà en Lybie et ne voulant pas vivre la mÃme chose. Malgrà cela, le 29 septembre 2011 est dÃclarÃe la formation officielle de lâarmÃe syrienne libre. Depuis ce temps câest la guerre entre deux armÃes, dâun cÃtà lâarmÃe syrienne libre soutenue et financÃe par la Turquie, le Qatar et les pays de lâOtan et de lâautre lâarmÃe syrienne aidÃe par lâIran et la Russie. Le bilan de la guerre en Libye est estimà à 50 000 morts et on peut en compter presquâautant en Syrie, sans oublier la destruction des deux pays et la prolifÃration dâarmes à tous les coins de rue.

Les rÃgimes politiques Un troisiÃme constat important entre ces deux blocs Tunisie-Egypte et Lybie-Syrie est la diffÃrence des rÃgimes politiques. Pour les deux premiers, ce sont des rÃgimes  dÃmocratiques  de faÃade avec des parlements Ãlus, des partis politiques, une libertà relative de la presse et des mÃdias, un systÃme Ãconomique libÃral soutenant un capitalisme sauvage concentrà aux mains de quelques hommes dâaffaires issus des familles dirigeantes de Ben Ali et Moubarak ou de proches du rÃgime. Le systÃme politique en Lybie sâappuie sur un rÃgime totalitaire concentrant tous les pouvoirs entre les mains de Kadhafi et de ses fils, pouvoir militaire, Ãconomique et sÃcuritaire qui ne laisse aucune place à la sociÃtà civile pour sâorganiser en association, syndicats ou partis politiques. En Syrie, câest un autre rÃgime basà sur un parti unique historique, le parti Baas qui rÃgne sur le sort des Syriens depuis 1963. La famille el-Assad a pris les rÃnes du parti en 1970 quand le gÃnÃral Hafez el-Assad sâempare du pouvoir et y reste jusquâà sa mort en 2000. Il est remplacà par son fils Bachar qui dÃcide à lâÃpoque une libÃralisation du rÃgime politique, ce sera le  printemps de Damas Â. De part la nature de ces deux types de rÃgimes, en Lybie et Syrie, lâarmÃe est au cÅur de la structure mÃme de lâEtat, sous le contrÃle des deux dirigeants. A la diffÃrence de ce qui se passe en Tunisie et en Egypte oà lâarmÃe y est une institution puissante, surtout en Egypte, et relativement autonome vis-Ã-vis du pouvoir politique. Câest le quatriÃme ÃlÃment qui jouera un rÃle important dans les ÃvÃnements de 2011. Les deux rÃgimes totalitaires nâont pas permis lâÃmergence de luttes sociales, ni la formation de syndicats ce qui explique lâabsence dâun mouvement ouvrier, mÃme embryonnaire en Libye et en Syrie. Ajoutons à cela que la majorità des ouvriers en Lybie sont des travailleurs immigrÃs qui ont fui le pays dÃs le dÃbut des ÃvÃnements vers, justement, la Tunisie ou lâEgypte pour Ãchapper aux bombardements et à la guerre.

Les luttes sociales Les diffÃrences ÃvoquÃes dans ces processus rÃvolutionnaires montrent que le rapport de force nâest pas le mÃme dans les deux cas. Ce qui a accÃlÃrà la chute des rÃgimes tunisiens et Ãgyptiens, câest lâimplication et la forte prÃsence des ouvriers et ouvriÃres dans la contestation. Ces rÃgimes ont compris quâils ne pourraient pas rÃsister aux millions de prolÃtaires en colÃre partout dans le pays et ils avaient en mÃmoire les ÃvÃnements de al-Mahalla al-Kubra en Egypte et Gafsa en Tunisie, deux moments dâune importance capitale de la lutte de classe qui ont prÃparÃ, pendant au moins 5 annÃes, le terrain de la rÃvolte. La rÃgion de Gafsa, situÃe au centre-est de la Tunisie loin des cÃtes touristiques, est une rÃgion pauvre de 330 000 habitants, sous dÃveloppÃe et laissÃe à lâabandon, le chÃmage y est le plus Ãlevà du pays, qui ne bÃnÃficie pas de la retombÃe financiÃre de lâextraction des mines de phosphate qui reprÃsente lâactività principale de la rÃgion. Elle est depuis lâindÃpendance un foyer de rÃvolte et de contestation et a Ãtà le lieu dâune tentative de coup dâÃtat ratà en 1980 qui sâest soldà par lâexÃcution des 11 membres du commando. En 1988, suite à lâorganisation dâun concours de recrutement de travailleurs dont les rÃsultats ont Ãtà truquÃs, Ãclate une rÃvolte des ouvriers avec grÃves, arrestations et procÃs et il en dÃcoulera une conscience aigÃe de lutte de classe car les travailleurs comprennent que la lutte est le seul moyen dâobtenir quelque chose de cet Etat lointain qui sâoccupe plus du confort des touristes que des conditions lamentables de travail dans le bassin minier. Ce mouvement a dÃclenchà une dynamique de luttes qui sâÃtend à dâautres rÃgions dans le Sud oà plusieurs grÃves et manifestations ont lieu entre autre dans les zones frontaliÃres avec la Libye, là oà des milliers de gens vivent de contrebande plus ou moins tolÃrÃe et trÃs alÃatoire en fonction des relations fluctuantes entre les deux pays. Le milieu ouvrier tunisien est organisà et structurà dans le puissant syndicat des travailleurs tunisiens (UGTT), crÃà avant lâindÃpendance. Ce syndicat est considÃrà comme le seul dans tout le monde arabe nâayant pas Ãtà crÃà par le pouvoir, mÃme si aprÃs lâindÃpendance il sâest rangà du cÃtà du pouvoir politique en place, il reste relativement à lâÃcoute des bruits de la rue et aux revendications des travailleurs. Pendant les ÃvÃnements de 2011, si il nây a pas eu de position claire de la direction du syndicat, en revanche beaucoup de sections locales ont appelà à rejoindre les manifestations ou à faire grÃve. Il est Ãvident que le rapport de force a basculà en faveur de la rue, malgrà la rÃpression et lâentÃtement de lâEtat, ce qui a poussà lâarmÃe à conseiller, ou peut-Ãtre mÃme obliger, Ben Ali à faire ses valises le 14 janvier 2011.

Al-Mahalla al-Kubra, en Egypte, est situÃe au nord à 110 km du Caire et 120 km dâAlexandrie, sur le delta du Nil, câest une ville ouvriÃre, siÃge de la compagnie Ãgyptienne du textile qui employait 27000 ouvriers en 2006. Depuis sa crÃation en 1928 cette entreprise dâEtat est au cÅur de nombreuses rÃvoltes vu les conditions de travail, de logement, de santà et de sÃcurità au travail. Dâimportants mouvements de grÃve ont eu lieu en 1947,1975, 1985 et 1986. La derniÃre grÃve de grande ampleur sâest dÃroulÃe en dÃcembre 2006 pour exiger une prime de fin dâannÃe dâun montant de deux mois de salaire en application dâune dÃcision du premier ministre et lâinstauration dâun salaire minimum. Ce mouvement de grÃve sâest dÃveloppà sur deux ans jusquâà son apogÃe en 2008 avec la crÃation de dizaines de comità de soutien et de solidarità avec la population. Câest dans ce contexte que se sont dÃveloppÃs le mouvement KifÃya (Ãa suffit !) -mouvement Ãgyptien pour le changement crÃà en 2004- et le groupe du 6 avril, nom issu de lâappel du 6 avril 2008 pour une grÃve gÃnÃrale contre lâaugmentation des prix, la vie chÃre et le chÃmage et en solidarità avec le mouvement des ouvriers du textile. Ce mouvement de grÃve sâest transformà en Ãmeute à al-Mahalla al-Kubra durement rÃprimÃe par les forces de lâordre mais il a rÃussi à casser le tabou de la peur et le mythe dâune Egypte pacifiÃe ; câest à cette occasion que, pour la premiÃre fois, le grand portrait de Moubarak a Ãtà dÃchirà et piÃtinà par les manifestants. On estime le nombre de participant-es aux grÃves entre 2006 et 2009 au moins à deux millions dâouvriers. Pendant les ÃvÃnements de 2011, les ouvriers dâal-Mahalla al-Kubra ont participà activement aux manifestations, grÃves et rassemblements, notamment lors des manifestations du 25 et du 28 janvier. On peut conclure en toute logique que les ÃvÃnements en Tunisie et en Egypte ont ÃclatÃs dans un contexte dâagitation sociale et sur un fond de luttes de la classe ouvriÃre en cours depuis des annÃes.

Mais dÃs la chute des rÃgimes, la classe politique, ralliÃe tardivement à la contestation, a pris les commandes et donnà une coloration plus bourgeoise quâouvriÃre à la rÃvolte en avanÃant des revendications politiques comme le changement de rÃgime, lâinstauration dâune constitution et la rÃforme des institutions ; ces revendications ont pris la place des revendications ouvriÃres pour lâamÃlioration des conditions de vie, lâaugmentation des salaires, la diminution du chÃmage, les droits ÃlÃmentaires à la santÃ, lâÃducation et le logement, en les relÃguant au second plan. On comprend mieux pourquoi la classe ouvriÃre nâa pas pu concrÃtiser tous ses efforts de luttes depuis tant dâannÃes et sâest laissÃe manipuler par les partis politiques qui ont toujours Ãtà des alliÃs du pouvoir et nâont jamais soutenu les mouvements de grÃves, ni les revendications des ouvriers.

Saoud, Toulouse.

26/09/2012
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