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(fr) Courant alternatif octobre 2012 (#223) - No Tav, la lutte continue en Italieâ (en)
Date
Mon, 03 Dec 2012 16:19:12 +0200
Cette contribution est le rÃsultat de la participation dâun militant franÃais à la lutte
No Tav durant le mois de juillet 2012. Les analyses et les sentiments qui en dÃcoulent
viennent dâune prÃsence sur le  âcamping de lutteâ  et ne peuvent donc se prÃtendre
exhaustifs, au vu de la base sociale extrÃmement large du mouvement No Tav. ---- Une
dynamique difficile à prolongerâ ---- LâannÃe 2012 est primordiale pour le mouvement No
tav à plus dâun titre. Dâun point de vu purement factuel, les premiÃres percÃes de galerie
doivent avoir lieu sur le site de La clarea (tout prÃs du camping) dÃbut septembre ; le
chantier, toujours pas rÃellement commencà pour lâinstant sera donc cette fois une
rÃalitÃ. ---- Dâautre part, le mouvement reste sur une dynamique trÃs forte. LâÃtà dernier
dâabord, mÃme si il nây a pas eu de victoire au sens strict, a dÃmontrà une massification
de la lutte avec la manifestation gÃante du 3 juillet (plus de 70 000 personnes et une
attaque en rÃgle du chantier) et un camping de lutte trÃs actif et riche en initiatives.
De plus, cet hiver a Ãtà marquà par des moment forts, mÃme sâils ont Ãtà initiÃs par la
rÃpression : le coup de filet de la Digos(1), impliquant 46 camarades en janvier suites
aux affrontements du 3 juillet. Cette rÃpression a suscità une rÃaction assez forte tout
de mÃme, avec des manifs de 10 à 20 000 personnes à Turin, dans la semaine qui suivait.
Ensuite, lors de lâexpropriation du lieu dit La baita, aux abords du chantier, Luca Abba,
militant historique de la lutte et habitant de la vallÃe, qui tentait de sâopposer aux
forces de lâordre, est tombà dâun pylÃne sur lequel il Ãtait juchÃ, provoquant une vague
de manifestations et de blocages dans la vallÃe, mais aussi dans toute lâItalie. Le
problÃme est donc posà : comment rebondir sur dâautres actions novatrices alors quâun
grand panel dâaction a Ãtà essayà pour lâinstant sans succÃs car les Ãtats concernÃs
nâont, malgrà les dires pas commencà à reculer sur la question.
Continue, continue pas ? Progression du chantier ou bluff du pouvoir ?
LâambigÃità est aussi de savoir si le chantier se fera. A Ãcouter les politiciens et la
presse cela semble Ãvident et inÃvitable. A regarder les comptes de lâÃtat Italien et la
progression du chantier, câest moins flagrant. NÃanmoins, il ne faut pas jouer au
triomphalisme et tordre le cou aux discours victorieux : le chantier est bel et bien
commencÃ. A lâheure actuelle les galeries ne sont pas encore creusÃes mais les
amÃnagements ont tous Ãtà faits pour accueillir les foreuses, la zone de chantier sâest
Ãtendue de maniÃre trÃs forte depuis deux ans, et le fait quâil y ait plus de flics que
dâouvriers (ce qui sera peut Ãtre toujours le cas dÃsormais) nâest pas un signe de non
avancement du projet.
La militarisation du chantier nâa jamais Ãtà aussi forte, ce qui signifie un
investissement financier important de la part de lâÃtat italien. En plein milieu du mois
de Juillet, un article du Figaro a amenà de lâagitation : lâÃtat franÃais serait prÃt Ã
abandonner de nombreuses ligne LGV pour cause de caisses vides. Au sein du mouvement cela
a bien Ãtà considÃrà comme encourageant mais peu significatif. La majeur partie des
personnes pensent quâil sâagit dâun  coup de com.  de la part de lâÃtat franÃais, pour
faire pression sur lâEurope, afin que cette derniÃre finance une part plus importante du
projet. NÃanmoins il est clair que pour les participants au mouvement NO TAV, au vu de
lâimportance politique prise par le projet, que la victoire ne peut venir que dâune
conjoncture nÃgative regroupant à la fois les critÃres de lutte et les critÃres
Ãconomiques. LâidÃe est donc de multiplier les actions sur le chantier afin de faire
monter les frais. Durant lâÃtà 2011, les simples frais de maintien de lâordre
(indÃpendamment des infrastructures de sÃcurità de base) Ãtaient ÃvaluÃs à 90 000 euros
par jour.
Maintenir un rapport de forceS, Ãtre inventifsâ
On en est donc là : lâÃtat est prÃt à mettre le paquet niveau financier, le mouvement est
large et ancrÃ, mais insuffisant pour le moment. Il fallait donc trouver quelque chose de
nouveau. Et ce dâautant plus que le mouvement avait tendance à  sâessouffler Â. En effet
durant tout le mois de juillet plusieurs forces ont Ãtà relativement absentes de la lutte.
Dâabord les anars Turinois, occupÃs par des luttes de logements dans la capitale du
PiÃmont et moins investis. Ensuite et plus grave : les gens de la vallÃe qui venaient sur
le camping de lutte en famille lâannÃe derniÃre, nâÃtait pas ou peu prÃsents cette annÃe.
Cette derniÃre donnÃe est expliquÃe par les camarades comme une rÃussite de lâÃtat en ce
qui concerne la criminalisation. En effet lors des rafles de Janvier des  citoyens
lambdas  (au sens non issu du mouvement rÃvolutionnaire) sâÃtaient retrouvÃs incarcÃrÃs
et interrogÃs. Le mouvement No tav ayant toujours refusà la dissociation
militants/habitants de la vallÃe, il est logique de la part de lâÃtat dâÃlargir les champs
rÃpressifs et il est tout aussi logique de voir les gens sâen effrayer. Pour nuancer ce
tableau sans doute un peu noir, on note quand mÃme que la prÃsence dâhabitants de la
vallÃe Ãtait effective lors des assemblÃes populaires qui regroupaient entre 200 et 400
personnes et les rÃunions dÃcisionnelles en nombre un peu plus restreint.
En prenant en compte ces handicaps, il fallait tout de mÃme repartir sur une dynamique
avec les forces en prÃsence, câest à dire les touristes militants (beaucoup de franÃais,
quelques espagnolesâ), les autonomes Turinois dâAskatasuna ainsi que divers groupes de la
radicalità italienne, anarchistes ou autresâ LâidÃe Ãtait de rÃussir à maintenir un
rapport de force à la fois en continuant à  assiÃger  le chantier, tout en Ãvitant le
piÃge de la focalisation sur le modÃle de ce qui a eu lieu en Mars (blocages dâautoroute,
de voix ferrÃesâ).
Cette dÃcision est logique, sâacharner sur le chantier câest rentrer dans un rapport de
force militaire avec lâÃtat, rapport de force nÃcessairement perdant ou alors bÃtement
symbolique.
ConcrÃtement, sortir du camping, Ãa a surtout Ãtà des actions contre les hÃtels qui logent
les flics. Ainsi nous avons Ãtà rÃveiller les membres de la Guarda di Finanzia (2) et des
carabiniers à SestriÃres en pleine nuit. Ce type dâaction avait eu lieu lâan dernier, avec
une certaine rÃussite, car les hÃtels qui hÃbergeaient les flics avaient refusà le
renouvellement du contrat cette annÃe. Dâautres rassemblements ont eu lieu devant des
entreprises participants aux travaux (il en reste trÃs peu dans la vallÃe).
Ces actions nâont pourtant pas Ãtà reprise à lâampleur voulue et comme dâhabitude, et
finalement câest les modes opÃratoires habituels qui on prit le relai. Le 21 Juillet Ãtait
prÃvu une  ballade  vers le chantier. Cela ne faisait aucun doute : cette ballade Ãtait
un prÃtexte pour lâattaque du chantier.
Lâaction fut une rÃussite dâun point de vue collectif. Les barriÃres ont Ãtà abattues, les
grillages perforÃs et des projecteurs ont Ãtà dÃtruits durant les deux heures
dâaffrontement en trois lieux diffÃrents. Certaines personnes sont rentrÃes sur le
chantier et lâont concrÃtement attaquà provoquant des milliers dâeuros de dÃgÃts.
Accessoirement, et câest ce que la presse a le plus retenu le chef de la DIGOS de Turin a
effectuà un vol planà aprÃs avoir Ãtà soufflà par une bomba carta (3). Cette action Ã
rÃuni un petit millier de personnes et a surtout contribuà à rappeler à lâopinion publique
lâexistence du mouvement.
Suite logique : la rÃpression
Alors voila ! LâItalie la collusion mÃdias/flic/gouvernement câest pire encore quâen
France, alors forcÃment quand on a vu que la presse Italienne se dÃchainait sur les No Tav
en demandant plus de rÃpression et lâexpulsion du camping suite à la nuit du 21, on sâest
tous dit que Ãa puait un peu. Il nây a pas eu dâexpulsion du camping, malgrà les demandes
rÃpÃtÃes des politiciens de droite comme de gauche. Visiblement les flics locaux ont du
faire preuve de pÃdagogie, leur expliquant que cette action fortifierait plus le mouvement
quâautre chose.
NÃanmoins avant ce que aurait du Ãtre une grosse dÃmonstration de force du mouvement, la
manif du 28 juillet, les flics ont accentuà la rÃpression, multipliant les expulsions de
territoire pour les ressortissant Ãtrangers. Le mardi suivant le 21, câest 9 franÃais qui
sont reconduit à la frontiÃre avant dâavoir pu arriver au camping. La veille de la manif,
1 franÃais, 3 suisses et 1 grec se font expulser, dans le cadre de lâopÃration  zone
rouge  du Val Susa. Il y avait environ 2000 flics dans la vallÃe et il Ãtait quasi
impossible de circuler sans se faire contrÃler. Les personnes contrÃlÃs ont Ãtà accusÃes
dâappartenir à des groupes  antagonistes Â, car ils avaient en leur possession un masque
à gaz ou un casque ainsi quâun couteau (lâargument  câÃtait pour couper le pÃtà  ne
semblait pas suffisant) mais aussi des tee shirt noirs (on ne rigole pas). En bref rien
dâillÃgal au sens strict, mais de quoi garnir les pages de La Stampa pour quelques jours
et permettre ainsi la criminalisation du mouvement NO TAV et plus spÃcifiquement des
groupes anarchistes actifs dans la lutte. Criminalisation qui marche en partie, puisque le
28 juillet câest  seulement  5 à 6000 personnes qui dÃfilaient en Val Susa (ce qui reste
quand mÃme correct au vu des difficultÃs à accÃder à la vallÃe).
La suiteâ
La suite jây Ãtais pas. Je peux donc ne tirer que des faits racontÃs ou via la presse
italienne. Sans prÃjuger des rapports de force, il ne semble pas que lâÃtat soit pour
lâinstant en position de faiblesse. Il a repris la main comme en tÃmoigne les multiples
arrestations (voir encadrÃ) et  dÃnonciations  (convocation au commissariat pour
signifier lâouverture dâune enquÃte sur la personne) et nâa pas rÃellement intÃrÃt Ã
relÃcher la pression.
La lutte ne pourra de toute faÃon pas Ãtre gagnante si elle reste circonscrite à une
vallÃe. Jamais le mouvement nâa Ãtà aussi fort quâen Mars lorsque les manifestations
sauvages ont envahi toutes les gares dâItalie. La nÃcessità est donc à Ãtendre la lutte NO
TAV en France afin dâÃviter la construction de cette ligne destructrice. En juillet, nous
avons pu voir une prÃsentation des collectifs NO TAV ChambÃry et Grenoble, qui dÃbutait
une mobilisation sur le tracà franÃais. Pour lâinstant cantonnà à une sorte de relai
dâinformation, il y a la volontà dâen faire un rÃel outil de lutte. Si cette dynamique
prend, elle serait sans doute dÃterminante dans le choix de lâÃtat franÃais dÃjà assez peu
enthousiaste à continuer sa politique ferroviaire.
Bref, on ne le dira jamais assez : seule la lutte paie !
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