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(fr) Luttes pour le droit à la ville, histoires autour du monde

Date Fri, 9 Nov 2012 12:24:32 +0100


Ce ne sont que quelques exemples, pour mémoire. La lutte pour un toit s'y mêle
inextricablement au combat pour la conquête d'un espace public plébéien, pour la
transformation de la ville en un territoire émancipé où contre-pouvoir et cité
insurgée se déclinent de la résistance au présent jusqu'au possible de l'élan
révolutionnaire.
Les besoins et les aspirations immédiates ne se bornent pas à l'indispensable
logement, à la réalisation par le combat de ce premier droit social, ils se
déploient dans un projet de saisir l'espace et le territoire pour en faire un lieu
de vie libéré. C'est une exigence tout aussi immédiate que le droit au logement.
C'est en fait la même exigence.

1871, Paris : Les insurgé-e-s de Paris la belle, firent de ce printemps 1871 le
temps d'une des luttes urbaines les plus exemplaires : celle de la réappropriation
d'une ville entière, libérant la vie et le territoire, celle aussi de l'institution
d'un pouvoir populaire autonome et non-étatique. En réappropriant l'espace par
lequel l'urbanisation moderne avait voulu, trop prétentieusement, leur voler, ils
montrèrent au monde et à l'histoire, que le droit à la ville était la revendication
soeur de l'autogestion, celle de la socialisation du territoire urbain. Le 16 mai,
les communard-e-s, renversèrent la colonne Vendôme, symbole de l'empire, du
militarisme et de l'asservissement des peuples ainsi que de la bourgeoisie
triomphante et de ces réalisations urbaines : les grands boulevards, les halles, le
redessinement autoritaire des quartiers populaires. Le peuple de Paris se vengeait
alors de ceux qui avait voulu réduire la ville à un centre de consommation et de
plaisirs, "ville lumière" pour celles et ceux que la plèbe romantique et instable
effrayait.

1905-1921, Place de l'Ancre de Cronstadt : Ouvriers et marins de Cronstadt ont fait
de la place de l'Ancre le grand lieu des émotions révolutionnaires et le coeur de
cette communauté insurgée qui fera tour à tour face au Tsarisme, au gouvernement
bourgeois et socialiste modéré de la révolution de février, et enfin, à la dictature
bureaucratique des commissaires bolchéviques. La place de l'Ancre était le centre
politique. Cet espace public, libéré, dédié à la démocratie de base et directe,
rassembla 16'000 insurgé le 1er mars 1921 pour une assemblée décisive. Une
résolution d'une puissante anticipation proposée par les marins du Petropavlovsk y
fut votée, concrétisant la rupture avec les bolcheviks et les capitalismes d'Etat.
Seul deux fonctionnaires du pouvoir bureaucratique votèrent contre. Ceux-ci furent
sans doute décorés par Trotski et l'armée rouge qui fera, quelques jours plus tard,
de l'ile insurgée de la "troisième révolution" un bain de sang qui rappelait la
répression versaillaise.

1922, Mexico : Depuis les années 1910, le pays connait un cycle de lutte radical et
révolutionnaire. Entre 1922 et 1923, plusieurs dizaines de milliers de locataires
mènent des réquisitions de logement, empêchent des expulsions, et refusent de payer
leur loyer. Dans la même période la ville de Veracruz a également connu une lutte
radicale basée sur la grève des loyers.

1931, Barcelone: La CNT a la volonté d'élargir les luttes ouvrières par une
intervention systématique sur tous les problèmes sociaux affectant le prolétariat.
Dans la ville et ses faubourgs, les loyers augmentent tandis ce que les salaires
stagnent. Le syndicat anarcho-syndicaliste lance une grève des loyers. Une
commission de défense économique (CDE) est constituée par la CNT. Elle demande une
réduction des loyers de 40 %. La mobilisation commence le 1er mai 1931, elle durera
jusqu'à la fin de l'année. Malgré une répression très dure, de très nombreux
propriétaires doivent négocier avec leur locataire et sont amené à réduire les
loyers.

1932, Washington : Dès le mois de mai, 20'000 anciens combattants et leurs familles
majoritairement sans-emplois réclament leur prime de vétéran en affluant à
Washington. Ils s'installent dans les parcs, les bases militaires et occupent des
immeubles. En juillet, alors que le sénat a refusé de payer la prime qui leur est
due, le Président Hoover envoie l'armée. Les troupes dirigée par Mac Arthur, tirent
et brûlent les camps, prennent d'assaut les immeubles occupés, et forcent
l'évacuation.

4 décembre 1935, Genève : Trois groupes du syndicat du bâtiment, la FOBB, animée par
l'anarcho-syndicaliste Lucien Tronchet, entreprennent de démolir un taudis
particulièrement insalubre, situé rue de Cornavin. Syndicalistes et membres du
comité des chômeurs/euses veulent par cette action prolonger la mobilisation contre
les évacuations des logements occupés par les sans-travail et forcer le gouvernement
de Léon Nicole à cesser les opérations de relogement des locataires expulsés dans
des immeubles insalubres de propriété publique. La FOBB et le comité des
chômeurs/euses veulent forcer la construction d'appartement décents qui donnerait du
travail aux ouvriers/ères et permettrait de reloger convenablement les gens expulsés
par les régies. Le mot d'ordre est : contre le chômage - pour du travail ; contre
les évacuations - pour les chômeurs ; contre les régisseurs - pour les locataires.
Le coeur du syndicat de combat, que constituait partout en Suisse romande la FOBB,
était la LAB (ligue d'action du bâtiment), organisation d'action directe syndicale.

Mai-Juin 68 : Les grèves de juin 36 avaient été marquées par l'occupation massive
des usines et des lieux de travail. Les luttes de mai et juin 68 entrainent non
seulement les occupations d'entreprises et d'universités mais celles aussi de très
nombreux bâtiments officiels, de lieux culturel. Les occupations symbolisent un
moment intense de contre-pouvoir et offrent des bases d'appui à l'extension des
luttes. Elles marqueront tout le cycle des combats sociaux qui s'étendent jusqu'à la
fin des années septante.

Rome, 1969 : Les occupations spontanées commencent en été. Malgré l'intervention de
la police et les évacuations, des centaines de logements appartenant au secteur
public, abandonnés et libres depuis longtemps, sont occupés. Dans le quartier Celio
se constitue un comité d'agitation de banlieue qui regroupe occupant-e-s et noyaux
militants. En septembre, 200 nouveaux appartements sont occupé dans un quartier
d'Ostie. L'ambition du mouvement est de construire l'auto-organisation. Son mot
d'ordre : la réquisition des logements.

Milan, 1975 : Tandis ce que la classe ouvrière traditionnelle abandonne peu à peu
les quartiers populaires du centre comme le Ticinese, de très nombreux jeunes
occupent les vieilles maisons communautaires donnant naissance à de nouveaux «
quartiers rouges ».

France, 1975-1980 : Une longue grève des loyers opposent les travailleurs/euses
immigré-e-s du Maghreb et d'Afrique noire à la SONACOTRA organisme de logement
public qui contrôle, encadre et pressure les prolétaires étrangers. Les
travailleurs/euses immigré-e-s refusent les augmentations incessantes et appliquent
l'auto-réduction des loyers.

Madrid, 15 mai au 12 juin 2011 : Les indigné-e-s par milliers envahissent la Puerta
del Sol à Madrid et transforment la place en un espace public oppositionnel. Il
s'agit d'un véritable mouvement social de rupture qui ouvre une contestation
radicale du pouvoir séparé, des institutions étatiques, de la classe politique et du
capitalisme. Les indigné-e-s de l'Etat espagnol ont fait de l'occupation des espaces
publics et de la construction de la résistance sur le territoire un mode d'action
privilégié pour forcer la visibilité, la légitimité de la lutte sociale. Ainsi se
déploie un mouvement indépendant des appareils partidaires et des stratégies de
conquête et d'occupation du pouvoir étatique, un mouvement d'action directe
populaire.

Rebellion local OSL-Vaud - octobre 2012

http://www.rebellion-osl.ch
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