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(fr) Un regard panoramique sur le Mouvement libertaire du Chili [en]

Date Wed, 7 Nov 2012 13:56:20 +0100


Le Chili est un pays avec une riche histoire de lutte, et de profondes connections
avec d'un côté, la domination, et de l'autre, la solidarité, de l'Amérique du Nord
et de l'Europe. Peut-être encore plus que les autres pays d'Amérique du sud, le
Chili porte un modèle néolibéral partagé avec les pays impérialistes, et
particulièrement les États-Unis, qui ont saigné le Chili pour des siècles. Mais
encore, la distance physique comme le paysage politique ont gardé les mouvements de
l'État chilien obscurcis pour beaucoup de révolutionnaires dans le Nord.
Le moteur économique du Chili est ses ressources naturelles. La pêche, l'industrie
minière et la coupe forestière sont le coeur de la richesse, de la souffrance et de
l'économie du Chili. Avec la montée des pays en voie de développement comme la
Chine, l'Inde et le Brésil, de paire avec les avancées technologiques qui poussent
la demande, le prix du cuivre a augmenté. Le Chili a les plus grandes mines de
cuivre du monde et est le plus grand producteur de cuivre dans le monde.
Pratiquement toute la richesse du Chili est extraite et exportée sous le contrôle de
multinationales étrangères. Pratiquement toutes ces ressources sont accaparées dans
les zones périphériques du Chili pendant que la richesse est concentrée en son
centre. Les mines du nord et la pêche et les forêts du sud font vivre la population
de Santiago. Le noyau central du Chili, largement organisé autour de Santiago,
compte plus de 70% de la population. Cette division entre les périphéries, où sont
extraites les richesses, et le centre, contrôlant l'exploitation, crée une
contradiction au Chili. L'économie de Santiago est presque complètement dérivée des
services, de la finance, etc., tous des secteurs alimentés par les industries
d'exploitation des ressources.

L'histoire chilienne elle-même reflète des divisions similaires dans la population
autour de la richesse, du pouvoir et de la force. La classe victorieuse capitaliste
qui a conquis le Chili de l'Espagne a construit un système de pouvoir peut-être
encore plus autoritaire que les autres révolutions en Amérique du sud. Un
gouvernement central fort et un système « présidentialiste » a affecté durant des
siècles les chiliennes et chiliens combattant pour créer un ordre social plus juste.
Mais bien sûr, ce fut peut-être ces structures et traditions qui ont fournis les
outils supplémentaires aux pouvoirs impérialistes pour dominer le Chili dans le
20ième siècle.

Les luttes contemporaines au Chili ne peuvent être comprises séparément de la montée
et de la chute du gouvernement de l'Unité Populaire. Suite aux périodes de dictature
et de troubles sociaux, la gauche a pris le pouvoir au Chili sur le dos de
mouvements sociaux sans précédents visant à faire tomber un système de classes
rigide, l'exploitation impérialiste des ressources du Chili et la pauvreté et la
répression politique qui ont enserré le Chili depuis des lustres. Le résultat fut la
victoire du premier président marxiste élu démocratiquement, et un nouveau chapitre
dans l'histoire chilienne avec les efforts de nationalisation des industries, les
mesures de protection sociale et les débuts d'une réforme dans un système de classes
ossifié.

Bien que les gauchistes concentrent souvent leur attention sur le gouvernement
d'Allende et le rôle qu'a joué la gauche radicale dans les politiques
institutionnelles du Chili, il est important d'être conscient d'un mouvement plus
profond au sein de la classe ouvrière chilienne à cette époque. Aux côtés de la
gauche institutionnelle officielle se trouvait un pouvoir populaire construit à
travers la société chilienne. Alors que ce pouvoir se manifestait souvent en support
au gouvernement d'Unité Populaire, il n'était pas confiné à ce rôle. Le pouvoir
populaire a mené plusieurs expropriations populaires de lieux de travail, de grandes
propriétés... L'autogestion ouvrière est devenue une pratique et inspiration au sein
des mouvements de la classe ouvrière pour dépasser ses leaders et avancer vers un
socialisme plus ouvert. Par moments, celui-ci fonctionnait aussi comme un
contre-pouvoir, quelque chose compris et théorisé comme dualiste par le Movimiento
Izquierda Revolucionaria (MIR). Ainsi, durant cette période, nous observons les
convergences de gauchistes officiel-le-s au pouvoir, de l'autogestion ouvrière, et
du peuple dépassant leurs leaders en des temps-clés de rupture. Cette histoire
spécifique des mouvements du Chili dans les années 1970 continue d'avoir de la
résonnance et de l'impact sur la gauche au Chili et la société en général.

Menacés économiquement et politiquement par la possibilité d'un Chili libéré, les
pouvoirs impérialistes (particulièrement les États-Unis) ont agi pour détruire les
mouvements du Chili. À travers une campagne combinée d'affaiblissement de l'économie
par le terrorisme économique et un coup militaire sous la direction de Pinochet (qui
fut nommé par Allende dans l'espoir de sa loyauté à la nation [NDT. Allende avait
notamment nommé Pinochet commandant en chef de l'armée chilienne]), la bourgeoisie
chilienne et les impérialistes étrangers ont commencé une campagne de barbarie et de
terreur. Suite au coup réussi par Pinochet, où le gouvernement élu démocratiquement
fut renversé et Allende est mort en défendant le palais présidentiel, le régime
militaire commença à terroriser les chiliens et chiliennes, non seulement au Chili,
mais littéralement à travers le monde.

La terreur vint par vagues et cibla différents groupes en différentes phases. En
gros, le but était d'éliminer physiquement la gauche, et abolir toute opposition
physique et mentale à travers la torture, le viol, le meurtre et tous les moyens
nécessaires pour forcer le pays en entier dans la soumission. Ceci inclue même
l'assassinat des figures de l'opposition en terre étrangère aux États-Unis et en
Europe.

Les États-Unis ont cherché à utiliser le Chili comme laboratoire et modèle pour le
tiers monde dans la conquête du gouvernement pour la domination mondiale et
l'extension du contrôle impérialiste. La souffrance du Chili faisait partie d'un
projet plus vaste sous le parapluie de l'Opération Condor, où les États-Unis,
travaillant de paire avec la bourgeoisie locale et les forces militaires, ont
installé des dictatures qui ont terrorisé les populations à travers l'Amérique du
sud dans les années 1970 et ont littéralement cherché à supprimer la présence
gauchiste à travers la torture, le meurtre, le viol et l'exil forcé.

L'Économie chilienne fut reconstruite sur un pur modèle néolibéral largement conçu
par les penseurs de l'École de Chicago de l'économie néolibérale. Sa richesse fut
privatisée et vendue à des investisseurs étrangers (avec quelques exceptions, dont
notamment des portions de l'industrie du cuivre qui demeurèrent nationalisées), et
un système d'État autoritaire fut combiné avec l'austérité sociale, mettant le Chili
dans une situation unique en Amérique du sud. Le Chili a subit une série de
compromis entre la domination étrangère totale, et un investissement de capital
augmenté. La position du Chili en rapport à ses ressources et sa position dans
l'économie mondiale ont créé des contradictions au sein de la société. Aujourd'hui,
la droite cite fréquemment ses statistiques démontrant la santé de la nation
(largement gonflées par la demande mondiale pour le cuivre plus que touts autres
efforts des économistes néolibéraux), troquée contre l'accroissement de l'une des
plus sévères pauvretés pour l'austérité répandue, le servage de la dette et
l'élimination du filet de sécurité sociale. La gauche critique avec raison les
contradictions entre la richesse apparente d'une société construite sur la dette et
l'austérité et la richesse qui est volée du Chili chaque jour par l'impérialisme.

Bien que la dictature ait gravement estropié la gauche de l'époque, le peuple
chilien ne fut pas vaincu. Il y eut une transformation entre les mouvements
populaires menant à 1973 et ceux du début des années 1980. Les conditions se
dégradant sous le Chili de Pinochet ont amené les gens dans les rues et ont créé des
mouvements contre la répression et le niveau de vie. Les mouvements populaires ont
continué à défier la dictature autant en termes de répression, que dans les maisons
des gens, dans les écoles et dans les milieux de travail. Les étudiants, étudiantes,
travailleurs, travailleuses et familles des disparu-e-s menèrent une lutte combative
contre la dictature dans les années 1980, dont les mouvements armés de la gauche qui
ont presque assassiné Pinochet en 1986. Alors que Pinochet servait l'impérialisme
pour un temps, la brutalité et la rigidité de la dictature se sont éventuellement
avérées être davantage une charge qu'un atout pour maintien du contrôle sur le Chili
et sa richesse. Les mouvements furent capables de faire tomber la dictature et de
prendre de la place, toutefois cela se produisait sous le contrôle et la gestion
d'un capital local et mondial. Une période de transition eut lieu avec les 20 années
de gouvernement d'une coalition de partis d'opposition (concertacion) qui laissa le
néolibéralisme de Pinochet intact, tout comme les relations avec la dictature. Cette
combinaison de victoire et de défaite allait de l'avant sur la base explicite de
l'exclusion de la gauche radicale et la maintenance des rapports fondamentaux
d'exploitation. La situation aida à créer d'un côté, les divisions autour desquelles
les chiliens et chiliennes combattraient pour les prochaines décennies, et de
l'autre, la crise de la gauche qui se trouva soit récupérée, soit exclue et qui
travaillait à se réorienter en fonction des lignes changeantes de la lutte.

Les luttes d'aujourd'hui contre l'austérité et contre le modèle néolibéral brutal du
Chili prennent place dans ce contexte. Quoiqu'un peu isolé-e-s de la crise
économique mondiale par la richesse du cuivre, les chiliens et chiliennes continuent
de vivre les attaques sur leurs conditions de vie par la droite et les machinations
du capital international.


L'Anarchisme au Chili

Le Chili a une histoire anarchiste relativement riche, similaire à plusieurs des
pays du cône sud de l'Amérique du sud. Un très vaste et militant mouvement
anarchosyndicaliste a été présent au Chili depuis le 19ième siècle et a construit
plusieurs des premiers syndicats. Les anarchosyndicalistes chiliens et chiliennes
ont construit les traditions libertaires au sein du mouvement ouvrier qui ont
continué à avoir de la résonance même jusque dans les années 1940 et au-delà.
Néanmoins, en définitive, l'anarchisme a entré dans une phase de dormance après les
années 1920, quand la dictature d'Ibañez a délogé et attaqué avec succès le
mouvement anarchiste et ses bases avec quelques exceptions-clés. Dans les années
1950, l'anarchosyndicalisme connaissait un renouveau significatif qui a eu des
répercussions dans les années suivantes, en influençant le syndicalisme chilien
après des grèves clés de cette époque. Il y avait plusieurs anarchistes aussi actifs
et actives au sein du Mouvement pour la Résistance Populaire durant les années 1970,
et plusieurs autres ex-membres du MIR sont devenu-e-s anarchistes en raison de leur
expérience dans le MIR. En général toutefois, ce ne fut pas avant la période des
années 1980 à 2000 que l'anarchisme renaquit au Chili.

Le premier projet anarchiste à renaître au Chili durant cette période fut
possiblement « Hombre y Sociedad », une publication communiste libertaire avec des
analyses de la situation au Chili qui ont rassemblé des exilé-e-s et différentes
générations du mouvement anarchiste. Avec les années 1990, le désillusionnement par
rapport aux partis politiques traditionnels et les tensions au sein de la gauche
officielle avec la chute du bloc soviétique ont contribué à une renaissance de types
d'anarchistes. Plusieurs jeunes chiliens et chiliennes se sont tourné-e-s vers
l'anarchisme en réponse aux problèmes soulevés par l'intégration de l'opposition
dans l'État chilien. En 1999, les communistes libertaires ont fondé le Congreso
Unificacion Anarco-Comunista (CUAC) après avoir travaillé à construire une
organisation spécifique anarchiste depuis des années. Le CUAC a rassemblé des
militantes et militants anarchistes pour organiser au sein des luttes de la classe
ouvrière et s'orienter vers l'insertion sociale. Aujourd'hui, deux organisations
nationales existent (la Federacion Comunista Libertaria et l'Organization Comunista
Libertaria), ainsi que plusieurs groupes locaux plus petits comme le Corriente
Accion Libertaria à Valparaiso. Aujourd'hui, l'anarchisme organisé au Chili porte
avec lui les traditions de plus de 10 ans de travail au sein des mouvements sociaux
et de plus profondes connexions avec les luttes contre la dictature.


Les luttes sociales d'aujourd'hui

Dans la période actuelle, le Chili est témoin de 5 fronts de lutte à travers le pays
: les étudiantes et étudiants, les travailleurs et travailleuses, les quartiers et
voisinages, les luttes régionales et les luttes autochtones. Tous ont des racines
dans les luttes de l'époque du gouvernement de front populaire, et dans certains
cas, de bien avant.

Le Chili a occupé les manchettes dans les nouvelles et la conscience des activistes
en 2011 en raison du mouvement étudiant. Visant à combattre la servitude de la
dette, la mauvaise qualité et les prix non-accessibles, le mouvement étudiant a
organisé un large éventail d'actions, de grèves et de perturbations sociales pour
obtenir une éducation publique gratuite et de qualité pour toutes et tous, et dans
plusieurs cas, accompagnée d'une vision émancipatrice de l'éducation. Le système
d'éducation chilien ressemble de certaines façons à celui des États-Unis en raison
de son rapport de dépendance avec l'endettement, de son coût similaire (mais en
rapport aux salaires chiliens), et de sa division publique/privée qui a de profondes
implications de classes. Le Chili, comme le Québec, a été secoué par de réguliers
cycles de luttes étudiantes autour de tels enjeux. La plus récente période fut en
2006, sous Bachelet, avec la « Révolution des Pingouins » (nommée en lien avec les
uniformes étudiants) autour des enjeux des frais, des passes de bus et des problèmes
du système avec le financement et la régulation de l'éducation au Chili. Les luttes
se sont terminées avec des concessions, mais sans jamais résoudre les enjeux plus
profonds. Plusieurs des leaders étudiants et leaders étudiantes des luttes
universitaires de 2011 étaient des militantes et militants d'organisations dans les
écoles secondaires (liceos) en 2006. À son apogée, le mouvement de 2011 a presque
mené à un blocage de la ville avec des centaines de milliers dans les rues, la
détermination du public de leur côté, et des grèves de solidarité des travailleurs
et travailleuses dans les secteurs stratégiques de l'économie.

Les anarchistes ont construit une base dans les mouvements étudiants avec le travail
du Frente Estudiantil Libertaria (FeL) il y a plus d'une décennie. Ayant commencé
comme une tendance intermédiaire dans le mouvement étudiant, le FeL a développé une
praxis libertaire autant au sein de mouvement officiel étudiant que dans les rues.
Le Chili a un système de représentation politique qui rassemble des éléments des
structures gouvernementales et des syndicats. Les organisations sont bâties sur une
base départementale avec leur propre constitution et structure, mais en grande
partie, elles ont toutes à rendre des comptes aux assemblées de base. Il y a de plus
vastes structures de coordination où différentes tendances politiques rivalisent et
engagent la négociation avec l'administration, et des forces de coordination. Le FeL
s'engage dans l'organisation dans la lutte étudiante et dans les activités touchant
à la formation politique, l'éducation populaire et l'intervention dans le maintien
d'un caractère révolutionnaire anarchiste dans les luttes étudiantes populaires.
Présentement, il s'agit d'un réseau à travers les universités et écoles secondaires
du Chili, et il a fait plusieurs victoires clés dans l'établissement d'une présence
pour le FeL et ses réseaux. En 2012, le mouvement fera face à des défis en raison de
l'incapacité à obtenir ses revendications du système en 2011. Les étudiants et
étudiantes universitaires sont attaqué-e-s par l'État, ciblant toute prochaine
manifestation par des actions punitives dans le système scolaire, et par le fardeau
économique de leurs prêts et de la perte de cours. Les occupations d'écoles
secondaires se poursuivent toutefois, et le mouvement fait face à une conjoncture
cruciale en ce moment. Des élections régionales auront lieu en 2012, et la plupart
de la gauche se mobilisera pour canaliser l'énergie du mouvement étudiant dans la
politique partisane et institutionnelle. Avec le pouvoir autonome du mouvement
étudiant, la présence libertaire du FeL et la crise mondiale déployée, 2012 pourrait
bien être une année charnière vers l'une ou l'autre des directions. Aujourd'hui, au
moment d'écrire ces lignes, la mobilisation reprend à nouveau massivement la rue et
démontre un pouvoir qui n'a toujours pas été vaincu par la crise ou par le
gouvernement.

La répression sous Pinochet a amené un affaiblissement du mouvement ouvrier
officiel. Au Chili, le taux de syndicalisation oscille autour de 10%, un taux
similaire à celui des États-Unis. La législation du travail chilienne combine le
pire de l'Europe (les grèves sont illégales en l'absence de certains paramètres
spécifiques) et le pire des États-Unis (le contournement répandu des législations du
travail à travers des exclusions, des sous-contractants et la facilité à remplacer
les travailleurs et travailleuses qui font grève). Plus d'une décennie
d'organisation anarchiste et d'agitation a toutefois permis de construire une
présence libertaire dans des secteurs clés de la société chilienne. Les travailleurs
et travailleuses de la construction par exemple sont largement exclu-e-s de la
négociation collective dans la législation du travail chilienne. Un syndicat
relativement nouveau, SINTEC, a été formé dans le secteur de la construction avec un
fort courant libertaire et sur un modèle combatif anarchiste. De même, les
travailleuses et travailleurs portuaires ont une tradition et présence de
syndicalisme anarchiste, tout en occupant en même temps une position stratégique au
sein de l'économie en tant que moyen d'exportation de toute la richesse chilienne.
Dépendamment des régions, les anarchistes ont ancré des racines qui arrivent à
maturité dans divers secteurs stratégiques de l'économie par leur position (les
mines, la santé, l'éducation, le transport, l'industrie forestière et les pêches).

Le Chili est un pays urbain par majorité écrasante, avec des villes généralement
compactes et du logement collectif. Les coûts intenables du logement (près des prix
américains pour une fraction des salaires) ont mené à des situations dans les
voisinages où : plusieurs familles ont été forcées dans de minuscules appartements,
la qualité et la disponibilité des commodités de base est limitée, le développement
capitaliste détruit la santé des communautés et les prix des commodités de base
assaillent les gens. En réponse, un nombre important de mouvements populaires ont
émergé. Les anarchistes ont été actives et actifs dans ces luttes qui tendent à se
centrer autour de la disponibilité du logement, des conditions de vie et du combat
contre l'emballement des prix. Ces luttes incluent des occupations de terrains ainsi
que l'action directe pour forcer l'État à accorder plus de logements à prix modique
pour la classe ouvrière. Plutôt que de se concentrer sur un seul enjeu, les
anarchistes ont poussé pour une orientation plus large des luttes à l'échelle de la
communauté et de l'éducation populaire afin de soutenir le caractère et le
leadership populaire des luttes (plutôt que voir les gens quitter une fois que leurs
besoins personnels sont comblés).

La structure du centre et des périphéries du Chili a créé des situations où de
vastes territoires sont ignorés et réprimés. Les luttes régionales autour des
conditions de vie dans des régions entières ont explosé dans des endroits clés
durant les dernières années. En 2011, le sud-extrême du Chili a explosé en
contestation à Punta Arenas avec des blocages, des barricades et des affrontements
dans les rues entre les forces du gouvernement et les communautés entières. Cette
année, dans la région Aisén, une autre région du sud du Chili, les membres de
communautés ont bloqué leur territoire pendant des mois au cours de combats
cinglants avec les forces du gouvernement. Leurs revendications étaient concentrées
sur le combat de l'inflation des prix de la nourriture, du transport et autour du
manque d'infrastructure (scolaire, physique et social) dans leur région. Dans la
région minière du nord du Chili, les résidents et résidentes ont mené des batailles
similaires autour de leurs conditions de santé, de l'eau et des infrastructures.
Tout en produisant toute la richesse du Chili, ils et elles vivent dans des
conditions parmi les pires.

Les luttes autochtones au Chili sont largement synonymes avec celles des mapuches.
Bien que d'autres luttes existent dans la Terre de Feu et dans les régions Aymara du
Nord, les mapuches du sud du Chili ont une place centrale dans l'attention nationale
en raison de la force et de la durée de leurs luttes. Les mapuches ont une histoire
de lutte, non seulement dans l'histoire présente, mais de résistance continue depuis
la colonisation. Les mapuches ont continué à exister comme nation indépendante
jusqu'à ce que le Chili ait ses propres guerres et conquière le territoire, mais pas
le peuple mapuche. Isolé-e-s par la géographie et un dur climat, les mapuches ont
résisté à l'intégration et aux transgressions capitalistes sur leurs terres. Alors
que le néolibéralisme et l'impérialisme tentent de mener l'exploitation plus
profondément au coeur des terres mapuches, les communautés ont continué à résister.
Les abus répandus et les meurtres ethniques conduits par l'État ont été routiniers.
Combiné-e-s avec les mouvements de solidarité à travers le Chili, les mapuches
représentent une force insubordonnée de résistance constante au Chili, qui porte ses
propres traditions et luttes libertaires.


Les interventions des anarchistes

En complément de sa présence dans les luttes sociales, le mouvement anarchiste a une
large base d'activités au sein de la gauche et dans les quartiers populaires en vue
du développement d'une praxis libertaire. Les anarchistes sont actives et actifs
dans des stations de radio communautaire à travers le pays, où les résidentes et
résidents s'engagent dans l'éducation populaire de paire avec les luttes de leurs
quartiers sur un modèle émancipatoire. Le mouvement a de nombreux projets de médias
alternatifs dans les organisations et dans les réseaux libertaires plus larges. Par
exemple, « Politica y Sociedad » (nommé à l'origine « Hombre y Sociedad ») est un
journal communiste libertaire fondé dans les années 1980 qui représente une
collaboration entre divers groupes et individus s'identifiant à l'anarchisme
organisé. Il y a des journaux anarchistes comme « Erosión ». La Federación Comunista
Libertaria a des publications papiers et sur internet. À Santiago, il y a un réseau
d'environ 12 librairies populaires, surtout dans les quartiers populaires. Les
éléments insurrectionnistes et « lifestyle » ont eut des squats jusqu'à ce que la
majorité soient fermés durant « El caso de bombas », où l'État les ciblait en
relation aux attentats à la bombe insurrectionnistes. Par la suite, les accusé-e-s
furent tous et toutes relaxé-e-s, mais toutefois les squats ne sont toujours pas
revenus à leur niveau de fonctionnement d'avant la vague de répression.


Un panorama

La position du mouvement libertaire au Chili montre la direction qu'un mouvement
mature peut prendre lorsqu'il s'engage pour devenir enraciné dans les luttes
populaires et les communautés. Le Chili a fait face à des défis uniques en raison
des perturbations sociales du terrorisme combiné de la dictature et du
néolibéralisme. Construisant souvent avec bien peu, le mouvement anarchiste a fait
croître des racines et se dresse aujourd'hui dans des positions stratégiques au sein
des luttes sociales chiliennes. Il y a trop à apprendre de ces expériences, lorsque
prises de notre analyse de notre époque, de notre milieu et de notre conjoncture. Le
futur du Chili et de ses anarchistes repose aujourd'hui dans leur combat au sein de
la société chilienne et dans le combat de la classe ouvrière internationale contre
l'impérialisme et les nouvelles méthodes de soumission dans cette ère de crise.

Scott Nappalos
(Miami Autonomy & Solidarity)

Des remerciements sont dus à Jose Antonio Gutiérrez pour ses apports concernant
l'histoire chilienne et à toutes et tous et toutes les compañerxs au Chili qui m'ont
assisté dans mes recherches, mes écrits et mes voyages.

* Traduction du Blogue du Collectif Emma Goldman


http://miamiautonomyandsolidarity.wordpress.com

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