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(fr) Alternative Libertaire: Actualité d'un socialisme anti-étatique

Date Thu, 25 Oct 2012 13:14:02 +0200


Lors de son IIe congrès en avril 1993 à Montreuil, Alternative Libertaire se
penchait sur la question de l'anti-étatisme contemporain. A l'orée des années 1990,
le PS puis le RPR déchaînaient l'offensive libérale contre les services publics et
la Sécurité sociale, ces "anomalies collectivistes" incrustées dans la société
marchande. AL opérait alors une mise à jour théorique. L'enjeu : distinguer dans le
secteur public ce qui relevait du «service public» et de l'utilité sociale, et ce
qui relevait du «service de l'État» et du maintien de l'ordre capitaliste. On notera
l'emploi fréquent du mot «citoyen», tombé depuis en désuétude dans les milieux
révolutionnaires, vu son dévoiement par le moralisme républicain. Une version longue
de cet extrait du IIe Congrès est disponible sur www.alternativelibertaire.org

Nous proposons aux révolutionnaires, aux autogestionnaires, de mener un combat
anti-étatiste, tout simplement parce que le socialisme authentique c'est la
démocratie, et que l'État, c'est l'antithèse de la démocratie. La démocratie c'est
le pouvoir exercé par le peuple. Et l'État c'est le centralisme, le pouvoir exercé
sur le peuple, du haut vers le bas. Ou les mots n'ont pas de sens, ou le mot État
désigne une machine pyramidale et hiérarchique, qui concentre le pouvoir au sommet,
et qui se donne tous les moyens coercitifs et violents nécessaires pour que ce
pouvoir centralisé s'impose aux dirigé-e-s. La révolution démocratique reste à
faire. Elle substituera à l'organisation étatique du pouvoir un mode d'exercice réel
de la souveraineté populaire. [...]

Nous sommes porteurs d'un projet alternatif de démocratie autogestionnaire. À
l'État, nous opposons la fédération. C'est-à-dire une forme alternative de
centralisation/décentralisation, articulant la démocratie directe à une démocratie
délégative, limitée et contrôlée, mise au service de la démocratie directe, les
grandes décisions étant soumises au mandat impératif de la population.

Nous sommes anti-étatistes parce que l'État est toujours attaché à l'exploitation de
classe, et qu'il est aujourd'hui capitaliste. L'État républicain siégeant au-dessus
des classes est une fiction. L'État est le corps central du capitalisme, sa première
fonction est de le gérer. [?] Il est devenu lui-même une super entreprise
capitaliste, produisant ou commanditant une part considérable des services et des
biens, exploitant plusieurs millions de salariés, et générant à sa tête une classe
technocratique et bureaucratique, solidaire de la bourgeoisie et de la technocratie
du privé.

Exercer le pouvoir gouvernemental c'est gérer le capitalisme, c'est se fondre, qu'on
le veuille ou non, dans la classe dirigeante. C'est pourquoi nous sommes
radicalement opposés à toute politique de participation gouvernementale, à toute
proposition d'y mener une « autre politique » cette fois-ci « vraiment à gauche ».
Il n'y a pas d'espace à gauche au sommet de l'État ; on n'y a d'autre choix que de
gérer. [...]


La nature contradictoire de l'État moderne

[...] Tout en organisant le pouvoir de la classe dirigeante, l'État prétend assumer
une fonction de solidarité sociale et de service public, et une fonction de
coordination générale de la société et de cohésion de celle-ci qui est évidemment
nécessaire à la population.

Le droit défend les intérêts des couches privilégiées, il impose un ordre social et
moral nécessaire à l'exercice de leur domination. Mais contradictoirement il
présente des aspects indéniables de défense des libertés individuelles et publiques,
de protection des individus et des collectivités, de droits acquis par les couches
sociales dominées. [...] La société capitaliste est traversée en permanence par
cette contradiction, et l'État est placé au coeur de celle-ci. La tension vers la
démocratie ainsi que la lutte des classes agissent depuis deux siècles contre les
intérêts des classes dirigeantes [...]. Les luttes pour la démocratie, pour le
suffrage des femmes, les luttes du mouvement ouvrier, les luttes des populations
issues de l'immigration ont imposé des élargissements des libertés, des acquis
juridiques, politiques, sociaux. C'est pourquoi on ne peut pas parler de libertés «
formelles », mais bien de libertés réelles, arrachées par les luttes ou sur la
lancée des luttes, et au moins partiellement contradictoires avec l'étatisme et avec
le capitalisme.

Les institutions sont le produit historique d'un compromis entre les classes
dirigeantes et la population. Ce compromis est nécessaire au capitalisme : il lui
assure un large consensus. Ce compromis est avantageux pour les classes dirigeantes
: il enregistre un rapport de forces qui leur est par définition favorable dans
cette société. Mais comme tout compromis, il contient des concessions faites aux
dominés sous la pression de leurs luttes : des espaces d'expression et des formes
juridiques et institutionnelles dont les logiques sont plus ou moins solidaires,
égalitaires, démocratiques.

Or ce compromis traverse aujourd'hui une crise profonde. Les classes dirigeantes
cherchent, à travers l'« anti-étatisme » des libéraux et des ultra-libéraux, une
alternative où les concessions faites aux classes dominées seraient battues en
brèche. L'alternative d'un nouvel anti-étatisme libertaire n'en est que plus
nécessaire.


La crise de l'État

L'État moderne est en crise dans toutes les grandes métropoles. Cette crise
institutionnelle se combine étroitement avec la crise sociale. Elle offre trois
aspects : une crise de représentation, une crise de légitimité, et une crise
structurelle attachée à l'internationalisation croissante du capitalisme.

1. Crise de représentation de l'État

Le fossé entre ce que les médias appellent « la classe politique » et les citoyens
n'est plus contesté par personne. La délégation de pouvoir et la fonction de gestion
du capitalisme ont conduit à une professionnalisation des responsables politiques et
des élu-e-s qui fonctionnent en couche de technocrates politiques. Les citoyennes et
les citoyens réduits au statut d'électeurs se désintéressent de la chose politique
d'autant plus que leur avis ne sera pas entendu. Les politiciennes et les
politiciens n'expriment ni leurs opinions ni leurs préoccupations. [...] D'où la
montée de l'abstention, et celle du vote protestataire.

L'extrême droite se nourrit de cette crise. Le Front national [...] remet en
question le parlementarisme tout en l'utilisant, et il préconise le recours au chef
providentiel et à l'État fort. [...].

Cette profonde crise de représentativité conforte notre critique du parlementarisme.
Une brèche est ouverte dans le consensus. Mais le risque est grand de voir l'extrême
droite marquer toujours plus de points, sur fond de démobilisation croissante, si
une nouvelle pratique politique ne surgit pas, et à une échelle de masse, permettant
aux citoyennes et aux citoyens se reconnaissant dans des valeurs de justice et
d'égalité de repartir à la conquête du politique, et d'imposer leur représentation
dans la société.

Comment les libertaires peuvent-ils contribuer à cette remobilisation politique?

Les luttes sociales sont nécessaires, mais elles n'y suffiront pas, même si nous
soulignons la dimension politique de ces luttes. Elles n'offrent pas à elles seules
les moyens d'une représentation globale dans la société. La défense d'un projet de
société libertaire ne peut pas plus convenir, à lui seul. Il peut inspirer des
propositions. Mais sa réalisation est attachée à une rupture révolutionnaire, et
celle-ci appelle une situation historique globalement différente de celle
d'aujourd'hui.

C'est ici et maintenant que les libertaires doivent faire la preuve de la pertinence
de leurs propositions.

C'est pourquoi il nous faut élaborer et proposer:

- un projet de représentation politique authentiquement démocratique ;

- une pratique de contre-pouvoir et de reconquête du politique par les citoyennes et
les citoyens eux-mêmes ;

- la constitution d'une forme nouvelle de mouvement politico-social. C'est ce que
nous nommons un mouvement large, anticapitaliste et autogestionnaire [...].

2. Crise de légitimité de l'État

La crise de légitimité prolonge la crise de représentativité. [...] L'État assure de
plus en plus mal à toutes et tous les citoyens le minimum de solidarité sociale et
de service public ; la valorisation des profits, pour se poursuivre dans ce contexte
de crise, appelle des mesures ouvertement inégalitaires. La crise du modèle de
régulation sociale, la mise en place d'une société à plusieurs vitesses, menacent le
compromis, le consensus bâti autour des institutions. La crise économique et la
crise sociale pèsent donc sur les contradictions inhérentes à la « démocratie »
parlementaire et c'est tout le système qui perd sa légitimité.

Les explosions de violence dans les cités et les quartiers d'exclusion aux
Etats-Unis et en Europe sont les signes précurseurs de mouvements permanents de
colère.

Mais si le parlementarisme et finalement le capitalisme libéral et l'économie de
marché perdent progressivement leur légitimité, il n'y aura pas pour autant, en
face, la montée automatique, mécanique, d'un projet de transformation
autogestionnaire. [...]

C'est aujourd'hui, dans les conditions du moment, que les libertaires doivent
participer à des mouvements et à des regroupements larges tentant d'apporter un
espoir. [...] Car l'objectif est bien, face à la crise de légitimité de l'État, que
le projet d'autres formes institutionnelles et sociales deviennent légitimes aux
yeux des travailleuses, des travailleurs, des jeunes, de la base de la société. Et
pour cela, il faut des mobilisations politico-sociales de grande ampleur.


Anti-étatisme: ce qui a changé

Il n'est plus possible de défendre tel quel l'anti-étatisme porté par les courants
anarcho-syndicalistes et syndicalistes révolutionnaires de la fin du XIXe siècle et
du début du XXe siècle, parce que les conditions où leurs théories sont apparues ont
été depuis bouleversées.

On pourrait distinguer trois versants de l'anti-étatisme ouvrier du début du XXe
siècle :

- le refus de participer aux institutions, et le refus d'appuyer les forces
politiques qui entendent y participer. [...] ;

- le refus d'intervenir dans les débats publics autour des questions touchant les
institutions. La question de l'État est reléguée au second plan pour deux raisons :
« tout est joué », l'État ne répondant pas à d'autres fonctions que celles de
défense des intérêts capitalistes, et les véritables leviers du pouvoir ne se
trouvant pas dans les institutions mais dans la production ;

- d'où une stratégie de contre-pouvoir syndical, associatif, mutuelliste. Les
travailleurs construisent les bases de leur propre société à l'intérieur de la
société capitaliste; les syndicats et les mutuelles sont destinés à reprendre en
charge la société toute entière au moment de la révolution sociale.

Cette forme de l'anti-étatisme ouvrier est née à une époque où le prolétariat était
physiquement très minoritaire dans la société, et volontairement marginalisé par un
État qui répondait à ses revendications par la répression violente et la mitraille,
dans une société où les formes de solidarité était prises en charge directement par
les exploités .

Depuis, un siècle s'est écoulé, et les modifications de l'appareil d'État sont très
importantes:

- la population active a été largement prolétarisée. Les ouvrières et les ouvriers,
les employés, et les couches proches en constituent plus des deux tiers ;

- l'État moderne [...] recouvre tout un ensemble de fonctions de solidarité et de
service public qui en font un enjeu de lutte et qui rendent difficilement audible un
projet de rejet intégral.

Dans la société contemporaine, un projet de reconquête de la société qui
s'inscrirait principalement voire uniquement dans les entreprises et autour de la
solidarité de classe construite à partir des entreprises ne répond plus aux attentes
des travailleuses et des travailleurs. Parce qu'ils ne vivent plus le même type
d'exclusion et de marginalisation, ils sont porteurs d'aspiration à la citoyenneté
dans le monde du travail, et porteurs d'aspirations hors de celui-ci, dans l'espace
de la cité. [...]


Que faire de l'État?

[...] À l'illusion d'une politique de changement de gauche du haut vers le bas
depuis Matignon et la Chambre, nous opposons une logique de reconquête du bas vers
le haut, depuis les communes et les régions, et depuis les luttes dans les
entreprises et dans la jeunesse.

Mais, parce que l'État « démocratique » est traversé de contradictions profondes
inhérentes à sa nature et qu'il est l'objet d'une crise grave, nous ne nous
interdisons pas d'être porteurs de propositions alternatives. [...] C'est-à-dire que
nous cherchons à identifier et à distinguer, dans les activités recouvertes
contradictoirement par l'État moderne, ce que le mouvement social combat, ou devrait
combattre selon nous, de ce qui est la trace institutionnelle et sociale de ses
luttes. [...]

Ce nouvel anti-étatisme social nous conduit à :

- défendre la notion de service public, que nous opposons au développement des
logiques commerciales, et aux privatisations;

- avancer vers un projet alternatif de services publics d'utilité sociale.

Nous ne pouvons nous satisfaire d'une démarche défensive et conservatrice. Opposer,
dans l'État, la fédération à l'État, c'est défendre une autre conception : des
services publics entièrement tournés vers une logique d'utilité sociale, d'égalité,
et de protection de l'environnement. Des services publics autogérés, en lien étroit
avec les usagères et les usagers, dégagés de la tutelle des États, réorganisés
autour de deux pôles : les régions, et l'Europe, et dotés des moyens suffisants pour
pouvoir échapper aux contraintes du marché.

Alternative Libertaire

http://alternativelibertaire.org
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