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(fr) Kurdistan: La prison turque pour ouverture

Date Tue, 9 Oct 2012 10:26:02 +0200


Plus de trente ans après le coup d'État militaire, les luttes contre l'oppression du
peuple kurde continuent en Turquie malgré la répression.
La vague de répression qu'essuient aujourd'hui les différents mouvements de
résistance au gouvernement AKP (islamo-conservateur, au pouvoir depuis 2002 en
Turquie) a débuté au printemps 2009, suite à une victoire historique du parti légal
pro-kurde BDP (Parti pour la paix et la démocratie) aux élections locales. Depuis,
c'est plus de dix mille militants qui ont été arrêtés et qui sont pour la plupart en
attente d'un procès. Dans bien des cas, les personnes emprisonnées le sont sans même
avoir été mises en examen ce qui n'empêche pas le Premier ministre Erdogan
d'affirmer avec satisfaction que la Turquie est «une démocratie avancée»


De nouveaux visages

Si la majorité des victimes sont Kurdes ou du moins liées au mouvement kurde, cette
répression est également un moyen de s'en prendre au mouvement ouvrier d'une part,
en s'attaquant aux militants du syndicat alternatif KESK et d'autre part aux
différents mouvements remettant en cause un ordre réactionnaire, qu'ils soient
féministes, écologistes ou tout simplement progressistes.

Si cette série d'arrestations est dans la stricte continuité de plus d'un siècle de
violences pour maintenir un ordre constitutionnel qui prône comme modèle «une
nation, un peuple, une langue et un drapeau», la façon dont elle s'exerce traduit le
changement politique que connaît le pays. En effet, ce n'est désormais plus l'armée
qu'on trouve à l'avant-garde des politiques «anti-terroristes» mais les services de
police, au sein desquels les cercles islamo-conservateurs ont trouvé des terreaux
propices au développement de leurs idées. Cela s'explique notamment par les nombreux
coups portés à l'institution militaire ces dix dernières années par un gouvernement
soucieux de se protéger d'une armée qui constituait auparavant un «État profond», un
État dans l'État.

La vague de répression en question trouve son origine dans l'échec de la stratégie
du gouvernement islamo-conservateur « d'ouverture kurde ». Cet échec s'explique
notamment par un changement net de la stratégie du PKK (Parti des travailleurs du
Kurdistan, anciens marxistes-léninistes) lors de cette dernière décennie. Face au
bilan désastreux de trente ans de guérilla, le PKK a opté pour la reconstitution
d'une société civile kurde en dehors des cercles de pouvoir traditionnel :
l'organisation créée a pris le nom de KCK (Union des communautés du Kurdistan).


Dizaines de milliers d'assassinats

C'est à partir de comités de base ouverts que le PKK a amorcé pas à pas la
reconquête d'un électorat tenté par l'AKP, quitte à devoir s'allier au pouvoir
quasi-féodal de figures locales. Grâce aux nouveaux réseaux constitués, le BDP a
donc pu s'imposer comme la force politique principale dans les régions à fort
peuplement kurde et a donc pu populariser certains mots d'ordre comme la liberté
d'étudier dans sa langue maternelle (seul l'enseignement privé le permet, pour les
majeurs uniquement) et «l'autonomie démocratique» pour le Kurdistan. Ce concept,
bien que très flou, reconnaît la légitimité de l'État turc et revient donc sur près
d'un siècle de luttes indépendantistes. Cela n'a semble t-il pas suffi au
gouvernement AKP, pour qui le KCK est une tentative de réorganiser la société hors
du contrôle de l'État, en vue de soutenir ce qu'il reste de guérilla. Ainsi, les
plus de six mille Kurdes, ou proches du mouvement kurde, arrêtés l'ont été pour la
plupart dans le cadre d'opérations dites anti-KCK.

La déportation de millions de Kurdes et les assassinats de dizaines de milliers
d'entre eux ont des causes tout aussi bien économiques que politiques. Aujourd'hui
encore, 80 % de l'électricité de la Turquie provient de l'assèchement dans les
territoires kurdes par barrages hydro-électriques du Tigre et de l'Euphrate. Si elle
a perdu de son pouvoir politique, l'armée continue à maintenir une pression
constante pour ne pas faire cesser le conflit qui l'oppose à la résistance kurde :
propriétaire d'une trentaine d'entreprises (dont la filiale turque de Renault), elle
a toujours intérêt à rester le premier poste de dépense d'un État qui fait passer la
guerre devant la santé et l'éducation.

Ronny
AL - París Sud

http://www.alternativelibertaire.org
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