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(fr) Edito Anarkismo.net : Retour vers un féminisme matérialiste

Date Tue, 26 Jun 2012 11:04:19 +0200


Dans "Genre et rapports sociaux de sexe", Roland Pfefferkorn propose une initiation
aux concepts utilisés pour aborder les inégalités sociales hommes/femmes. En
particulier, son approche met en avant l'apport des travaux issus du féminisme
matérialiste. Cela le conduit à mettre en valeur les ambiguïtés de la notion de
genre et à montrer les avantages théoriques de l'analyse en termes de rapports
sociaux de sexe. Dans l'introduction, l'auteur met en perspective l'histoire de la
sociologie en rappelant que ce n'est qu'à partir des années 1970, par l'action des
militantes et de chercheuses féministes, que cette discipline est conduite à prendre
en compte le fait social de l'inégalité homme/femme.

Rompre avec le naturalisme

Dans un premier chapitre, intitulé « Rompre avec le naturalisme », l'auteur est
conduit à mettre en valeur la rupture que constitue l'approche féministe
matérialiste par rapport aux perspectives antérieures, avant les années 1970,
tournées vers les notions de rôles sociaux. S'inscrivant dans une continuité avec le
Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, les théorisations de Christine Delphy,
inspirées par un usage hétérodoxe de Marx, sont ici fondamentales. L'auteur rappelle
comment ont été construits les concepts de « patriarcat », de « mode de production
domestique », de « travail domestique » comme catégories autonomes du capitalisme.
Néanmoins, elles se heurtent selon lui à certaines limites : « En sous estimant, de
notre point de vue, les changements réels qui sont intervenus, même s'ils sont très
partiels et parfois difficiles à interpréter, en négligeant l'accroissement des
marges d'autonomie des femmes au cours des dernières décennies, Christine Delphy
s'interdit de prendre en compte l'historicité et la dynamique du mode de production
domestique, elle inscrit sa conceptualisation dans une perspective fondamentalement
fixiste » (p. 38).

Ce n'est que dans les approches en termes de division sexuelle du travail et avec le
concept de rapports sociaux de sexe que certaines apories sont résolues. Elles
permettent ainsi de penser l'exploitation de femmes, de plus en plus nombreuses sur
le marché de l'emploi, conjointement dans la sphère domestique et productive.


La notion de genre

Le second chapitre est consacré à l'étude de la notion de genre dont l'auteur met en
valeur les ambivalences qui ont pu conduire au large succès de ce terme. Il est
possible de souligner par exemple, parmi les analyses qu'il effectue, le contraste
entre deux théorisations du genre. Cette notion semble pouvoir se confondre
initialement avec celle de sexe social. L'auteur rappelle à ce propos les
théorisations de Colette Guillaumin sur la construction de la «classe de sexe des
femmes» par le sexage, c'est-à-dire «l'appropriation privée et collective» des
femmes. Il montre cependant comment la notion de genre, telle qu'elle est utilisée
dans les théories queer, conduit à réduire l'opposition entre féminin et masculin à
ses dimensions normatives et aux questions d'identités sexuelles.

C'est ainsi qu'il est conduit, dans le troisième chapitre de son ouvrage, à
l'analyse des critiques de cette notion. Il en distingue principalement trois. Tout
d'abord, le biais culturaliste et en définitive idéaliste de cette notion dans les
théorisations postmodernes, telles que les théories queer, conduit à négliger la
base matérielle économique de la construction du genre. La seconde critique porte
sur la renaturalisation qui s'effectue sous couvert de la distinction entre sexe
biologique et genre comme construction sociale. Dernière dimension, la thèse
postmoderne de la pluralité des genres dissout le rapport social de classe qui
pourtant apparaît clairement à un niveau macro-sociologique.


Centralité du travail

Le dernier chapitre est ainsi consacré plus spécifiquement aux notions de «division
sexuelle du travail» et de «rapports sociaux de sexe». L'auteur rappelle, en
s'inspirant de Danièle Kergoat, que la notion de rapport social désigne «une tension
qui traverse le champ social et qui érige certains phénomènes sociaux en enjeux
autour desquels se constituent des groupes sociaux aux intérêts antagonistes» (p.
96).

Cette notion met en avant le caractère antagonique du social, et ainsi la centralité
de la notion de travail. Les rapports sociaux de sexe se construisent à partir de la
division sexuelle du travail, mais également du contrôle de la sexualité et de la
fonction reproductive des femmes. En outre, Danièle Kergoat a montré comment les
rapports sociaux de sexe, de «race» et de classe devraient être analysés dans leur
consubstantialité et leur coextensivité les uns avec les autres.

En définitive, les analyses axées sur la conflictualité sociale en termes de
rapports sociaux de sexe, par rapport à celle de «domination masculine», permettent
de mieux penser l'articulation entre reproduction des rapports de domination et
transformation de ces rapports dans le cadre de luttes collectives d'émancipation.

Dans sa conclusion, l'auteur revient sur la distinction entre articulation des
rapports sociaux et théories de l'intersectionnalité. Ces dernières, issues du
contexte intellectuel étasunien, ont pour conséquence d'accorder, comme les théories
queer, une place prépondérante aux dimensions culturelles et identitaires.


Un courant radical oublié

En mettant l'accent sur les théories issues du féminisme matérialiste, l'ouvrage de
Roland Pfefferkorn possède le mérite de mettre en lumière tout un courant radical
d'analyse des inégalités hommes/ femmes, occulté dans les années 1980 par le
différentialisme du french féminism, puis dans les années 1990 par la réception des
théories queer et l'analyse bourdieusienne en termes de domination masculine.
Pourtant, dans le sillage des analyses du patriarcat par la féministe américaine
Kate Millet, auteure de La politique du mâle en 1970, les travaux de théoriciennes
telles que Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu, Colette Guillaumin, Monique
Wittig, ou encore Danièle Kergoat présentent la spécificité d'appuyer leurs
critiques de l'inégalité sociale entre hommes et femmes sur une base économique,
mais sans s'y réduire.

En particulier, avec la notion de «sexe social», ces théoriciennes ont montré avant
les théories queer comment les identités sexuelles n'étaient que des constructions
sociales.

Elles ont ainsi initié une critique de l'hétéronormativité qui ne se réduit pas à
une simple critique des normes, mais qui trouve sa base dans une analyse des
conditions socio-économiques des catégories sexuelles. Ainsi, oublie-t-on bien
souvent que ce n'est pas uniquement du côté de Foucault, mais également de Monique
Wittig, que Judith Butler a été chercher l'inspiration de sa théorie de la
déconstruction du genre.

Irène
AL Paris Nord-Est

Alternative libertaire, juin 2012, N°218

http://www.alternativelibertaire.org
http://www.anarkismo.net

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