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(fr) Message de la =?iso-8859-1?Q?Federa=E7=E3o_Anarquista_Ga=FAcha_au_Congr=E8s_de_fondatio?=n de la Coordination anarchiste brésilienne [pt,en,gr]

Date Tue, 12 Jun 2012 15:14:07 +0200


L'anarchisme organisé au Brésil vivra dans les journées de Juin à
Rio de Janeiro son plus grand événement historique contemporain.
Le congrès anarchiste a une signification très particulière : il réunira
des groupes d'environ dix États du pays pour débattre, pour définir
des accords et des résolutions d'action afin d'appliquer des principes
communs et des tactiques communes à la réalité brésilienne. Notre
conviction, en plus de 10 ans de processus, est que l'anarchisme
militant est une contribution indispensable à la lutte pour un
changement social anticapitaliste. La réunion des forces militantes qui
incarnent dans la Coordination un même concept de travail est une
étape cruciale dans le cheminement vers la construction d'une
organisation politique qui s'amorce maintenant.

Notre idéologie est historiquement liée à la lutte des peuples et
des classes opprimées, à leurs expériences, à leurs sacrifices et aux
projets d'émancipation du système capitaliste. Contre les rapports de
domination dans toutes les sphères de la pratique sociale, nous
faisons une critique radicale, implacable ; contre les structures de
pouvoir qui produisent et reproduisent la société de classes, nous
répondons par la proposition d'un changement révolutionnaire ;
contre la violence et le contrôle étatique, contre l'exploitation des
patrons et contre les idées d'oppression qui circulent dans le corps
social, nous opposons l'action militante intransigeante.

Nous sommes une partie intégrante d'un mouvement qui existe
depuis des générations dans le mouvement socialiste des
travailleurs, qui n'a pas commencé et ne se terminera pas avec nous.
Nous sommes les continuateurs de ces idées et de ces valeurs, de
cette vigilance à ne pas tomber dans les pièges du système ; nous
sommes les continuateurs de ces compagnons et compagnes qui ont
donné leur vie dans la bataille et dans les tragédies de l'antagonisme
social du début de la classe ouvrière. Nous faisons partie aussi d'un
peuple et d'une terre, d'une formation socio-culturelle, d'une histoire
singulière où la résistance des peuples indigènes, des esclaves, du
prolétariat, les pauvres et les opprimés de la puissance dominante
ont laissé par leurs actes des traces de sang rebelle.

Le capitalisme, l'État et toute la structure idéologique du système
ont toujours été les bourreaux impitoyables de l'anarchisme, comme
de tous ses adversaires radicaux. Au Brésil, il n'en va pas autrement.
Au cours de la Première République nous avons été confrontés à de
fortes actions judiciaires et répressives qui ont détruit les
organisations, les moyens d'impression, les activités populaires. Nous
avons connu l'exil douloureux, l'emprisonnement et la liquidation de
vies militantes qui étaient inestimables à notre cause.

Le capitalisme brésilien dépendant [2] a varié ses modes de
fonctionnement pour préserver le noyau dur de ses éléments
systémiques. Le projet libertaire a lutté avec de grandes difficultés à
partir des années 30 pour agir politiquement dans un contexte
historique et social de changement de la mentalité des masses, en
s'opposant à l'opportunisme des bolcheviques et au peleguisme [3] travailliste
au sein du prolétariat. Se trouvait en scène la croissance
économique industrielle articulée à une structure juridico-politique
assimilatrice de certains conflits du travail, qui contrôle de manière
répressive les rebelles, castratrice des libertés d'action du courant
classiste des syndicats. De nouvelles technologies de pouvoir
dirigées par un modèle de domination bourgeois-autoritaire liaient les
classes dominantes et un secteur ouvrier populaire important.

Pendant des décennies, notre champ d'activité a été réduit,
réprimé, il a reculé devant des facteurs que nous pouvons brièvement
désigner. Par souci d'équité, il faut dire que pendant cette longue nuit
pour l'anarchisme, il y eut des compagnons et des compagnes qui,
dans un effort inlassable, se battirent pour maintenir vivantes leurs
idées à travers des projets d'organisation, des périodiques, des
centres de recherche et de culture sociale, de l'activité dans les
secteurs du mouvement des travailleurs, y compris les étudiants, etc.,
tâche ingrate qui prépara le terrain pour la postérité. Pour la gauche,
le « socialisme réel » dans l'Est de l'Europe, les révolutions d'Asie,
l'exemple réussi sur notre continent de la révolution cubaine, ont
donné une grande puissance d'attraction pour les idées marxistes.
L'univers tout entier des valeurs, des discours et des références de la
guerre froide a franchi la lutte de classe avec la bipolarité, et écrasa
les positions alternatives.

Dans les années agitées de transition de la dictature civile-militaire
vers le régime représentatif bourgeois, la fin des années 70 a vu
revivre l'anarchisme dans les luttes sociales avec de nouveaux
moyens de propagande et d'action. Une nouvelle génération se mêla
à l'expérience des anciens militants, qui ne sont plus nombreux.
Revint à l'ordre du jour la réorganisation des centres culturels, du
travail de diffusion de la critique sociale et des propositions libertaires.
Dans différentes parties du pays, il y eut des militants opérant dans le
mouvement étudiant, dans les luttes syndicales, avec une certaine
responsabilité dans les activités populaires. Les conceptions du
travail politique, les priorités et les objectifs à envisager en commun,
les mécanismes fédérateurs pour assurer un fonctionnement régulier
étaient, à ce moment, très confus. Il y avait un esprit général de
« synthèse », se manifestant dans l'espoir de réunir le peu que nous
avions, de retrouver l'identité anarchiste en rassemblant tous ceux qui
se reconnaissaient en elle.

Le thème de l'organisation et des mécanismes plus structurés
pour l'action réapparut dans un contexte historique dans lequel la
lutte publique de masse se déroulait pendant la transition bourgeoise
vers la nouvelle légalité démocratique et fit émerger sur la scène
nationale des mouvements sociaux, la classe ouvrière, les sans-terre.
Le nouveau syndicalisme qui s'organisait par la base et les
oppositions syndicales contre les « pelegos » et les vieilles structures
corporatives étaient des forces sociales avancées dans la lutte
politique pour les réformes sociales, au-delà du modèle démocratique
graduel et contrôlé par les classes dominantes. La stratégie du
syndicalisme révolutionnaire au début du XXe siècle et le fondement
historique de la Confédération des travailleurs brésiliens [4] étaient
alors les plus grandes références d'action sociale pour l'anarchisme.
Les conceptions d'orientation pour le travail dans les années 80
s'appuyaient, pour un important groupe de militants, sur cette
expérience syndicaliste, sur sa mémoire, sur ses valeurs et ses
conquêtes sociales.

C'est dire que ce sont des conceptions mêlées avec celles
d'aujourd'hui, avec ce qui est vivant en ce moment, ainsi qu'avec les
exemples les plus attractifs de la lutte libertaire internationale de la
voix de ses organes officiels. La constitution, au milieu de la
décennie, d'un groupe de soutien pour l'AIT a formé une partie
prépondérante des militants dans la lutte des classes autour des
conceptions de l'anarcho-syndicalisme. Le projet des noyaux pour la
reconstruction de la COB a connu ses années de travail honnête, de
combats dignes de respect, des périodiques, des instances
nationales, des efforts d'organisation variés. Mais il n'a pas atteint ses
objectifs et au fil du temps, il a été désagrégé par les faiblesses d'une
formulation, pensons-nous, qui a été décalée par rapport au temps et
au lieu dans lesquels il se trouvait. L'anarcho-syndicalisme, version
pro-COB, jeta nos faibles forces à contre-courant et à l'extérieur d'un
vaste mouvement syndical qui a uni la classe et qui devait être
intégré dans nos tactiques et principes.

C'est avec une main lourde que dans les années 90 le capitalisme
appliqua avec les gouvernements successifs le modèle néolibéral
dans notre pays, et grâce aux revenus de ses organismes
internationaux. Le Brésil est vendu à la mondialisation, à l'action
capitaliste féroce des marchés, à l'économie comme idée dominante
dans la structure sociale, aux politiques d'ajustement budgétaire, à la
privatisation, à la dépendance menaçante des pouvoirs financiers. La
précarité, le chômage, la pauvreté, toute la structure de l'inégalité
sociale pénètrent massivement dans notre ordre social. Le camp
populaire contient son avance et défend ses droits durement acquis,
les biens et des services publics qui répondent aux besoins sociaux.
En général, on vit une inflexion conservatrice dans les idées et dans
les pratiques sociales. La gauche réformiste, formée dans la nouvelle
république sous la direction du PT, s'intègre progressivement dans
les structures du pouvoir, dans les contrôles institutionnels et dans le
jeu de reproduction du système.

Au cours de cette période, la partie la plus active de l'anarchisme
chercha à se réorganiser et à faire des propositions liées à la réalité
brésilienne, au présent historique, aux conditions et possibilités
réelles. S'ouvrit une phase de rénovation critique, de gestation d'une
volonté organisatrice qui chercha le coeur des solutions pour se
mettre en phase avec l'histoire, avec les problèmes actuels, sans
répétition de schémas. La FAU [5] inspira et soutint sa constitution. Il
s'agit d'une expérience anarchiste latino-américaine qui eut la
capacité politique de lutter dans différentes conjonctures historiques
et de ne pas laisser le projet libertaire perdre sa place parmi les
opprimés et leurs contextes sociaux spécifiques [6]. Le Processus de
Construction Anarchiste Brésilien (PCAB), né dans le milieu des
années 90, montra les premiers éléments de définition spécifique qui
aujourd'hui nous réunissent pour un congrès anarchiste. Il eut des
ambitions qui ne purent pas se réaliser, révéla ses limites et eut des
attitudes qui ne furent pas suffisamment nombreuses pour être prises
en compte. On créa l'OSL [7], une organisation de courte durée. De
toute façon, une partie de notre génération, dont l'expérience
politique a été construite dans les années 90, doit sa maturation à ce
projet, à cette recherche de l'anarchisme militant pour son
organisation spécifique et pour la construction d'une force sociale
intégrée à la vie et à la portée de « ceux d'en bas ».

Le processus que nous connaissons aujourd'hui est différent. On
apprend avec les pierres qu'on rencontre sur le chemin à ne pas
trébucher aux mêmes endroits. Prenons les concepts d'orientation
qui, au fil du temps, entrèrent en vigueur : l'action syndicale-populaire
combinée avec le travail d'une organisation politique anarchiste. Un
projet libertaire final qui réunit les capacités et les propositions pour
les inscrire dans le présent, pour penser à notre temps social avec un
discours ouvert et qui agit avec des certitudes idéologiques qui ne
transigent pas avec les valeurs du système.

Le FAO (Forum de l'anarchisme organisé) commence presque à
la période qui marque l'arrivée du PT au gouvernement national, avec
le président Lula. Ce furent dix années qui eurent leur particularité. Le
réformisme qui dirigea les luttes sociales et politiques des années 80
se posa en administrateur des institutions bourgeoises avec une
politique conciliante envers les grandes puissances de la structure
globale de domination. Les organisations populaires et les syndicats
affiliés à cette stratégie se rangèrent dans l'appareil bureaucratique
de l'État. Le gouvernement renforça le modèle dominant, modernisa
avec ambiguïté la surveillance, avec des zones mixtes de
collaboration de classe. Il combina des politiques de continuation des
recettes néolibérales avec un pacte social aux teintes
développementalistes qui accordait des compensations pour les
pauvres. Ce fut une période de hauts profits pour les oligarchies et le
grand capital, de coalition politique avec les vieux secteurs de droite,
d'intégration relative de secteurs populaires, qui ne vit pas de
changements structurels dans le contrôle de la richesse et du pouvoir.
Ce modèle coexista avec une étape fragmentaire de lutte
des classes, de faible accumulation combative, de réorganisation
d'un monde du travail et de la pauvreté qui se dispersait et qui était
hégémoniquement lié aux idées dominantes.

Le développement capitaliste n'est pas une alternative à
l'émancipation des opprimés, il ne l'a jamais été. Le système et ses
éléments internes ont une logique brutale et perverse qui ne favorise
pas les projets de changement réel. La croissance économique que
le Brésil connaît est une croissance du capital et des pouvoirs en
place, c'est l'exploitation de l'emploi précaire, les bénéfices de la
banque, les exportations agro-alimentaires, la spoliation du territoire
et de l'environnement du peuple. Toute compensation sociale est
marginale et contrôlée au sein de ces structures de domination. Le
monde d'aujourd'hui est assailli par une attaque scandaleuse des
banques et des vautours de l'argent, par toute la classe des
propriétaires privés, qui provoqua l'escroquerie financière capitaliste
au détriment des pauvres.

Ce système criminel frappe des millions de travailleurs par le
chômage, il produit des conditions de vie précaires, des guerres
impérialistes, l'augmentation de la misère et de l'oppression. La
situation générale impose la mise en place urgente et nécessaire de
projets qui aident à l'accumulation de forces antagoniques au
système, incorporent des éléments radicaux de changement dans
l'imaginaire collectif, pour faire place à une alternative socialiste.
Notre courant libertaire, a toujours été historiquement un facteur
idéologique favorable à de nouvelles relations sociales, où le
socialisme et la liberté forment un horizon indispensable. Le Congrès
qui rassemble les forces de l'anarchisme organisé est une étape dans
cette voie.

La Coordination anarchiste brésilienne doit organiser les éléments
permettant de construire une définition stratégique et tactique qui
s'inscrit fortement dans le temps historique dans lequel nous devons
vivre et lutter. Elle doit être un milieu militant qui se fasse entendre
comme force collective, solidaire et combattive, plus en mesure
d'agir ; avec des stratégies visant à défendre un programme d'action
qui, dès maintenant, à partir de ses conflits spécifiques et généraux,
chemine ensemble avec les travailleurs et le peuple. Toujours avec
ceux qui luttent !

Mais, par-dessus tout, que se crée dans le cours de ses
expériences, des mécanismes de renforcement, de ruptures, de
pouvoir populaire.

Au Congrès ! 10 ans de la FAO !
Vive la Coordination anarchiste brésilienne !
Pour le socialisme et pour la liberté !


Federação Anarquista Gaúcha


http://www.vermelhoenegro.co.cc/

Notes :

1. Le Forum de l'anarchisme organisé (FAO) est un espace de débat et de
rencontre entre des organisations, des groupes et individus anarchistes qui
travaillent en utilisant comme base les principes et la stratégie de
l'anarchisme dit « spécifique ». Le principal objectif du FAO est de créer les
conditions de la construction d'une organisation anarchiste au Brésil. Lors de
la rencontre nationale de 2010, à Porto Alegre, les groupes et organisations
présentes décidèrent qu'il était temps d'approfondir le processus
d'organisation. (E.V.)
2. Dépendant du capitalisme international. (E.V.)
3. Le « pelego » est la peau de mouton utilisée par les cavaliers gauchos. Il
s'agit d'une pièce de laine de mouton, placée sur la selle, et fixée par une
sangle, destinée à adoucir le siège. Par extension, le « pelegisme »
désigne un dirigeant syndical, un travailleur, qui font le jeu du
gouvernement et des employeurs, qui se présentent comme des
«ramollisseurs» des relations entre l'Etat et les travailleurs. C'est un terme
péjoratif utilisé dans le jargon du mouvement syndical pour désigner les
dirigeants ou représentants d'un syndicat qui, au lieu de se battre pour les
intérêts des travailleurs, défendent secrètement les intérêts des
employeurs. C'est pendant la période connue comme « l'ère Vargas »
(1930-1945) que se forma le « pelegisme syndical » au Brésil. (E.V.)
4. Confederação Operária Brasileira - COB.
5. La Fédération anarchiste uruguayenne (Federación Anarquista Uruguaya,
FAU), fondée en 1956, dissoute en 1967 par le gouvernement de Pacheco
Areco, elle entra dans la clandestinité jusqu'à 1971. La FAU fut l'une des
promotrices de l'especifismo, favorable à l'organisation des anarchistes dans
une organisation spécifiquement anarchiste, par opposition à ceux qui se
contentaient de constituer un courant, dans le mouvement syndical par
exemple. L'especifismo semble vouloir se distinguer du plateformisme. La
FAU a eu, et a encore, une grande influence sur le mouvement anarchiste
brésilien.
6. Trouvant son origine en partie dans l'immigration italienne et espagnole en
Uruguay, qui avait participé, dès 1905, à la création de la Fédération uvrière
régionale de l'Uruguay (FORU), la FAU comprenait de nombreux militants
républicains de la guerre d'Espagne. Elle participa dès sa création aux luttes
sociales, appuyant le renforcement des syndicats.
7. Organização Socialismo Libertário.

Traduction : Cercle d'études libertaires, Groupe Gaston-Leval, Fédération
anarchiste, cel-gl at orange dot fr

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