(fr) L'Europe de la deportation

ludo (ludo@ecn.org)
Tue, 17 Jun 1997 14:16:12 +0200


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Les voyages forment la jeunesse et permettent de rencontrer d'autres personnes et d'autres cultures, comme il est convenu de dire et d'entendre.

Pour nous, les trois mille jeunes et moins jeunes, membres de l'association Ya Basta, des centres sociaux, des organisations de base, du monde associatif, chomeurs, precaires, travailleurs, etudiants,..., ce voyage a plus ressemble a une deportation collective!!!=20 Il est vrai que nous avons recontre diverses cultures et nationalites...de flics, mais on ne peut pas dire qu'ils soient reellement differents dans leur essence (pas celle qui brule a l'interieur des bouteilles). Changent la couleur des uniformes, la taille des matraques et de leurs proprietaires (disons que celles des corps speciaux anti-emeutes hollandais sont proportionnelles a leur gabarit, tous peuvent appartenir a un pack de rugby...hommes comme femmes). Ces memmes hollandais n'ont pas hesite de nous envoyer la cavalerie et les blindes pour nous disperser.

Reprenons la chronologie des faits.

Le vendredi matin, un millier de romains et napolitains prennent d'assaut deux trains afin de se rendre a Milan, point de rencontre de tous les manifestants en partance pour Amsterdam. L'apres-midi, tous ceux du Nord-Est de l'Italie mais aussi du Centre de la peninsule, agissaient pareillement. Il faut dire que depuis 3 semaines nous avions annonce publiquement notre volonte de participer a la manifestation d'Amsterdam du 14 Juin en occupant les trains, revendiquant notre droit a participer a la manifestation et ce bien evidemment gratuitement, n'ayant pas les moyens de payer le billet mais aussi affirmant qu'avec tous les moyens financiers mis en oeuvre pour l'organisation des differentes rencontres pour les grands de ce monde, nous simples citoyens, nous exigions la gratuite des transports. Notre deuxieme revendication se basait sur le fait que nous passerions a travers les differents pays sans devoiler notre identite et ce par solidarite avec les sans papiers et pour affirmer le droit a la libre circulation des individus. Nous avions par contre demande une participation financiere (70FF) a chaque manifestant afin d'envoyer cette somme au Chiapas et ainsi d'aider les zapatistes qui luttent contre le neo-liberalisme et pour un nouveau monde. Nous, du Nord-Est, sommes arrives les derniers a Milan vers 19h30. A notre arrivee nos 2.500 camarades etaient amasses a la gare, entoures d'une impressionnante presente policiere (le tempo etait deja donne'...). Les tractatives avec les responsables du ministere des transports et de l'interieur etaient en cours. Vers 22h00, l'ajout de 6 wagons au train partant pour le Nord de l'Allemagne nous etait propose en nous indiquant qu'a Duisbourg, un train nous porterait a Amsterdam. 3.000 personnes dans 6 wagons, inutile de raconter notre reaction, l'occupation de la gare centrale de Milan devenait concrete. Vers minuit, l'annonce d'un train special pour Amsterdam etait faite, une premiere victoire! Le premier train partait vers 00h30, le second vers 1h00. A l'interieur des 2 trains, la gestion de l'espace s'organisait: 10 par compartiments, couloirs devenus dortoirs,.... Le passage a la frontiere suisse sous la surveillance de nombreux policiers se passait sans encombre, 30 minutes d'arret. La nuit noire au travers les Alpes voyait s'endormir les deux trains. A nos passages dans les gares allemandes la presence policiere= s'intensifiait... Samedi vers 16.00, le deuxieme train arrivait en gare d'Amsterdam alors que le premier etait deja a quai... Heureux d'etre arrives nous nous precipitames, en toute tranquilite et sous les slogans "non a l'Europe de Maastricht", "Revenu garanti pour tous", "Libre circulation des personnes",...,vers la sortie. Nous apprimes instantanement que plusieurs wagons du premier train, avec nos camarades a l'interieur, etaient encercles par les corps speciaux anti-emeutes. Nous nous dirigeames vers le train mais l'acces etait ferme par une barriere metallique et humaine ou plutot pour cette derniere une barriere de plusieurs rangees de Robocop. Encore une fois certains d'entre nous entamaient des tractatives afin premierement de comprendre les raisons de cette provocation policiere et bien entendu d'exiger la liberation de nos camarades. Le dispositif de robocop ne cessait de s'etoffer mais simultanement nos camarades sortaient des wagons.=20 Des lors, nous decidions de former le cortege pour retrouver les autres manifestants au Dam. Un groupe assez consistant restait tout de meme pour accuiellir les derniers camarades ''liberes''. Arrives au Dam, notre arrivee etait annoncee du podium et suivie d'applaudissements. Enfin, pensions-nus, nous allons pouvoir communiquer avec des humains venus eux aussi protester contre cette Europe des riches, du capital et de la repression. Cet espoir fut de courte duree car nous apprimes par nos camarades restes devant la gare qu'un wagon entier et ses occupants etait toujours encercles par une meute de robocop. Retour precipite vers la gare. La', la situation etait plus que tendue. Les tractatives reprenaient et notre rage grandissait. En peu de temps, nous etions encercles par centaines et centaines de robocop, par la cavalerie de robocop et par les blindes. Ils nous etaient ordonne de nous disperser. Le rapport de force etait loin d'etre en notre faveur...Apres une ''legere" charge des robocop, ou' furent bastonnes entre autres deux deputes de Rifondazione Comunista, presents a la manifestation et venus a la gare pour essayer d'influencer les autorites a liberer nos camarades, nous partimes de nouveau vers le centre; la liberation de nos camarades etait impossible a conquerir pour le moment. La', Luca, porte-parole du moment, faisait une intervention depuis le podium afin d'expliquer la situation a la gare mais aussi les raisons de notre venue a Amsterdam - ".. Un peu comme le font les zapatistes dans le Chiapas. Les trains pour Amsterdam sont aussi ca, notre descente de la montagne pour affirmer nos desirs de liberte. Pour cela, nous avons passe les frontieres sans exiber notre identite. Parce que nous sommes tous des sans papiers. Nous avons choisi le train parce que nous voulons passer librement les frontieres et etre presents partout ou' se decident nos destins...". Il etait impossible de revenir vers la gare car simultanement les robocop avaient bloque toute la zone de la gare, des heurts a proximite avaient eu lieu entre camarades hollandais et robocop.

130 camarades arretes et portes directement a la prison de haute securite d'Amsterdam.

La raison officielle de leur arrestation est qu'ils auraient devaste un compartiment. Personne, ni journalistes a' qui il a ete ''conseillle'' vivement de ne pas rester a la gare, ni les deputes de Rifondazione Comunista et d'autres eurodeputes venus pour constater les faits, n'ont pu voir ce wagon... Toujours est-il que les 130 apres avoir vu leurs mains enfermes par des menottes en plastique ont ete emmenes a la prison d'Amsterdam. La', les hommes ont ete mis dans la cour de ''promenade'', a' genous, la tete contre le mur. Pendant 7 heures ils y sont restes et a le moindre mouvement, ils voyait leur tete cognee contre le mur, la tendresse des robocop... Interdits d'aller aux toilettes, ils ont du uriner dans la cour et un sceau d'eau leur a ete porte' afin de s'abreuver. Apres ils ont du defiler devant une video-camera. Les femmes, elles ont ete emmenees dans le gymnase de la prison et n'ont pas subi le traitement reserve' aux hommes, mais elles ont aussi ont ete filmees. Nombreux et nombreuses ont ete blesses par contre par les menottes de plastique et surtout quand les robocop se sont plu a les enlever avec des couteaux. Puis sans avoir etait identifies ni recu aucun un mandat d'expulsion, ils ont etaient achemines vers une gare de la peripherie d'Amsterdam et vers 23h00, leur wagon a ete ajoute a un deux trains qui devaient repartir vers l'Italie. Evidemment, nous n'avons pas pu acceder a' ce wagon jusqu'=E0 la frontiere allemande et ils etaient sous surveillance etroite des robocop.=20

Le reour vers l'Italie.

Vers 21h00, nous nous retrouvames tous a la gare, assiegee par les robocop, prets a repartir vers l'Italie. Nous apprimes rapidement qu'un des notres avait ete arrete' et toujours en prison. L'accuse au depart pour hybriete avait ete transformee en "resistance aux forces de l'ordre". Plus tard, l'information arriva que deux autres camarades avaient subi le meme sort. Ils sont rentres tous les trois lundi soir par avion en Italie et ont donc passe' 3 jours en prison. Un premier train partit vers 24h00 et devait se rendre directement vers le centre et le sud de l'Italie. Pour notre part, le second devait partir quelques minutes plus tard pour Milan et le nord-est. Il nous arriva l'information que l'Allemagne avait ferme ses frontieres, pour des soi-disant problemes techniques, et que seulement lundi matin vers 7h00 il nous serait possible de passer la frontiere. Par les micros de la gare, une tendre voix feminile nous fit une annonce en italien avec un fort accent germanique, qui sans faire evidemment de comparaison, mais vu les circonsatances, nous ramenerent dans un passe tragique de l'Europe, voici le message : ''Chers italiens. Le train deja parti est bloque' un peu avant la frontiere allemande. la frontiere avec l'allemagne est fermee. Vous allez bientot partir et rejoindre vos amis italiens. Avant votre depart il vous sera distribue' a' boire et a' manger. La police sera presente a' la gare avant la frontiere pour votre securite. Bon voyage. Fin de message". A boire, c'est vrai que quelques bouteilles d'eau ... en verre, nous ont ete distribuees, ne perdant pas l'humour certains passagers demandaient s'il y avait aussi un peu d'essence. A manger des sandwiches, enfin deux bouts de pain avec une maigre tranche de fromage, et le tout congele'! A 2h00, notre train partait. Grace aux telephones portables, nous apprimes que le premier train etait bien bloque' et encercle par robocop, pompiers et chiens avec interdiction totale de sortir du train. A notre arrivee, la situation n'avait pas change'. Vers 7h00, lundi matin, le train partait vers l'Allemagne. La tension etait grande dans la mesure ou' nous ne savions pas ce qui nous y attendait. Avant la frontiere nos 130 camarades purent nous rejoindre et deja le climat etait un peu moins tendu. A la frontiere, de nouveaux robocop, allemands cette fois-ci, nous attendaient et entrerent autoritairement dans les deux trains. Une dizaine par compartiment!! Le voyage continuait donc en leur presence et les seules haltes que nous firent en gares allemandes (tres peu et toujours avec l'interdiction de descendre et donc de se ravitailler en vivres et boissons) etaient devolues au changement de garde pretorienne. Les seules paroles echangees avec nos bergers allemands ont ete de l'ordre: -Eux:"Don't smoke marijuarana. It's forbiden in Germany" - Nous (en anglais ou en italien) "T'as raison" "Ca va" "Basta" et rejet de la fumee en leur direction avec petit sourire au coin des levres. Les 2 trains affirmaient leur lutte antiprohibitionniste. Certains robocop allemands n'appreciant ni nos us ni notre humour tenterent de nous imposer leur decision mais ils se raviserent quand ils virent la tension montait, surtout quand l'un d'eux decida de photographier certains passagers. A la derniere gare avant la frontiere suisse, les robocop descendirent et la', firent surement le plus grand travelling de l'histoire du cinema policier europeen. D'autres prenaient des photos. Pendant la traversee de l'Allemagne le psecond train etait passe en tete. Nous apprimes que les suisses nous avaient prapares un comite d'accueil avant Lugano et que des milliers de flics et militaires etaient decides a entreprendre une fouille individuelle systematique. La notice circula dans les deux trains et la consommation des derniers joints s'accelerait. En fin de compte, la Suisse se ravisa a faire cette fouille, peut etre ont-ils compris que la perquisition de 3.000 personnes mettait un certain temps. A 21h30, le premier train, le notre, arrivait a Milan. Deux comites d'accueil nous y attendaient. Nos camarades du centre social Leoncavallo de Milan, ceux qui n'etaient pas partis a Amsterdam, nous accueillirent tres chaleureusement, ce qui ne fut pas le cas des carabiniers et autres CRS, mais ceux-la' nous y sommes habitues, venus en nombre. Nous apprimes que le deuxieme train etait bloque a la frontiere entre la Suisse et l'Italie... le moteur de la locomotive ayant rendu l'ame. Fragile ses machines!! A 23h30, nos camarades arrives enfin a Milan. Apres qulques minutes de chaleureux au revoir, les deux trains repartaient pour les deux directions deja annoncees. Les romains arriverent vers 7h00, les napolitains vers 10h00. Nous arrivames a Padova vers 2h30 sous l'ovation d'une soixantaine de camarades mais aussi de parents venus cherches leurs enfants. A Trieste, le train arriva vers= 5h00. L'odyssee etait finie. Nous sentions de nouveau libres, contents et satisfaits. en effet si toute cette deportation semble avoir etait organisee bien a l'avance afin de nous empecher de communiquer notre opposition a l'Europe de Maastricht, elle n'a pas fonctionne car nous avons pu communiquer plus que nous le pensions sur ce qu'est l'Europe actuelle.

Le role de nos camarades restes en Italie et de nos radios libres, du telephone portable et d'Internet.

Sans les mutilples telephones portables en notre possesion jamais nous n'aurions pu communiquer en temps reel de nos multiples aventures et cela aurait eu sans aucun doute des effets plus que negatifs aussi bien pour la notre simple ''survie'' que pour la gestion politique des evenements. En tenant constamment informes nos camarades de Padova (Radio Sherwood et Infodiret(t)e, en pariculier), de Milan (Leoncavallo et ECN-Milan), de Rome (les Centres sociaux et Tactical Media Crew) et ainsi que l'ECN-Bologne, ceux-ci ont pu, au travers des radios, suivre en temps reel les evenements mais aussi faire pression sur les institutions italiennes (les differents consuls italiens en poste dans les differents pays qui organisaient notre deportation). A milan, le samedi soir vers 22h00, les camarades milanais ont organise un rassemblement devant le consulat hollandais et le dimanche a Rome l'ambassade hollandaise connaissait la meme visite afin d'exiger la liberation des 3 camarades encore en prison et protester contre la repression organisee contre l'ensemble des manifestants italiens. Ils ont aussi organise des conferences de presse afin que celle-ci, comme l'avait fait la Repubblica dans son edition domenicale, ne profere pas calomnies et mensonges. La Stampa, pourtant journal appartenant a la famille Agnelli, a d'ailleurs fait un tres bon article sur notre periple, edition du lundi. Enfin les camarades s'occupant de la communication sur Internet (et non seulement italiens puisqu'Aris du collectif parisien kom(inter)net a suivi et traduit lui aussi en temps reel, tout comme l'a fait Steeve, un de nos chers camarades australiens du reseau Aut-op-sy et Harry, viavant aux E-U) ont fait un travail exceptionnel puisqu'il etait possible de nous suivre heures par heures. D'ailleurs ce travail de communication a eu les honneurs du Corriere della Sera, qui dans son edition de lundi, a reserve un article sur ce fait en soulignant ''les autonomes ont assure l'information en temps reel au travers de leur server Isole nella Rete sur les evenements a Amsterdam et sur le periple en train de leurs camarades. CNN, pendant la guerre du Golfe, n'avait pas demontre une telle efficacite...''.

La reaction du monde politique italien

La droite depuis samedi apres-midi se dechaine a la fois contre les autonomes et contre le gouvernement. De nombreuses interrogations parlementaires sont prevues pour cette semaine. Les neo-fascistes d'Alleanza Nazionale sont bien entendu les plus virulents. Ils insistent sur les soit-disantes degradations survenues sur le train en demandant qui paiera les degats. Ils denoncent le gouvernement qui a offert (inutile de rappeler que personne ne nous a offert quoi que ce soit mais nous nous le sommes conquis) les deux trains en disant que nous serions le ''bras arme' '' du centre gauche et qu'au travers de ces evenements nous avons donne une image abominable du peuple italien... Le gouvernement en tant que tel ne s'est pas prononce'. Bertinotti, secretaire de Rifondazione Comunista, a repondu a AN qu'au lieu de se preoccuper des trains ils feraient mieux de s'interroger du pourquoi des milliers de jeunes ont decide de se rendre a cette manifestation et surtout des motifs du traitement qu'ils ont subi par les diverses polices europeennnes. Enfin 2 deputes des Verdi demandent au gouvernement de demander des explications officielles au gouvernement hollandais et allemands quant a la deportation de milliers de jeunes. La reponse des centres sociaux ne s'est pas faite attendre surtout a l'encontre des declarations d'AN. La traduction du communique sera envoye prochainement.=20 Bon, je m'arreterai la pour le moment. J'espere que vous etes arrives jusqu'a ce point. Je vous renvoie a un document precedent ou' nous presentions la tenue d'un meeting europeen a Venise en Septembre. A bientot. Ludo

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