(Fr) Le Monde Libertaire commente les elections francaises (2)

Francois Coquet (Francois.Coquet@univ-rennes1.fr)
Thu, 5 Jun 1997 13:11:23 +0200 (MET DST)


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Non French-readers will perhaps find the style of this second paper from Le Monde Libertaire on French elections difficult to read. However, it gives an interesting analysis of the new situation in France from an individualist point of view (many quotations from Stirner). This gives an opportunity to recall that, as the French Anarchist Federation is, its weekly is open to various tendancies of the anarchist scene.

Les lecteurs non-francophones trouveront peut-etre le style de ce deuxieme article du Monde Libertaire sur les elections francaises difficile a lire. Cependant, il presente une analyse interessante de la nouvelle donne en =46rance d'un point de vue individualiste (nombreuses citations de Stirner). C'est l'occasion de rappeler que, tout comme la Federation Anarchiste de langue Francaise, son hebdomadaire est ouvert aux diverses tendances de la scene anarchiste.

L'egislatives : les propri'etaires se suivent et se ressemblent

Dimanche dernier, Chirac s'est offert un gouvernement de gauche avec la complicit'e des 'electeurs. Afin que nul ne puisse ignorer le dernier tour d= e passe-passe d'emagogique du locataire du Palais de l'Elys'ee, un t'election = fut organis'e qui n'allait pas sans rappeler aux t'el'espectateurs berc'es les superbes orgies t'el'evisuelles du d'ebut des ann'ees quatre-vingt. L'op'eration a pu surprendre les attard'es de l'histoire qui croient encore aux professions de fois des politiques. L'homo bimilleniarus n'en est plus l`a qui perdrait plus son temps, apr`es des si`ecles de d'eceptions, `a leur proposer ne serait-ce qu'une offre pr'ealable de cr'edit. On le voit clairement quand on constate la toujours plus mince participation aux consultations 'electorales.

Plus s'erieusement, si nous trouvons la force de nous d'ebarrasser de l'hilarit'e provoqu'ee par cette bouffonnerie, et afin que nul ne se laisse abuser par l'apparente nouveaut'e de la situation, et sans revenir sur ce qu= e nul lecteur (ou lectrice) du Monde Libertaire ne devrait ignorer, `a savoir l'absurdit'e qu'il y aurait `a attendre quelque changement radical de la soci'et'e du jeu 'electoral, regardons ce qui reste apr`es que la partie de chaise tournante se soit achev'ee et t^achons d'en tirer des conclusions qui d'epassent le m'epris suscit'e par cette temp^ete dans un verre d'eau et qui= , peut-^etre, nous permettront d'y survivre.

Les propri'etaires se suivent et se ressemblent

Tout bien consid'er'e, nous ne saurions dire ce qui diff'erencie les nouveau= x ma^itres des anciens. Ceux-ci nous d'epouillaient de nos acquis sociaux et d'emantelaient les services publics pour prot'eger la propri'et'e de quelque= s uns. Ceux-l`a, se parant de l'adjectif " socialiste ", voudraient nous tondr= e au nom de l'int'er^et de tous. Ils entretiennent la l'egende d'une communaut= 'e au nom de laquelle il faudrait nous d'epouiller de tout afin qu'elle se charge de nous redistribuer les bienfaits ainsi accumul'es.

Nous avons su opposer aux anciens ma^itres notre d'etermination par des gr`eves, des manifestations, des luttes au point que le Grand Ma^itre d'ecid= e de s'accommoder d'une majorit'e parlementaire apparemment contraire `a ses int'er^ets.

Aux nouveaux ma^itres qui pr'etendent que la communaut'e doit ^etre propri'etaire, que chacun(e) r'eponde que " c'est au contraire Moi qui suis propri'etaire et je ne fais que m'entendre avec d'autres au sujet de ma propri'et'e. Si la communaut'e va `a l'encontre de mes int'er^ets, je m'insu= rge contre elle et je me d'efends. "[L'Unique et sa propri'et'e, Max Stirner, traduction de Robert L. Reclaire, Stock + Plus, 1978.]

Aux uns comme aux autres, ne manquons jamais une occasion de rappeler que " le propri'etaire, ce n'est ni Dieu ni l'Homme (la "Soci'et'e humaine"), c'es= t l'individu. "[L'Unique et sa propri'et'e, Max Stirner, traduction de Robert = L. Reclaire, Stock + Plus, 1978.]

Qu'ils se constituent en partis si ils le d'esirent mais qu'ils n'esp`erent pas nous entra^iner avec eux parce que nous tenons `a notre ind'ependance pl= us qu'`a toute autre possession et que nous ne la d'evoierons pas pour quelque promesse qu'on puisse nous faire. M^eme s'il peut arriver que sur un point pr'ecis, nous nous associions `a tel ou tel groupement d'int'er^et - par exemple, dans le cadre d'une lutte -, ce ne saurait ^etre que conjoncturel. Les anarchistes ont ch`erement pay'e cette le,con de l'histoire que " les membres de tout parti qui tient `a son existence et `a sa conservation ont d'autant moins de libert'e, ou, plus exactement, d'autant moins de personnalit'e, et ils manquent d'autant plus d''ego=A8isme qu'ils se soumett= ent plus compl`etement `a toutes les exigences de ce parti. L'ind'ependance du parti implique la d'ependance de ses membres. "[Il est bien entendu qu'il s'agit de l''ego=A8isme conscient et responsable et pas de sa caricature bourgeoise ou communiste. Le lecteur int'eress'e par cet 'ego=A8isme dont no= us nous r'eclamons se r'ef'erera avec b'en'efice `a l'ouvrage dont sont extraites les citations qui 'emaillent cet article : L'Unique et sa propri'et'e, Max Stirner, traduction de Robert L. Reclaire, Stock + Plus, 1978.]

Pas d'inutile 'etat de gr^ace...

Nous relevons une diff'erence frappante entre le sacre de Mitterrand et l'av`enement de Jospin. Celui-l`a se sentait oblig'e de r'etribuer ses 'electeurs par une p'eriode de r'eformes - certes courte et confuse - alors que celui-ci semble d'ecid'e `a faire l''economie de l''etat de gr^ace. Il faut conc'eder au nouveau sauveur du peuple que les circonstances ne s'y pr^etent pas : les imp'eratifs europ'eens et le poids effrayant du Front national ne laisse que peu de libert'e de mouvement au nouvel occupant de l'H^otel Matignon. Et puis, pourquoi perdre du temps en minauderies puisque les alli'es verts et rouges ne pourraient que l'eg`erement entraver sa libert'e de manoeuvre si l'envie les en prenait.

M^eme s'il le d'esirait sinc`erement, Lionel Jospin et ses associ'es ne pourraient pas tenir leurs promesses - en cela, ils diff`erent des candidats de droite qui, eux, auraient pu continuer `a nous affamer sans trahir leur mandat. A partir du moment o`u les entrepreneurs n'h'esitent pas `a d'elocal= iser les sites de production, les nouveaux ma^itres peuvent bien ramener la semaine de travail `a trente cinq heures (pay'ees trente neuf), ,ca ne r'eso= udra pas le probl`eme du ch^omage... probl`eme qui n'est d'ailleurs qu'un simulac= re de probl`eme, poudre au yeux des votants et autres abdicataires de leur libert'e individuelle. Au fond de nous, nous savons bien que le vrai probl`e= me est de distribuer 'equitablement - c'est `a dire en fonction des besoins et d'esirs de chacun (e) - ce qui est produit. L'absurde mythe du " plein emplo= i " n'en a plus pour longtemps et l''epoque est proche o`u chacun (e) le dira ouvertement puisque d'ej`a partout on le murmure. Nous n'ignorons pas qu'il nous faille produire - pas n'ecessairement plus qu'aujourd'hui - afin de consommer mais nous ne voulons plus que le travail se constitue en culte. " La question, d'esormais, n'est plus de savoir comment conqu'erir la vie, mai= s comment la d'epenser et en jouir. "[L'Unique et sa propri'et'e, Max Stirner, traduction de Robert L. Reclaire, Stock + Plus, 1978.]

...ni d'oisif assoupissement

Avec le retour de la gauche au pouvoir, nous avons `a craindre un assoupissement des syndicats. Le souvenir des ann'ees Mitterrand est encore vif o`u tant de nos aspirations furent bafou'ees sans que r'eagissent les " partenaires sociaux ". Craignons que cette id'ee ait 'et'e `a l'origine de l= a dissolution de l'Assembl'ee nationale ! L''etroit passage vers l'Europe des finances pourrait bien s'en trouver lubrifi'e. Des socialistes, dans une orgueilleuse volont'e de rassurer les vaincus du jour, rappelaient qu'ils 'etaient `a l'origine de la contribution sociale g'en'eralis'ee (J'avoue avo= ir fr'emi d'angoisse en entendant ces mots). Avertis de ce risque d'amollissement - quand il ne s'agira pas ouvertement de " briser les gr`eve= s " -, devrons-nous rester attentifs et, plus encore que dans le pass'e, porte= r nos revendications sur le terrain des luttes sans nous lier aux professionnels de la revendication.

Prenons les promesses au mot.

Il nous manque un toit pour la nuit et, en m^eme temps, des appartements son= t vides ? Prenons les. Si des huissiers veulent nous en d'eloger, arguons de c= e que nous ne nuisons `a personne en prenant pied dans des lieux `a l'abandon = et que, de par notre besoin, ils nous sont dus. Si l'on insiste et veut employer les policiers pour nous en expulser, opposons-leur la solidarit'e et, s'il le faut absolument, payons leurs efforts avec leur propre monnaie : la force.

La faim nous tenaille et nulle table n'est dress'ee pour nous ? Ce ne sont pas les biens qui manquent, emparons-nous en et apaisons nos estomacs. Si le boutiquier ou le restaurateur vient nous importuner de sa facture, invitons-le `a partager notre repas. S'il insiste et devient mena,cant, rappelons-lui que c'est notre faim qui nous autorise `a ces agapes et qu'il n'y est pour rien.

Un charter est affr'et'e pour " reconduire `a la fronti`ere " des travailleu= rs dont l'utilit'e n'est plus flagrante ? Faisons barri`ere de nos corps aux roues des avions. Pas par charit'e - cette prison de l'^ame - mais par solidarit'e avec ceux qui, l'egitimement, pensent que c'est ici qu'ils veule= nt vivre aujourd'hui.

Il serait simple de multiplier `a l'infini les exemples ; l'exercice serait vain car nous ne parviendrons jamais `a 'etablir un inventaire exhaustif des choses dont nous ne voulons plus - dont nous ne voulons pas. De plus, il serait pr'esomptueux de dresser cette liste puisque nous ignorons quels seront nos besoins `a venir.

La seule r`egle que nous puissions avancer s^urement et conseiller `a nos contemporains est : " Emparez-vous de la jouissance, et elle vous appartiendra de droit ; mais quelle que soit l'ardeur de vos d'esirs, si vou= s ne la saisissez pas, elle restera le " droit bien acquis " de ceux dont elle est le privil`ege. Elle est " leur " droit, comme elle eut 'et'e " votre " droit si vous la leur aviez arrach'ee. "[L'Unique et sa propri'et'e, Max Stirner, traduction de Robert L. Reclaire, Stock + Plus, 1978.]

Aussi, puisque les choses semblent se clarifier et que - confront'es `a l'interchangeabilit'e des ma^itres - beaucoup prennent enfin conscience de l'inutilit'e de l'Etat, associons-nous en fonction de nos besoins et non plu= s au b'en'efice de penseurs et politiciens. Mais prenons garde de figer notre opinion et de soumettre notre volont'e `a des maximes, `a des 'etiquettes, q= ui ne refl`etent que la r'ealit'e d'un instant. Max Stirner a bien r'esum'e la chose quand il 'ecrivit : " Je ne veux pas ^etre l'esclave de mes maximes, mais je veux qu'elles restent, sans aucune garantie, expos'ees sans cesse `a ma critique ; je ne leur accorde aucun droit de cit'e chez moi. Mais j'entends encore moins engager mon avenir `a l'association et lui "vendre mon ^ame", comme on dit quand il s'agit du diable et comme c'est r'eellement le cas quand il s'agit de l'Etat ou d'une autorit'e spirituelle. Je suis et je rest= e pour moi plus que l'Etat, plus que l'Eglise, Dieu, etc., et, par cons'equent= , infiniment plus aussi que l'association "[L'Unique et sa propri'et'e, Max Stirner, traduction de Robert L. Reclaire, Stock + Plus, 1978.]

Alain L'Huissier - (Groupe de la Villette)

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