(Fr) Le parti du travail (Monde Libertaire #1075)

Francois Coquet (Francois.Coquet@univ-rennes1.fr)
Tue, 18 Mar 1997 16:42:48 +0100


A AA AAAA The A-Infos News Service AA AA AA AA INFOSINFOSINFOS http://www.tao.ca/ainfos/ AAAA AAAA AAAAA AAAAA

Here is, taken from Le Monde Libertaire #1075, the translation of a paper originally published in Industrial Worker about the American Labor Party and the history of the IWW.

Voici la traduction francaise d'un article initialement publie par Industrial Worker (journal du syndicat revolutionnaire americain IWW), extrait du Monde Libertaire #1075, sur le parti du travail americain et un pan de l'histoire des IWW.

IWW : " Nous n'oublions jamais " : Electoralisme et m'emoire ouvri`ere

Le mercredi 9 octobre Mike Alewitz, peintre de fresques, est intervenu, au Labor Temple d'Olympia, sur la formation cet 'et'e du nouvel American Labor Party (Parti am'ericain du travail). Comme habituellement lors d'une tourn'ee 'electorale pour un parti, Alewitz fit un vibrant appel au soutien des travailleurs, mettant l'accent sur le r^ole important que des " travailleurs de la culture " pouvaient jouer dans le d'eveloppement du Labor Party. Si Alewitz avait simplement port'e aux nues son Labor Party, je ne lui aurais pas pr^et'e plus d'attention qu'`a n'importe quel autre politicard. Apr`es tout, les partis progressistes naissent et meurent tout le temps - il n'y a aucune raison pour que le Labor Party suive un autre chemin que celui d'une demi douzaine d'autres partis dont les os blanchis forment le paysage de la Gauche. Mais ce qui m''enerva vraiment c'est la fa,con dont il se r'eappropria la culture Wobbly *************************** [Les IWW sont surnomm'es wobblies. Un serveur chinois aurait questionn'e des IWW avec un tr`es fort accent : " All eye Wobbly Wobbly " (^etes-vous des IWW ?). La r'eponse, avec le m^eme accent, " I Wobbly Wobbly " (je suis Wobbly Wobbly), serait `a l'origine de ce surnom humoristique. Wobbly peut se traduire par bringuebalant. Au-del`a de l'anecdote, cette origine du surnom des IWW souligne le caract`ere profond'ement antiraciste de leur action r'evolutionnaire. Ils organisaient les travailleurs par-del`a toute consid'eration ethnique ou raciale, n'h'esitant pas `a rassembler Noirs et Blancs du sud en s'opposant `a l'Apartheid existant. En Afrique du Sud, l'Industrial Worker's Union (syndicat industriel des travailleurs), li'e directement aux IWW, organisa une gr`eve des transports qui, pour la premi`ere fois dans ce pays, rassembla travailleurs blancs et noirs dans une lutte commune. Lire le paragraphe " Internationalisme et antiracisme " du livre de Larry Portis, IWW et Syndicalisme r'evolutionnaire aux Etats-Unis, Spartacus, S'erie B, # 133, p. 79.] *************************** pour ses propres fins, r'e'ecrivant l'histoire.

Alewitz commen,ca son discours par une hyperbole. " Ce qui s'est pass'e `a Cleveland cet 'et'e fut le plus important 'ev'enement politique qui est arriv'e dans ce pays depuis des d'ecennies ", proclama-t-il. " Pour la premi`ere fois depuis les ann'ees quarante, la classe ouvri`ere am'ericaine a son propre parti politique ". Il est vrai que les D'emocrates et les R'epublicains sont les deux faces d'un m^eme syst`eme capitaliste, et Alewitz insista `a juste titre sur le fait que jamais les travailleurs ne seront chez eux dans ces partis. Mais pourquoi n''evoqua-t-il pas le Citizen's Party, le Green Party ou encore le California's Peace and Freedom Party, sans parler des efforts de la National Organization for Women pour construire un parti ? Il n'est peut-^etre pas compl`etement en accord avec tout ce que ces partis pr^onent, mais c'est malhonn^ete de sa part de pr'etendre simplement qu'ils n'existent pas.

Alewitz ne r'eussit pas non plus `a analyser, d'une mani`ere g'en'erale, le probl`eme de l'efficacit'e de la construction d'un parti. Si nous avons appris quelque chose de la construction des " Labor Parties " d'Angleterre et d'Europe, c'est que les partis " ouvriers " finissent toujours par reproduire les monstres qu'ils devaient d'etruire. La n'ecessit'e pragmatique de gagner les 'elections aboutit in'evitablement `a une 'erosion des principes qui rendent les pr'etendus partis du travail indiscernables de leurs doubles plus traditionnels.

Cette 'erosion des principes est d'ej`a 'evidente au sein de la plate-forme du nouveau Parti du Travail. L'insistance pour r'eclamer des " emplois pour tous " par exemple n'analyse pas le paradigme fondamental patron/travailleur. En acceptant tacitement les rapports de classe de la production capitaliste, le Parti du Travail ne parvient pas `a offrir aux travailleurs quelque espoir d'une 'economie v'eritablement autog'er'ee. Oui, le plein emploi ferait basculer la balance en faveur des travailleurs en 'eliminant le volant des travailleurs jaunes `a la disposition du patronat, mais un simple appel pour plus d'emplois ne constitue pas la vision 'emancipatrice dont nous avons besoin pour vraiment nous d'efaire de nos cha^ines.

Ce qui me d'ego^uta vraiment fut la fa,con dont Alewitz s'appropria la culture Wobbly. Les Industrial Workers of the World (IWW) furent fond'es en 1905 par des militants syndicaux qui en avaient marre du syndicalisme corporatiste inefficace des AFL. Les fondateurs des IWW r^ev`erent d'" un grand syndicat " (One Big Union) qui pourrait unir tous les travailleurs, quels que soient leurs m'etiers dans un puissant corps unifi'e capable de transformer la soci'et'e en abolissant le capitalisme une fois pour toutes. Ces wobblies de la premi`ere heure luttaient pour la justice 'economique par des moyens 'economiques et avaient une saine m'efiance des partis politiques et de leurs leaders en mal de pouvoir.

Alewitz prit cet h'eritage wobbly et le d'eforma, le rendant m'econnaissable. Pour illustrer l'importance jou'ee par le " travail culturel " au sein du mouvement ouvrier, il rappela la fameuse gr`eve des fileurs de soie de Paterson en 1913 ***************************** [La gr`eve 'eclata `a cause de nouvelles cadences impos'ees par les filateurs. La r'epression fut violente. Pendant les cinq mois de conflit, plus de 4 800 personnes furent appr'ehend'ees, dont 1 300 jet'ees en prison. La gr`eve provoqua, en fin de conflit, une tentative de collaboration entre ouvriers gr'evistes et intellectuels, suite `a l'absence d''echo du conflit dans la presse new-yorkaise. La repr'esentation th'e^atrale fut un fiasco financier mais eut un impact consid'erable. Elisabeth Gurley Flynn parla d'un d'esastre. Larry Portis, dans IWW et syndicalisme r'evolutionnaire aux Etats-Unis, nuance ses propos (voir p. 68).] ***************************** et la repr'esentation th'e^atrale qui en fut faite. Dans un effort pour mettre en place un soutien public en faveur de la gr`eve, le journaliste John Reed, l'organisatrice wobbly Elizabeth Gurley Flynn, et plusieurs femmes de la soci'et'e new-yorkaise en mont`erent une repr'esentation th'e^atrale au Madison Square Garden utilisant des gr'evistes pour leur propre r^ole.

Alewitz a pass'e presque sous silence le r^ole des IWW dans les gr`eves mentionnant seulement que " les travailleurs appel`erent des organisateurs wobblies pour la comp'etence qu'ils pouvaient donner ". En fait, les IWW s'organisaient `a Paterson depuis 1905, travaillant dur pour rassembler de multiples groupes ethniques en une force ouvri`ere coh'erente. La repr'esentation th'e^atrale elle-m^eme fut hautement controvers'ee et beaucoup furent convaincus qu'elle d'etourna les rares ressources disponibles hors de piquets de gr`eve, ce qui aboutit en dernier lieu `a l''echec du mouvement. Comme Melwyn Dubofsky l'explique dans We Shall be all : " A partir du matin suivant, la gr`eve 'etait sur le d'eclin ; le spectacle en fut l'apog'ee. Le reste fut un 'echec. Reed avait promis de l'argent pour les gr'evistes - des milliers de dollars pour manger, pour se v^etir et pour s'abriter, et maintenant il ne pouvait tenir sa promesse. Les pr'eparatifs pour la repr'esentation avaient d'etourn'e, pendant ce temps, les gr'evistes du travail essentiel : tenir un piquet de gr`eve. Pendant qu'ils abandonnaient le terrain pour l'illusion du th'e^atre, les premiers " jaunes " p'en'etr`erent en nombre significatif dans les usines de Paterson. Le spectacle fit na^itre aussi de la jalousie. Seulement un millier de gr'evistes purent aller `a New York, laissant les 24 000 autres derri`ere eux ".

Alewitz profana ensuite la m'emoire du wobbly Joe Hill, ****************************** [En 1914, Joe Hill fut accus'e de meurtre, lors d'une attaque `a main arm'ee, sur les personnes d'un commer,cant et de son fils. Un comit'e international de d'efense tentera tout pour le sauver. Le pr'esident des Etats-Unis, Woodrow Wilson, interviendra aupr`es du gouverneur de l'Utah `a deux reprises afin qu'il reconsid`ere l'affaire Hill. Mais en vain, Joe Hill sera ex'ecut'e le 19 novembre 1915.] ********************************* compositeur de chansons devenues des classiques du mouvement ouvrier comme The Rebel Girl et Casey Jones the Scab (pour ^etre juste ce n'est pas inhabituel, le syndicalisme r'eformiste c'el`ebre depuis longtemps Joe Hill comme l'un des siens malgr'e le fait que Joe, de son vivant, tourna l'AFL en d'erision).

Il nous montra des manifestants d'eguis'es en M. Block. M. Block est une chanson de Joe Hill 'evoquant un ouvrier stupide et bien intentionn'e qui gobe tous les discours de son patron et de ses leaders politiques. Mais Alewitz passa sous silence le derniers vers de la chanson d'ecrivant comment Block se fait duper en fin de compte par les politiciens socialistes...

(...) Alewitz se mit `a ressembler `a un homme qui a vu un fant^ome quand il comprit qu'il y avait dans la salle des wobblies bien vivants. Il avait oubli'e - que nous n'oublions jamais.

I.W.

******************************************** Retrouvez le Monde Libertaire sur le site : http://www.minitelorama.com/~alain/mls.html ******************************************** Le Monde Libertaire, 145 rue Amelot, 75011 PARIS France ********************************************

******** The A-Infos News Service ******** COMMANDS: majordomo@tao.ca REPLIES: a-infos-d@tao.ca HELP: a-infos-org@tao.ca WWW: http://www.tao.ca/ainfos/