(Fr) Monde Libertaire #1068 : Interview de Olaizola

Francois Coquet (Francois.Coquet@univ-rennes1.fr)
Fri, 24 Jan 1997 14:03:40 +0100


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Here's an interview of J.M. Olaizola, secretary of the Spanish CGT, taken from Le Monde Libertaire #1068. It may be worth to recall that the historic ans current posistion of the French Anarchist Federation (who publishes le Monde Libertaire) is to strictly respect the independance between trade-unions and specific anarchist organizations, and moreover to keep in cordial relationship with both of the two Unions that have appeared since the split of the Spanish CNT.

Voici l'interview de J.M. Olaizola, secr'etaire de la CGT espagnole, extraite du Monde Libertaire 1068. Il peut ^etre utile de rappeler que la position historique et actuelle de la F'ed'eration Anarchiste Fran,caise, qui publie le Monde Libertaire, est de respecter strictement l'ind'ependance entre syndicats et organisations sp'ecifiques anarchistes, et en outre de rester en relations cordiales avec chacun des deux syndicats qui ont 'emerg'e de la scission de la CNT espagnole.

INTERVIEW DE JOSE MARIA OLAIZOLA - AVANT LE XIIIe CONGRES DE LA CGT D'ESPAGNE, SON SECRETAIRE REPOND AU MONDE LIBERTAIRE

Les 31 janvier, 1er et 2 f'evrier prochains, la CGT d'Espagne r'eunit son XIIIe Congr`es `a Madrid. La conf'ed'eration anarchosyndicaliste issue de la CNT dite "r'enov'ee" a progress'e ces derniers mois, notamment en prenant toute sa place dans la lutte des fonctionnaires et contre les tentatives du gouvernement d'accro^itre la pr'ecarit'e des conditions de travail. Jos'e Mar=A1a Olaizola, le secr'etaire conf'ed'eral sortant, donne son opinion sur le d'eveloppement actuel de l'organisation.

Le Monde libertaire. - Comment es-tu entr'e dans le mouvement anarchosyndicaliste ?

J M Olaizola. - En 1976, je me suis rapproch'e de la CNT en reconstruction alors que je travaillais `a la mairie de San Sebastian. Il y avait peu de tradition libertaire en Guipuzcoa et j'avais milit'e auparavant dans divers mouvements antifranquistes.

Le M L. - Peux-tu nous parler des luttes de cette p'eriode et de ton activit'e personnelle ?

J M O. - J'ai beaucoup milit'e `a Vitoria, notamment avec les copains de Michelin. La direction du trust voulait briser la r'esistance `a l'int'erieur de l'usine ; `a cet effet, elle tenta d'imposer un syst`eme de rotation des post'es en quatre 'equipes, ce `a quoi la CNT de l'entreprise s'opposa. Une lutte extr^emement dure s'ensuivit, durant plusieurs mois, au cours de laquelle, outre les mouvements de gr`eve et les manifestations, des violences furent exerc'ees contre les jaunes et la direction ; des coups de feu furent tir'es contre le chef du personnel, par exemple. Nous e^umes `a subir la r'epression de la police. Des camarades furent arr^et'es mais jamais rien ne put ^etre prouv'e. Et la lutte fut gagn'ee : la direction abandonna son projet. A cette 'epoque, j''etais, dans mon militantisme concret, plus proche des groupes d'action libertaires que du mouvement syndical proprement dit. Et j'ai d^u partir pour l'Andalousie puis passer quelques ann'ees en France, de 1984 `a 1988.

Le M L. - Pourquoi, apr`es le Ve Congr`es, as-tu choisi la CNT-R'enov'ee ?

J M O. - Sans aucun doute, l'inclination tr`es anarchiste de la CNT d'Euzkadi aurait pu lui faire choisir le secteur dit "historique" ; pour ce qui me concerne 'egalement, mon activit'e dans les groupes d'action aurait pu me conduire `a penser que la participation aux 'elections syndicales 'etait contraire `a l'anarchosyndicalisme, puisque c'est sur cette question que s'est op'er'e le clivage entre les deux tendances. Mais la lutte de Michelin et l'histoire de sa section syndicale ont pes'e tr`es lourd dans notre d'ecision. Lorsque les camarades de Michelin sont entr'es `a la CNT, venant des Commissions ouvri`eres, ils furent observ'es d'abord avec beaucoup de m'efiance. Puis, peu `a peu, par la solidarit'e dans la lutte, quand nous conn^umes mieux leur pratique syndicale, tr`es radicale, toute l'organisation les accepta sans r'eserve. Et la radicalit'e de cette pratique s'accompagnait d'une pr'esence dans le comit'e d'entreprise. Ils n'en cachaient d'ailleurs nullement les dangers et essayaient de s'en pr'evenir de diverses mani`eres. Mais ils ajoutaient, en mati`ere d'avertissement pour toute la Conf'ed'eration : Se pr'esenter aux 'elections syndicales comporte un risque, qu'il faut contr^oler en instituant des garanties contre les d'erives possibles; en revanche, ne pas s'y pr'esenter rec`ele le danger, infiniment plus grave, de marginaliser la CNT dans les entreprises. La connaissance intime que j'avais de leur activit'e syndicale m'a convaincu que se pr'esenter aux 'elections syndicales n'impliquait pas automatiquement la collaboration de classes ; il ne s'agissait que d'une tactique permettant de constituer une section syndicale d'entreprise.

Le M L. - Quelle est la situation actuelle de la CGT ? Ses effectifs, son implantation r'egionale et professionnelle ?

J M O. - Apr`es la scission, beaucoup de camarades ont abandonn'e le militantisme syndical, et la CNT-R'enov'ee, lorsque les structures ont commenc'e `a se stabiliser, regroupait environ un millier de personnes. La progression a 'et'e longue et difficile. Et la perte du sigle historique a 'et'e un coup tr`es dur. Aujourd'hui, la CNT-R'enov'ee, devenue la CGT, r'eunit sans doute 35 000 adh'erents, mais nous en saurons plus dans quelques semaines lorsque la tr'esorerie conf'ed'erale fournira les comptes complets lors du congr`es prochain. Son implantation se concentre dans les grosses entreprises, surtout l'automobile, les chemins de fer, les services mais aussi dans la sant'e, l'enseignement, la poste. S'agissant de ses organisations locales, les conf'ed'erations r'egionales les plus importantes, par ordre d'ecroissant, sont la Catalogne, l'Andalousie, le Pays valencien, Madrid, Castille-L'eon et le Pays basque. Quelques r'esultats 'electoraux sont significatifs de cette situation nouvelle. Nous sommes majoritaires dans le personnel communal de la mairie de X'er`es et fortement implant'es `a Cordoue. Nous avons obtenu 10 % des voix `a la Renfe. Nous avons deux d'el'egu'es au comit'e central de Renault, sept `a l''etablissement de Palencia, sept `a Valladolid. Chez Seat, nous avons obtenu 10 % des voix et seize d'el'egu'es. Chez Ford, `a Valence, un peu plus de 10 % et cinq d'el'egu'es; nous sommes majoritaires chez Cristal, une entreprise du verre, en Catalogne ; enfin, dans les T'el'ecom, nous avons r'eussi `a monter notre score sur le plan national `a 10 % des voix, avec un d'el'egu'e, et gagn'e quelques majorit'es locales, comme `a Saragosse et `a Valence.

Le M L. - Depuis d'ej`a quelque temps, circule en France une rumeur, sans qu'on puisse d'ailleurs en localiser l'origine, qui pr'etend que la CGT d'Espagne poss`ede en son sein des syndicats de policiers ; qu'en est-il en fait ?

J M O. - Il n'y a pas de syndicats de policiers dans la CGT d'Espagne ; ceux qui pr'etendent qu'il en existe peuvent venir v'erifier sur place, tant au comit'e conf'ed'eral que dans les conf'ed'erations r'egionales : gageons qu'ils ne trouveront rien. Il ne peut pas y avoir de structures syndicales pour ces gens-l`a chez nous, les statuts conf'ed'eraux nous l'interdisent, en particulier l'art. 28, que je te traduis : "Ne pourront adh'erer `a la CGT ni les membres des forces publiques de l'ordre, ni ceux de l'arm'ee professionnelle, ni ceux des corps arm'es r'epressifs". Pourrais-je ajouter que la presse libertaire ne peut ^etre une sorte de poubelle dans laquelle on trouve n'importe quel mensonge ou calomnie, au nom de la libert'e ? La libert'e, c'est autre chose. La presse libertaire doit ^etre un moyen d'information qui formule diverses propositions afin d'avancer vers la solution des probl`emes, de r'eveiller les consciences et de donner les 'el'ements du d'ebat. Avant de publier des accusations, il importe d'en v'erifier l'authenticit'e, sinon on peut tomber dans le n'importe quoi, les d'enonciations haineuses et la d'esinformation.

Le M L. - Pour quelle raison la CGT s'est-elle autant impliqu'ee dans la pr'eparation de la marche europ'eenne contre le ch^omage et la pr'ecarit'e ?

J M O. - Le ch^omage est un des plus graves fl'eaux de la soci'et'e actuelle, avec tout ce qu'il engendre d'exclusion et de pr'ecarit'e sociales. L'application sans cesse plus radicale des crit`eres de Maastricht va d'egrader toujours plus la situation du travail et cela non seulement dans un secteur, un atelier, une profession, un pays mais partout. Notre riposte, en cons'equence, et tenant compte du rapport de forces actuel, doit mobiliser l'opinion publique le plus largement possible afin de d'enoncer cet 'etat de choses et appeler `a se rassembler pour le combattre. Nous pensons que cette mobilisation, ce genre de marche et de d'emonstration doivent ^etre tr`es pluralistes. Comme ^etres humains, nous avons une responsabilit'e `a assumer au-del`a des diff'erences organisationnelles.

Propos recueillis par J. Toublet.

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