Le Monde libertaire

Alain L'Huissier (alain@minitelorama.com)
Tue, 07 Jan 1997 14:39:43 +0100


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Salut et bonne annee françois,

je te fais parvenir le numéro du ML de cette semaine.

Amicalement.

Alain

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EDITORIAL À la fin des années soixante, un journal de gôche avait adjoint à son hebdomadaire un supplément quadrichromique sur beau papier pour nous chanter des lendemains qui symphonisaient : le travail devenait loisir, chacun se réalisait dans un monde harmonieux et socialement réaliste. À la fin des années soixante-dix, un mensuel renaissant ornait sa une d’une avalanche de confetti tombant sur le visage hilare d’un chanteur populaire. L’avenir serait à l’image du Palace, fun et inconscient. À la fin des années quatre-vingt, je ne me souviens pas que des « Unes » marquantes soient venues peindre en rose — la couleur passait déjà de mode —, les années à venir. Aujourd’hui, si l’an 2000 s’affiche encore sur les couvertures de nos magazines, c’est sur le mode mineur avec plein de bémols que certains s’aventurent encore à vouloir nous fasciner avec leurs prédictions. En effet, le monde va mal, très mal. Les utopistes quadrichromes ont vu s’écrouler leurs rêves, les fêtards sont transis sous les assauts du SIDA et les déçus de la gôche caviardée des années Mitterrand se demandent si, en fin de compte, il n’ont pas eu tort de bouder le libéralisme. Alors, après avoir longuement hésité, nous avons décidé de ne pas vous présenter en ce début d’année d’articles débordants d’optimisme. Nous ne vous dirons pas que la Révolution est pour demain — ça, seuls vous pourriez nous le dire — et que les misères qui nous accablent vont fondre au Printemps parce que nous savons trop l’éphémère des révoltes de mai. Simplement, nous allons continuer, si les moyens ne nous en sont pas ôtés — et même si cela était — à vous informer et à vous inviter à résister partout et sur tous les fronts contre les maniaques qui s’évertuent à vouloir régenter nos vies. De toute façon, il n’y a pas lieu de nous inquiéter outre mesure puisque France Télécom nous fera aimer l’an 2000.

LES VŒUX AU PRESIDENT Chaque jour, les nouvelles que nous livrent journaux, radios et chaînes de télévision charrient leur moisson de morts à cause du froid ou des intempéries. Qu’il s’agisse de personnes sans domicile fixe, de vieillards cardiaques ou d’automobilistes oublieux des mesures de sécurité impérieuses en hiver importe peu. Seul compte le fait que des femmes et des hommes passent, en l’espace d’une nuit, de l’état de vivant à celui de cadavre. Prenant prétexte de ce phénomène naturel, les élus et leurs sbires y vont de leur couplet larmoyant et s’agitent pour donner l’impression qu’ils cherchent à trouver une réponse adaptée à un problème qui dépasse visiblement le cadre de leurs responsabilités. Rien ne saurait nous étonner, puisque la même rengaine nous est assénée chaque année, aux alentours de la fin de l’année — charité chrétienne oblige.

Tu n’as qu’à bien te couvrir!

Toutefois, ce coup-ci, les paroles de l’antienne ont quelque peu dérapé vers plus d’immonde et moins d’humanité. Le discours dominant, cet hiver, consiste à dire — en d’autres termes, bien sûr, car certains mal lotis restent des électeurs — que si ces gens-là meurent, c’est parce qu’ils refusent de s’occuper d’eux-mêmes en dépit des efforts de la masse anonyme des travailleurs sociaux. Même le Président de la République y va de sa phrase pseudo-humanitaire [Voir l’article : <A HREF = p15.html>Nos amis les chiens</a><]. Selon lui, si certains S.D.F. continuent à rester dehors en dépit des intempéries, c’est parce que ceux-ci refusent de se séparer de leurs chiens. L’idée serait comique dans une « brève de comptoir », dans la bouche d’un homme de pouvoir, elle devient pitoyable. Alors que ce même individu place ses amis à des postes clés de la Banque de France, sans doute pour leur éviter un chômage qui risquerait de les mener à la rue puis à la fosse commune, il garde l’impudeur de verser une larme crocodilesque sur les victimes de sa gestion — ou de son manque de gestion — irresponsable de la société. En trois mots comme en cent, et au dédain de la francophonie, je résumerai le discours tendanciel de cette fin de millénaire : do it yourself [Faites-le vous-même.]. D’un coté on dénigre, bien à tord, l’égoïsme, de l’autre on demande aux individus de se débrouiller eux-mêmes de leurs ennuis, de se prendre en main, de se responsabiliser. Autrement dit, de s’autogérer — du moins d’autogérer leur misère pendant que d’autres s’occuperont de gérer leur bonne fortune personnelle. Je rêve, ne me pincez surtout pas!

Et si nous vous prenions au mot?

Monsieur le Président de la République, s’il suffit de Vous libérer du stress inhérent à la gestion de notre univers, sachez que nous ne demandons pas autre chose que de Vous satisfaire. Prenez donc des vacances de pouvoir et rejoignez-nous dans les couloirs du métro, dans les rues, n’importe où, Vous serez le bienvenu dans la mesure où Vous serez sincèrement décidé à retrousser Vos manches et à bâtir avec nous un monde pensé pour la vie et non pour la débrouille. Car Vous êtes un homme et qu’à ce titre nous Vous regarderons comme l’un des nôtres. J’en ai plus qu’assez de Vous entendre, ainsi que beaucoup d’autres, rejeter sur nous la responsabilité d’un monde imparfait alors même que Vos chiens de garde sont là, le bidule à l’affût, près à nous massacrer si nous faisons mine de vouloir nous approprier un espace qui nous revient de fait comme de droit. Contrairement à ce que Vous Vous plaisez à colporter, avec l’aide de Vos complices médiatiques, nous ne sommes pas portés par la volonté de nous détruire mais par celle de vivre libres et paisibles. Poussés jusqu’à leurs conclusions, Vos discours démontrent Votre impuissance et, de cette façon, soulignent le fait que Vous n’êtes plus que le gardien inutile d’un monde désuet qui n’a comme réponse à apporter que Dieu ou l’État aux problèmes quotidiens. Certes, Vous avez remplacé Dieu par l’adjuration à la patience et à la confiance en des « plans de relance ». Mais faut-il voir dans ces variations rhétoriques autre choses que le dépoussiérage d’une langue qui a perdu son efficacité.

Ni de Dieu, ni de Vous n’avons besoin.

Votre prédécesseur avait été surnommé « Dieu », quel nom l’Histoire Vous réservera-t-elle? Le dernier des imbéciles sait aujourd’hui que les heures du monde que Vous symbolisez sont comptées. Déjà, l’économique se moque du politique.Que pèsent Vos minauderies face aux accords transnationaux qui président aux destins des hommes? Soyez sérieux, Monsieur le Président, et faites preuve de modestie. S’il Vous plaisait, en contradiction avec la logique cartésienne dont il vous plaît de Vous parer, de conserver une place caduque, envers et contre la volonté de tous, ne venez pas Vous plaindre si, demain, prenant au pied de la lettre le contenu de Vos discours, nous décidons de venir Vous en déloger. En attendant le jour où nous pourrons nous adresser l’un à l’autre en hommes libres et égaux sans qu’une horde de barbares en uniforme s’interpose entre nous, je Vous adresse, Monsieur le Président, mes meilleurs vœux pour l’année 1997 et Vous assure de ma détermination à prendre, comme Vous semblez le souhaiter, ma propre vie en main.

Alain L’Huissier - (F.A. - Groupe de la Villette)

L’AMOUR LIBRE Le mouvement libertaire contemporain se replie frileusement sur l’analyse politique et sociale abandonnant le champs de la vie quotidienne aux tenant du retour à l’ordre moral. Notre projet est pourtant ambitieux, nous voulons changer la société, rien que cela, mais sommes-nous capables de changer notre vie? Plus que tout autre courant politique, le mouvement libertaire dispose d’un acquis théorique, en ce domaine, forgé au travers de son histoire. Cet acquis semble, aujourd’hui oublié, voire dilapidé. Bien sur nous combattons pour le droit à l’avortement, cette lutte est juste et doit être entreprise. Mais il s’agit d’un combat défensif où nous nous situons par obligation sur le terrain de l’adversaire, au gré des actions des commandos anti-IVG. Bien sur, il y a l’école Bonaventure, et heureusement, pour parler de l’éducation libertaire. Mais qui aujourd’hui s’intéresse à l’éducation des enfants par les parents? Sommes-nous muets sur ce point? Que faisons-nous de nos enfants? Les relations entre hommes et femmes sont en crise, c’est une évidence que les statistiques ne parviennent pas à masquer: divorces, familles monoparentales, etc. Le mouvement féministe imposa une avancée considérable en matière d’égalité économique et de division des tâches au sein du couple (tout ceci est encore fragile et sujet à des retours en arrière). Mais son apport fut bien plus faible dans le domaine des comportements, des rapports profonds entre hommes et femmes. La question de l’amour, du sentiment amoureux, du désir fut bien peu abordée. Toutes ces questions sont pourtant au cœur des difficultés et des incompréhensions entre les hommes et les femmes. Pourtant, nous n’avons pas besoin de l’Etat pour nous aimer, et nous nous aimons si mal. Cette question devrait nous interroger: point n’est besoin d’attendre « le matin du grand soir » ou la « grève générale expropriatrice » pour réaliser l’amour libre et pourtant nous échouons à transformer notre propre vie. Bien sur, il n’est pas ici question de vouloir nier l’importance de l’idéologie dominante, comme disait ce vieux Marx, nous en sommes tous imprégnés. Mais au moins essayons de briser nos chaînes mentales. Au début de ce siècle, le courant individualiste, mais il ne fut pas le seul, s’attaqua de front à ces questions, pour y développer un point de vue anarchiste. Les brochures, les conférences, les livres sur le thème de l’amour libre furent nombreux, il serait trop long dans le cadre d’un article de vouloir développer tous les points de vue et arguments en présence, notamment entre partisans de l’amour plural et de l’amour exclusif. Cet article vise à donner un éclairage plus particulier sur ce thème, en donnant le point de vue de femmes de l’époque. La parole des femmes sur la question de l’amour libre, bien que minoritaire, par la quantité des textes produits, n’en est que plus intéressante puisqu’elle représente la moitié de la question, pour un couple hétérosexuel. Parole de femmes d’autant plus intéressantes pour les hommes et en particulier, pour un homme, rédacteur de cet article.

Madeleine Vernet et l’amour libre

En 1907, les Editions de l’Anarchie publient une brochure de 15 pages rédigée par Madeleine VERNET, intitulée « L’amour libre ». Celle-ci y explique que nul ne peut répondre de la stabilité de l’amour. Plus que tous les autres sentiments de l’être humain, il est changeant et fugace parce qu’il n’est pas seulement une affection du cœur mais aussi un désir des sens et un besoin physique. L’homme et la femme doivent avoir le droit absolu de se quitter le jour où ils ne se désirent plus. M. Vernet précise: je ne dis pas où ils ne s’aiment plus, mais bien le jour où ils ont cessé de se désirer. Car se sont là choses distinctes. On peut cesser de désirer une femme et l’aimer encore; on peut ne plus vouloir de l’amant et rester fidèle à l’ami. La femme si elle se résigne, si elle accepte le devoir sans amour, quand bien même elle avouerait aux autres et à elle-même qu’elle n’a pas de désirs, qu’elle n’éprouve aucun besoin charnel, elle trompera tout simplement et les autres et elle-même. L’amour, c’est la communion complète de deux cerveaux, de deux cœurs, de deux sensualités, alors que le désir, ce n’est que le caprice de deux épidermes qu’un même frisson de volupté réunit. Rien n’est passager et instable comme le désir, pourtant nul de nous n’y échappe. Il existe des jours et des moments où la sensualité est en quelque sorte exaspérée, ce n’est pas de l’amour mais uniquement du désir, désir qui parfois revêt les apparences de l’amour. Assouvi, il laisse les deux amants parfaitement étrangers l’un à l’autre. M. Vernet considère le mariage comme la chaîne qui retient l’homme et la femme prisonniers l’un de l’autre, quant au « devoir conjugal », elle l’assimile à la prostitution: Prostitution la soumission au mari; prostitution la résignation et la passivité. Prostitution encore que l’union libre quand elle passe de l’amour à l’habitude. Prostitution, enfin, tout ce qui rapproche les sexes en dehors du désir et de l’amour. Dans sa brochure Madeleine VERNET prit parti entre les partisans de l’union monogamique ou de l’amour plural, en faveur des seconds: de la diversité des sentiments naît la diversité des désirs, et si l’on admet cette diversité comme loi essentiellement naturelle, on ne peut plus soutenir la loi monogamique. Libres avant de se connaître, s’étant aimés librement, liés librement, l’homme et la femme doivent se retrouver libres après la liaison, quand le désir ne les attire plus l’un vers l’autre, et que l’amour a cessé de les réunir. La publication de la brochure de Madeleine Vernet va susciter un vif débat en particulier dans le journal individualiste L’Anarchie. Une jeune femme Lucienne Gervais explique comment elle fut amenée à y participer: Les anarchistes sont taquins. Ainsi aux Causeries comme j’arrivais, on me remit la brochure de Madeleine Vernet sur l’amour libre en me disant: «Le bibliophile est paresseux; si nous comptons sur lui pour parler de notre brochure, nous pouvons attendre longtemps. D’ailleurs n’est-ce pas à toi à faire cette critique. Voilà l’occasion de donner ta façon de penser et d’agir sur un sujet aussi controversé». Il y avait quelque malice dans le ton et je sentis les regards de quelques amis peser sur moi, légèrement moqueurs. J’ai pris la brochure et j’ai répondu un peu par bravade; «Vous avez raison. C’est à moi de faire ce travail et je n’y manquerai pas».

L’amour n’est pas libre

Pour Lucienne Gervais l’amour libre n’existe pas dans l’organisation sociale actuelle, pourtant c’est la femme qui peut arriver à vivre ses sensations amoureuses avec bien moins de difficulté que l’homme: L’homme se heurte, dans la satisfaction de ses sens à la pudibonderie, à la moralité de la femme qui, alors que le désir est conforme au sien se refuse à le reconnaître, à le satisfaire en se satisfaisant. La femme éprouve une sorte de volupté douloureuse qu’elle ne peut analyser, en se défendant contre l’emprise de l’homme. Elle est arrivée à considérer - et je parle des plus« émancipées »- son volontaire abandon comme une chute. Elle se plaît à laisser concevoir leur mutuelle possession comme une victoire à l’actif de l’homme… La femme peut avoir l’impression qu’elle est libre de se donner, que c’est d’elle que dépend l’acte ou le non acte! L’homme prie, supplie, promet, toujours il fait entrer dans ses paroles des sentiments absolument étrangers à la cause qu’il soutient au fait du désir qu’il faut susciter ou de l’amour qu’il faut faire naître… Jamais l’homme n’a la douce impression de l’amour libre, du désir libre comme la femme peut avoir l’orgueil, le bonheur de le connaître. Elle aborde aussi la question du désir féminin et de l’engagement révélé au cours de l’union des sexes: J’étais prête à céder à des désirs de volupté et aussitôt je sentais que je m’engageais, que je pouvais me tromper sur la qualité, la valeur de cet homme. J’aurais été, avec joie, sa compagne d’une heure, l’idée d’une prise plus grande m’effrayait. L’obstacle ne viendrait-t-il pas de l’homme qui m’ayant approchée une fois, se fera un « droit » pour une deuxième, sans s’occuper de mes sentiments intérieurs? Je veux me donner librement et me reprendre librement…? Mais la manifestation des désirs féminins, même dans nos milieux est encore considérée comme une grossièreté. Lucienne Gervais considère également l’union libre et la cohabitation comme des pis allers entravant le libre développement individuel, excitant, trop au début, le désir, pour apporter rapidement le calme de la trop facile satisfaction; faisant une habitude monotone de ce qui doit être toujours une chose voulue, désirée. Moi, je vois l’amour, enfin libre, faisant le pied de nez aux morales surannées et aux vieilles coutumes. Je vois l’amour, faisant le pied de nez au vieux monde.… Comprenons bien que nous sommes des individus qui s’en vont seuls. L’amitié et l’amour ne peuvent nous donner que des compagnons de voyage dont le but ne saurait toujours être le même que le notre. L’amour, le désir, la cohabitation entre les sexes, le débat n’a guère évolué sur toutes ces questions en cette période de retour à l’ordre moral… dans les têtes et les cœurs. Amour, anarchie, nous avons laissé en panne nos acquis. A nous femmes et hommes de reprendre la discussion. Dominique PETIT

Sources: L’amour libre par Madeleine Vernet Editions de l’Anarchie 1907 CIRA de Lausanne Ba/38 5889 L’Anarchie n 99, 111 et 144 CIRA de Lausanne A noter aussi la contribution très intéressante de Marguerite Després parue dans une brochure éditée par l’En Dehors, en réponse à une réédition de « l’amour libre » de M. Vernet où celle-ci adoptait un point de vue plus restrictif.

XXe CONGRES DE L’AIT a madrid : UN CONGRES ESSENTIELLEMENT POLEMIQUE C’EST AU SEIN DE LA CITÉ universitaire, à Madrid, du 6 au 8 décembre dernier que le XXe congrès de l’AIT s’est déroulé.On savait avant de venir que les questions «française» et «italienne» seraient des points de friction.En effet, depuis près de quatre ans, la CNT française était sans une situation de scission objective, sans que l’AIT n’ait décidé laquelle des deux CNTf – de celle dite de Bordeaux ou de celle des Vignoles – serait considérée comme son unique section française.D’autre part, en Italie, l’USI (Unione Sindacale italiana) se retrouvait dans une situation similaire depuis un an environ, avec un conflit entre un secteur «romain» et l’USI dite de Prato- Carnico. La CNT-Vignoles a donc été exclue.Il faut dire que cette organisation a accumulé les maladresses (par exemple la participation de militants a des élections professionnelles, ou une attitude équivoque, scission de la CNT espagnole, lors de la manif anti-G7 du 22 juin dernier à Lyon où les deux cortèges n’en faisaient plus qu’un…), maladresses qui ne pouvaient manquer de provoquer une réaction des autres sections de l’AIT en général, et de la CNT espagnole plus particulièrement.Ce n’est donc pas avec la plus grande des sérénités que la CNT-Vignoles se rendait à Madrid. Pourtant, force est de reconnaître que la délégation de la CNT-Vignoles s’est brillamment défendue.Le soir du 6 décembre, alors que la délégation de la CNT-Vignoles faisait son compte rendu d’activités, elle a loyalement admis, suite aux questions ce la CNT espagnole, avoir participé à des élections syndicales en précisant que cette participation était de peu d’ampleur et n’avait pas les mêmes implications qu’en Espagne, par exemple.Si ces réponses n’ont alors pas convaincu les espagnols, le reste du rapport d’activités présenté par la CNT-Vignoles a favorablement impressionné certaines délégations, retournant une partie du congrès en sa faveur.Ainsi, il était manifeste que la délégation de la CNT-Vignoles, conformément aux décisions de son congrès de novembre à Lyon, était venue à Madrid pour faire le maximum pour rester au sein de l’AIT. Finalement, la décision a été prise au cours d’un vote contradictoire entre d’une part une proposition avancée par la FAU allemande de ne pas trancher au cours de ce congrès, de nommer une commission d’enquête et de reporter à plus tard la décision (proposition qui n’a reccueilli que la seule voix de la FAU) et d’autre part la proposition d’exclusion (votée par la CNT espagnole, la NSF norvégienne et l’USI – l’USI-Rome ayant quitté le congrès à cet instant). Puisqu’on parle d’elle, l’USI-Rome, également mise sur la sellette, avait quant à elle choisi une logique toute différente de celle de la CNT-Vignoles: impliquée en Italie dans une coalition de syndicats «alternatifs» afin de bénéficier de la représentativité nationale, orientée désormais vers un nouveau système d’alliances sur le plan international, et mettant en avant une dialectique ouvertement a-idéologique, l’USI-Rome venait au congrès avec une stratégie de rupture.Comme de juste, au matin du deuxième jour, les délégués de l’USI-Rome ont rendu leurs badges et s’en sont allés, seuls, après une déclaration fracassante. Parallèlement à ces questions de séparation était inscrite à l’ordre du jour la question des relations que l’AIT pouvait avoir avec son ancienne section suédoise, la SAC.La FAU allemande, nottamment, estimait que l’évolution actuelle de la SAC permettait de reprendre avec elle des contacts organiques.L’USI, de son côté, posait un autre type de questionnement: absolument hostile à tout type de relation organique avec la centrale suédoise, les italiens reconnaissaient devoir travailler avec elle ponctuellement dans des initiatives comme Ship to Bosnia (initiative ouvrière de solidarité avec les habitants de Tuzla).Il leur fallait donc bien admettre de pouvoir siéger, signer, etc.aux côtés de la SAC.Mais le congrès optera pour une motion très contrignante, prohibant tout contact avec la SAC.A noter tout de même qu’une représentation d’une organisation de jeunes anarcho- syndicalistes suédois, par endroit hébergés par la SAC, était présente comme observateurs au congrès. Signalons encore la création d’un sous-secrétariat continental de l’AIT pour l’Amérique (l’ACAT), et l’adhésion de sept nouvelles sections (Irlande, Portugal, République tchèque, Bulgarie, Russie, Nigéria, Chili) et de deux groupes d’Amis de l’AIT (Colombie, Canada). D’une façon évidente, le congrès a opté pour un renforcement de la logique interne de l’AIT : on s’est séparé – sans trop se poser de question d’ailleurs – des sections qui semblaient s’éloigner de la vérité anarchosyndicaliste par certaines de leurs pratiques.On pourrait analyser un peu rapidement ce processus comme une logique de renfermement qui conduirait à terme l’AIT à se transformer de plus en plus en organisation de type idéologique sans cesse dévorée de nouvelles luttes intestines.Il nous semble toutefois que, même si ce congrès n’a pas montré le meilleur, l’AIT a devant elle un fort potentiel de développement.Elle effectue un travail considérable sur le plan international.N’oublions pas également, que les idées libertaires trouvent un écho de plus en plus favorable dans les populations du monde entier et que l’AIT est aujourd’hui l’organisation la mieux placée pour bénéficiée de regain d’intérêt.Ce n’est pas un hasard si elle a une section en Afrique par exemple. Aucune des sections candidates n’a été rebutée par le congrès et toutes ont confirmé leur adhésion.Enfin, même la CNT-Paris, exclue, a confirmé son intention de travailler dans le sens du développement de l’AIT, ce qui a été repris par l’actuel secrétaire de l’Internationale dans son discours de clôture : il y a souligné les possibilités de récupérer la section française sur des bases saines, le rôle de l’organisation n’étant absoluement pas de fonctionner à l’exclusion.Au- delà des querelles présentes, et des querelles qui ne manqueront pas de secouer le mouvement libertaire – français entre autres – il est important de souligner cette logique constructive qui demeure malgré tout de part et d’autre.Si nous ne pouvons que regretter la façon dont s’est déroulé le congrès de Madrid – une rupture n’est jamais une bonne chose – voilà des raisons objectives de na pas enterrer l’anarchosyndicalisme et son expression internationale la plus forte, l’AIT. La délégation FA au XXe congrès de l’AOIT.

UN MILITANT DE LA CNT MADRILENE REPOND A NOS QUESTIONS ML: Que penses-tu de ce congrès? Jesus: Je crois que la ligne anarchosyndicaliste de l’AIT s’en est trouvée renforcée.Malheureusement, ce congrès a été en partie un congrès de rupture.Je dis malheureusement parce qu’il nous a fallu trancher au niveau du congrès international car les sections françaises et italienne n’avaient pas pu trancher elles-mêmes en interne.Mais il était important, avant d’accueillir de nouvelles sections de définir clairement la ligne de l’AIT. ML: Il y a beaucoup de nouvelles sections? Jesus: Oui, il y a sept nouvelles sections adhésions en tant que membres de l’AIT: ASAULpour le Portugal, Organize! pour l’Irlande, ASF (République tchèque), BKT (Bulgarie), KRAC (Russie), Solidaridad Obrera (Chili) et enfin l’Awareness League pour le Nigéria, première section africaine de l’AIT.Enfin, il y a deux adhésions en tant qu’Amis de l’AIT: A las de Xué de Colombie et un groupe pro-AIT canadien. ML: Peux-tu nous parler des accords pris pendant le congrès? Jesus: Sur le fonctionnement pratique de l’internationale, nous avons clarifié un certain nombre de choses, notamment sur les adhésions, les démissions, les questions financières, la division du secrétariat, international en divers sous-secrétariats qui travaillent par thèmes et la mise en fonctionnement de sous-secrétariats continentaux, comme par exemple l’ACAT pour le continent américain.Tout cela, parallèlement à la clarification des statuts, va permettre une plus grande fluidité de l’internationale. ML: Et les perspectives? Jesus: Je pense que les perspectives futures sont très intéressantes.Il semble de plus en plus clair que l’AIT se pose comme l’organisation dont on besoin les travailleurs en même temps pour la défense de leurs intérêts immédiats et en tant que projet social cohérent.Tout cela, je le dis sans grande éloquence mais je crois que tout le travail fait jusqu’à présent va payer.Je crois sincèrement, de plus, que le fait qu’il y ait de plus nombreuses sections de l’AIT, composées en grande partie de jeunes gens, démontre que la tentative d’imposer le capitalisme après la chute du mur de Berlin comme modèle unique de gestion des sociétés rencontre réellement une résistance, qu’il est clair que les gens n’acceptent pas et ce malgré le renforcement de la répression policière, politique, idéologique.Ce congrès est une pierre de plus posée dans la construction de notre grand mouvement de libération de l’être humain. Propos recueillis par Laurent (Maurienne)

LES NOUVEAUX IMMIGRANTS AVIVENT LES CONTRADICTIONS ET LES LUTTES AUX ETATS- UNIS «JE SUIS DÉSORMAIS UN citoyen du monde.» C’est ainsi que se désigne lui-même un ouvrier équatorien sans papiers. Vous le trouverez en train de travailler au cœur de Manhattan pour trois dollars de l’heure, dix heures par jour, avec un dimanche de libre tous les quinze jours. Peut-être voyez-vous en lui «l’Autre», «l’illégal», le bouc émissaire des hommes politiques qui ne peuvent même plus prétendre offrir de solutions à nos problèmes mais seulement essayer de nous monter contre lui. La transformation complexe que provoque le travailleur immigré au sein des luttes ouvrières d’Amérique du Nord est un phénomène nouveau, non seulement aux États-Unis mais à l’échelle planétaire. Les vingt dernières années ont été marquées par une augmentation considérable du nombre des travailleurs immigrés en provenance d’Amérique latine, des Caraïbes, d’Asie et d’Afrique, contraints d’émigrer vers l’Europe et les États-Unis par la crise économique générale, les restructurations et la politique d’austérité qui en est résultée et par l’échec des révolutions. Dans leurs pays d’origine, il n’y a tout simplement plus de travail et aucun moyen de survivre pour des millions d’entre eux. Avec l’infâme décret sur la réforme de la protection sociale que le président Clinton s’apprête à transformer en loi, les bons de nourriture, le système Medicaid et toutes les autres formes d’assistance offertes aux immigrés et aux réfugiés vont être supprimés. Quarante pour cent des économies que cette loi va permettre de réaliser proviennent des avantages retirées aux immigrés. Et cela malgré le fait que ces immigrés paient environ 85 milliards de dollars d’impôts et ne reçoivent que 5 milliards d’aide sociale. La loi clintono-républicaine sur l’aide sociale vient après la «Loi sur l’antiterrorisme et la peine de mort effective» votée en avril qui permet déjà d’expulser des immigrés légaux ayant commis de simples délits, après le décret sur la «réforme» de l’immigration conçu sur le modèle de la Proposition 187 adoptée en 1994 en Californie et après le vote par le Congrès, le 1er août, d’une loi faisant de l’anglais la langue officielle des États- Unis. Selon ce dernier décret, les bulletins de vote ne pourront plus être imprimés dans une autre langue que l’anglais, ce qui a conduit le député de Chicago Luis Gutierrez à appeler cette loi le «Jim Crow des années 90». Si «les Latinos sont certainement les premiers visés, elle menace aussi tous les Américains d’origine polonaise, italienne, chinoise et ukrainienne.» Il faudrait remonter aux Lois d’exclusion des Chinois des années 1880 ou aux Lois sur les origines nationales de 1921 et 1924, limitant l’immigration des Européens de l’Est et du Sud, pour trouver des attaques similaires contres les immigrés. Les dirigeants républicains et les démagogues racistes comme Pat Buchanan estiment que c’est une excellente stratégie électorale de déclarer la guerre aux immigrés, tout comme les criminels de guerre Slobodan Milosevic en Serbie et Radovan Radzic dans la soi-disant «République serbe» de Bosnie estimèrent que le nettoyage ethnique était une excellente formule pour s’emparer du pouvoir. Seule différence, pour Clinton il s’agit de s’y maintenir. L’immigration est un phénomène à la fois ancien et nouveau aux États-Unis. Aux Mexicains qui, historiquement, ont été présents au sein de la classe laborieuse américaine depuis l’époque où les États-Unis se sont emparés de la moitié du Mexique en 1848 et qui, traditionnellement, franchissent la frontière pour chercher du travail au nord du Rio Grande, se sont ajoutés les Portoricains, qui viennent à New York depuis les années 30. Puis sont venus les Dominicains, surtout après que le président Johnson eut ordonné l’invasion de la République dominicaine en 1965 par 45 000 Marines américains. Ce sont les habitants d’Amérique centrale et les Haïtiens qui dans les années 80 ont dû fuir les régimes militaires sanguinaires soutenus par les États-Unis et les terroristes contra financés par la CIA; les Jamaïcains et autres Antillais viennent depuis longtemps aux États-Unis; et les travailleurs asiatiques ont une longue histoire qui remonte au XIXe siècle quand les ouvriers chinois ont été amenés de force pour construire les chemins de fer et… se retrouver en bute aux attaques des syndicats américains. Depuis que les Européens ont cessé d’être le principal groupe d’immigration, le racisme alimente encore plus l’hystérie anti-immigré.

Exilé par désespoir

Ce qui est aussi nouveau c’est qu’au cours des dix dernières années des centaines de milliers de travailleurs venus de pays d’Amérique latine de plus en plus lointains entreprennent le périlleux et coûteux voyage à travers le Mexique pour finir dans les «ateliers à sueur» de New York. Une fois parvenus jusqu’ici, ils sont obligés de travailler pour des salaires qui ont terriblement baissé depuis dix ans. Ils commencent par travailler deux ans pour rembourser la dette qu’ils ont contractée envers les prêteurs et les passeurs qui ont financé leur voyage, puis travaillent encore deux ans pour s’acheter un lopin de terre au pays et travaillent une année de plus pour construire une petite maison pour leur famille restée là-bas. et il leur faut encore travailler un an pour économiser de l’argent pour le jour où ils partiront retrouver ces familles qu’ils ont été cruellement obligés d’abandonner. Mais sous la férule des économies néo-libérales imposées aux pays d’Amérique latine par la Banque mondiale et le Fond monétaire international, il n’ont aucun espoir de trouver du travail en rentrant chez eux. Pour ces nouveaux immigrés en provenance du Pérou, d’Équateur et de Colombie, ainsi que d’Amérique centrale, il n’y a aucun espoir de pouvoir un jour régulariser leur statut de travailleur. La loi anti-immigrés Simpson- Mazzoli de 1986 n’a jamais visé les employeurs qui embauchent des travailleurs sans-papiers. Au lieu de cela, elle a permis de créer une nouvelle catégorie de travailleurs «illégaux» permanents qui sont encore plus à la merci des patrons exploiteurs, lesquels connaissent parfaitement leur statut et s’en sont servi pour favoriser la multiplication des ateliers à sueur depuis l’adoption de cette loi. Les associations de travailleurs immigrés ont lutté contre cette situation, depuis l’Association des personnels et ouvriers chinois et le Centre des ouvriers latinos de New York, jusqu’à l’Association des travailleurs immigrés de Californie. Au contraire des précédentes générations de travailleurs immigrés qui venaient à New York, les nouveaux immigrés actuels n’ont aucun espoir de faire venir leur famille ici du fait des salaires de misère qui leur sont versés. De plus, la distance, le danger et le coût du voyage jusqu’aux États-Unis signifient qu’ils ne peuvent pas courir le risque de se faire expulser. Se faire expulser avant d’avoir rembourser sa dette aux «coyotes» signifierait une catastrophe incommensurable pour toute la famille. Cela a rendu l’organisation des travailleurs immigrés encore plus dangereuse et difficile. Le désespoir est la cause première qui a poussé les travailleurs immigrés à quitter leur pays d’origine. Selon la description de cette situation désespérée faite par un travailleur équatorien, «on considère comme normal de ne manger de la viande qu’une fois par mois et de vivre une famille entière dans une seule pièce. Les gens de la Communauté européenne qui viennent faire des inspections ne comprennent même pas comment les gens sont encore en vie. D’après leurs calculs, le nombre de calories consommées n’est même pas suffisant pour se maintenir en vie. Il y a au moins 70% des enfants qui souffrent de malnutrition. Il n’est pas rare qu’un enfant ait du café noir pour tout petit-déjeuner et s’évanouisse en classe. Moi, je refuse de laisser mon fils mourir de faim.» Néanmoins, il y a une grande diversité au sein de la main-d’œuvre immigrée latino, du fait des différences culturelles, raciales et historiques. Il y a des luttes aiguès chez les peuples indigènes d’Amérique latine, comme on le voit dans la révolte du Chiapas. La dialectique des races et des classes fournit toutefois le ferment des idées que les travailleurs immigrés apportent au mouvement ouvrier et aux luttes sociales d’Amérique du Nord. C’est ce qu’on constate particulièrement sur la Côte ouest. C’est le syndicat des travailleurs agricoles (UFW) qui a été le pionnier d’un nouveau type de mouvement ouvrier dans les années 60 et 70. Alors que les bureaucrates de la vieille AFL-CIO se laissaient piéger par le syndicalisme affairiste sans même se rendre compte qu’ils renonçaient aux acquis du mouvement ouvrier, le UFW a montré ce que les travailleurs pouvaient être quand ils devenaient un vrai mouvement. S’étant battus avec leurs propres contradictions, le UFW tente maintenant d’organiser les cueilleurs de fraises de Californie. En 1992, ce sont les poseurs de panneaux, presque tous originaires du Mexique et d’Amérique centrale, qui ont bloqué tous les chantiers de construction de Californie jusqu’à ce qu’ils obtiennent d’avoir leur syndicat. En 1995, ce sont les paysans, Mexicains pour la plupart, qui se sont organisés. Dans les deux luttes, la grève. a été menée par les travailleurs de la base. Cela veut dire qu’au lieu des habituelles grèves par métier avec quelques ouvriers seulement à manifester sur le chantier, ce sont des centaines d’ouvriers qui occupaient et entraînaient les autres ouvriers dans la grève. Les gardiens d’immeubles immigrés de base qui s’illustrèrent dans les campagnes de «Justice pour les gardiens» de Los Angeles firent connaître ces luttes grâce à leurs tactiques militantes. Maintenant que Los Angeles est devenue la capitale de l’industrie américaine — environ 717 000 ouvriers principalement immigrés travaillent dans les usines de confection, de plastiques, du textile et de l’agro-alimentaire — les organisateurs espèrent maintenant pouvoir profiter des victoires remportées grâce à l’action militante des travailleurs immigrés. C’est tout particulièrement le cas du LAMAP (Los Angeles Manufacturing Action Project), «campagne pour organiser toute la région de L.A., sans distinction syndicale». L’un des organisateurs du LAMAP est Joel Ochoa, originaire du Chiapas, au Mexique, qui aussi chef du département sud-est de l’Association des travailleurs immigrés de Californie. Ochoa dit: «Si l’on considère notre expérience, on voit beaucoup plus les immigrés qui vont vers les syndicats que les syndicats vers les immigrés. Les gens arrivent ici du Mexique et de toute l’Amérique latine avec une tradition et une culture qui leur fournit une riche panoplie de tactiques pour se battre contre les entreprises.» (voir David Bacon, «How California’s Immigrant Workers are Revitalizing Labour», The Village Voice.) C’est dans le but de réprimer cet activisme croissant des travailleurs immigrés sous-payés et de polluer l’esprit des ouvriers de souche en les montant contre eux que les politiciens comme le néo-fasciste Buchanan et le néo- néo-fasciste gouverneur de Californie Pete Wilson ont attisé l’hystérie anti-immigrés qui fait actuellement rage dans le pays.

Un État-providence autoritaire

Depuis que l’État et les lois et organismes fédéraux leur barrent l’entrée des écoles, les travailleurs immigrés et leurs enfants se retrouvent dans la peau d’un Jim Crow moderne. Et du fait que ceux qui viennent aux États-Unis sont de plus en plus des descendants des autochtones des Amériques, du Nord, du Sud et Centrale, il est à la fois tragique et comique d’entendre les descendants des immigrants européens leur dire que ce sont eux qui sont eux les «illégaux». Ce plus tragique et comique encore, alors qu’une nouvelle loi répressive criminalise le travail des immigrés, une «réforme» clintono-républicaine tout aussi répressive du système d’aide sociale criminalise les ouvriers de souche les plus pauvres du fait de l’incapacité du système à leur offrir des emplois leur permettant de gagner leur vie. Selon la nouvelle loi, les travailleurs immigrés pauvres seraient condamnés à payer l’amende effarante de 500 000 dollars et à quinze ans de prison pour avoir utilisé une fausse carte d’identité pour trouver du travail; selon la «réforme» de l’aide sociale, les ouvriers de souche pauvres perdront le droit de toucher une allocation et leurs enfants seront encore plus appauvris afin de les obliger à entrer en concurrence avec les travailleurs immigrés pour l’obtention de salaires de misère dans les ateliers à sueur. Pendant ce temps-là, on continue de bâtir des prisons pour ceux qui n’ont pas réussi à trouver un emploi, 5000 postes de garde frontières sont créés et les centres de rétention de l’INS (le Service de l’immigration et de la naturalisation) augmentent leur capacité d’accueil de 9000 lits pour loger les immigrants capturés en venant chercher du travail. Selon ces nouvelles lois, les pauvres qui cherchent du travail sont persécutés s’ils en trouvent et persécutés s’ils n’en trouvent pas. C’est la raison pour laquelle après la révolte de Los Angeles de 1992, où les Noirs et les immigrés latinos se sont soulevés ensemble, la bourgeoisie s’est vengée en adoptant la Proposition 187 contre les immigrés. Son but était de saper l’ébauche d’union des Noirs et des latinos dans la rue en montant les travailleurs noirs et blancs contre les immigrés. Puis est venue l’offensive contre l’«Action affirmative*», visant à monter les travailleurs blancs à la fois contre les Noirs et les immigrés. Le défi que doit relever le mouvement ouvrier est de dénoncer dans les lois anti-immigrés une attaque contre les travailleurs. Il ne s’agit pas de rester silencieux face à la collusion de Clinton avec le Congrès anti-ouvrier contrôlé par les républicains simplement parce qu’ils ont fini par augmenter le salaire minimum pour tenter de tuer dans l’œuf l’activisme croissant des travailleurs, en particulier des ouvriers de la base sous payés. Qu’il soient maçons, ouvriers agricoles, ouvriers de la confection, membres du personnel hôtelier ou caristes des ports de Los Angeles et de Long Beach, ou encore travailleurs immigrés des ateliers à sueur de New York, tous font entendre de nouvelles revendications indignées. Les travailleurs immigrés qui ont mené des grèves, des mouvements insurrectionnels et des occupations d’usines en Amérique latine et qui ont perdu leur emploi lors de la première vague de restructuration néo-libérale, ont apporté cette riche expérience aux actuels conflits du travail des États-Unis.

L’émigration des idées

Dans les ateliers à sueur de New York, il n’est pas rare de rencontrer des étudiants qui ont étudié le marxisme, qui ont travaillé dans des communautés de base de partisans de la «théologie de la libération» et qui connaissent les réalités tant des villes que des campagnes du Tiers-monde. Il sont ici aujourd’hui soit parce que les anciennes formes de résistance et de survie se sont taries, soit parce que les politique économiques néo-libérales ont conduit à l’écrasement de leurs organisations. Toutefois, la crise est théorique autant qu’économique et politique? Comme le disait un ouvrier équatorien d’un atelier de New York: Nous sommes de jeunes catéchistes [militants de la théologie de la libération]. Beaucoup de nos dirigeants ont été contraints d’émigrer par la crise économique; ils n’arrivaient plus à nourrir leur famille. Mais ce qui nous avait animé était aussi en crise. Notre slogan était: «Hier le Nicaragua, aujourd’hui le Salvador, tel est la voie pour l’Équateur.» Quand le Nicaragua est retourné au capitalisme en 1990, s’est comme si une lumière s’était éteinte. Cela avait été une révolution faite grâce à une forte contribution de la théologie de la libération. Quel était notre choix? Dans cette crise des années 90, quelle idéologie, quel radeau pourrait nous sauver? Il n’y en avait pas. Les partis de gauche nous ont divisés. Nous avons vu les assassinats sans fin au Pérou et en Amérique centrale, et la fausse alternative des élections en Colombie. La nouvelle immigration des 20 dernières années a tout changé dans la lutte pour la liberté aux États-Unis. Dans les relations multi-ethniques complexes au sein des communautés d’immigrés, et entre les nouveaux immigrés et ce qui a toujours été la pierre de touche de la civilisation américaine, sa dimension noire, le défi demeure: comment trouver entre ces luttes une médiation théorique et pratique telle qu’elles réussissent non seulement à se parler mais que la révolution elle-même devienne irrésistible? John Marcotte

GUERILLA DANS L’AMBASSADE Les jours passent et les hauts fonctionnaires, diplomates, policiers et militaires, sont peu à peu libérés par les membres du groupe Tupac Amaru. Les guérilleros demandent toujours la libération de plus de 500 de leurs compagnons emprisonnés au Pérou. L’échange de l’ambassadeur d’Uruguay contre deux militants de Tupac Amaru fut ressenti comme une trahison entre gouvernements. Pour le moment, c’est la seule «victoire» remportée par Tupac Amaru dont la zone d’action veut s’étendre aux pays suivants: Pérou, Bolivie, Chili, Colombie et Equateur.

Médiateur avisé

On vient d’apprendre qu’un évêque proche de l’Opus Deï sera dorénavant chargé de la médiation entre le gouvernement péruvien et le commando toujours réfugié dans l’ambassade du Japon au Pérou. Après les déclarations de Jean-Paul II sur l’esprit criminel des preneurs d’otages, il n’est guère surprenant que le Pape délègue un membre de l’Opus Deï… On attend encore que le Pape dénonce les Etats d’Amérique latine comme viviers du terrorisme d’Etat permanent.

Silence étonnant

Est-ce un parti pris de la presse ou une étrange réalité? Le fait est qu’aucune allusion au mouvement des Chiapas ne fut évoquée. Par contre, la démarcation entre Sentier Lumineux et Tupac Amaru fut bien notée. Si les groupes armés de l’étoile rouge marxiste-léniniste, guévariste ou maoïste commencent à se tirer dans les pattes, il n’y aura pas que des chiens qui se feront sauter la gueule près des ambassades.

Rappel historique

Dès 1994, les chars utilisés lors de la répression des populations civiles des Chiapas au Mexique furent des chars ERC90 et M11, label français. Mais ce détail rappelé en son temps par Nitassinan fait partie des habituelles transactions économiques n’ayant aucun rapport avec les Droits de l’homme, de la femme et de l’enfant. Surtout s’ils sont indiens et paysans. De toute manière, depuis que Castro et Arafat voient le Pape, de nouveaux pays sont ouverts aux guérilleros en voie de désarmement. Les derniers papiers du collectif Chiapas pyrénéen font l’apologie mystique de l’Etoile Rouge et de la Chan’Sainte-Croix. Ne nous étonnons donc pas que le Pape reprenne possession de ses âmes perdues. Joaquim Lopez–F.A. Ariège

SPORT SPECTACLE, LE NOUVEL OPIUM DU PEUPLE L’été 1996 a rimé avec sport. Je fus tour à tour attaquant sur les stades anglais, sprinter au Tour de France et lutteur sur les tapis d’Atlanta. Ayant pratiqué, essayant de le faire apprécier au sein du Comité de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail, intéressé par les résultats sportifs, j’ai eu ma dose d’émotions mais malheureusement elles n’avaient rien de sportives. L’éthique anarchiste n’a que faire des considérations nationalistes et ne je me lève pas au son de La Marseillaise comme j’ai pu le constater au cours de mes rencontres. Il y a un jeu et des règles, l’effort physique, où des individus ont décidé de se surpasser dans le cadre d’une compétition nationale, européenne et mondiale, même si ce n’est pas ma tasse de thé, a le mérite d’exister. Il n’est pas de bon goût de parler sport chez les anarchistes et gauchistes de tout poil car le sport n’est-il pas d’après l’avant-garde révolutionnaire une aliénation parmi tant d’autres? Or, selon moi, le sport est une activité comme une autre et le plaisir que l’on retire en le pratiquant ou en le regardant ne concerne que les personnes intéressées. Une bonne partie de foot a autant de saveur que le collage d’affiches de la Fédération Anarchiste, mais bien entendu avec une finalité tout autre pour la première. Le plaisir procuré au sein d’une collectivité ou par le dépassement de soi pour son propre Livre des Records reste encore dans le domaine sportif et est tout à fait honorable. La compétition où le principe d’adversité est admis mais dans une perspective d’amitié et de rapprochement entre les peuples n’est plus qu’un pis aller dans le monde sportif contrôlé, médiatisé, idéalisé par les bienfaiteurs politiques et économiques qui ont pour nom libéralisme, Coca-Cola ou Canal Plus pour rester bien franchouillard. Le sport spectacle est une marchandise comme l’individu et qui peut rapporter gros. Billy Bayne, le président du Comité organisateur des Jeux d’Atlanta s’est enrichi personnellement de l’ordre de 20 à 25 millions de francs. L’essentiel n’est pas de participer mais de gagner de l’argent. Quand le sport produit ne rapporte pas assez, le capital transforme ses règles. Les télés et les annonceurs en sont à transformer le contenu des différents sports pour les rendre plus «télégéniques» donc plus susceptibles de juteuses recettes publicitaires. C’est le cas pour le volley-ball où il est prévu des ballons plus mous et le tennis de table qui verrait son filet plus haut. Ces deux sports considérés un peu trop rapides pour les caméras doivent se plier aux nouvelles donnes marchandes et de communication (lire l’article de Serge Richard paru dans le Canard Enchainé du 07 août 1996). L’éthique sportive n’est plus de mise pour un footballeur. Tout est une question de fric. Exit les Girondins de Bordeaux, bonjour Milan A.C. et Juventus de Turin. Les voyages vont coûter plus de 30 millions alors que dans le même temps, l’entraîneur de l’Equipe de France de football va trouver des circonstances atténuantes à la prestation lamentable de ses 11 joueurs rentiers. De qui se moque-t-on? N’est-ce pas les contribuables qui payent les indemnités faramineuses de cette équipe de danseuses? N’est-ce pas un choix délibéré de consacrer l’argent public à des pantins qui ressemblent à des Guignols de l’Info. au lieu de titulariser tout le personnel pré??????? plutôt que de le former. Tous les exploités et miséreux du monde entier ont l’âme d’un Magic Johnson ou d’un Cantona. Qui font les mouettes, cette fois-ci, M. Cantona? Les sportifs de haut niveau sont les nouveaux Mickeys du libéralisme et les stades, de grands Disneylands. Ces bons serviteurs du libéralisme et autrefois du socialisme étatique reçoivent donc des sommes fort substantielles et les honneurs nationaux. Douillet, le judoka au sens communicatif très prononcé, ne voit sa légion d’honneur que comme un hommage tout à fait normal (selon ses dires) rendu par l’Etat-nation pour avoir fait retentir La Marseillaise dans le ciel d’Atlanta. Il est dommage qu’il ne se soit pas trop appesanti sur les 250 000 Francs que nous luis avons remis, nous autres contribuables, pour une médaille d’or qui ne m’a pas empêcher de payer des impôts. L’Etat de droit, l’Etat fasciste est prêt à accueillir toute la misère du monde pourvu qu’elle lui rapporte des médailles et des coupes. Le black, le beur ont le droit de parler à la télévision et même les flics sont obligés de se mettre au garde à vous. Ce sont les nouveaux héros de l’intégration dans notre société prise de hache folle. Ces dieux du stade sont protégés, admirés par la France franchouillarde et Thierry Rolland. Le Pen va même utiliser les performances sportives des noirs pour accentuer sa thèse sur l’inégalité des races. Pour revenir à la relation fascisme et sport, il est affligeant de voir Lama, le gardien de but du Paris Saint Germain, refuser de condamner la chasse au faciès organisé par les skins du Parc des Princes au lendemain de la victoire du club de la capitale lors de la finale de la Coupe des coupes européennes. Le Parc des Princes est devenu d’ailleurs le haut lieu des soirées mondaines parisiennes où tout chanteur, acteur de cinéma ou mannequin, se pressent dans les loges officielles. La cohabitation avec les têtes rasées ne semble pas les déranger, elle tend vers un seul but, la célébration commune, dans un rituel qui n’aurait pas déplu à Hitler et Franco, de la magnificience du club de Denisot et de Canal Plus. Les parisiens, tous unis avec le P.S.G.; toute la France en short, se préparent à accueillir les grands spectacles de la Coupe du Monde de 1998 et peut-être les Jeux Olympiques à Lille en 2004. Et ce ne sont pas les skins du Parc, marseillophobes, qui vont gêner ce recueillement national. Les Renseignements Généraux vont veiller, pour le plus grand malheur de Le Pen. La campagne publicitaire orchestrée pour la fête du ballon rond diffusée sur nos écrans aseptisés montre du doigt les hésitants. Toute la France doit être prête et fière d’accueillir ce grand événement de la fin du vingtième siècle. Mais il y a un hic: nous y serons, nous autres exploités de la planète, mais pas pour célébrer les nouveaux jeux du cirque. La campagne de boycott doit dès maintenant commencer afin de discréditer et perturber le spectacle médiatique du libéralisme. Tels les gladiateurs, comme l’était Spartacus, nous devons refuser notre soumission au libéralisme, et ce nouvel opium du peuple n’est que le sport médiatique. Nous n’aurons que ce que nous prendrons. Roger Paltoquet

6e FESTIVAL ROCK & REGION : DES LANGUES ET DU ROCK CONTRE LES FRONTIERES Preuve bien vivante que le rock est autre chose qu’une expression de la langue ricaine et que les programmateurs des radios auraient tout intérêt à se nettoyer les oreilles: le festival Rock & Régions est devenu en quelques éditions un véritable carrefour pour une musique qui cause aussi en français ou dans des langues minoritaires ou moins répandues. Ce qui ne veut pas dire qu’on tombe ici dans un régionalisme en charentaises ou encagoulé. Bien au contraire, ce festival se fout des frontières et se veut résolument anti-nationaliste, anti-raciste et anti- fasciste. Au programme de cette 6e édition qui aura lieu le samedi 11 janvier au Casino municipal de Thionville (Moselle), une sorte de rétrospective de ce que furent les précédentes éditions puisque les trois groupes invités ont déjà tous joué pour Rock & Régions. Le public a rendez-vous avec le groupe breton EV (avec ses textes écrits en breton, en finnois et en français); les italo-grenoblois de La Strada et le groupe mosellan Tutti Frutti dont le chanteur Jo Nousse est un des initiateurs de ce festival. Un événement à ne pas manquer. Pascal Didier 6e festival Rock et Régions Samedi 11 janvier 1997 à Thionville (57) Contacts, réservations au: 03 8254 43 95

A LA PETITE SEMAINE : Chère justice Le directeur de publication du Monde Libertaire et deux auteurs de dessin et d’article persifleurs devront bientôt répondre devant toi du délit de libre insolence, sur plaintes de MM.Le Pen et Debré. Comme nous tous ici, ces camarades te font pleinement confiance, cela va de soi. Tu fus presque toujours, rappelons-le car ça n’est évident pour personne, le dernier rempart contre les tendances fascisantes du monde politique et les dangereuses dérives de toutes les polices. Certes, tu t’es un peu couchée durant l’Occupation, comme tout le monde, mais tu auras précisément à cœur, nous n’en doutons pas, de renvoyer à l’abattoir ce Le Pen-vache folle du dessin incriminé, et de laver par là même cette petite tache pétainiste et collabo. qui te souille encore. Tu sauras te souvenir, nous en avons la conviction, du non-lieu prononcé récemment contre ce policier flingueur défouraillant sur une voiture occupée par des Tsiganes fuyant la Yougoslavie en guerre, tuant sur le coup un enfant endormi sur le siège arrière. Ce qu’a écrit notre compagnon sur les orphelins de la police, objet du courroux de M.Debré, ne peut pas être plus grave. En condamnant nos camarades, et par là même notre hebdomadaire à ne plus paraître, tu amènerais les plus radicaux d’entre nous, toujours mauvaises langues, à ne plus seulement te qualifier de «Justice de classe», ce que tu n’as jamais cessé d’être, mais aussi de «Justice politique», ce qui serait bien sûr excessif. Ne t’abaisses donc pas au rang de valet d’un flic sans envergure et d’un raciste ordinaire, toi qui servis avec éclat des Fouché d’une autre trempe et sus garder toujours tes distances avec ceux qui torturent pour vénérer, bien au-dessus des vulgaires et salissantes besognes, ceux qui en donnent l’ordre. Restes toi-même, chère justice. Être putain des beaux quartiers suffit à ta gloire. Floréal

¡ NO PASARAN ! DEPUIS UNE BONNE DIZAINE d’années maintenant les libertaires de ce pays ont fait un travail d’édition remarquable.Journaux, revues, livres, brochures… Ils n’ont, en effet, cessé de dire et de redire.Le passé, le présent… et surtout cet espoir qu’ils ont, chevillé au corps. Comme tous ceux et toutes celles qui ont des choses graves à dire, ils les ont dites gravement.Austèrement.Tristement diront même ceux et celles qui ne savent pas ce que la tentation du spectaculaire et de la frivolité peut signifier d’errances en tous genres. Et c’est assurément dommage tant il est vrai qu’en matière de littérature comme en matière de révolution il n’est pas de genre mineur dès lors que… Ce polar en est la preuve éclatante! L’écriture en est un peu zarbie.Ça cause comme les jeunes de maintenant.Ca fait référence à des musiques et à des musiciens déroutants pour les amateurs des chœurs de l’armée rouge (ou noire), de Ferré ou des Stones.Ca respire pas franchement la joie de vivre et encore moins l’enthousiasme de la marche à pas cadencés vers le grand soir.C’est scotché à la survie et à la misère rmiste, Kronenbourg et Kronenbourg.C’est à l’image du moment, tout simplement.Mais c’est étonnement fou de rythme, de vie et de talent.Et pour ce qui concerne le sens du propos (le message aurions-nous dit en d’autres temps) il n’y a pas photo. «Nantes, hiver 1995… «Deux skins qui se font dessouder, c’est pas banal mais ça empêche pas la digestion.Mais voila… «Quand le tueur en série s’en prend à un redskin et que les keufs viennent fourrer leur groin dans la mouvance libertaire, pour Kittu et Bob, anarcho notoires et pochtrons impénitents, c’est l’heure de lâcher la Kronenbourg et de passer à l’action…» Et c’est l’occasion d’une rencontre et d’un passage de relais entre deux générations, deux histoires, dans la lutte contre le fascisme. Qu’on ne s’y trompe pas, ce genre de texte, comme ceux de Bakounine, participe à l’éveil sinon d’une conscience de classe du moins d’une conscience politique. Là est assurément l’essentiel.Et quand cet essentiel a du talent, qu’il donne au polar politique (englué dans le droit commun et l’événementiel spectaculaire) une âme sociale et qu’il nous offre à partager un instant l’histoire, le désespoir et l’espoir des gueux d’aujourd’hui, c’est peu dire qu’on en redemande. Ajoute à ça que ce bouquin de 80 pages coûte 30 balles, que les bénéfices vont aller à l’école libertaire Bonaventure (dont la gratuité n’a de réalité que grâce à ce genre de solidarité)… et t’auras compris que c’est vraiment bonheur d’éditer ce genre de texte. Tellement que c’est sans doute le premier d’une série qui par delà des écritures diverses verra les personnages principaux de ce livres arpenter en tous sens les chaumières et les châteaux d’une planète libertaire dont tu ne te lasseras pas de… Le prochain c’est pour quand? Pour bientôt! Pour les éditions du Monde libertaire, Jean-Marc Raynaud ¡ NO PASARAN ! auteur: Patsy : Éditions du Monde libertaire et Alternative libertaire En vente 30 F à la librairie du Monde libertaire, 145, rue Amelot – 75011 Paris ou à l’Ecole libertaire Bonaventure, 35, allée de l’Angle, Chaucre, 17190 Saint-Georges d’Oléron (chèque à l’ordre de Ecole Bonaventure)

LA TELE DE QUAT’SOUS

La gran via de rita jones : Chronique du séjour de Margarethe Grünewald à Madrid entre 1934 et 1936 de Joseph Morder

Ma grand-mère me disait que son nom racontait son histoire… Ainsi débute le journal d’Aida, partie à Madrid à la recherche du souvenir de Margarethe Grünewald, née à Berlin, dite Rita Perez à Madrid, Rita Jones à Londres, où elle vécut après sa déportation. Des extraits du texte et la musique de J.-C. Denoux, accompagnent des images actuelles de la Gran Via où vivait Rita Jones. ML Le générique mentionne film écrit par Morder. Alors, documentaire, fiction, ou documentaire fiction? JM C’est à vous de le dire. ML Je pense que ce sont des souvenirs d’enfance transposés dans le journal d’une femme que vous avez appelée Aïda. JM On peut penser que j’ai inventé ou que c’est réel, moi j’aime à dire que c’est un vrai documentaire. ML Rita Jones a-t-elle existé? JM J’ai des traces troublantes qui le prouvent. Un David Tresnach a habité Gran Via. C’est le nom de son fils. On la voit sur des films à la cinémathèque de Berlin, mais il n’y a pas d’images d’elle dans mon film. C’est la grand mère d’Aida. Un journal raconte son histoire, elle existe. ML Mais c’est vous qui l’avez écrit, le journal… JM Ce sont des extraits du journal. Je termine un roman d’après sa vie, qui sera la base d’un film de fiction. Là, vous avez vu le documentaire. ML Cet intérêt pour Madrid puiserait-il ses racines dans des contacts que votre famille aurait eu avec les milieux révolutionnaires espagnols en Amérique du sud? JM Mes grands parents étaient ce qu’il est convenu d’appeler des gens de gauche, mais je ne crois pas qu’ils aient eu ces contacts. Ils étaient juifs polonais. Mon grand-père est parti avant la guerre. Ma grand-mère a été déportée et est arrivée après. ML Votre premier journal en super 8, 28 heures actuellement, filmait la réalité, puis vous avez fait des « faux journaux »… JM Pour mes 18 ans, on m’a offert une caméra. J’ai filmé des événements de ma vie. Puis, je les ai mis bout à bout, et j’ai vu que c’était un journal. Je ne pensais pas que ça pourrait être montré. Cela correspondait au journal d’un romancier : la genèse de son œuvre. Le mélange cinéma fiction réalité me fascinait. J’ai fait un journal où j’ai introduit un faux épisode : des comédiens avec lesquels je m’étais inventé des relations y intervenaient Puis, Les mémoires d’un juif tropical est un faux journal d’un bout à l’autre, tout y est mis en scène. ML Qu’avez vous ressenti en travaillant pour la première fois en vidéo? JM Ce qui m’intéressait était de travailler sur la durée. Le premier plan dure 2,30 minutes : nous avons tourné 25 minutes car je voulais l’évolution du lever du jour. On ne peut le faire qu’en vidéo. Il y a un travelling de 9 minutes sur les façades de la Gran Via. Le film est conçu comme un exercice de style autour d’elle : elle est présente dans tous les plans.

Chambéry les arcs de G. Courant

ML On connaissait les cinématons, 120 heures de portraits de 3 minutes en super 8, mais qu’est-ce qu’une vélographie? GC C’est une autobiographie de ma passion du vélo, je n’avais jamais pensé à en faire un film car elle allait de soi. Je voulais suivre une étape du tour de France avec ma caméra, pour mes carnets filmés, le journal que je tourne en dehors du cinématon. En l’apprenant, un producteur m’a suggéré l’idée du film. C’est un faux documentaire : je fais l’étape en précédant le tour. J’ai découvert la télévision en même temps que le tour de France : mon grand père, un amoureux du vélo, avait acheté la « télé ». En 60 on ne voyait rien du tour car on ne filmait que le départ et l’arrivée, mais mon grand père avait fait de la compétition en 1910 et me faisait des récits épiques… Michèle Rollin

Paris Cinémathèque Palais de Chaillot, 7, av. Albert de Mun, 20 h. 9 janvier Chambéry les Arcs 16 janvier la Gran Via de Rita Jones Châteauroux Auditorium du Crédit agricole, 18 janvier, 14 h 30, Les sorties de Charlerine Dupas et Une aventure de Lucien Lumière de Morder

dépêches La Rochelle 11 Janvier, 20 h 30, Carré Amelot, 10 bis, rue Amelot, Loulou de Pabst accompagné en direct au piano par Christine Van Beverenen Châteauroux 17 janvier, 20 h 30, Auditorium de la médiathèque. Je meurs de vivre et Un arbre fou d’oiseau en présence de M. Hanoun et F. Acquaviva Bande à part, 16, rue de Metz, 36000 Châteauroux Paris 22 Janvier, 18 h 30, Palais de la découverte, av. Franklin Rosevelt Le Temps des Lagunes de Luc Bongrand : tout en respectant les contraintes du documentaire scientifique, le style très personnel allie avec brio l’élégance formelle rigoureuse de la caméra et du montage à un commentaire poétique agrémenté de touches d’humour et de fantaisie. Pour amateurs d’écologie, et de films d’auteur.

LETTRE OUVERTE AUX JUGES ET AUX POLITICIENS CE MOIS-CI, DEUX PROCÈS intentés au Monde Libertaire risquent de mettre sa parution en péril si de fortes amendes venaient à être prescrites par les juges qui se prononceront sur deux affaires. Tenter de museler l’expression ne sert à rien. De tous temps, des philosophes aux caricaturistes, les infimes gesticulations des gens de pouvoir furent affinées. Les rois avaient même leur bouffon tant la caricature semble être une condition essentielle du rire critique. J’espère que les juges se rappelleront des siècles passés, de Molière aux journaux et feuillets volants du XIXe siècle. Pratique qui se perpétue au sein même des studios télévisés mais les personnages politiques semblent vouloir s’abstenir de tout commentaire. La télévision du peuple est sacrée. Les bouffons de la télé sont les seuls bouffons homologués par le pouvoir. J’ose espérer que les liens entortillant le Parquet dans les rets du Garde des Sceaux seront défaits suite aux débats permanents sur cette question et que les juges ne se laisseront pas impressionner par le rang politique occupé par les deux plaignants, le ministre de l’Intérieur et le chef du Front National. Dans son ouvrage sur la presse, Charles Ledré rapporta le prix total des amendes qu’eurent à payer, pour la seule année 1843, les gens de presse, «aux réseaux de Sainte-Pélagie». Gérants, journalistes et imprimeurs durent s’acquitter de 1 520 000 Francs. «De quoi, nous assure-t-on, bâtir une ville» [La presse à l’assaut de la monarchie 1815-1848, Collection Kiosque, Armand Collin.]. Il est vrai qu’à l’époque on n’enfermait pas que Proudhon. Lamennais lui-même, malgré son ardent cléricalisme, s’y trouva enfermé. Le pouvoir monarchiste de ce temps n’appréciait pas l’intégralité de ses diatribes, surtout lorsque Lammenais écrivait; «Esclaves, levez-vous… Ne souffrez pas que l’on dégrade plus longtemps en vous le nom d’hommes!». Allons, Lamennais ne possédait pas le titre de bouffon, au cabanon! Ne revenons donc pas aux pratiques de l’Ancien Régime. Il existe heureusement une planche de salut: le franc symbolique versé en guise de dommages et intérêts. Ce symbole seul, dans le monde judiciaire, fait la part entre les idées et le mercantile. Je m’étonne tout de même que le ministre de l’Intérieur contrarie son maître, le président de la République – Jacques Chirac, qui reçut le prix Louise Michel. Monsieur le ministre de l’Intérieur doit ignorer que nous, anarchistes, perpétuons seulement l’action d’anciens et d’anciennes communards anarchistes tels que Reclus ou Louise Michel. Si Chirac accepta un prix portant le nom de celle qui écrivit: «Le capital! Là est le cœur du vampire, c’est là qu’il faut frapper!», je suppose que son ministre de l’Intérieur ne s’attend pas à lire de l’eau de rose dans la prose, parfois sans roses, des anarchistes qui trempent leurs plumes dans l’encre ou le sang. Il est vrai que depuis les années Mitterrand, les politiciens de droite comme de gauche, saluent avec force courbettes en queue de pie l’apport essentiel de l’anarchosyndicalisme au mouvement ouvrier. Il serait temps que ces messieurs saluent l’anarchisme encore vivant plutôt que les cendres des rebelles que leurs prédécesseurs en pouvoir politique s’évertuèrent à disperser le long du mur des Fédérés. C’est une image. Un fusillé n’est pas Jeanne d’Arc, n’est-ce pas? Alors, messieurs les juges et politiciens, sachez, je vous prie, distinguer la caricature et la satyre de l’esprit criminel que les donneurs d’ordre tentent de lui imputer. Comme le rappelait Ferré, un pays qui s’en prend à la liberté de la presse est un pays au bord du gouffre. Il est vrai que certains imbéciles habitués à vivre aux abords de leur vide incommensurable ne doivent même plus s’en rendre compte. Soyez charitables, prévenez-les. Joaquim Lopez – F.A. Ariège

FIN DE SIECLE Des morts – de faim, de froid – hantent nos rues. Et nos consciences. Tout se passe comme si, à l’aube du troisième millénaire, l’humanité balbutiante encore, incapable de résoudre ses problèmes les plus élémentaires. C’est que toutes les forces équilibrantes du monde ancien se sont déplacées – quand elles ne se sont pas complètement disloquées ; et les valeurs nouvelles ne semblent pas faites pour rendre l’homme plus heureux ! A l’inverse, nos sociétés paraissent s’engluer chaque jour davantage dans l’échec, s’enfermer dans le pessimisme le plus noir, oubliant sur leurs bas-côtés les fantômes décharnés et titubants qu’elles ont elles-mêmes engendrés. Pourtant le monde est riche, n’a jamais été aussi riche, sans doute.Mais cette richesse n’est pas partagée.Elle demeure le privilège de quelques-uns : chefs d’entreprises, présidents de sociétés qui, au lieu de réinvestir leurs bénéfices dans l’emploi, dans l’embauche, alimentent pour la descendance leurs comptes suisses ; politiques cumulards qui, au lieu de se fixer comme objectif à long terme l’épanouissement de l’individu dans une société plus juste, songent avec impatience aux prochaines augmentations de leurs multiples primes et de leurs diverses indemnités… Tout pouvoir, à quelque échelle que ce soit, corrompt ; il façonne ces nantis ivres d’eux-mêmes qui, sans morale, sans éthique, sans honneur et sans dignité, se regardent encore dans la glace le matin sans rougir tandis que dans la rue, là, tout près, grelotte avant de basculer dabns l’inconscience en un ultime hoquet, un homme.Qui meurt.De faim et de froid. Raymond E.

NOS AMIS LES CHIENS. Décidément, nous vivons une époque effrayante où les capacités sont bien mal employées. Nous connaissons tous des femmes et des hommes qui, après avoir suivi de longues études spécialisées, travaillent comme professeurs, employés de bureau, ouvriers ou caissiers. Nous même, souvent, ne mettons pas en valeur dans nos tâches professionnelles les informations que nous avons accumulées pendant nos années d’apprentissage. Si il y a lieu de se réjouir du fait que nous ne devions pas exploiter quotidiennement certaines de nos connaissances — ce que nous avons pu « apprendre » à l’armée, par exemple —, il n’en reste pas moins qu’un sentiment de vanité nous pénètre lorsque nous faisons la somme des heures perdues à assimiler un savoir inutile. Cette semaine, je voudrais attirer votre attention sur un cas navrant de déclassification professionnelle dont, je n’en doute pas, vous saurez vous émouvoir… Si je ne craignais pas de me voir reprocher de vouloir faire pleurer dans les chaumières, je parlerais d’un assassinat de Mozart. Monsieur Jacques Chirac, fonctionnaire de longue date — contraint pour d’obscures raisons de prolonger son activité au-delà de l’âge de la retraite (et on dira que les fonctionnaires sont des privilégiés!) —, après une tentative avortée d’implanter dans Paris des sanisettes pour nos amis à poils, après avoir mis en place une imposante écurie de moto-crottes pour nettoyer les déchets de nos tubes digestifs familiers, récidive dans l’expression de sa vocation en affirmant, lors d’une réunion de cellule, le vendredi 3 janvier, qu’il voudrait « que l’on trouve le moyen de régler le problème des chiens qui accompagnent un certain nombre de S.D.F. ». Amies lectrices, amis lecteurs, ne laissons pas ce pauvre homme se morfondre dans un bureau, éloigné de sa carrière de prédilection, et cotisons-nous afin de lui offrir un chenil où, enfin reconnu après de longues années de frustrations, il saura, n’en doutons pas, donner le meilleur de lui-même. L’Atèle - Paris, le 5 janvier 1997

EN BREF

Création d’un comité de soutien à Mumia Abu Jamal, s’adresser à l’Antre anar, 5, rue J.D’Arc, 34000 Montpellier.

Café libertaire tous les jeudis à partir de 20 h 30, à l’Antre anar, 5, rue J.D’Arc, 34000 Montpellier (fermeture exceptionnelle le 02-01).

Réunion du comité de soutien aux pauples en lutte du Chiapas « Viva Zapata » tous les mercredis à l’Antre anar.

Un groupe anarchoespérantiste vient de se créer à Toulouse : Liberecana Esperanto grupo.c/o Canal sud.40, rue Alfred Duméril. 31400 Toulouse.

On a faim! : le numéro 0 d’une nouvelle série vient de paraître Au sommaire : interview de : Kolargols, Ruda Salska, Porto bello Bones… Les caps de rétention… des chroniques, des news… On a faim! B.P. 47, 76802 Saint-Etienne du Rouvray cedex 10 F port compris.

Le groupe René Lochu vend le Monde libertaire tous les samedis de 10 heures à midi sur le marché, place des lices à Vannes. Groupe Lochu, 6, rue de la Tannerie 56000 Vannes.

Le groupe Jean-René Caussimon de la FA change d’adresse : c/o CRES, B.P. 113, 54510 Tomblaine.

AGENDA Vendredi 10 janvier MONTPELLIER : Apéro de rentrée à l’Antre-Anar, 5, rue Jeanne d’Arc à partir de 18 heures.

Samedi 11 janvier LILLE : Manifestation régionale à l’apel du Comité des sans-papiers à 15 heures place de la République. ARTIGUES : Le comité Somport des Hauts Plateaux organise une soirée anti-massacre des Pyrénées et de la vallée d’Aspe. 18 heures : vidéo « Aspe, une vallée en sursis » suivie d’un débat ; 20 heures : buffet convivial animé par la chorale joyeuse du Capcir (50 F).

Dimanche 12 janvier IVRY-SUR-SEINE (94) : L’association «Les amis de Louise Michel » avec les groupes Etoile noire et Elisée Reclus de la Fédération anarchiste vous invitent à participer à une rencontre-débat autour du mouvement de novembre-décembre 1995. 12 heures : dégustation de spécialités chiliennes (avec participation aux frais). 15 heures : projection du film « Chemins de traverse » (le conflit à la SNCF de novembre-décembre 1995) 16 h 30 : débat avec la participation de grévistes. Salle Saint-Just, 30, rue Saint-Just.

Mercredi 15 janvier

TOURS : Le GROC (Groupe radical d’objectrices et objecteurs de conscience) vous invite à une rencontre- bouffe (amener vos sandwichs!) à Utopia, 32, rue Carnot (près de la place Thiers), à 19h30.

Samedi 18 janvier MARSEILLE : Le CIRA organise un débat sur « anarchisme et franc-maçonnerie », 3, rue Saint-Dominique à 18 h 30.

Dimanche 19 janvier MONTREUIL (93) : Concert anarcho-punk à 17 h 30 précises avec Attentat sonore et Fœtus party ; vidéos à 19 heures et après 21 heures.« Le Vendémiaire » ; centre commercial Croix de Chavaux.

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