Le 19e libertaire

Alain L'Huissier (alain@minitelorama.com)
Tue, 26 Nov 1996 10:57:35 +0100


A tous,
salut et révolution sociale.
Voici le texte intégral du dernier numéro du <19e libertaire>, zine du
groupe de la Villette de la Fédération anarchiste.
Bonne lecture.
Alain

« La Bellevilleuse », association qui se bat depuis sept ans pour
Éviter la disparition d’un quartier de Belleville au profit d’une
urbanisation bétonnante, peut crier victoire. Exit la ZAC
Ramponeau-Belleville, prévue par la Mairie de Paris. Le Maire de Paris
vient en effet d’annoncer qu’il renonçait à raser le quartier compris
entre les rues de Belleville, Julien Lacroix, Ramponeau et le boulevard
de Belleville. Dans le cadre d’une OPAH (opération programmée
d’amélioration de l’habitat), des aides vont être versées aux
propriétaires pour réaliser les travaux de réhabilitation de leur
logement. Lors de la visite du quartier qu’il a effectué en compagnie
des représentants de la mairie du XXe et de l’association « La
Bellevilleuse » Tibéri s’est rendu à la Forge (une usine désaffectée
occupée par des artistes, symbole de la lutte des habitants du
quartier), pour annoncer que celle-ci abriterait prochainement un
équipement à vocation socioculturelle (quid des artistes squattant
actuellement le bâtiment ?). Nul doute qu’en annonçant cette décision,
Tibéri espère redorer son blason quelque peu terni par les révélations
sur sa gestion des biens publics de la Ville de Paris.
Attention au prix des futurs loyers dans le quartier : ce ne serait pas
la première fois que, suite à une opération de rénovation, le quartier
se viderait de ses anciens habitants au profit d’autres plus fortunés.
Ce revirement de la Mairie de Paris prouve une fois de plus que la lutte
déterminée peut venir à bout des politiciens qui veulent nous imposer
notre cadre de vie pour augmenter leur profit…
Brigitte
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L’autre soir, à la station de RER « Châtelet-les Halles », on pouvait
assister à une scène exaltant les sentiments républicains de tout
Français respectable.
Quelques musiciens avaient décidé d’égayer ce lieu habituellement triste
et morose. Le temps d’un instant, les travailleurs fatigués purent ainsi
oublier leurs soucis quotidiens. Le temps d’un instant, car quelques
minutes plus tard, une bande de GPSR (Groupes de Protection et de
Sécurisation du Réseau), pensant sans doute que la musique agresse le
bon citoyen, qui doit être protégé et se sentir en sécurité sur le
réseau de la RATP, décidèrent d’interrompre ces dangereux individus
subversifs. Le temps que leur chef prenne en note le matériel de ces
brigands, un léger attroupement se forma autour de cette démonstration
de liberté républicaine. Qu’allait-il advenir ? Ces personnes, lasses
des abus constants de toute forme de répression, allaient-elles chasser
ces nervis de la direction de la RATP pour pouvoir continuer à apprécier
la musique gracieusement offerte par quelques musiciens ?
Halte là ! Les GPSR attendirent quelques minutes, le chef faisant
traîner les choses, et lorsque le RER arriva, tous ces travailleurs
rentrèrent chez eux, sans même plus penser à ces pauvres hères,
troubadours sans patrie d’un monde en déliquescence. Qu’advint-il d’eux
? Mystère.
Alors, qu’ils viennent les démocrates républicains, qu’ils viennent nous
vanter les mérites de leur organisation politique de la société. Qu’ils
viennent donc nous donner des leçons de liberté et de justice. On les
attend.
Cédric
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La ville de Montreuil-sous-Bois est le siège depuis le début de l’été
dernier d’une agitation dont la Mairie se passerait bien. Quelques
centaines d´immigrés africains vivaient (ou plutôt sous-vivaient)
jusqu’alors dans des taudis, rue de la Nouvelle-France (!), entre une
autoroute et une cité de pauvres.
Le cadre se prêtait fort à l’accueil d’étrangers (une zone pauvre, loin
de tout centre touristique) ; cependant, la préfecture de
Seine-Saint-Denis en a décidé autrement. Ces personnes, qui étaient là
provisoirement, attendant que la mairie tienne sa promesse de
reconstruire leur ancien foyer, rue Léon Gaumont, déjà détruit pour
insalubrité plus de quinze ans auparavant (c’est du provisoire qui dure
!), se sont retrouvées d’une heure à l’autre à la rue, sans toit, sans
rien. Trois cents personnes jetées à la rue, à coup de bulldozer et de
CRS, ça se passe comme ça en démocratie.
Depuis lors, la Mairie, qui avait promis de reconstruire l’ancien foyer
de la rue Léon Gaumont (sous un autre maire, il est vrai), se livre à
une intense activité de propagande. À l’écouter, ces « immigrés »
seraient tous d’ignobles et d’infâmes individus, à qui l’on ne peut
faire confiance, revenant sans cesse sur leurs promesses. La Mairie
exhibe aux habitants de cette ville des documents, des lettres signées,
où l’on est supposé lire une promesse d’accord.
De nombreuses manifestations de soutien ont eu lieu depuis. Elles n’ont
rien donné. Les résidants ont donc décidé de mener des actions plus
radicales. Ils ont occupés divers locaux : associatifs, syndicaux,
religieux. Mais rien, toujours rien. Les résidents n’en restèrent pas
là. Ils décidèrent d’investir des lieux publics (comme la place de la
mairie), ou carrément des locaux privés (une ancienne usine).
Et là, de nouveau les forces de l’ordre. À croire que quelques centaines
de travailleurs qui ne réclament que leur droit sont le plus grand
danger du monde, à éradiquer impérativement.
Et aujourd’hui, ces personnes sont toujours sans logis. Et ce sont des
immigrés ; ce qui signifie carte de séjour. Et une carte de séjour, ça
se renouvelle. Et pour cela, il faut justifier un logement. Sinon, on
n’a plus le droit à la carte. Et sans carte, on se retrouve illégal. Et
les illégaux, on les vire à coup de charter (une « invention » du PS, ce
grand parti humaniste).
Et tout cela se passe dans une ville gérée par un maire anciennement PC,
passé récemment à la CAP (Convention pour une Alternative Progressiste).
Après cela, on va nous dire à nous, anarchistes, qu’à l’Assemblée
nationale (cette grande et noble institution !), les idées sont
différentes de la gauche à la droite. Et on va jusqu’à nous exhiber un
parti nationaliste (qu’on nous dit extrême) pour nous prouver qu’il est
important de participer au jeu démocratique, car sinon, ce sont ces
salauds qui vont prendre le pouvoir, et alors ce sera bien pire
qu’aujourd’hui.
Pire qu’aujourd’hui ? Pire pour qui ? Pire comment ?
La seule différence, c’est que quand ils vireront de dangereux «
terroristes clandestins immigrés sans papiers islamistes dealers
sous-hommes », ils le crieront haut et fort, s’en venteront et en seront
fiers. Mais aujourd’hui, les pratiques existent déjà, et ne
s’embarrassent pas d’un discours quelconque. Alors, où est la différence
?
Cédric
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LE PERIL BRUN
Même si l’un des objectifs non-dit des organisations nationalistes
d’extrême droite reste la déstructuration de la classe ouvrière et si,
finalement, les capitalistes peuvent compter sur leur soutien actif, ces
dites organisations n’hésitent pas à s’affubler des oripeaux de la
révolte sociale.
Alors que des militants nationalistes continuent à employer des méthodes
de bandits, comme à Poitiers(1), certains d’entre eux font des appels du
pied empoisonnés à des citoyens que nous aimerions croire imperméables à
leur propagande, renouant ainsi avec des pratiques qui les menèrent au
pouvoir dans un certain nombre de pays d’Europe dans la première moitié
du xxe siècle.
Leur domaine d’activité échappe aux bancs des facultés de droit pour
s’étendre aux entreprises via la création de syndicats bidons —
notamment dans la police, la R.A.T.P., l’administration pénitentiaire
et, plus proche de nous, les P.T.T. — et de parodies de confédérations
syndicales — le Cercle national des travailleurs syndiqués, fausse
C.G.T. mais vrai émanation du Front national en est un bon exemple —, à
l’organisation de la cité par le biais d’associations aussi diverses que
le Mouvement pour un enseignement national, la Coordination nationale
des professions libérales ou Aventure et Tradition — une espèce de
LePenJugend destiné à l’encadrement des enfants et adolescents dans
l’intitulé de laquelle on notera l’absence du terme « national » ;
peut-être pour attirer des victimes peu enclines aux bruits de bottes.
Et ce n’est pas que pour mémoire que nous relevons l’existence d’un
nombre croissant de « Cercles nationaux » (des automobilistes et de la
route, des femmes d’Europe, des agriculteurs, des citoyens
contribuables, etc.).
Cet hiver, nous aurons même droit — si personne ne se mêle de faire
cesser ce cirque démagogique — à une soupe populaire à la gare
Saint-Lazare. Le successeur potentiel de l’adipeux haineux, Monsieur
Bruno Mégret, affirme d’ailleurs publiquement vouloir « faire du social
sans faire du socialisme ». Cela n’est pas sans rappeler le « Contre les
Rouges et la réaction » par lequel commençait l’hymne nazi. N’oublions
pas que les nazis et les communistes se trouvaient parfois au coude à
coude dans les luttes sociales de l’Allemagne de Weimar.
Une politique de prise de pouvoir
Tout cela n’est ni très nouveau, ni très original et nous tiendrions
pour peu ces parodies du fascisme si elles ne s’accompagnaient
soudainement d’une arrogance inquiétante qui va jusqu’à la déclaration
publique d’un racisme que le Front national avait toujours dénié jusqu’à
ces derniers mois.
S’imaginent-ils que les quelques municipalités dont ils ont pu fasciner
les électeurs auront dans l’histoire à venir une place équivalente à
celle du conseil municipal de Dessau(2) dans celle des années 30 ? Et,
si oui, ont-ils tord de le penser ?
Quoiqu’il serait plus confortable de le présumer, je crois qu’il serait
particulièrement dangereux de négliger un risque qui n’a rien
d’improbable. Si le Président de la République décidait d’une
dissolution anticipée de l’Assemblée nationale, il serait à craindre
que le Front national y fasse une percée modeste mais évocatrice des 32
représentants du NSDAP qui accédèrent au Reichtag allemand en mai 1924.
Ne perdons pas de vue qu’être majoritaire n’est pas une obligation dans
la course vers le pouvoir et qu’il suffit d’une minorité de blocage à
des voyous pour entraîner un continent dans l’horreur.
La situation est d’autant plus inquiétante qu’il ne se trouve pas
actuellement de force véritablement déterminée à s’opposer dans les
faits et le quotidien aux nouveaux nazes locaux, les organisations
antifascistes traditionnelles semblant plus soucieuses de
s’entre-dévorer que de se frotter aux tenants de la « préférence
nationale ».
Nous n’en sommes pas à un fascisme triomphant et paradant sous la
protection de la police sur la place du colonel Fabien ou devant la
vitrine de Publico sans provoquer de cruelles réactions, mais rien ne
nous assure que nous ne soyons pas à la veille d’une prise de pouvoir
larvée des nouvelles chemises brunes, par les urnes et par la force — ce
qui ne diffère somme toute que formellement et importe assez peu. Il
n’est pas exclus que la couverture réactionnaire des mouvements
d’extrême droite ne s’écaille pas rapidement pour laisser place à un
discours révolutionnaire qui ne s’arrête pas à la rodomontade lourdingue
d’un milliardaire au Bon Chic Bon Genre tout frais.
L’histoire a prouvé qu’en la matière l’attentisme était un suicide ou,
du moins, une erreur inadmissible qui nécessiterait des années avant que
ses effets néfastes soient éliminés.
L’impossible passivité
Une fois encore, force nous est faite de constater que ce n’est pas des
urnes que nous pouvons espérer une évolution satisfaisante de la
situation mais bien de la vigilance et de la volonté active de chacune
et de chacun au jour le jour.
Enserrés entre le spectre d’un fascisme renaissant qui demandera bientôt
nos têtes et la mort lente issue de la démocratie constitutionnelle — de
droite comme de gauche —, il est plus que jamais temps que nous
réaffirmions notre volonté de vivre libres sur une terre libre et que
nous le rappelions par tous les moyens que nous estimerons appropriés,
dans les entreprises, les écoles, les rues même, que ce soit en nous
associant aux luttes sociales ou que nous décidions d’en rester en
dehors.
Alain
(1) Voir, par exemple, Coups et blessures dans le Poitou dans Le Monde
libertaire n° 1058, du 7 au 13 novembre 1996, page 8.
(2) Les nazis deviennent majoritaires dans ce conseil municipal en
novembre 1931. A partir de cette date, le processus de prise de pouvoir
d’Hitler va s’accélérer. On peut considérer cette date comme plus
déterminante des années qui suivront que celle du 14 septembre 1930 où
les nazis deviennent le deuxième parti du Reichtag car elle dénote une
véritable implantation populaire du NSDAP.
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LES SACRIFIES
Triste manif en ce mercredi 30 octobre, place de la République. Un
rassemblement de soutien pour les 450 sans papiers qui ont occupé hier
le centre de réception des étrangers, boulevard de Sébastopol.
Je marche à côté des Chinois, derrière leur banderole couverte
d’idéogrammes, et je sens monter ma colère. Non pas contre le
gouvernement ou contre les C.R.S. mais contre ceux qui, au sein du 3e
collectif, sont responsables de cette action suicidaire. Ils les ont
laissé se jeter dans la gueule du loup, se livrer directement à la
police, comme un paquet cadeau. Parmi eux, trois cents Chinois dont la
Préfecture ne connaissait même pas l’existence car jamais ils n’avaient
fait de démarche pour demander leur régularisation. Trois cents Chinois
qui sont maintenant fichés, leur nom, leurs empreintes digitales, leur
adresse. Parce qu’on ne veut pas de reconduites massives, car ça fait
mauvais genre, on les a relâchés ; mais ils seront repris quand le
Ministère de l’Intérieur le décidera, un par un, dans la rue, par
hasard. Et personne ne s’en souciera car ils n’intéresseront plus les
médias.
On les sent tout joyeux de défiler dans la manif. Les enfants sont
juchés sur, les épaules de leur père et ils s’amusent beaucoup. Les
femmes font avancer les poussettes comme si c’était un char d’assaut. Et
qu’on ne vienne pas me dire que ce sont les Chinois eux-mêmes qui ont
décidé de cette occupation. Tous ceux qui font un travail sur le terrain
savent parfaitement que les sans papiers sont dans une telle situation
de précarité et de désespérance qu’ils en deviennent manipulables. En
entretenant abusivement un espoir de régularisation, il est facile de
les entraîner à se lancer dans des actions comme celle du mardi 20
octobre. Mais on n’a pas le droit d’utiliser les immigrés comme des
soldats qu’on envoie au front. Il y a des petits blancs qui veulent se
servir des sans papiers pour faire la Révolution à leur place.
Même si on est plein de bonnes intentions, on ne peut pas se permettre
de se tromper de stratégie parce qu’on a fait une mauvaise estimation du
rapport de force. Cela coûte trop cher aux immigrés. Je suis d’accord
pour l’occupation de la Préfecture mais à condition que ce soit des
Français qui la fassent ! Parmi tous ces forts en gueule qui gesticulent
autour de l’immigration, il doit bien y en avoir en nombre suffisant
pour monter de telles opérations. Il est impératif que les étrangers
restent en dehors de toute action qui serait susceptible d’être
considérée comme un trouble de l’ordre public. Sinon les Collectifs
iront vers les pires dérives et ils seront à la merci des provocateurs.
Autour de moi, ils crient avec une belle énergie : « Des papiers pour
tous ! Des papiers pour tous ! ». J’ai du mal à me mettre au diapason de
leur enthousiasme. Je regarde la nuque de la jeune femme qui me précède,
elle me semble si fragile. Je me sens comme au milieu d’agneaux qui vont
à l’abattoir.
Claude
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IMMIGRATION : UN FONDS DE COMMERCE ÉLECTORAL.
Issu d’une volonté du groupe néo-fasciste ordre nouveau de se parer
d’une vitrine électorale, le front national se constitue en 1972. Sa
première direction est composé de dirigeants d’ordre nouveau, d’amis de
Le pen, et de ceux de Georges Bidault (ancien Président du conseil exilé
après son action pour l’Algérie française). La dissolution d’ordre
nouveau, en juin 1973, fait de Le Pen l’homme fort de ce groupuscule.
Des dissensions entre une partie de la direction du F.N. (1) et son
Président Jean Marie Le pen vont provoquer en novembre 1973 une
scission. Le Président à vie, élu par acclamation du F.N. a désormais
les mains libres pour développer ses thèses et son parti.
Le droit à la différence, virus ou antidote ?
Faire du Front national l’unique pourvoyeur des idées racistes et
xénophobes serait sans doute réducteur. L’extrême droite a bénéficié
d’un important aiguillon théorique avec l’existence de clubs de
réflexion (G.R.E.C.E., Club de l’horloge…) qui ont banalisé ses thèses
dans une opinion publique fragilisée par la crise et le chômage.
Développant le concept « du droit à la différence », les théoriciens de
l’extrême droite ont élaboré un racisme culturel prônant un
développement séparé entre ressortissants de différents États. Le parti
socialiste qui s’était appuyé sur un fort levier associatif pour accéder
au pouvoir en 1981 va s’attacher à le mettre au pas une fois les
élections gagnées. C’est ainsi que le P.S. va favoriser le développement
d’associations antiracistes du type S.O.S. racisme qui auront le double
avantage de ressouder une gauche démobilisée par la politique de
restructuration capitaliste et de diviser la droite. Comble de l’ironie,
ce milieu associatif antiraciste va reprendre à son compte le « concept
de droit à la différence » pour justifier le droit à un développement
différencié. Ainsi les discours racistes et antiracistes s’articuleront
autour du même justificatif théorique. On peut trouver là malveillance
de la gauche à mettre en place un ensemble d’associations antiracistes
inefficaces d’un point de vue social, toutes entières dévolues à
rabattre l’électeur de gauche désappointé vers son salut politique.
Pire, le discours raciste aura la particularité de s’appuyer sur un
racisme culturel alors que les associations antiracistes dénonceront un
racisme biologique, qui même s’il existe, n’est pas le ressort essentiel
du discours du F.N.
Une absence de solution politique et quelques vérités en vrac
Pour inopérant qu’il soit, le remède concocté par la gauche, souligne
l’absence de rupture idéologique entre les différents discours des
partis politiques. L’extrême droite s’appuie sur deux piliers théoriques
: défense du capitalisme et nationalisme qui sont les mieux partagés par
l’ensemble de la classe politique. Les différences entre gauche et
droite vont porter sur le nombre d’expulsés que peut contenir un
charter. Tout ce beau mouvement d’ensemble n’est possible que s’il
s’appuie sur la peur de l’étranger, et le replis identitaire, et surtout
la crainte de l’avenir. Hantises qui dépassent de très loin notre cadre
hexagonal et qui trouvent un écho similaire dans nombre de pays
industrialisés. Issue d’une vieille tradition millénaire, la chasse aux
boucs émissaires a encore de beau jours. A cela les anarchistes qui ne
reconnaissent les frontières érigées par maîtres et gouvernants que
comme autant d’entraves artificielles à la liberté de vivre, de voyager,
de travailler, de s’installer là où bon leur semble, se situent dans une
toute autre optique. Ils constatent que les flux migratoires ont de tout
temps façonné les sociétés industrielles. Aux maçons de la Creuse, aux
paysans des pays de Loire venu grossir les rangs du prolétariat
proto-industriel ont succédé les italiens, les polonais dans l’après
guerre, puis portugais et maghrébins qui ont assuré l’essor économique
pendant les « trente glorieuses ». Aujourd’hui ces flux migratoires
contribuent au dynamisme de la population active et la pérennité du des
régimes de sécurité sociale et de retraite par socialisation. Le schéma
« un chômeur c’est un immigré en trop », oh combien simpliste qui a fait
les beaux jours de nos beaufs hexagonaux et de leurs ancêtres germains
ne s’applique heureusement pas. La Bretagne avec un taux d’immigration
de 3 % connaît un taux de chômage supérieur à la moyenne.
L’immigration, loin d’être un épiphénomène, à la marge de la société,
préfigure le modèle social rêvé par le patronat pour l’ensemble de notre
économie.
Bruno
(1) Dissidence avec à sa tête François Brigneau qui formera plus tard le
P.F.N. (Parti des Forces Nouvelles).