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28 octobre 1996 / N- 15
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S A N S - P A P I E R S

- LA FRANCE A L'AFRIQUE: "ALLEZ-VOUS EN ! "

- PROCES DE CLAUDE GUILLON (23 OCTOBRE 1996)

- LA MONARCHIE MAROCAINE :
UN ETAT COLLABORATIONNISTE

- LIMOGES : MOBILISATION POUR JOSEPH

- NIMES : POUR UNE VIE DIGNE ET DES PAPIERS !

- CHATEAUROUX: QUELLE MOBILISATION ?

L O G E M E N T

-UN TOIT POUR NOUS ?
(RE'SIDENTS DE L'EX-FOYER "NOUVELLE-FRANCE")

O R D R E M O R A L

- APRES LA VISITE DU PAPE :
REPRISE DES ACTIONS ANTI-IVG

P R E' C A R I T E

- LA LUTTE DES NON-TITULAIRES
DE L'EDUCATION NATIONALE SANS EMPLOI

E U R O P E F O R T E R E S S E

- L'EUROPE ENTERRE LE DROIT D'ASILE

C H I R A Q U I E

- TRAVAIL CLANDESTIN : UNE PROPOSITION DE LOI
VEUT DURCIR LES SANCTIONS

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LA FRANCE A L'AFRIQUE: "ALLEZ-VOUS EN ! "
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Texte de Mumia Abu Jamal =E0 propos de la lutte des sans-papiers.

Pendant la plus grande partie de ce sie`cle, la Re'publique franc,aise a
puise' le meilleur de ses forces dans ce qu'elle appelait ses "territoires
d'outremer" qu'il serait plus juste de qualifier de "terres exploite'es"
puisque assujetties, conquises et saigne'es =E0 blanc en tant que colonies d=
e
la soi-disant "Me`re patrie".

Matie`res premie`res, vestiges historiques, esclaves et plus tard main
d'oeuvre =E0 bon marche' afflue`rent d'Afrique et de certaines parties de
l'Asie vers l'Europe. En fait, de 1895 =E0 1959, la France a gouverne' de
vastes e'tendues de l'Afrique, y compris les nations qui s'appellent
aujourd'hui le Mali, le Se'ne'gal, la Mauritanie, le Soudan, le Burkina
=46aso, la Guine'e, le Niger, la Cote d'Ivoire et le Be'nin. Elle gouvernait
aussi une bonne partie de l'Afrique du Nord dont le Maroc, l'Alge'rie et la
Tunisie.

Il s'agissait de dizaines de millions de populations noires et basane'es
dont la vie, le mode de vie, le langage et l'avenir avaient e'te' re'gis
par une assez petite nation d'Europe, et ce pendant plus d'un demi sie`cle
!
Et aujourd'hui, comme en te'moigne la re'cente expulsion hors d'une e'glise
de plus de 300 immigre's africains de France, la "Me`re patrie" expulse ses
anciens "colonise's".

Une gre`ve de la faim de plus de 50 jours par des immigre's,
essentiellement Maliens et Se'ne'galais, n'a pas emp=EAche' un raid des
forces spe'ciales de la police franc,aise contre l'e'glise Saint-Bernard du
quartier de la Goutte d'Or; et, fin aout, les immigre's chasse's de cette
chapelle parisienne par un ve'ritable coup de force, se retrouvaient en
danger d'expulsion imme'diate.

Tandis que les e'conomies europe'ennes (et - ne l'oublions pas -
l'e'conomie ame'ricaine) commencent =E0 battre de l'aile, les forces de
droite font appel =E0 l'instinct supre'maciste des blancs pour e'riger en
bouc e'missaires du ch=F4mage et des maux e'conomiques ceux qu'on appelle
"e'trangers" en France, "Auslanders" en Allemagne, "wetbacks" en
anglais-ame'ricain. Mais qu'en est-il du chaos e'conomique, social,
politique et psychologique fomente' depuis des ge'ne'rations dans les
"colonies" ?

Apre`s un sie`cle de me'ga-exploitation des re'gions du Nord et du Centre
de l'Afrique, la "Me`re patrie" renvoie chez eux les enfants et les
petits-enfants de ses ex-colonise's.

"Allez-vous en !" hurle-t-elle.

Pour les Africains-Ame'ricains en but =E0 un apartheid inte'rieur, la France
e'tait pourtant devenue un asile contre la re'pression de leur
gouvernement: des artistes et des e'crivains tels que Miles Davis, la
divine Nina Simone, James Baldwinl Richard Wright ou Josephine Baker purent
respirer librement pour la premie`re fois sur le sol franc,ais en tant
qu'exile's.

D'ou` notre douleur devant la haine et l'hostilite' anti-africaines
auxquelles sont confronte's nos fre`res ne'ocolonise's au bord de
l'expulsion.

Mais une verite' qui fait mal n'en est pas moins une ve'rite'.
Aux cote's des immigre's africains, nous crions "A bas les expulsions !"

Mumia Abu Jamal du Couloir de la Mort
28 aout 1996

[ Publie' dans "No Pasaran!", nume'ro 40, octobre 1996 ]

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PROCES DE CLAUDE GUILLON (23 OCTOBRE 1996)
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Victime, parmi d'autres, le 28 aout dernier, d'une vaste ope'ration
policie`re lance'e sur les quartiers de Belleville et de Me'nilmontant, =E0
l'issue d'une manifestation en faveur des e'trangers sans papiers, Claude
Guillon, e'crivain libertaire, a e'te' interpelle' dans un cafe' et
violemment frappe' par un policier de la "Brigade anticriminalite'" (BAC)
du 19e arrondissement. Blesse' =E0 la t=EAte et souffrant d'une he'morragie
interne au foie, on l'a fait attendre plus de quatre heures avant de le
conduire =E0 l'h=F4pital.

Apre`s ce tabassage qui lui a fait fr=F4ler la mort et dont il porte encore
les se'quelles, les policiers ont applique' la strate'gie =E0 laquelle ils
recourent de'sormais syste'matiquement contre les victimes de leurs
exactions: monter des accusations de "violences =E0 agent" et de
"re'bellion". C'est pour re'pondre de ces chefs d'inculpation que Claude
Guillon comparaitra le 23 octobre 1996, =E0 9 h, devant la 24e chambre
correctionnelle du tribunal de Paris.

L'agression contre Claude Guillon s'est de'roule'e dans le cadre d'une
ope'ration de terreur policie`re mene'e le 28 aout 1996 contre les
quartiers de Belleville et de Me'nilmontant. Apre`s la dispersion, pre`s du
me'tro Belleville, d'une manifestation pacifique en faveur des
sans-papiers, =E0 laquelle Claude Guillon avait participe', quelques
centaines de policiers ont investi ces quartiers ou` se retrouvent =E0 la
fois beaucoup de jeunes et une forte population immigre'. Pendant plusieurs
heures, ils ont frappe' des passants - au hasard ou syste'matiquement - ,
sont alle's chercher des clients =E0 l'inte'rieur de cafe's pour les
tabasser, ont matraque' les clients attable's =E0 des terrasses, fonce' dans
la foule avec leurs voitures, interpelle' au hasard passants et habitants
du quartier. Tout cela, de longues heures apre`s la manifestation, et
jusqu'=E0 minuit et demi. De nombreux te'moignages ont e'te' recueillis =E0 =
ce
propos, dont une partie a e'te' publie'e dans la presse (Le Monde et
Libe'ration, notamment).

"Reconnu" au cours de confrontations farcesques, Claude Guillon est
aujourd'hui cite' =E0 comparaitre pour "violences ayant entraine' une
incapacite' totale de travail personnel de=8A 0 jours" !

Intervenant dans les luttes des sans-papiers en soutenant leurs initiatives
et en menant des actions de solidarite' (la dernie`re fut l'occupation, en
compagnie du 3e collectif parisien de sans-papiers, du Centre d'accueil de
la pre'fecture de police, rue d'Aubervilliers, =E0 Paris), le collectif des
papiers pour tous , exprime sa totale solidarite' avec Claude Guillon et
appelle =E0 venir le soutenir =E0 son proce`s.

Le Collectif d'aide aux manifestants interpelle's, cre'e lors du mouvement
de novembre-de'cembre 1995, s'associe =E0 cet appel. Le CAMI a apporte' une
solidarite' concre`te =E0 quatre autres personnes interpelle'es lors des
manifestations de soutien aux sans papiers.

Nous serons =E0 ses c=F4te's pour emp=EAcher les tabasseurs de rajouter les
mensonges aux coups.

22 octobre 1996
Collectif "Des papiers pour tous!"
Collectif d'aide aux manifestants interpelle's
21 ter rue Voltaire 75011 Paris

Note : Le procureur requis un mois et demis avec surcis. Le verdict du
proce`s sera rendu le 30 octobre.

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LA MONARCHIE MAROCAINE :
UN ETAT COLLABORATIONNISTE
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Au Maroc, une loi obsole`te interdit =E0 ses ressortissants le retour au pay=
s
! Explications.

Le Maroc d'Hassan II ne manque pas de ze`le pour s'attirer les bonnes
graces de l'Etat franc,ais. Depuis le de'but de la lutte des sans-papiers,
en mars 1996, une quarantaine de marocains ont e'te' expulse's, via les
"charters de la honte". Arrive's dans leur pays d'origine, ils sont
arr=EAte's de`s leur descente d'avion, par des policiers marocains cette
fois, et place's en garde =E0 vue. Libe're's quelques jours plus tard, ils
sont inculpe's "d'e'migration ille'gale". Leur proce`s est pre'vu pour le
mois de de'cembre.

Leurs avocats ont beau chercher les textes de loi en vigueur, se re'fe'rant
=E0 cette inculpation "d'emigration ille'gale", peine perdue : dans le droit
contemporain marocain, aucune loi ne traite de ce sujet. Mais l'Etat a
de'j=E0 pris la de'cision politique de re'primer les ressortissants marocain=
s
expulse's d'Europe. Comme quoi, l=E0-bas aussi, le Droit court derrie`re le
Politique. Bref, les procureurs royaux fouillent dans leurs archives, =E0 la
recherche d'un texte juridique le'gitimant le de'sir de leur ve'ne're'
chef. Et ils trouvent, qui en aurait doute', un texte relatif =E0
l'embarquement et au de'barquement de passager clandestin dans le port de
Casablanca. Ce re`glement date de... 1930. A l'e'poque, le Maroc e'tait
sous protectorat franc,ais. En deux mots : une colonie. Il semble que les
rapports entre les deux Etats n'aient gue`re e'volue' depuis.

Ibn Y=E0sin

[ Extrait de "No Pasaran !", nume'ro 40, octobre 1996 ]

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LIMOGES : MOBILISATION POUR JOSEPH
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En 1991, Joseph M'Panzu Masiala, alors e'tudiant en me'decine au Za=EFre,
quitte son pays pour fuir la menace du re'gme dictatorial de Mobutu. En
=46rance, on lui refuse le statut de re'fugie' politique. En 93, il rencontr=
e
Caroline, re'ussit =E0 obtenir les papiers ne'cessaires au mariage, mais se
les fait voler lors d'une agression (bizarre !). EN 3 ans, Jospeh a eu le
temps de construire sa vie avec Caroline. Le jeudi 12 septembre 96, la
Pre'fecteure a su sauter sur l'occasion d'une dispute avec son amie pour
l'arr=EAt et entamer une proce'dure d'expulsion. Le lendemain, Joseph passe
en comparution imme'diate au Tribunal administratif de Limoges, qui, ne lui
reconnaisssant pas le statut de re'fugie', prononce une expulsion pour le
mardi 17 septembre, par l'avion de 15h30 =E0 destination de Paris.

SOS-Racisme, seule association =E0 =EAtre au courant de l'affaire n'a contac=
te'
les autres organisations que la veille de l'expulsion (leur te'le'phone
e'tait-il en panne ?). Pourqui ? Alors que nous intervenions =E0 l'ae'roport=
,
nous apprenions que Joseph avait e'te' conduit =E0 Paris en voiture le matin=
,
sans que Caroline n'ait pu le revoir. La cole`re nous conduisait au bureau
des e'trangers de la Pre'fecture de Limoges que nous envahissions pour la
deuxie`me fois. Contrairement =E0 la premie`re fois, l'ambiance e'tait
beaucoup plus tendue. Venus pour demander des comptes quant au de'part
force' de Joseph, nous n'avons comme re'ponse que la brutalite' policie`re?

Derrie`re le terme de clandestin, ce sont nos voisins, nos amis que l'on
expulse.

Scalp-Limoges

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NIMES : POUR UNE VIE DIGNE ET DES PAPIERS !
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A Nimes des sans-papiers sont toujours confronte's =E0 la Pre'fecture. Bilan
apre`s quatre mois de lutte.

=46in juin, =E0 l'initiative de la cimade et de la pastorale des migrants s'=
est
mis en place =E0 Nimes un collectif d'associations de soutien "pour le droit
de vivre en famille, pour le droit au travail, pour les droits de l'enfant
et le respect de la personne". Il s'agissait de soutenir et de faire
connaitre la situation de sept familles se trouvant en butte =E0 l'ent=EAtem=
ent
des services de la pre'fecture du Gard pour voir leurs situations se
re'gularise'es. La majorite' de ces personnes e'taient des parents
d'enfants franc,ais et/ou des conjoints de franc,ais. Tous e'taient en
situation re'gulie`re au vue des dernie`res circulaires. Il s'agissait,
pour ces "re'guliers-irre'guliers" , d'un blocage au niveau de la
pre'fecture.

Aussi le collectif appelait =E0 un rassemblement devant la pre'fecture le 10
juillet pour soutenir les e'trangers et leurs familles. Une de'le'gation a
e'te' rec,u par le pre'fet. Celle-ci s'est entretenue des situations
pre'occupantes des familles qui attendent avec impatience l'attribution
d'un titre de se'jour avec le droit de travail. Le pre'fet s'est engage' =E0
examiner personnellement avant le 20 juillet les dossiers, dans "le respect
du droit et de justice", et d'en informer les inte'resse's ainsi que le
collectif tre`s rapidement.

Le 19 juillet la re'ponse du pre'fet arrive, et nous confirme sa fermete'
quant =E0 la re'gularisation des personnes. Ainsi, sa lettre ne donne aucune
re'ponse pre'cise sur le nombre de dossiers examine's ni sur la suite qui
leur sera donne'e. Elle demande aux organisations de s'effacer, les
accusant d'=EAtre "ge'ne'ratrice de pertes de temps pour les services et
pre'judiciables aux e'trangers". de plus, les lettres ont e'te' adresse's
directement aux inte'resse's en leur demandant de reconstituer leurs
dossiers et de se pre'senter seuls =E0 la pre'fecture!.

Le collectif a donc de'cider de poursuivre son combat; tout d'abord en
re'pondant au pre'fet par voie de presse et en organisant divers
rassemblements en soutien aux sans-papiers. Enfin une permanence a e'te'
cre'e'e (1) afin de rencontrer les e'trangers qui demandent leurs
re'gularisations. Lors de celle-ci diffe'rent se sont fait connaitre
(parent d'enfant franc,ais, conjoints de franc,ais, couples =E0 qui l'on
refuse le regroupement familiale, ...) e'largissant de fait les crite`res
de re'gularisation du collectif =E0 ceux du colle`ge des me'diateurs de
Paris. A ce jour une trentaine de dossiers se sont fait connaitre aux
permanences, dont seulement cinq ont obtenu un titre de se'jour avec le
droit au travail d'une dure'e de un an.

De`s la cre'ation de ce collectif, les militants anarchistes (2) se sont
investis dans cette lutte, avec comme revendications principales la
re'gularisation de tous les sans-papiers et une remise en cause de
l'ensemble des lois et politiques applique'es depuis une vingtaine d'anne'e
en matie`re d'immigration.

Alors que certains voudraient voir poursuivis et condamne's les individus
solidaires des sans papiers, nous re'affirmons notre solidarite' envers
tous les immigre's, avec ou sans-papiers, ainsi que notre volonte'
d'accueillir et d'he'berger qui nous voulons, ou` quand nous voudrons. Et =
=E0
ceux qui pr=F4nent la fermeture des frontie`res, nous revendiquons leurs
suppression pour la libre circulation des femmes et des hommes.

G. M.

(1) Collectif Gardois de soutien aux Sans-Papiers 8 bld. Sergent Triaire
30000 Nimes, Permanence tous les samedis de 10h00 =E0 12h00.
(2) Groupe F.A. du Gard, No Pasaran-Nimes.

[ Extrait de "No Pasaran !", nume'ro 40, octobre 1996 ]

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=46IN - [1/2]
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