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Mon, 7 Oct 1996 12:35:12 +0200


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7 octobre 1996 / N- 13
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SPECIAL SANS-FOYERS DE MONTREUIL

- NOUVELLE EXPULSION
- LA LUTTE DES SANS-FOYER DE MONTREUIL
- SORTIR DE L'IMPASSE

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NOUVELLE EXPULSION
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Dimanche 6 octobre les forces de l'ordre sont intervenues peu apre`s 18h00
pour expulser les "sans-foyers" qui occupaient depuis 46 heures un
immeubles rue Emile-Zola a` montreuil.

Re'fugie's a` la Maison ouverte (foyer protestant de Montreuil) jusqu'a` il
y a quelques jours, suite a` la destruction de leur foyer en juillet, les
re'sident en lutte avaient tente' une premie`re occupation le 7 septembre
qui avait connu le meme sort. Aujourd'hui ils se retrouvent de nouveau a`
la rue.

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LA LUTTE DES SANS-FOYER DE MONTREUIL
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L'histoire du foyer de la rue de la Nouvelle-France a` Montreuil est
exemplaire de la situation des foyers africains de la Re'gion Parisienne.

La premie`re gre`ve de loyers pour un foyer salubre remonte a` 1971. A
l'e'poque, il s'agissait du foyer de la rue Le'on Gaumont, pre`s des puces
de Montreuil, qui appartenait a` un marchand de sommeil prive'. En 1980,
apre`s une lutte importante, le foyer est rase' pour insalubrite' mais la
Pre'fecture promet la reconstruction du foyer au meme endroit pour le
relogement de 200 personnes (au lieu de plus de 600 pre'ce'demment), avec
le soutien de la Mairie. Les 200 re'sidents en question sont installe's
dans des Algecos rue de la Nouvelle-France, d'ou` le nom actuel de foyer
Nouvelle-France, dans l'attente de la fin des travaux, pour 18 mois
maximum. Les choses trainent, le permis de construire est de'livre' en 1981
mais les travaux n'ont pas encore de'marre' en 1983. Depuis la loi de
de'centralisation en 1982, qui transfe`re ces compe'tences aux maires, plus
aucun foyer pour travailleurs e'trangers n'a e'te' construit. En 1984, J.P.
Brard (PCF) devient maire de Montreuil en remplacement de M. Dufriche
(PCF). Il fait interrompre les travaux et en appelle a` la solidarite'
re'gionale, en clair a` la dispersion des re'sidents sur plusieurs
communes.
Ce terrain non construit n'a pas e'te' perdu pour tout le monde. Depuis la
destruction du foyer, il a e'te' achete' et revendu 5 fois et pas au meme
prix, dont 2 fois par la mairie a` qui il appartient toujours. Pendant ce
temps, les conditions de vie rue de la Nouvelle-France e'taient de plus en
plus inhumaines.

L'histoire du foyer Nouvelle-France, c'est d'abord la volonte' du maire de
chasser les Africains de sa commune. C'est sur cette volonte' qu'a bute' le
projet de reconstruction, c'est sur cette volonte' qu'a bute' la fameuse
"concertation" dont il se pre'vaut tant : toutes les solutions trouve'es en
ne'gociation avec les re'sidents ont chaque fois achoppe' sur le refus de
la commune d'en reloger un nombre significatif sur place. C'est que
derrie`re Nouvelle-France se profile la question des autres foyers
africains de Montreuil, notamment les revendications du foyer Bara, le
foyer le plus important et largement suroccupe', dont l'avenir est menace'.

Lorsque les re'sidents ont compris en de'cembre 94 ce que leur proposaient
re'ellement la mairie et la pre'fecture, ils ont refuse'. 13 re'sidents
seulement inte`grent un des sites. C'est alors qu'a commence' le chantage
a` l'expulsion, le'galement possible a` cause de l'insalubrite' des locaux.
En mars 95, internvention policie`re, deux baraquements sont de'truits, 72
re'sidents expulse's, qui restent sur place dans les baraquements restant.
Un collectif d'associations s'est mis en place pour protester contre la
me'thode.

Mais la question de Nouvelle-France, c'est aussi la question de ce qu'on
appelle l'inte'gration, et notamment "l'inte'gration re'publicaine". Les
re'sidents revendiquent leur mode de vie communautaire, les structures
collectives de solidarite' de proximite' qu'ils ont mises en place. Un
foyer meme dortoir, ce n'est pas qu'un dortoir de ce'libataires : ce sont
des cuisines collectives qui permettent de manger un plat pour moins de
10 F (qu'on soit re'sident ou voisin), ce sont des tailleurs, coiffeurs,
bijoutiers traditionnels, petits commerces qui en font un endroit vivant et
pratique, c'est une salle de prie`res et l'endroit ou` la communaute',
qu'elle vive ici ou en appartements, peut ce'le'brer ses fetes, ou` les
familles peuvent se retrouver le week-end, c'est une cafeteria tre`s bon
marche' ou` n'importe qui peut faire un baby-foot gratuit=8A Pour beaucoup
d'associations et de gens de gauche, c'est un ghetto avec lequel il faut en
finir, l'inte'gration des Africains doit passer par leur adoption du mode
de vie occidental, par le refus d'un mode de vie communautaire. Ceci,
additionne' au fait que Montreuil est une ville de gauche ou` les liens
entre associations et municipalite' sont multiples, explique que le
collectif d'associations a accepte' de jouer les me'diateurs, mais pas de
soutenir la lutte des re'sidents pour leurs revendications. Ils se sont
donc tre`s vite de nouveau retrouve's seuls, et c'est la` l'origine de la
cre'ation d'un comite' de soutien regroupant des individus qui a commence'
a` fonctionner re'ellement en septembre 95.

Le travail de popularisation des re'sidents et du comite' de soutien en
95/96, diffusion d'une vide'o, d'une brochure expliquant l'historique, d'un
"4 pages", ont permis que cette question devienne une question e'pineuse
pour la mairie et pour le milieu associatif. Depuis longtemps, la mairie
essaie de de'courager les immigre's, de les pousser a` partir, pendant que
le de'pute'-maire soutient leur droit de vote a` l'Assemble'e Nationale, se
pre'sente comme a` gauche de la gauche. Ce travail a permis de mettre le
doigt sur la contradiction entre le discours a` usage national et la
pratique a` usage montreuillois.

Le contexte politique a change' avec la parution du rapport Cuq
quasi-simultane'ment avec le de'but de Saint-Ambroise. Il est alors apparu
clairement que la destruction des foyers, leur de'nigrement, faisait partie
de la chasse aux immigre's, qu'elle e'tait un volet indispensable de la
lutte contre l'immigration clandestine. Le maire de gauche se trouvait dans
le droit fil d'une politique de droite.

Ceci ne l'a pas empeche' d'expulser et raser le foyer le 4 juillet. Aucun
nouveau re'sident n'a accepte' de rejoindre les sites propose's par la
mairie. Et la seule re'ponse de la mairie, c'est le coup de force. L'acce`s
de la Bourse du Travail, proprie'te' du maire, a e'te' interdit aux
re'sidents, les sanitaires verrouille's, par des vigiles avec chiens. La
CGT a refuse' d'annoncer publiquement qu'elle les accueillerait contre la
volonte' du maire, de rentrer dans un rapport de forces avec la mairie. Les
re'sidents, dont la majorite' travaille et pas dans des bureaux, ont du
dormir deux nuits dehors sur la place. Meme les e'glises ont refuse' de les
accueillir. Seul, un local associatif inde'pendant de la mairie et lie' aux
protestants a accepte' de les he'berger provisoirement bien que les
conditions mate'rielles y soient tre`s pre'caires.

Une manifestation le 6 juillet, un rassemblement devant la Pre'fecture, de
nombreuses de'marches n'ont pas permis de bouger la situation d'un poil. La
mairie et la pre'fecture veulent qu'ils partent. Ils sont donc ressortis
dormir dehors sur la place de la mairie le jeudi 5 septembre.

Le 6 septembre les re'sidents ont occupe' des locaux vides depuis des
anne'es appartenant a` la mairie. Ils ont mis ainsi le doigt sur la
politique municipale de construction de bureaux en surnombre, politique en
train de se traduire par des faillites annonce'es. Le 7 juillet, ils ont
accepte' d'e'vacuer les locaux sans re'sister devant l'intervention
policie`re. Ils sont retourne's dormir sur la place de la mairie. Le 9
juillet, la mairie les a violemment fait e'vacuer de la place : les
Africains ne doivent pas etre visibles a` Montreuil, et la politique
municipale non plus.

Depuis la rentre'e, les associations se sont remobilise'es sur la question.
L'e'vacuation policie`re a e'te' un choc et une surprise pour beaucoup.
Mais les partis de gauche, les syndicats, une partie des associations
restent empetre'es toujours dans les memes contradictions. Tous ont pris
position contre la re'pression, pour la re'ouverture des ne'gociations et
pour un he'bergement provisoire d'attente. La CGT, la CFDT et le PCF ne
vont pas jusqu'a` l'appui a` une nouvelle occupation et he'sitent a`
de'noncer le maire. Il ne reste plus qu'a` espe'rer que le choc de voir une
mairie de gauche matraquer les Africains suscite une mobilisation plus
importante de la population montreuilloise, africaine ou non.

Montreuil, le 13 septembre

[ Extrait du bulletin du Collectif "Des papiers pour tous", 16 septembre=
1996 ]

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SORTIR DE L'IMPASSE
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Le foyer Nouvelle-France, tout le monde connait maintenant. En 1980, 200
des re'sidents du foyer Le'on Gaumont de'truit e'taient reloge's
provisoirement dans des Algecos au bout de l'autoroute. Le Maire et le
Pre'fet s'e'taient engage's a` reconstruire notre foyer sur le meme
terrain. Les travaux ont commence' en 1984 mais Jean-Pierre Brard, devenu
maire, a impose' leur arret.

Dix ans plus tard, la mairie concre'tise sa volonte' de nous disperser.
Elle propose de reloger une partie d'entre nous dans 9 lieux: 6 petits
sites h=F4teliers, a` 2, 3 ou 4 par chambre, sans ve'ritables cuisines
collectives, sans salle de prie`res ou de re'union, sans e'quipements
sanitaires suffisants. Et sans avoir le statut de locataire. L'autre partie
devrait accepter des lits a` Me'ru, Creil ou Mantes-la-Jolie ! Nous avons
participe' a` des consultations ou` nous avons clairement fait connaitre
notre de'sir de vivre dans des foyers qui pre'servent la vie de la
communaute' et la solidarite' entre nous. Apre`s avoir visite' les sites
propose's, nous avons du les refuser en constatant qu'ils ne satisfont a`
aucun de nos besoins. Le maire s'est entete' et a pense' venir a` bout de
notre refus a` force d'intimidations (deux baraques casse'es en mars 95),
de proce`s et de campagnes mensonge`res. En vain.

A l'heure ou` nous e'crivons ces lignes, le foyer Nouvelle-France n'existe
plus. Expulse's le 4 juillet par la police, le foyer est rase' le jour
meme. Apre`s avoir passe' la premie`re nuit a` la bourse du travail, nous
avons passe' les deux suivantes dans la rue, le Maire ayant menace' d'une
intervention policie`re a` la Bourse du Travail et meme exige' notre
de'part de'finitif de Montreuil. Deux associations de Montreuil, la Maison
Ouverte ex le Centre Culturel Musulman, ont alors propose' leurs locaux
pour la dure'e de l'e'te'.

Celles-ci reprenant leurs activite's de'but septembre, nous nous retrouvons
a` nouveau a` la rue le 5 septembre. La re'pression s'accentue. Encore une
nuit devant la Mairie, mais la police nous de'loge et nous nous installons
en face. Nous de'cidons alors d'occuper des bureaux vides depuis des
anne'es et rachete's par la commune. La police intervient de`s le lendemain
sur ordre du Maire. Que faire d'autre que d'investir encore une fois la
place publique pour y dormir ? Mais le Maire ne supporte pas notre
pre'sence. Lors de la prie`re lundi soir, il fait appel une fois de plus a`
la police qui cette fois intervient de fa=E7on brutale. Les re'sidents et
ceux venus les soutenir sont bouscule's, moleste's, insulte's, et 6
personnes blesse'es a` la tete doivent etre conduites a` l'h=F4pital.

Aujourd'hui, nous ne savons toujours pas ou` nous dormirons. Aucune
nouvelle proposition ne nous a e'te' faite, ni par la Mairie, ni par la
Pre'fecture. Pendant plus d'un an, la Pre'fecture a fait trainer le
renouvellement de nos cartes de se'jour pour faire pression sur nous.
Maintenant que nous sommes sans domicile, allons-nous devenir nous aussi
des sans-papiers ?

Et comment J-P Brard, le maire de Montreuil, peut-il pre'tendre soutenir
les sans-papiers de Saint-Bernard tout en cre'ant cette situation a`
Montreuil ?

Comite' des re'sidents Nouvelle-France, Comite' de soutien
Le 28 septembre 1996

[ Tract distribue' a` la manifestation nationale des sans papiers du 28
septembre; a` Paris ]

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=46IN - [1/1]
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