Sans-papiers, la solidarite' reprtime'e

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Fri, 6 Sep 1996 13:46:05 +0200


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SANS-PAPIERS : LA SOLIDARITE' VIOLEMMENT R=C9PRIME'E
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Tout le monde a pu voir a la te'le' et dans les journaux ce que signifie
une expulsion avec "humanite' et coeur", pour reprendre l'expression de
Jean-louis Debre' : quartier de la Goutte-d'Or (Paris XVIIIe)
litte'ralement occupe' par 1500 policiers (1.500 au total : gardes mobiles,
CRS, BAC, RG, policiers de commissariats environnants), coups de matraques
et parfois de crosse de fusil, usage de gaz lacrymoge`ne dans l'enceinte de
l'e'glise (ou` se trouvaient des enfants et dix personnes a` leur 40e jours
de gre`ve de la faim), gens traine's sans me'nagement, coups de bottes,
etc.

La re'pression contre le mouvement des sans-papiers ordonne'e par le
gouvernement a` de'chaine' les instincts les plus vils et les plus barbares
d'une police majoritairement raciste. Une hargne contre les sans-papiers et
ceux qui luttent avec eux qui s'est largement ve'rifie'e dans la l'attitude
des forces de l'ordre contre les divers initiatives de protestation et de
solidarite' qui ont suivi l'expulsion de l'e'glise Saint-Bernard et qui
montre, une fois de plus, la fonction effective de la police dans cette
socie'te'.

- Vendredi 23 aout

Au cours de l'expulsion de Saint-Bernard, plusieurs e'chauffoure'es entre
les nombreux barrages de CRS et de Gendarmes mobiles et les parisiens,
militants et gens du quartier, venus spontane'ment exprimer leur soutien et
leur indignation, ont e'clate' autour de l'e'glise et dans les rues
adjacentes. Une trentaine de personnes sont interpelle'es, plusieurs sont
blesse's suite a` des coups de matraques ou de crosses de fusil sur la
tete.

Le soir, lors de la manifestation vers le camps de re'tention de Vincennes,
ou` convergent pre`s de 5000 manifestants apre`s la "dispersion" officielle
a` la place de la Nation, l'accueil policier a` l'entre'e du camps fut
chaleureux : jets abondant de lacrymoge`nes et de fumige`nes pour disperser
les manifestants, suivis plus tard dans la nuit de courses-poursuites et de
ratonnades contre les trainards dans les villes alentours (Charenton,
Saint-Maurice). Ces ope'rations se sont solde'es par des controles
d'identite', des coups et des gardes a` vue muscle'es. A priori, aucune
inculpation.

- Dimanche 25 aout

Rassemblement devant l'Hotel de Ville organise' par le Collectif "Des
papiers pour tous", toujours pour protester contre l'expulsion de l'e'glise
a` l'occasion de la comme'moration officielle de la Libe'ration de Paris
(en pre'sence de Tibe'ri et Debre'). Aussitot en place, le corte`ge est
assie'ge' par les Gardes mobiles qui, n'arrivant pas a` le disperser, le
contraignent a` reculer a` coups de matraque, puis continuent de frapper
les premie`res lignes au fond d'une petite rue. Cette action se solde par
une soixantaine d'interpellations avant, pendant et apre`s le
rassemblement.

Deux heures plus tard, devant le Tribunal administratif, un fourgon
cellulaire emme`ne plusieurs sans-papiers vers le camps de re'tention. Il
est bloque' dans une rue adjacente par des manifestants. Le camion fonce
dans le tas, blessant un membre du Collectif "Des papiers pour tous",
Laurent Guilloteau, en lui roulant sur le pied : un orteil casse', un gros
he'matome et un arrachement osseux. Quelques instants plus tard, les flics
chargent pour interpeller les manifestants : quatre personnes sont
inculpe'es de "re'bellion" ou "violence a` agent". Le lendemain, Re'gis A.
est juge' en comparution imme'diate devant la 23e chambre. Re'sultat :
quatre mois de prison avec sursis. Sarah H., Fabien T. et Pierre B. doivent
se pre'senter devant la 24e chambre correctionnelle, respectivement les 24,
25 et 26 septembre a` 9h. Ils sont de'sormais soutenus par le Collectif
d'aide aux manifestants interpelle's (Cami).

- Mercredi 28 aout

Manif de soutien aux sans-papiers, des affrontements e'clatent aux abords
de l'e'glise Saint-Bernard, dans les rue Affre et Stephenson. Les flics ont
installe' des grillages de se'curite' et n'he'sitent pas a` proce'der a`
des "tirs tendus" de grenades lacrymoge`ne. Sans oublier la pre'sence d'un
canon a` eau pour disperser les manifestants qui avaient enflamme' des
poubelles.

Une partie de la manifestation ne se dissout pas a` Stalingrad et se
poursuit jusqu'a` Belleville. Les flics bouclent le quartier et ratonnent
manifestants, clochards et habitants du quartier. Puis ils de'cident
d'envoyer des commandos de Brigade anti-criminalite' (BAC) dans deux cafe's
ou` les Renseignements ge'ne'raux ont repe're' certains manifestants, ou
suppose's tels.

Au "Bar-Hotel", a` Me'nilmontant, une trentaine de personnes sont
matraque'es en terrasse et trois embarque'es violemment, pour etre
relache'es sitot au poste.

Au "Zorba", a` Belleville, l'intervention des BAC est encore plus violente.
Au moins trois personnes sont blesse'es : Claude Guillon a sept points de
suture a` la tete et un he'matome au foie (il est toujours hospitalise'),
Jean-Marc I. a une grosse entaille a` la main, et une troisie`me personne
(non reconnue) a plusieurs dents casse'es. Deux d'entre eux sont inculpe's,
ce qui permet aux fonctionnaires de police qui les ont blesse's de se
"couvrir". Les trois personnes ont de'cide' de porter plainte.

Claude Guillon, le blesse' le plus grave, sera laisse' sans soin au
commissariat jusqu'a` tard dans la nuit, ou` la de'couverte de son statut
d'e'crivain finira par convaincre les policiers de la ne'cessite' de le
faire soigner d'urgence a` l'hotel-Dieu.

L'e'volution de la re'pression prouve que le Ministe`re de l'Inte'rieur et
les autorite' policie`res ont de'cide' de hausser le niveau de violence
pour criminaliser la lutte et dissuader les nombreux soutiens au mouvement
des sans-papiers. L'Etat se'curitaire sait se durcir quand la cole`re
gronde, comme le de'montre l'envoi re'pe'te', ces dernie`res semaines, de
CRS ou Gendarmes mobiles comme seul re'ponses aux conflits sociaux (jeunes
SDF du foyer Georges-Sand a` Paris XIXe, hopital Charcot a` Paris XIIIe,
mal-loge's de la rue Marcadet a` Paris XVIIIe). A nous de ne pas nous
laisser impressionner par ses chiens de garde du pouvoir, de soutenir les
victimes de la re'pression (blesse's et inculpe's), comme ce fut le cas
lors du mouvement de de'cembre 95, et d'e'tendre encore plus le soutien aux
sans-papiers, le mouvement de lutte contre la xe'nophobie d'Etat et les
lois racistes, pour que les flics soient submerge's.

Scalp-Reflex (Paris)
4 septembre 1996

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APPEL A T=C9MOINS
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Nous recherchons des te'moignages pre'cis sur les violences policie`res, a`
la fois pour constituer un "livre noir" sur l'attitude des forces de
l'ordre autour de l'expulsion de l'e'glise Saint-Bernard qui sera transmis
a` des organisations non-gouvernementales comme l'Observatoire des liberte'
publique et Amnesty international, et pour soutenir les de'marches
individuelles de plaintes et de recours juridiques.

Scalp-Reflex
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris

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