(Fr) Guatemala

esperanto (lingvoj@lds.co.uk)
Fri, 5 Jul 1996 21:47:51 +0200


COURANT ALTERNATIF

GUATEMALA

Le 6 mai 1996, le gouvernement et
l'Union nationale r=E9volutionnaire du
Guatemala ont conclu =E0 Mexico un
accord de principe concernant des ques-
tions =E9conomiques et sociales. L'octroi de
terres permettant aux populations d'ori-
gine indienne de subvenir =E0 leurs besoins,
tout en ayant part aux moyens productifs,
figure en toutes lettres dans le papier. Pour
Pablo Monsanto, le commandant de la
gu=E9rilla de gauche, le texte "n'inclut pas la
solution =E0 tous les probl=E8mes, mais ouvre des
perspectives in=E9dites".

HONORIS CAUSA =C0 TITRE
POSTHUME

Le colonel Jacobo Arbenz Guzman,
fils d'un =E9migrant argovien (Suisse), avait
particip=E9 en octobre 1944 au soul=E8vement
qui pr=E9cipita la chute du dictateur, le g=E9n=E9-
ral Jorge Ubico, et porta =E0 la t=EAte de l'Etat le
social-d=E9mocrate Juan Jos=E9 Ar=E9valo. Elu en
1950 =E0 la plus haute fonction ex=E9cutive,
Arbenz Guzman, soucieux d'ind=E9pendance
et d'=E9quit=E9, s'attira l'hostilit=E9 croissante des
propri=E9taires latifundiaires, de la hi=E9rarchie
catholique, des militaires et des dirigeants
de la multinationale United Fruit Company;
le conseiller de cette derni=E8re n'=E9tait autre
que John Foster Dulles, fr=E8re d'Allen, le
chef de la C.l.A. Sentant ses int=E9r=EAts imp=E9-
rialistes menac=E9s, Washington fomenta un
putsch, en ne l=E9sinant pas sur les moyens:
propagande anticommuniste sur les ondes
de Radio Liberacion, lancement de tracts
depuis des avions volant =E0 basse altitude,
bombardement de cibles strat=E9giques...
Par son refus de d=E9p=EAcher des observateurs
au Guatemala, le Conseil de s=E9curit=E9 des
Nations Unives accorda de facto un blanc-
seing aux s=E9ditieux. Au nom de "I'unit=E9 du
monde anglo-saxon", Winston Churchill
s'aligna sur les positions de l'alli=E9 d'outre-
Atlantique. Le 27 juin 1954, Jacobo Arbenz
Guzman d=E9missionnal "pour stopper
l'agression et ramener la paix... Ma d=E9cision
r=E9sulte d'une conscience r=E9volutionnaire
claire". Parmi les jeunes hommes qui assis-
t=E8rent, la rage au coeur, =E0 l'=E9crasement de
la d=E9mocratie2, se trouvait un m=E9decin
argentin de 26 ans, Ernesto Guevara, qui se
r=E9fugia durant deux mois dans l'ambas-
sade de son pays, avant d'embrasser la car-
ri=E8re que nous connaissons3 et de devenir
le h=E9ros mythique de la jeunesse insurg=E9e
A l'automne dernier, les administrateurs de
l'universit=E9 San Carlos d=E9cern=E8rent =E0
Jacobo Arbenz Guzman le titre posthume
de docteur honoris causa.
Apr=E8s la d=E9couverte, au milieu des
ann=E9es 70, de vastes gisements p=E9troliers
et de minerais dans la province nordiste
d'EI Pet=E9n, les militaires, sous l'=E9gide de
Kjell Laugerud Garcia, massacr=E8rent et
d=E9port=E8rent quantit=E9 d'autochtones. L'un
des despotes les plus sanguinairement psy-
chopathes fut le g=E9n=E9ral Efrain Rios Montt,
qu'un "golpe" propulsa le 23 mars 1982
sur le fauteuil pr=E9sidentiel. Ce pr=E9dicateur
de l'Eglise du Verbe, une secte protestante
nord-am=E9ricaine, justifia l'extermination
des opposants ainsi que sa strat=E9gie de la
terre br=FBl=E9e non plus par la traditionnelle
logorrh=E9e anticommuniste, mais par des
versets de l'Ancien Testament d=E9clam=E9s
quotidiennement sur les ondes. En janvier
1983, Ronald Reagan r=E9tablit l'aide mili-
taire suspendue par son pr=E9d=E9cesseur,
Jimmy Carter.
Oscar Mejia Victores d=E9trona le 8
ao=FBt 1983 Rios Montt dont les m=E9thodes
choqu=E8rent m=EAme certains oligarques. Pre-
mier civil au pouvoir depuis 1 954, le
d=E9mocrate-chr=E9tien Vinicio Cerezo Ar=E9valo
s'engagea, en janvier 1986, =E0 r=E9tablir l'Etat
de droit et =E0 ordonner des enqu=EAtes
concernant les "disparus". Auparavant, les
galonn=E9s de la junte s'=E9taient auto-amnis-
ti=E9s des crimes contre l'humanit=E9 perp=E9tr=E9s
en trente ans. Les Intemational Peace Bri-
gades, cr=E9=E9es en 1 981 au Canada, inter-
viennent depuis 1983 au Guatemala; ses
@/olontaire@; offrent le@lr protectior@ =E0 des
femmes et des homme@ qu ils accompa
gnent =E0 leur lieu de travail ou secondent
dans leurs d=E9marches administratives. Leur
statut de neutralit=E9 constitue la garantie la
plus s=FBre pour leurs prot=E9g=E9(-e)s4.
Le 12 octobre 1991, =E0 l'issue de la
rencontre continentale dans le cadre de la
campagne "500 ans de r=E9sistance" 50 000
personnes particip=E8rent dans les rues de
XelaJu/Quetzaltenango =E0 la plus impor-
tante manlfestation dans l'histoire du Gua-
temala. le sommet mondial des peuples
Indig=E8nes se d=E9roula du 24 au 28 mai 1993
a Chimatenango.
Le 5 juin 1993, Ramiro de Leon Car-
plO, procureur charg=E9 des Droits de
I Homme, rempla=E7a Jorge Serrano Elias
(centre-droit), =E9lu en janvier 1991. Celui-ci
avait foment=E9 un coup de force civil, impli-
quant notamment la dissolution du
Congr=E8s. En nommant ministre de l'Educa-
tion Tay Coyoy, le premier Maya =E0 occuper
un poste de cette importance, Ramiro de
Leon Carpio manifesta sa volont=E9 d'ouver-
ture et son d=E9sir d'instaurer un dialogue
constructif y compris avec la guerilla de
gauche, qui affronte depuis 1962 les
troupes gouvernementales. Le 9 f=E9vrier
1982, I'Arm=E9e de la guerilla des pauvres,
I'Organisation r=E9volutionnaire du peuple
en armes, les Forces arm=E9es r=E9volution-
naires et le Parti guat=E9malt=E8que du travail
(qui joua un r=F4le des plus troubles entre
janvier 1951 et juin 1954) s'=E9taient regrou-
p=E9s dans l'Union r=E9volutionnaire nationale
du Guatemala. Surtout implant=E9e dans les
zones montagneuses =E0 l'ouest, elle n'enre-
gistra gu=E8re de succ=E8s significatifs; la sau-
vage r=E9pression tous azimuts, ajout=E9e =E0
l'enr=F4lement forc=E9 dans les patrouilles
d'autod=E9fense civile, emp=EAcha qu'une mul-
titude rejoign=EEt le maquis.

EFFROYABLES FORFAITS

En 33 ans, les r=E9giments r=E9guliers, les
P.A.C., les "escadrons de @a mort" (compo-
s=E9s de soldats et de policiers agissant sur
ordre de leurs sup=E9rieurs)... ras=E8rent 450
villages et ex=E9cut=E8rent 125 000 compa-
triotes; le total des disparitions se chiffre =E0
40 000, autant que dans toute l'Am=E9rique
latine. Les victimes: des syndicalistes, des
agriculteurs, des membres de communau-
t=E9s religieuses de base, des journalistes, des
avocats, des enseignants, des =E9tudiants,
des Iyc=E9ens, ou n'importe qui soup=E7onn=E9
de men=E9es "subversives"... La mis=E8re et les
pers=E9cutions contraignirent 1 million =E0
l'exode. Les castes h=E9g=E9moniques proc=E9-
d=E8rent =E0 la militarisation de tous les sec-
teurs et parqu=E8rent des milliers de paysans
dans des "fincas"5 o=F9 ils durent cultiver de
nouvelles vari=E9t=E9s de l=E9gumes, comme les
brocolis, destin=E9s =E0 @'exportation.
En 1991, le magazine de l'Universit=E9
de Harvard ins=E9ra les propos hallucinants
de I ex-ministre de la D=E9fense, le g=E9n=E9ral
Hector Gramajo: "Nous utilisons dor=E9na-
vant la violence de mani=E8re plus intelligente.
Nous n avons plus besoin de supprimer tout
le monde pour accomplir notre devoir... ".
Durant le mandat de Ramiro de Leon
Carpio (du 5 juin 1993 au 13 janvier
1996), le groupe d'assistance mutuelle
(G.A.M.) recensa 6 363 violations caract=E9ri-
s=E9es des Droits de l'Homme, dont 2 324
crimes =E0 motivations politiques, 360 ex=E9-
cutions extra- judiciai res, 21 8 en l=E8ve-
ments... Le 5 octobre 1995, 26 fantassins
investirent la commune de Xaman (pro-
vince d'Alta Verapaz) et abattirent 11 villa-
geois, dont un gar=E7onnet de 8 ans, de
retour du Chiapas mexicain o=F9 150 000
cherch=E8rent refuge. En janvier, la Cour
supr=EAme a d=E9cid=E9 que le proc=E8s contre les
auteurs du carnage se poursuivra devant
un tribunal civil =E0 Coban, un pr=E9c=E9dent au
Guatemala pour une affaire impliquant des
militaires. Les autres coupables
d'effroyables forfaits se verront-ils =E9gale-
ment traduits devant des magistrats pour
en r=E9pon@re, en particulier les fonction-
naires municipaux impliq@=E9s dans l'enl=E8ve-
ment et le meurtre de d=E9l=E9gu=E9s syndicaux,
=E0 l'=E9poque o=F9 Alvaro Arzu Irigoyen occu-
pait le fauteuil de bourgmestre =E0 Ciudad
Guatemala (1986-1990) ?
Les premi=E8res n=E9gociations entre
l'Union r=E9volutionnaire nationale du Gua-
temala, laquelle avait d=E9cr=E9t=E9 le 20 mars
1996 un cessez-le-feu illimit=E9, et le gouver-
nement achopp=E8rent sur le refus de celui-ci
d'envisager une r=E9forme agraire en profon-
deur. Dans son cahier des dol=E9ances, le
Rassemblement de la soci=E9t=E9 civile a =E9mis
des propositions quant =E0 la r=E9partition des
fonds indispensables =E0 l'application
concr=E8te d'un futur protocole de paix.
L'A.S.C. insiste sur un accroissement signifi-
catif des budgets allou=E9s =E0 la Sant=E9 et =E0
l'Education, allant de pair avec une r=E9duc-
tion drastique des d=E9penses militaires. Pour
Tania Palencia, une des initiatrices du
document, "les probl=E8mes structurels r=E9sul-
tent de deux pr=E9misses: 85 % des Guat=E9mal-
t=E8ques survivent dans un d=E9nuement
extr=EAme, les options =E9conomiques s'=E9laborent
exclusivement selon les sch=E8mes du n=E9o-lib=E9-
ralisme, ce qui induit une privatisation de5
services sociaux, I'Etat se limitant =E0 sa fonc-
tion de gardien du march=E9"6. En d=E9pit de la
signature, en date du 31 mars 1995, d'un
"Accord sur l'identit=E9 et les droits des peuples
indig=E8nes "7, la majorit=E9 indienne continue
de subir maintes discriminations.
Des Mayas de diff=E9rentes ethnies ainsi
que des m=E9tis appartenant aux couches les
plus d=E9favoris=E9es ont adh=E9r=E9 =E0 la Coordina-
tion nationale des indig=E8nes et paysans,
cr=E9=E9e "peu avant les festivit=E9s c=E9l=E9brant
l'existence de 500 ans de pillages, d'=E9touffe-
ment et de r=E9pression...". La CONIC se
mobilise essentiellement en faveur des
droits et de l'autod=E9termination des mino-
rit=E9s. 2,3 % des propri=E9taires fonciers, des
blancs, poss=E8dent 70 % des surfaces
arables. Dans les provinces de Huehuete-
nango, Retalhuleu, Alta Verapaz, Izabal, El
P=E9ten et Quich=E9, il existe 3,8 millions
d'hectares de surfaces cultivables dispo-
nibles. un lopin de sept hectares suffirait =E0
chacune des 470 000 familles n=E9cessiteuses
pour qu'elle tire sa subsistance des produits
du sol. Dans son discours d'investiture, le
14 janvier 1996, I'ultra-conservateur Alvaro
Arzu Irigoyen, =E9lu pr=E9sident le dimanche
pr=E9c=E9dent8 sous la banni=E8re du Parti pour
l'avanc=E9e nationale, promit de restreindre
les privil=E8ges de certaines cat=E9gories et de
combattre la pauvret=E9. Le P.A.N. dispose de
la majorit=E9 absolue au Congr=E8s (43 des 80
si=E8ges). Le Front d=E9mocratique pour un
nouveau Guatemala obtint 7,7 =B0/O des suf-
frages, le 12 novembre 1995; Rosalina
Tuyuc, de la Coordination nationale des
veuves du Guatemala, la CONAVIGUA
(forte de 10 000 affili=E9es), et Nineth Mon-
tenegro du Groupe d'aide mutuelle sont
deux des six d=E9put=E9s que le F.D.N.G.
fond=E9 seulement en juillet 1995, a manda-
t=E9s =E0 l'Assembl=E9e nationale o=F9 iis s'efforce-
ront de peser dans les d=E9bats en tant
qu'unique opposition alternative. Avec les
O.N.G. et l'U.R.N.G., ils souhaitent le
d=E9blocage urgent de fonds pour la sant=E9, le
logement, I'am=E9lioration des conditions
d@existence des plus d=E9munis tout comme
une nouvelle l=E9gislation du travail garantis-
sant des pr=E9rogatives r=E9elles. Des avanc=E9es
significatives risquent fort de contrevenir =E0
I oligarchie latifundiaire, qui =E9chappe =E0
l'imp=F4t foncier (!), et aux secteurs les plus
r=E9actionnaires du patronat, largement
repr=E9sent=E9s tant dans le cabinet (par
exemple Mauricio wurmser l'ex-pr=E9sident
de la Chambre d'industrie, =E9st rninistre de
l'Economie) qu'au Parlement.

Les ex-bellig=E9rants signeront-ils le
trait=E9, le 15 septembre prochain =E0 l'occa-
sion du 1 75e anniversaire de l'ind=E9pen-
dance, comme l'a laiss=E9 entendre Alvaro
Arzu Irigoyen dans une interview au quoti-
dien berlinois Die Tageszeitung du 1er avril
1996 ? Rigoberta Menchu, prix Nobel de la
Paix en 1992, avait rappel=E9 en juin 1993 =E0
rl@urle @e Id eonl=E9rerlee or1u@ienr1e @ur
les Droits de l'Homme =E0 Vienne que "la
paix n'est pas seulement un r=EAve, mais une
lutte quotidienne". Dans l'optique de sa
candidature aux Pr=E9sidentielles de fin
1999, elle pr=F4ne une ligne de compromis.
Nelson Mandela la salue =E0 distance...

FREEDOM PRESS
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