(Fr)++ La CGT en Espagne 22 mai 1996

esperanto (lingvoj@lds.co.uk)
Tue, 28 May 1996 03:37:18 +0200


LE MONDE LIBERTAIRE
L'EVOLUTION POSITIVE DE LA CGT D'ESPAGNE

La CGT d'Espagne s'est renforce'e, au cours des derniers mois,
grace a des actions contre le chomage, le de'mantelement et la
privatisation des services publics. Ce sont principalement des
sections des Commissions ouvrieres qui integrent la CGT. Cette
derniere, en outre, commence un travail de contacts au niveau
europe'en afin d'intensifier la lutte contre le chomage et la
pauvrete' sur notre continent.=20

LES DERNlERS mois ont vu se confirmer l'e'volution positive
du secteur de l'anarchosyndicalisme espagnol connu aujourd'hui
sous la de'nomination de Confe'de'ration ge'ne'rale du travail
d'Espagne, apres s'etre appele' CNT-Re'nove'e.
Trois e'le'ments ont e'te' plus particulierement a l'origine d'un
important renforcement qu'on peut chiffrer, selon Jose' Maria
Olaizola, secre'taire ge'ne'ral de la Confe'de'ration, a environ dix
mille adhe'sions nouvelles depuis le dernier congres de mars 1993,
portant les effectifs confe'de'raux a plus de 30.000 syndique's. Ce
sont l'organisation d'une marche contre le chomage et l'exclusion
sociale, pour l'emploi et la solidarite' en novembre et de'cembre
derniers, une campagne confe'de'rale de sensibilisation de
l'opinion publique et des travailleurs contre le de'mantelement et la
privatisation des services publics et, enfin, l'orientation de plus en
plus collaborationniste des Commissions ouvrieres.

Contra el paro y la pobreza;
(Contre le chomage et la pauvrete')

Depuis la moitie' de 1994, la CGT d'Espagne propose une Plate-
Forme pour les droits sociaux, qui re'sume les revendications du
mouvement social contre le chomage et la pre'carite' croissante,
tant sur le plan public qu'au sein du Forum alternatif contre
l'Europe du Capital auquel elle participe. Ce regroupement
rassemble environ une centaine d'organisations tres diverses avec
l'objectif commun d'informer l'opinion de la re'alite' sociale de la
construction europe'enne, organisations qui vont d'Izquierda
Unida, coalition e'lectorale de gauche et d'extreme gauche dont
l'e'le'ment qui pese est le parti communiste, jusqu'a des
associations luttant contre le chomage en passant par des
alternatifs, des e'cologistes et des organisations syndicales. Les
Commissions ouvrieres et l'UGT ne sont pas partie prenante de ce
Forum.
Tout au long de 1995, la CGT a propose' d'organiser une marche
contre la pauvrete' et le chomage. Les groupements composant le
Forum ont tous accepte' l'ide'e, sans qu'aucune initiative ne soit
mise en oeuvre. Seule l'association Baladre a soutenu
concretement la CGT lorsque l'organisation anarchosyndicaliste a
pris seule la responsabilite' de passer a la phase de re'alisation.
Notre camarade Jose' Maria n'exclut pas l'hypothese que les
organisations re'unies sous le sigle du Forum attendaient de
pouvoir observer la capacite' d'organisation de la CGT...=20
Des septembre 1995, les syndicats de la CGT pre'parerent trois
corteges-trois columnas-qui devaient se rejoindre a Madrid, en
onze e'tapes, du ler au 11 de'cembre, une premiere columna partant
de Vitoria, une autre de Valence et la troisieme de Xe'res.
A chacune des e'tapes, plusieurs groupes ou organisations
re'gionales se joignaient aux corteges de la CGT e ainsi, par
exemple, dans la colonne venant du nord, le syndicat basque ESK-
CUIS ou, en Andalousie, le SOC (Sindicato obrero y campesino),
syndicat ouvrier..et paysan, implante' principalement dans les
provinces de Se'ville et de Cadix. A propos du SOC, Jose' Maria a
tenu a de'mentir les rumeurs qui avaient couru en France, laissant
entendre que ce syndicat, tres important dans certaines localite's,
aurait rejoint la CGT; en fait, I'orientation du SOC n'est nullement
anarchosyndicaliste et mais plutot travailliste puisqu'il pre'sente
des candidats aux e'lections politiques locales et re'gionales, dans
la coalition Izquierda Unida, avec quelque succes puisque des
maires, des conseillers municipaux et un de'pute' au Parlement
andalou .sont e'lus sous son sigle.
Environ 2.500 personnes participerent aux marches, de tous les
ages et de toutes les conditions, des chomeurs, des personnes avec
un emploi, des de'le'gue's syndicaux; de trente a quarante pour cent
de la CGT se sont mobilise's autour de l'initiative qui a recOu un
accueil tres favorable de la population. La plate-forme de la CGT a
e'te' largement diffuse'e: =20
1. Suppression des heures supple'mentaires dans toute la fonction
publique; augmentation des offres d'emplois dans les services
publics; re'duction du temps de travail journalier avec.embauches
correspondantes; interdiction de faire appel dans les services
publics aux entreprises d'inte'rim; re'duction des salaires
privile'gie's des politiques. =20
2. Non a la privatisation des services publics, qui ne doivent pas
fonctionner selon la loi du marche'; non a la sous-traitance dans les
services publics. =20
3. Mise en oeuvre par les pouvoirs publics d'une politique de
cre'dit et de subventions en faveur des initiatives de cre'ations
d'entreprises coope'ratives et artisanales. =20
4. Extension du IMI (e'quivalent du RMI) a toutes les personnes
sans ressources a partir de dix-huit ans en favorisant les contrats
personnalise's d'emploi. =20
5. Acces gratuit pour toutes les personnes de plus de dix-huit ans
sans ressources a toutes les installations sportives, sociales,
culturelles, publiques ainsi qu'aux transports urbains. =20
6. Soins, e'lectricite', gaz gratuits pour toutes les personnes sans
ressources. =20
7. Constitution par les banques et les caisses d'e'pargne, sur leurs
be'ne'fices, d'une re'serve spe'cifique qui permettrait d'acque'rir des
logements sociaux qui seraient attribue's, pour un loyer
symbolique, aux personnes ne'cessiteuses. =20
8. Suspension de toutes les hypotheques et du paiement des
inte'rets des prets contracte's par des personnes sans ressources =20
9. Mise en oeuvre par les institutions d'une politique de l'emploi
qui re'duirait le temps de travail et favoriserait les embauches sans
re'duction de salaire. =20
10. Transfert des de'tenus dans les lieux o=F9 ils re'sidaient
auparavant afin de re'duire au minimum les frais de transport
occasionne's par les visites; e'laboration d'une politique de
re'insertion sociale; mise en liberte' des de'tenus gravement
malades.
De nombreux de'bats accompagnerent les de'placements et les
e'tapes, au cours desquels les themes de la plate-forme
revendicative furent largement examine's; il n'est pas sans inte'ret
d'insister sur ces discussions, en particulier parce que, durant les
e'changes de vues, les organisateurs de la CGT insisterent sur le
fait qu'il n'existait pas de solution re'elle et globale contre
l'exclusion sociale dans l'e'conomie capitaliste. Un monde sans
chomage serait un monde de'barrasse' du capitalisme.=20
Bien que les marches aient e'te' quasi boycotte'es par la presse
nationale, et assez peu cite'es par la presse re'gionale, l'arrive'e des
columnas a Madrid, le 11 de'cembre, re'unit plus de trois mille
personnes. Et fut le coup d'envoi de nombreuses initiatives, dont
une greve de la faim du secre'taire ge'ne'ral de la CGT et du
coordinateur de Baladre, qui interpellerent les dirigeants
europe'ens, re'unis dans la capitale de l'Etat espagnol pour discuter
de la monnaie unique, et le gouvernement espagnol a propos de
l'accroissement du nombre de sans-travail, qui de'passe, outre-
Pyre'ne'es, les 24 pour 100 de la population active. Enfin, toujours
a Madrid, le 17 de'cembre, 15.000 personnes, a l'appel du
Forum, se re'unirent contre le chomage et la pauvrete'. La pre'sence
de la CGT, et celle de nombreux drapeaux noir et rouge, y fut
importante... et remarque'e.
Forte de ses succes, la CGT, des le commencement de 1996, a
intensifie' sa campagne contre la privatisation et le de'mantelement
des services publics, campagne qui recueille aupres des
travailleurs concerne's un e'cho important: plus de 2.500 personnes
se sont re'unies, le 23 ma`rs, a Madrid a l'appel de la seule CGT.

graves divergences
au congres
des Commlssions
ouvrieres

L'accroissement quantitatif de la CGT espagnole est le re'sultat,
au moins pour une part, de l'arrive'e dans la Confe'de'ration de
militants et de sections syndicales qui quittent les Commissions
ouvrieres. En effet, l'organisation syndicale dirige'e par des
militants du parti communiste espagnol est, depuis quelques
anne'es, le champ clos d'un affrontement de lignes entre ceux qui
se dirigent vers un syndicalisme d'accompagnement et de
collaboration, quelque peu en rupture avec le PCE et dirige's par le
secre'taire ge'ne'ral des Commissions, Antonio Gutierrez, et
d'autres plus proches de la direction du parti, derriere Augustin
Moreno. L'application par la direction des Commissions d'une
orientation de conciliation s'est concre'tise'e depuis quelques
anne'es par la signature d'accord accroissant la pre'carite' ainsi que
la re'duction des droits et des salaires...
Or le dernier congres, tenu en janvier 1@96, a re'e'lu, contre les
consignes du PCE, Antonio Gutierrez et la direction sortante, avec
presque 65% des suffrages, lui donnant ainsi mandat de continuer
sur cette voie de la conciliation avec le patronat et l'Etat.
Les de'bats ont e'te' particulierement durs et acerbes. Gutierrez a
justifie' sa ligne en invoquant l'inde'pendance syndicale envers tout
le monde; il a, dans les de'bats inte'rieurs aux Commissions j
accuse' son rival d'avoir des contacts avec la CGT, avec le diable
anarchosyndicaliste. Quant a Moreno, il a reproche' a Gutierrez
d'etre a la solde du patronat, en argumentant notamment sur les
1.300 millions de pesetas que les Commissions ouvrieres ddivent a
la Se'curite' sociale... Puis il a affirme' que la majorite'
collaborationniste des Commissions se dirige vers une fusion avec
l'UGT re'formiste.
De'ja, seulement quelques semaines apres ce congres, les
premieteS conse'quences de ce glissement a droite se font sentir:
l'UGT et les Commissions ouvrieres pre'parent avec le syndicat
patronal un accord dont l'essentiel se re'sume en l'imposition d'un
de'lai de quin@e jours entre une de'cision de greve et le
commencement de l'arret effectif de travail, de'lai pendant lequel
les syndicats de salarie's et patronaux s'efforceront de trouver une
solution au diffe'rend; il s'agit a l'e'vidence d'une grave attaque
contre le droit de greve. Plus dangereux encore: un accord est
actuellement ne'gocie' en Catalogne qui instaurerait des re'unions
paritaires dont le role serait de de'terminer, en cas de difficulte's ou
de modernisations dans les entreprises, les personnes qui
pourraient etre licencie'es pour =ABraisons objectives=BB. Une telle
situation ne peut que continuer a de'stabiliser les Commissions et
renforcer peu a peu la CGT et l'anarchosyndicalisme qui,
aujourd'hui, commencent a etre percus comme un recours
syndical;de lutte.=20

Pour l'unite' d'action=20

Jose' Marie Olaizola et la CGT d'Espagne, en outre, s'efforcent
de'ja depuis quelque temps de de'velopper l'action syndicale contre
le chomage, la pauvrete' et la pre'carite' au niveau europe'en. Elle
suit, par exemple, les re'unions pre'paratoires aux marches contre
le chomage qui seront organise'es, en 1997, dans toute l'Europe
La CGT espagnole sera pre'sente, enfin, dans les manifestations
qui se re'uniront, en juin, contre la tenue du G7 a Lyon; elle
souhaite a cette occasion que le mouvement libertaire, surmontant
ses divisions, soit capable de s'y montrer uni et dynamique.
Faisons en sorte de re'aliser ce souhait.=20

JACQUES TOUBLET gr. Pierre-Besnard - Paris

FREEDOM PRESS
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