(fr) G7 - sur le neo-liberalisme [1/3]

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Sat, 25 May 1996 14:46:55 +0200


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CONFLITS_L
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CONTRE LA PURYFICATION DE LA PENSE'E
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[ Ele'ments de re'ponse au Livre Blanc ne'o-libe'ral ]

Le 13 de'cembre 1995, un groupe des plus puissants industriels et
financiers suisses mene' par M. de Pury, ex-PDG de la multinationale ABB, a
publie' un Livre Blanc, Ayons le courage d'une ve'ritable relance!,
manifeste appelant a` une radicalisation des politiques ne'o-libe'rales
de'ja` en cours. Entre autres, les grands patrons suisses se proposent de :
- faire voter dix "re'formes" re'duisant les imp=F4ts des entreprises et des
riches, aggravant ainsi les ine'galite's et les difficulte's financie`res
de l'Etat.
- re'duire les retraites et les allocations ch=F4mage a` un minimum vital (o=
n
envisage une retraite a` 1500 FS et une allocation ch=F4mage a` 1800 FS par
mois!); restreindre l'acce`s aux e'tudes supe'rieures en augmentant
massivement leur cout tout en re'duisant les bourses d'e'tudes. Les
principes meme de la solidarite' et de la redistribution seraient a`
rejeter.
- casser le me'canisme des contrats collectifs, faire baisser les salaires
et favoriser la de'localisation d'emplois.
- s'approprier les secteurs rentables des PTT, des CFF et des entreprises
d'e'lectricite'.

Ce Livre Blanc laisse voir la ve'ritable nature de la restructuration
ne'o-libe'rale en cours. Paroxysme du syste`me capitaliste, elle implique
le rejet de tout compromis social et le choix d'une socie'te' a`
ine'galite's sans cesse croissantes. Dans chaque domaine, les propositions
patronales reviennent a` supprimer des emplois et re'duire les salaires,
directs ou indirects, pour augmenter leurs be'ne'fices - sous pre'texte de
rendre plus compe'titive "notre" e'conomie!

Il est temps de rejeter clairement une politique qui a` de'ja` fait tant de
de'gats dans le monde, d'abandonner l'illusion que ce projet peut etre
compatible avec les droits populaires. Il ne suffira pas non plus d'imposer
une hypothe'tique "relance" de leur e'conomie (qui du fait des progre`s de
la productivite' ne ge'ne'rerait de toute fac,on gue`re d'emplois), ou un
retour au compromis social d'apre`s-guerre. Il faut une re'orientation
de'cisive pour mettre l'e'conomie au service des besoins sociaux, au lieu
du contraire.

Alternative utopique? L'utopie est de croire que notre socie'te' pourra
perse've'rer, sans dommages majeurs, sur la voie actuelle. D'ailleurs
certains signes, tels que la grande gre`ve franc,aise, indiquent que la
patience et la cre'dulite' des peuples europe'ens ont des limites. Au Sud,
les indige`nes zapatistes du Mexique, pour qui le ne'olibe'ralisme est une
affaire de vie ou (surtout) de mort, ont e'te' les premiers depuis la chute
du mur de Berlin a` donner le signal d'une re'volte radicale contre la
"pense'e unique". C'est cet acte de courage ne'cessaire qui a fixe' sur eux
l'attention du monde. Deux ans apre`s leur soule`vement, ils appellent a`
des Rencontres Intercontinentales Contre le Ne'o-libe'ralisme (voir page
17). Notre re'ponse au Livre Blanc se veut aussi une contribution a` cette
re'flexion internationale.

1. JUGEONS LE NE'O-LIBE'RALISME PAR SES RE'SULTATS

-- Constat

Depuis vingt ans, les recettes ne'o-libe'rales ont de'ja` fait leurs
preuves dans le monde, ge'ne'rant des be'ne'fices colossaux . et une crise
e'conomique sans pre'ce'dent Famines et e'pide'mies s'e'tendent au Sud,
mise`re et ch=F4mage au Nord alors que quelques milliers de banques et
holdings multinationaux affichent chaque anne'e des be'ne'fices records, et
e'tablissent des quasi monopoles mondiaux dans tous les secteurs de pointe.
Selon la Banque Mondiale, en 1960 les 20% de la population mondiale les
plus riches e'taient 30 fois plus riches que les 20% les plus pauvres
Trente ans plus tard, ils e'taient 60 fois plus riches. On comprend qu'ils
nous proposent de perse've'rer dans cette voie!

Prospe`re, la Suisse a e'te' relativement e'pargne'e, jusqu'a` pre'sent.
Aujourd'hui les conquetes sociales (droits des salarie's, e'tat social,
etc.) s'y re've`lent fragiles. Puisque notre tour est venu, nous avons
inte'ret a` profiter de l'expe'rience des autres.

-- Le Livre Blanc: recettes ringardes, mais tournant de'cisif

M. de Pury n'a rien invente'. Les recettes ne'o-libe'rales sont identiques
partout, et ressemblent meme furieusement aux recettes "libe'rales" du
capitalisme sauvage du l9e`me. La contradiction fondamentale est la meme:
laisse'e a` elle-meme, la logique du "marche'" (c'est-a`-dire des
entrepreneurs) pousse a` re'duire sans cesse les salaires pour augmenter
les be'ne'fices et la compe'titivite', mais cette compression de la
consommation populaire ame`ne la crise. Un salarie' appauvri est un mauvais
client. De ce point de vue, ce qui est bon pour chaque entreprise (et tout
particulie`rement les plus puissantes) n'est pas bon pour l'e'conomie dans
son ensemble.

Au contraire, l'histoire des crises du capitalisme le de'montre, seule la
re'sistance collective de ceux d'en bas impose le partage minimal des
richesses ne'cessaire pour soutenir la demande

Ainsi les luttes de la gauche et des organisations syndicales ont abouti au
compromis social qui soustendait la prospe'rite' capitaliste de
l'apre`s-guerre. Mais celui-ci e'tait constitue' d'accords salariaux, de
mesures sociales et d'une re'glementation dans le cadre d'Etats
relativement autonomes. A partir de la fin des anne'es '60, la
mondialisation l'a progressivement mine', et a permis d'imposer des
politiques ne'o-libe'rales. Pourquoi se soucier de la demande interne, du
pouvoir d'achat de ses salarie's, si on produit pour le marche' mondial? Le
grand capital, e'chappe' a` la tutelle de "l'Etat Social", a pris de
nouveau le mors aux dents.

Mais si les recettes de M. de Pury sont e'cule'es, on aurait tort de
sous-estimer l'importance politique de cette prise de position, qui
correspond a` des mots d'ordres patronaux de'passant largement nos
frontie`res (on les retrouve identiques dans les textes du FMI, de l'OCDE,
de l'OMC, et de la Commission Europe'enne) Mal rec,u le Livre Blanc? Mais
quand les plus grands patrons suisses, financiers et industriels re'unis
ont fait un accord, ils n'ont pas besoin du n=F4tre. D'ailleurs, ils passent
de'ja` a` l'exe'cution! L'espace de concertation, de compromis, la "formule
magique" n'existent plus. Seule une re'sistance dure pourra les arreter.

II. COUP D'ETAT NE'O-LIBE'RAL: MODE D'EMPLOI

-- Au nom de la "compe'titivite'", mettre les salarie's du monde en concurre=
nce.

En de'veloppant la mondialisation et le libre e'change, les multinationales
ont pu exercer un chantage de'terminant. La concurrence entre pays du Sud a
oblige' ceux-ci a` vendre toujours moins cher leur travail et leurs
matie`res premie`res. Depuis les anne'es '70, le meme processus a e'te' mis
en place entre salarie's des pays industrialise's. Les syndicats, affaiblis
par cette concurrence, puis par la crise et le ch=F4mage qu'elle a
provoque's, ont accepte' la baisse des salaires, "l'alle'gement" de la
re'glementation sociale. Ainsi on a pu ensuite aggraver la concurrence
entre salarie's a` l'inte'rieur meme du pays, de'truire les solidarite's:
travail pre'caire, au noir, de'nonciation des ch=F4meurs "parasites
(embauche's ensuite au rabais), divisions fomente'es entre secteur public
et prive', nationaux et e'trangers, etc.

Le Livre Blanc continue dans cette voie. Par exemple, sans craindre le
paradoxe, il encourage les employeurs a` transfe'rer les emplois a`
l'e'tranger. Ces transferts seraient "indispensables" pour restructurer la
production a` l'avantage de la Suisse (de la Suisse ou des multinationales
"suisses"?) et ainsi ... maintenir des places de travail! Le chantage est
toujours a` l'ordre du jour.

Ce chantage doit permettre d'e'liminer les contrats collectifs et de mettre
a` plat ventre des syndicats, qui sont de'ja` pour la plupart a` genoux.
Les patrons de la chimie sont de'ja` passe's a` l'acte, n'admettant de
ne'gocier un contrat "collectif" qu'apre`s avoir de'cide' des salaires et
conditions de travail dans l'intimite' des entreprises. De'but fe'vrier la
chimie a connu un de'brayage pour protester contre ce de'mante`lement. Les
patrons de la me'tallurgie prennent des dispositions semblables. Avec la
rupture de leur convention collective, les travailleurs de l'h=F4tellerie,
de'ja` surexploite's, risquent de perdre les salaires minimaux, le l3e`me
salaire, une semaine de vacances, et de voir passer leur semaine de travail
de 42-45 a` 51-60 heures. Enfin, les banques ont annonce' qu'elles
me`neront "les ne'gociations salariales directement avec notre commission
du personnel" de`s 1997. Qui dit encore que de Pury est un extre'miste
isole''?

-- Court-circuiter, puis soumettre les Etats.

Grace a` la mondialisation, les grands ope'rateurs financiers exercent
aussi un chantage sur la politique d'Etats qui se pre'tendent pourtant
encore souverains et de'mocratiques. La mobilite' des capitaux et des
marchandises a re'duit drastiquement la marge de manoeuvre des Etats. Ils
ne contr=F4lent pratiquement plus ni les mouvements de capitaux et biens, ni
le taux de change, ni les me'canismes de cre'dit. Il suffit de se rappeler
de la "contrainte exte'rieure" (balance des paiements, fuites de capitaux),
qui a ramene' si rapidement les socialistes franc,ais a` la raison
ne'olibe'rale, pour mesurer le caracte`re de'cisif de l'arme de la
mondialisation dans la de'route de la gauche.

On l'asse`ne comme une e'vidence: les Etats, endette's, n'ont plus de
moyens. Mais comment se fait-il que des socie'te's toujours plus riches et
productives ne peuvent plus se payer une protection sociale mise en place
apre`s 1945, dans un Europe en ruines? Pourquoi l'Etat est-il si endette',
et ou` se cache notre immense richesse? (Au Cre'dit Suisse, Bahamas? a`
l'UBS, Panama?)

D'abord, la dette n'est pas si grande que c,a: compare'e au produit
inte'rieur brut, elle a meme fondu depuis les anne'es septante.
L'endettement de toutes les collectivite's publiques suisses est passe' de
44,1% a` 27,8% du PIB entre 1979 et 1990.

Si la dette grandit en termes absolus, s'est d'abord a` cause du chantage
du de'part a` l'e'tranger (en Suisse on pratique meme le chantage
international!) qui a permis d'imposer une baisse de l'imposition des
entreprises et des revenus des riches (leur charge fiscale s'est re'duite
re'gulie`rement pendant les anne'es '80), enfonc,ant les budgets e'tatiques
dans les chiffres rouges Ici encore, le Livre Blanc propose une
radicalisation des politiques qui ont aggrave' la crise. Apre`s la
suppression du droit de timbre pour les banques et l'introduction de la
TVA, le Livre Blanc propose huit nouveaux cadeaux aux riches: parmi ceux-ci
le remplacement de l'imp=F4t fe'de'ral par la TVA et l'abandon de la
progressivite' des imp=F4ts en ge'ne'ral ....

D' autre part, la crise a eu comme double effet de diminuer les recettes de
l'Etat (imaginez l'effet sur le revenu cantonal des 30 000 emplois perdus
a` Gene`ve depuis cinq ans, par exemple), et d'augmenter les de'penses (ces
memes salarie's, devenus ch=F4meurs, ont e'videmment gonfle' aussi les
de'penses).

Mais l'endettement de l'Etat fait aussi des heureux. La baisse du pouvoir
d'achat populaire rend plus rares les occasions d'investissements rentables
dans le prive'. Par contre certains services publics sont de bonnes
affaires, surtout quand il s'agit de consommations ine'vitables, meme en
temps de crise (Service des Automobiles, te'le'phone, e'nergie). Les
patrons suisses se proposent ainsi d'acheter a` terme l'ensemble des
services publics: PTT (on pre'voit de licencier un tiers du personnel),
CFF, production d'e'nergie, etc. Cela permettra le "de'sendettement" de
l'Etat sans imposer les riches. La belle affaire! Au lieu de devoir
soutenir les services publics par leurs imp=F4ts, les riches peuvent les
acheter a` bas prix et en faire de sources supple'mentaires de revenu!

Aux usagers, on fait miroiter les avantages de l'efficacite' pre'sume'e de
la concurrence dans les secteurs privatise's, alors qu'il s'agit souvent du
passage d'un service public a` un monopole ou oligopole prive'. Leurs
dirigeants n'auront aucune peine a` s'accorder pour imposer l'offre qui
leur est la plus rentable, sans e'gards pour les besoins du public. La
privatisation des Te'le'coms renche'rit de'ja` le cout des communications
locales, et baisse les couts pour les gros consommateurs internationaux. De
meme, les projets de privatisation de l'e'lectricite' ne donneraient le
choix du fournisseur qu'aux gros consommateurs. Dans un autre domaine, les
universite's plus ou moins privatise'es, ne seraient accessibles qu'aux
riches. Dans ce cas, le genre de "service public" propose' est au moins
clair! Ame'liorer l'offre aux usagers (notamment en les associant aux
de'cisions) est une chose, de'tourner les services publics au be'ne'fice
d'inte'rets prive's en est une autre.

Il est vrai que les privatisations risquent de s'accompagner de baisses de
prix dans certains cas, mais celles-ci sont dues plus aux progre`s
techniques qu' aux privatisations en soi. Ce sont pre'cise'ment ces
progre`s, avec les sur-profits qu'ils promettent, qui aiguisent l'appe'tit
des holdings. Et qu'on ne vienne pas nous dire que seule l'initiative
prive'e peut stimuler l'innovation technique, alors qu'une grande partie de
celle-ci est le fruit d' investissements publiques dans la recherche.

Bien sur, la propagande ne'o-libe'rale justifie les privatisations par le
manque de "compe'titivite'" des services publics. Mais bizarrement, on
commence toujours par privatiser les services les plus rentables, les
Te'le'coms par exemple. (A l'e'poque de Thatcher certaines privatisations
ont provoque' des e'meutes de spe'culateurs a` la bourse. Le "rond de cuir"
peut etre une bonne affaire!) Ainsi on privatise les services qui
repre'sentaient une ressource pour l'Etat, et on conserve les non
rentables. Le budget de celui-ci se portera donc encore plus mal a` long
terme. Puisqu'on veut s'inspirer du prive', peut-on imaginer qu' un prive'
suive une politique d' investissement aussi suicidaire?

Quant aux entreprises non rentables, les expe'riences a` 1' e'tranger
permettent de pre'voir les recettes magiques qu' utilisera le prive'.
1) les "pre'parer" a` la privatisation en y injectant des fonds publics.
Mais apre`s les avoir modernise'es, pourquoi l'Etat ne les gardent-elles
pas?
2) de'grader violemment les conditions de travail et de salaire. Le prive'
est "flexible": De'but 1996, le personnel des wagons-restaurants s'est vu
offrir une diminution du salaire de base de 25% (environ 1700 FS pour 42
heures harassantes). Et la porte pour les re'calcitrants!
3) e'liminer et de'grader les services, ou augmenter leur prix (laisse's
bien e'videmment au libre jeu du marche').

Evidemment, on invoque aussi la ne'cessite' de suivre l'exemple europe'en.
Cela veut seulement dire que la meme arnaque se joue partout. C'est bien
vrai.

L'Etat, e'pure' de ses aspects sociaux et re'gulateurs, ne de'pe'rit pas
pour autant. Personne ne s' inquie`te des subventions massives a` certaines
industries (garanties fe'de'rales a` l'exportation, par exemple). Certaines
"inge'rences e'tatiques" restent les bienvenues! Par ailleurs, la
de'gradation du climat social l'ame`ne a` renforcer ses aspects
re'pressifs. On ne le'sine pas sur les de'penses militaires et policie`res.
Apre`s les mesures de contrainte et l'arme'e aux frontie`res, on nous
annonce la formation d'unite's militaires destine'es a` intervenir contre
la population civile, ainsi que divers projets pour restreindre les droits
populaires. La dictature de 1' argent s'affirme chaque jour plus
ouvertement. Le de'sordre ne'o-libe'ral ne'cessite un Etat fort.

-- S'attaquer aux me'canismes de redistribution et solidarite'

Surtout, l'asphyxie de l'Etat a permis aux ide'ologues ne'olibe'raux de
s'attaquer au principe meme de la solidarite', aux garanties sociales qui
donnaient un minimum de se'curite' contre les menaces patronales et
atte'nuaient tant soit peu les injustices.

Les patrons d'un peu partout se sont donne's le mot. Ils disent ne plus
pouvoir contribuer comme auparavant a` la solidarite' sociale, ni par des
imp=F4ts, ni par des cotisations patronales. Cela pourrait nuire a` leur
compe'titivite' internationale... et donc a` l'emploi!

Les allocations ch=F4mage et les salaires conventionnels minimums, par
exemple, ont fait leurs preuves comme garanties minimales, a` la fois
contre le chantage patronal, pour tous ceux qui sont contraints de vendre
leur force de travail, et contre un effondrement ge'ne'ral de la demande en
temps de crise. Mais voici qu'on propose de "lutter contre le ch=F4mage" en
les cassant. De cette manie`re le salaire "convenable" pourrait baisser
jusqu' a` ce qu' il devienne "inte'ressant" pour n' importe quel
entrepreneur sans scrupules. Et le ch=F4meur n'aurait plus d'autre choix que
de l'accepter. C'est effectivement de cette fac,on que le ch=F4mage a e'te'
re'duit aux Etats-Unis, car les salaires commencent a` etre concurrentiels
avec le Tiers Monde. D' apre`s le patron de Daewoo, ses couts salariaux
sont moins e'leve's en Grande Bretagne (ou` le nombre de me'nages vivant en
dessous du seuil de la pauvrete' a` double' en dix ans) qu'en Core'e. Aux
Etats-Unis et en Grande Bretagne, mode`les du ne'o-libe'ralisme, une
nouvelle, classe apparait, le "working poor": Au Etats-Unis, 18% des
salarie's a` plein temps sont en dessous du seuil de la pauvrete'.

Cette machine-a`-Thatcher est de'ja` enclenche'e chez nous: Les
ine'galite's se creusent re'gulie`rement depuis bient=F4t 20 ans (voir
encadre'). Et ce n'est qu'un de'but! Les deux tiers des ch=F4meurs ayant
e'puise' leurs indemnite's ne retrouvent qu'un emploi pre'caire et avec une
re'duction de salaire. Selon Caritas, pour un tiers d'entre eux c'est une
re'duction de 40% ou plus! Et ils ont encore de la chance, car40% des
ch=F4meurs en fin de droits ne retrouvent par de travail du tout!

On pre'tend sacrifier les protections sociales pour retrouver le plein
emploi. La ve'rite' est qu'on cherche a` re'duire le cout social des
pauvres parce que le projet ne'o-libe'ral les pre'voit toujours plus
nombreux.

Le capital multinational est vraiment de'sole', mais il ne trouve pas le
moyen d'exploiter tout le monde. Les pre'caires, exclus, ch=F4meurs et autre=
s
SDF toujours plus nombreux du Nord ont au fond le meme proble`me que ceux
du Sud, ou` des re'gions et pays entiers, d'abord inte'gre's de gre' ou de
force dans le marche' international, sont a` pre'sent largue's, abandonne's
au chaos et a` la famine.

C'est le mode`le que nous propose d'imiter le Livre Blanc, en appelant a`
une re'duction ge'ne'ralise'e des couts sociaux au nom de la
"compe'titivite'". Pourtant en Suisse la part de la protection sociale dans
la production globale de richesse (PIB) se situe de'ja` en dessous de la
moyenne europe'enne.

Nos "patrons de l'e'conomie" n'assument aucune responsabilite' quand leur
gestion tourne au de'sastre. Au contraire, non contents de monopoliser
pratiquement tous les moyens de production et de subsistance du pays, ils
sermonnent ceux qu'ils ont exclus de la production en leur vantant les
me'rites de "l'autoresponsabilisation"! Poussant la socie'te' a` une
odieuse re'gression e'go=EFste, ils assimilent la solidarite' de la socie'te=
'
a` une "tutelle paternaliste" et bureaucratique. Plus le ch=F4mage devient
massif et manifestement involontaire, plus ils pre'sentent leurs ci-devant
"partenaires sociaux" comme des parasites qui doivent etre contraints a`
retrouver des emplois, en re'duisant leurs allocations au minimum vital.
Pour le reste, le Livre Blanc propose que chacun contracte une assurance
prive'e. Sans contribution patronale, celle-ci serait e'videmment hors de
prix pour les "mauvais risques", c'est-a`-dire pour les professions les
plus touche'es par l'innovation, pour ceux qui en auraient le plus besoin.

Comme M. Juppe' en France, les patrons suisses veulent aussi s'attaquer aux
retraites. La` aussi une solution radicale: ne plus assurer que la survie,
en laissant a` chacun la "liberte'" de cotiser sans contribution patronale
(et selon ses moyens...) a` une assurance prive'e!

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