(fr) G7 - sur le neo-liberalisme [2/3]

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Sat, 25 May 1996 14:46:46 +0200


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CONFLITS_L
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III. LE NE'O-LIBE'RALISME CULTIVE LA CRISE MONDIALE.

-- Nivellement par le bas et spirale de la mise`re.

Apre`s avoir ruine' le Sud, la logique de la mise en concurrence
ge'ne'ralise'e aggrave chaque jour la crise e'conomique dans le Nord:
baisse des salaires ge'ne'ralise'e dans le monde de'veloppe' (1% par anne'e
aux Etats-Unis depuis bient=F4t vingt ans), ainsi que des coupes sombres dan=
s
les de'penses sociales. Il est e'vident qu'une telle re'duction du pouvoir
d'achat ne peut qu'aggraver la me'vente, la crise et donc le ch=F4mage et la
pre'carite', relanc,ant ainsi la concurrence. La spirale descendante est
enclenche'e.'

La mondialisation rend impossible la protection ou la relance du marche
interne. Au contraire, chaque pays est incite' a` faire des sacrifices pour
produire plus, et moins cher, pour un marche' mondial stagnant. Chaque jour
on nous rappelle (parfois c'est meme un "socialiste" qui s'en charge!)
qu'il faut etre "compe'titif", c'est-a`-dire se vendre moins cher que les
vaudois, les franc,ais, etc., sous peine de perdre des parts de marche', de
voir chuter la balance des paiements, etc. Meme les fonctionnaires doivent
se serrer la ceinture, car on pre'tend ne plus pouvoir imposer les riches
et les entreprises, de peur qu' elles s'envolent ailleurs.

La progression re'gulie`re de la proportion des activite's des
multinationales suisses re'alise'es a` l'e'tranger suffit a` intimider les
salarie's. Meme la Suisse, riche et compe'titive, se voit imposer une
logique e'conomique de pays pauvre. En effet, de'ja` le marche' interne se
contracte sous l'effet d'une auste'rite' qui est cense'e stimuler les
ventes a` l'e'tranger. Mais si meme les Suisses n'ont pas le droit de
consommer... Et si tous les pays exportent plus, qui va importer? Cette
concurrence exacerbe'e profite aux entreprises individuelles les plus
"battantes", mais la restriction du pouvoir d' achat global est ne'faste a`
l'e'conomie dans son ensemble (meme dans une optique capitaliste). Pourtant
cette logique cannibale l'emporte sur toute conside'ration plus ge'ne'rale.

Et cela ne fait que commencer. L'International Herald Tribune se re'jouit
en anticipant l'effet be'ne'fique qu' aura la concurrence est-europe'enne-
sur les "modes de vie luxueux" des ouvriers d'Europe occidentale, qui
pre'tendent "encore" (sic!) avoir droit a` de "longs conge's paye's".
De'ja`, la me'tallurgie suisse (ABB en particulier) sous-traite de plus en
plus a` l'Est.

-- Une logique pas si folle que c,a.

Vous pouvez objecter, "Ca ne peut pas etre si bete. C' est e'vident qu'
ainsi nous ne sortirons jamais de la crise. Qui pourrait avoir inte'ret de
proposer c,a?" Qui? Ceux comme M de Pury, les Banques "Suisses ", et autres
auteurs du Livre Blanc qui font de'ja` plus de la moitie' de leur affaires
a` l'e'tranger, bref les multinationales, qui peuvent aller n'importe ou`
dans le monde acheter celui qui se vend le moins cher, et faire un
sur-be'ne'fice en vendant le re'sultat de son travail a` ceux qui peuvent
encore acheter. Evidemment, dans l'ensemble le marche' stagne. Les petits
et moyens font faillite par millions. Mais c'est justement l'occasion de
les racheter, et leur part de marche' avec ! Seules les entreprises les
plus grosses,' internationales et sans scrupules survivront? Pas de
proble`me, de Pury en est! On orchestre la mise en monopole de la
production mondiale a` coups de fusions ge'antes. Les multinationales
contr=F4lent de'ja` plus du tiers du capital productif prive' dans le monde.
Les trois quarts du commerce international de biens et services est entre
leurs mains. A pre'sent, meme les tenanciers de bistro doivent affronter la
concurrence de'loyale des ge'ants multinationaux derrie`re MacDo ou Pizza
Hut.

-- Une nouvelle re'partition du monde,

Derrie`re le "laissez faire", la pre'tention de libe'rer l'e'conomie du
politique, il y a une ve'ritable conquete du monde, avec des conse'quences
politiques et sociales de'sastreuses. Le de'sespoir des populations fait
partout e'clater violences aveugles et inte'grismes. Un exemple: on
comprend mieux l'explosion au Rwanda, lorsqu'on sait que sa paysannerie
avait e'te' totalement mise en faillite depuis quelques anne'es par les
multinationales. On arrachait les cafe'iers, car les prix du marche' ne
couvraient meme plus les couts. Et le marche' national de denre'es e'tait
submerge' d'importations a` bas prix!' L'e'conomiste Vandana Shiva pose la
question "Voulez-vous cent Rwandas en Inde?". Selon elle, l'Inde, cent fois
plus peuple' que le Rwanda, sombrera aussi dans le chaos si les accords du
GATT/OMC y sont applique's.

Parfois, les inge'rences du nouveau pouvoir mondial sont plus directes
encore: On favorise la balkanisation de l'ex-URSS pour pouvoir s'approprier
a` meilleur compte ses richesses; on impose une dictature sanglante a`
Ha=EFti, pour lui faire accepter le programme du FMI; les banques
ame'ricaines demandent l'e'crasement des zapatistes pour restaurer la
"confiance" dans le re'gime mexicain.

Le projet ne'o-libe'ral vaut bien une crise mondiale, des famines, des
guerres toujours plus proches. On ne fait pas d'omelette sans casser des
oeufs.

La crise est une affaire si juteuse qu'on nous propose meme de la relancer
en radicalisant cette mondialisation, ce ne'o-libe'ralisme qui s'est
illustre' si brillamment depuis Reagan et Thatcher: accords de Maastricht,
traite' de l'ALENA, accords du GA'TT/OMC, Livre Blanc des patrons suisses.

IV. DISCOURS ET RE'ALITE'S DU NE'OLIBE'RALISME.

-- Le courage d'un ve'ritable mensonge!

Les auteurs du Livre Blanc ont eu le culot de de'tourner le terme de
"relance" dans leur titre. Reagan a fait la meme proposition mensonge`re
de`s 1980. Normalement, on relance une e'conomie en stimulant la demande
(augmentations de salaires, grands travaux, etc.), mais les e'conomistes de
Reagan pre'tendaient pouvoir le faire en augmentant l'offre: augmentons
massivement les be'ne'fices des entreprises et les revenus des riches, et
ceux-ci, dans leur grande sagesse, investiront! Les investissements
cre'eront des emplois et les revenus de ces emplois relanceront la demande.
He'las, les entreprises n'embauchent pas pour re'pondre a` une demande
encore inexistante. Les e'normes cadeaux fiscaux de Reagan ont surtout
alimente' une restructuration de'voreuse d'emplois, et une vague de
spe'culation boursie`re de'sastreuse. Touchant moins d'imp=F4ts, l'Etat a du
emprunter. Les riches ont pu ainsi preter a` l'Etat l'argent qu'ils
auraient normalement du payer en imp=F4ts! Un exemple inspirant.

Le raisonnement qui sous-tend le Livre Blanc est le meme-: Laissez-nous une
part plus grande, et nous investirons si bien (ici, ou en Asie?) que tout
ira pour le mieux.

Un exemple particulier peut illustrer l'effet ge'ne'ral de ce renversement
des perspectives e'conomiques. Au lieu d'assurer un revenu a` peu pre`s
correct aux ch=F4meurs, on propose de laisser aux riches des revenus plus
e'leve's. Ceux-ci pourront alors offrir des "emplois de proximite'" (paye's
une fraction d'un salaire normal) a` des ch=F4meurs, qui seront oblige's de
les accepter sous peine de perdre tout droit aux allocations. Et en plus ce
geste charitable pourra etre de'duit des imp=F4ts! Cette brillante
application des the'ories ne'o-libe'rales est de'ja` mise en oeuvre en
Belgique, et inte'resse beaucoup nos experts suisses. Soyez sages, et nous
vous laisserons cirer nos bottes.

-- On joue sur les mots:

Depuis l'e'poque Reagan les ne'olibe'raux proposent dans chaque pays la
formule originale rabache'e par MM. de Pury, Schmidheiny, et consorts: pour
s'en sortir "nous" devons etre plus "compe'titifs". Mais qui est ce "nous",
et qu'entendent-ils par "compe'titif"? Accrochez-vous! il y a des
glissements de sens.

Nous (les partenaires sociaux suisses) devons etre plus compe'titifs pour
avoir des commandes a` l'e'tranger (e'videmment du marche' interne on ne
parle plus). Pour cela, vous (les salarie's) devez ce'der une partie de
votre salaire et avantages sociaux a` nous (les patrons multinationaux
"suisses"), sinon nous irons ailleurs! Le plus beau, c'est qu'ils SOI
de'ja` ailleurs, tenant exactement le meme discours aux salarie's
asiatiques, est-europe'ens, ame'ricain etc. ! "Nous" devons faire des
sacrifices, pour battre la concurrence suisse! A ce jeu, ils ne peuvent
jamais perdre. Dans ce sens-la`, compe'titivite' est synonyme de
be'ne'fices patronaux, et sacrifices populaire (On essaie bien de nous
appater en nous faisant miroiter quelques consommations a` plus bas prix.
Mais quel est l'avantage si notre salaire baisse aussi ou si nous nous
retrouvons ch=F4meurs devant un vitrine de gadgets importe's?)

Evidemment, il y a une autre fac,on d'augmenter la compe'titivite': celle
qui consiste a` augmenter la productivite' du travail. Mais de cela il
n'est pratiquement pas question dans le Livre Blanc Mieux vaut la passer
sous silence, puisque les travailleurs en Suisse sont parmi les plus
productifs du monde. Meme la sure'valuation persistante du franc suisse n'a
pas faibli la demande mondiale pour le travail suisse.

"L'extreme mode'ration des augmentations de salaires et les gains
substantiels de productivite' ont donne' un coup de fouet a` la
rentabilite' des entreprises." Une e'tude de l'OCDE sur la Suisse, publie'e
en septembre 1995, confirmait dans ces termes pudiques que les salarie's
suisses ont de'ja` donne'. Depuis 1991 le pouvoir d'achat des salarie's a
baisse' de 11%, alors que les profits des entreprises cote'es en bourse ont
augmente' de 49 % . Le gain moyen par action s'est multiplie' par quatre
depuis 1972, et on pre'dit une nouvelle hausse de 17,3% en 1996 pour les
principales entreprises suisses.

La crise et la concurrence internationale entre salarie's a ainsi permis
aux patrons d'encaisser discre`tement les be'ne'fices des augmentations de
productivite'. Les re'ductions du temps de travail qu'elles rendaient
possibles, re'gulie`res depuis un sie`cle, ont e'te' fortement ralenties
ces dernie`res anne'es. De moins en moins de travailleurs suffisent pour
cre'er de plus en plus richesse, ce qui a ge'ne're' un ch=F4mage monstrueux
qui affaiblit encore davantage la position des salarie's.

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