(Fr) Le Monde Libertarie - syndicat

esperanto (lingvoj@lds.co.uk)
Sat, 4 May 1996 22:09:08 +0200


LE MOUVEMENT SYNDICAL EN FRANCE
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LES RECENTS =E9v=E9nements syndi-
caux m=E9ritent qu'on les observe
avec attention.
L'=E9volution du syndicalisme dans
le nettoyage du m=E9tro parisien n'est
pas la moins importante` des
nouveaut=E9s. Durant les premiers
mois de la pr=E9sente ann=E9e, le
syndicat des transports de la CNT
s'est renforc=E9 de mani=E8re significa-
tive dans ce secteur, confirmant sa
progression constante parmi les
1.500 ouvriers qui y travaillent-
1.200 titulaires et 300 int=E9rimaires.
La singularit=E9 principale du
nettoiement ferroviaire r=E9side dans
le fait qu'il est structur=E9 par des
soci=E9t=E9s de sous-traitance, qui propo-
sent concurremment leurs services =E0
la RATP. Cette pratique organise la
r=E9duction des co=FBts -pour un
m=EAme service, chacune des soci=E9t=E9s
en concurrence essaie sans cesse de
proposer un prix plus bas afin de
rafler le march=E9... La convention
collective, en revanche, gr=E2ce aux
acquis des luttes pr=E9c=E9dentes,
garantit aux travailleurs, lorsqu'ils
changent d'employeurs parce que la
RATP a choisi de soumissionner avec
une nouvelle soci=E9t=E9, le maintien de
leur contrat de travail (salaire,
prime, anciennet=E9, conditions de
travail, etc.). Les soci=E9t=E9s de sous-
traitance, bien s=FBr, tentent en
permanence de r=E9duire ces garanties
et les r=E9mun=E9rations, en particulier
en essayant d'accro=EEtre la producti-
vit=E9 par ouvrier.

Reprise en main
du syndicat et abandon
des syndiqu=E9s

Ainsi, le ler janvier 1996, plusieurs
centaines d'ouvriers de la Comatec
passent sous la juridiction de
nouveaux employeurs. Neuf d'entre
eux se retrouvent chez Penauille, une
bo=EEte =E0 mauvaise r=E9putation, qui leur
annonce que, pour la m=EAme quantit=E9
de travail effectu=E9e auparavant, il9
ne seront plus pay=E9s 7 h 80 mais
5 heures ! Leur syndicat, la CFDT,
auquel se sont adress=E9s les d=E9l=E9gu=E9s
de la Comatec afin de pr=E9parer une
riposte, h=E9site, envisage une proc=E9-
dure juridique, s'interroge pour
savoir s'il ne serait pas plus sage
d'accepter, bref, tergiverse. Les
d=E9l=E9gu=E9s contactent la section CNT,
qui alerte imm=E9diatement l'inspec-
teur du travail. L'employeur,
Penauille, tente alor@ un coup de
force: il d=E9clare les neuf personnes
=ABhors circuit=BB et e@saie de faire effec-
tuer leur travail par d'autres
salari=E9@... Imm=E9diatement, la section
CNT intervient sur le chantier pour
s'opposer au changement de person-
nel. Le lendemain, Penauille d=E9clare
qu'il abandonne le contrat-qui est
repris par une autre soci=E9t=E9, laquelle
garantit qu'elle respectera les
contrats ant=E9rieurs et la convention
collective.
Cet incident, vite r=E9gl=E9 =E0 la satis-
faction des travailleurs concern=E9s,
d=E9clenche l'explosion de la section
CFDT-Comatec: deux d=E9l=E9gu=E9s
passent =E0 la CGT et neuf =E0 la CNT,
dont le d=E9l=E9gu=E9 syndical.
Actuellement, ils font le tour des
chantiers pour exposer la situation et
expliquer leur d=E9cision; de cent
adh=E9rents, la section CNT pourrait
grossir =E0 trois cents ou trois cent
cinquante syndiqu=E9s. La section
CFDT avait, en effet, une forte
implantation, due aux gr=E8ves dures
qu'elle avait anim=E9es dans les ann=E9es
pr=E9c=E9dentes, orientation qu'elle ne
pouvait plus suivre depuis que le
syndicat CFDT-RATP a =E9te repris en
rl@a;@ par deH ilitar@t@ d@l co@ra@t
Notat.
Quelques jours plu8 tard, aux
=E9lections profe@sionnelle@ d'Onet, la
CNT accroit son score de 8% et
obtient 20% des suffrages, avec un
d=E9l=E9gu=E9 du personnel et un au conut=E9
d'entreprise ae syndicat CGT-de la
Kd=E9ration des Ports et Docks-voit
son score se r=E9duire de 35 =E0 25% et
FO, section nouvellement cr=E9=E9e,
obtient 38% des voix). Ce score =E9lecto-
ral, plut=F4t positif, n'est pas essentiel
pour les militants de la CNT
nettoyage et ne d=E9termine pas l'orien-
tation de l'action syndicale: il peImet
aux militants d'appara=EEtre dans
=B7 l'entreprise sous leur sigle et
d'utiliser des heures de d=E9l=E9gation
pour visiter les divers chantiers et
discuter des conditions de travail et
des revendications avec les
travailleurs et les syndiqu=E9s; et il
donne le moyen de contr=F4ler l'affecta-
tion des fonds du CE et de v=E9rifier si
la direction ne cherche pas =E0
<@acheter=BB des =E9lus par des avantages
divers, roctroi d'un appartement, par
exemple.
Ce qui est d=E9terminant, c'est
rimplantation qui augmente, nombre
de sections syndicales passant =E0 la
CNT, et qui ouvre la perspective de
pouvoir cr=E9er, sur tout le secteur, un
ra@pnrt de forces r=E9el capable de
s'opposer aux attaques patronales.
Sans doute, ces r=E9sultats sont le
fruit d'une longue et aride lutte
@ndic@e @e @a C@ m=E8ne, @epuia
une dizaine d'ann=E9es, pour s'implan-
ter dans le nettoiement. Mais on peut
se demander pourquoi aujourd'hui
cette implantation est en passe de
devenir, en adh=E9rents, en militants,
en force syndicale r=E9elle, la plus
importante.

Un syndicalisme
de classe

Une premi=E8re r=E9ponse est =E9vidente
parce qu'elle rel=E8ve de la conjonc-
ture: l'orientation de la direction
actuelle de la CFDT et de ses relais
dans les diverses structures de la
conf=E9d=E9ration du boulevard de
Belleville a pour r=E9sultat de d=E9tr ure
ou d'expulser peu =E0 peu tous les
secteurs combatifs voire m=EAme
simplement syndicalistes qui y
demeurent encore, le mot syndica-
liste =E9tant entendu dans son accep-
tion courante de d=E9fense des int=E9r=EAts
mat=E9riels et moraux des travailleurs.
Sera-t-il plus difficile de r=E9pondre =E0
l'interrogation suivante: pourquoi
cette d=E9sagr=E9gation s'est-elle effec-
tu=E9e au profit de la CNI ? Non, si on
se carltonne =E0 l'e@3erltiel- dans la
CNT, les tra@aille@lrs du rlettoya@e
du m=E9tro ont trouv=E9 la possibilit=E9
d'agir pour d=E9fendre et promouvoir
leuFs int=E9r=EAts de salari=E9s, leurs
salaires, leurs conditions de travail,
leur dignit=E9 et, quand l'heure de
l'action est venue, ils ont pu
s'appuyer sur la solidarit=E9 active,
concr=E8te des autres syndicats et
sections de la conf=E9d=E9ration. La CNT
s'est implant=E9e dans ce secteur parce
qu'=E0 travers elle les personnes qui y
travaillent ont pu faire du syndica-
lisme, un syndicalisme de classe
r=E9@olu ind=E9pendant du patronat et
ax=E9 sur la defense des int=E9rets de ses
mandants.

Une donne sociale
nouvelle

Le secteur du nettoyage du m=E9tro
repr=E9sente sans doute une des
meilleures illustrations de l'=E9volution
actuelle de la situation sociale, du
renouveau de la combativit=E9 et de la
volont=E9 de r=E9sistance; il est
exemplaire parce qu'il a su s'organi-
ser et s'opposer au patronat bien
qu'il cumule les dif@lcult=E9-s plus
grandes du secteur priv=E9 et de
l'industrie de main-d'oeuvre
immigr=E9e.
Il n'est pourtant pas le seul.
Beaucoup d'organisations syndicales
d'entreprises et locales, de militants
prennent, depuis le mouvement de
gr=E8ve de cet automne, la d=E9cision de
quitter le=E6 syndicats dits repr=E9senta-
tifs pour commencer =E0 construire des
organisations plus l=E9g=E8res, plus
proches des travailleurs du rang,
dans le public, chez les cheminots,
dans l'enseignement, et beaucoup
s'interrogent dans le priv=E9, aux
m=E9taux, dans la chimie. La plupart
viennent de la CFDT, mais pas seule-
ment; =E0 Nancy, par exemple, des
militants de la CGT du tri postal
envisagent d'adh=E9rer =E0 la CNT.
ces d=E9parts ne sont pas r=E9ellement
politiques, peu en fait, les appuient;
d'autres, au contraire, s'y opposent
de toutes leurs forces. On sait, pour
ne citer qu'un seul exemple, bien
attristant d'ailleurs, que la direction
de la f=E9d=E9ration des cheminots
CFDT, ba@tion de l'oppo@itior@ =E0
Notat et dont un nombre non n=E9gli-
geable de militants sont membres de
la LCR, attaque en justice les syndi-
cats SUD-cheminots, leurs anciens
bon@ camarades de la Gauche syndi-
cale, pour non-repr=E9sentativit=E9. (Il
n'est pas sans int=E9r=EAt, =E0 ce propos, de
pr8ter attention =E0 l'=E9volution des
relations entre l'Alternative liber-
taire (1) et la LCR; nagu=E8re, la
premi=E8re laissait dire par la seconde
qu'elle =E9tait son =ABpartenaire politigue
privil=E9gi=E9=BB, ce qui n'est plus tout =E0
fait vrai, d'autant que des militants
des deux groupes occupent des
postes de responsabilit=E9 dans SUD-
PIT...) Dans le plus grand nombre
de cas, les d=E9parts correspondent =E0
un ultime refus, une derni=E8re
indignation, un ras-le-bol d=E9finitif
apr=E8s que le militant aura rong=E9 son
frein pendant des ann=E9es, au nom de
l'unit=E9 et de l'int=E9r=EAt des travailleurs.
Tous ensemble, ces nouveaux
syndicats repr=E9sentent-ils un
=E9l=E9ment qui r=E9nove, qui modifie le
rapport de forces ? Dans certains
secteurs, sans aucun doute. Se dessi-
nerait-il la possibilit=E9, =E0 moyen
tern@e, d'llne @:ituatior@ o@, =E0 c=F4t=E9 des
@e@tlrale@ r@gociat@ces, @ rai@:@e@t
de nouvelles organisations !

Opposition politique
ou opposition sociale ?

Durant le mouvement de
novembre et d=E9cembre derniers, une
situation quelque peu nouvelle =E9tait
apparue. Le mouvem=E9nt social
occupait la sc=E8ne publique, tant dans
les rues et les entreprises que dans
les m=E9dias; les partis politiques, la
m=E9diation politique s'=E9tait effac=E9e,
laissant face =E0 face la direction de
l'appareil d'Etat et une partie impor-
tante de la population Inobili@;=E9e par
les gr=E8ves et les manifestations
situation bien p=E9rilleuse pour ceux
dont la t=E2che consiste =E0 g=E9rer la
soci=E9t=E9 de classes. La repr=E9sentation
sociale, notamment les syndicats
repr=E9sentatifs, s'=E9tait divis=E9e en
deux, ceux qui s'=E9taient ralli=E9s =E0
l'Etat et ceux qui avaient jug=E9 que
cette grande contestation correspon-
dait =E0 leurs int=E9r=EAts.
n serait sans doute bien illusoire
de penser qu'une telle conjoncture va
perdurer. Ce qu'il est convenu
d'appeler =ABles forces de gauche=BB se
concertent, depuis quelque temps
d=E9j=E0, pour d=E9river cette protestation
vers la =F4 combien fumeuse solution
politique =E0 la crise, avec l'objectif de
r=E9cup=E9rer toute cette agitation lors
des prochaines =E9lections l=E9gislatives.
Le r=E9cent meeting unitaire de la
gauche-Verts, PS, PCF, LCR-n'a
pas d'autre signification: il est
temps pour les militants respon-
sables de passer de la rue aux urnes.
Et le num=E9ro de trap=E8ze d'Alain
Krivine durant cette r=E9union ne
change rien =E0 la signification
profonde des embrassades r=E9for-
mistes: les militants appliqueront la
ligne !
Il serait tout aussi illusoire de
croire que cette resuc=E9e de l'union de
la gauche sera sans cons=E9quence
dans le mouvement syndical. Y

_ _ _
cats.
Imaginons pourtant qu@aux c=F4t=E9s
des =ABgros=BB syndicats, le@ premiers,
ceu2c qui se sont d=E9j=E0 ralli=E9s =E0 l'Etat
et q@ @e de@a@de@t qlle des @ubven-
tions, ou les autres, ceux qui finiront
par accepter l'orientation de la
m=E9diation politique, parce qu'il n'y
aurait pas, pr=E9tendent-ils, d'autre
solution, un nouvel ensemble se
structure, offensif, fermement d=E9cid=E9
=E0 refuser les sacrifices et la pens=E9e
unique. Ne serait-ce pas =E0 cela que
nous devr@ons @availler, camarade@ ?
JACQUES TOUBLET

(1) A ne pas confondre avec nos compagnon@
de rAlternatiue libertaire bru@elloise.

@ @AO@IDr Ll@ERTAlRF

FREEDOM PRESS
http://www.lglobal.com/TAO/Freedom