(Fr) La Bulgarie

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Sun, 21 Apr 1996 06:56:12 +0200


LE MONDE LIBERTAIRE
4/4/96

145, RUE AMELOT,
75011 PARIS

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LA BULGARIE

EN REPRENANT et modifiant le
celebre ouvrage de Rene
Dumont (L'Afi zque est malpar@ie), ce
titre reflete assez bien le f@arasme
qui semble emporter la Bulgarie.
Depl@is un certains nombre d'annees,
j'essaie de rapporter le plus objecti-
ve@ent possible a@ leeteu@ de la
presse anarchiste mes reflexions sur
un pays ayant une tradition liber-
taire. En compulsant mes divers
ecrits, le lecteur a l'impression que je
me repete, que je rabache un fait qui
devient, au fil des annees, une
evidence: rien n'a change en
Bulgarie.
Le peuple bulgare et les compa-
gnons anarchistes semblent laisser
la voie libre a leurs bourreaux, aux
sangsues de l'ere post-communiste.
Ces ennemis de l'espece humaine
ne sont pas nouveaux. Cette
gangrene existait deja sous l'epoque
du capitalisme d'Etat. ns ceuvraient
a vi@age couvert, en dehor@ de la vie
quotidienne. Le quidam, dans son
ensemble, n'etait pas dupe et
connaissait leur existence par
rumeur interposee.
Depuis la premiere hausse des
prix, en fevrier 1991, l'Etat et la
mafia se montrent au grand jour.
L'Etat de la Republique bulgare, qui
n'est plus socialiste, est toujours aux

Les fideles serviteurs ne pensent
qu'a s'enrichir rapidement au detri-
ment de la majorite de la population.
L'Etat est le devoreur du peuple,
vivant et regnant grace aux tributs
qu'il l'oblige a payer. Apres la
@ revolution de velours @ de
novembre 1989, l'Etat commlmi.@te a
commence par affamer le peuple
(aout 1990 - fevrier 1991, mise en
service des tickets de ravitaille-
ment), enclencher la spirale infla-
tionniste (a partir du 1er mars 1991)
pour, enfin, spolier le peuple de
l'appareil de production.
Le peuple et les anarchistes n'ont
toujours pas demande des comptes a
ces accapareurs des temps
modernes. L'Etat a affame son
peuple alors que les produits de
premiere necessite etaient soit
detruits soit conserves, attendant la
hausse des prix.
Les dernieres elections legislatives
(fin 19@4@ ont@vu la victoire du Parti
socialiste (exA-PC). Mais comble
d'ironie, la nouvelle republique a a
sa tete un repere de @ donneuses @
de fideles collaborateurs de la police
politique de l'epoque anteneure
Le nouveau premier ministre,
Jean Vldenov, n'etait pas tellement
apprecie par ses camarades d'univer-
site quand il etait etudiant a
Moscou. Il ne faisait que son travail
de responsable des jeunesses
communi8tes en rapportant les faits
et gestes de ses camarades d'infor-
tune aupres de l'ambassade bulgare
a Moscou.
L'actuel president de la
Republique, Jelio Jelev, membre du
parti de l'opposition, a un passe
assez trouble. Les ambassades
occidentales ront fait passer comme
le Soljenitsyne bulgare. Aprbs avoir
ecrit Le Fascisme (une soi-disant
comparaison avec le communisme de
l'epoque), le cher president a ete
exile dans son village natal. La
repression semble bien puerile a c8te
de C4@1h de MarkQv- (a@a8si@e
[empoisonne] a Londres en 1978 par
un fameux ff COUp de parapluie
bulgare @) et des anarchistes jetes
dans de nombreux camps de concen-
tration (de l'apres-guerre jusqu'au
milieu des annees 60). Des rumeurs
et des documents circulent de plus
en plu9 sur sa collaboration passee
avec la pol@,e politique de Todor
Jivkov (secretaire du Parti commu-
niste bulgare de 1954 a 1989, actuel-
lement en residence surveillee).
L'actuel president de la republique
bulgare etait-il un agent du Parti ?

L'Etat bulgare n'a pas, a propre-
ment dire, une politique economique.
n se desengage de plus en plus des
activites de production, de distribu-
tion et d'echange. Les unites de
production, de distribution, ont deja
ete distribuees aux camarades
responsables. Les autres richesses
sont aux mains de la mafia bulgare.
Un compromis semble exister entre
ces deu@ entites, comme au temps
t@ @ b@ @ i hi

rapidement au detriment de la
population. Souvent dans les conver-
sations, on retrouve ce vieil adage
populaire: .( L'Etat bulgare, c'est la
mafia @. Neanmoins, le nouveau
gouvernement ne passe pas son
temps a compter les dividendes. Il
travaille pour la famille des
nouveaux riches, en demantelant les
acquls soclau@
Une securite sociale de plus en
plus restreinte, des salaires bas, des
retraites miserables font le bonheur
des capitalistes bulgares et etran-
gers.
@ Enrichissez-uous ! @; mais a quel
prix ?
Ce slogan a remplace le tradition-
nel << Prol@taires de tous les pays
unissez-uous ! @>
La seule resistance face a cette
reappropriation detourn@e nent des
campagnes. Les paysans, dans leur
ensemble, refilsent de rendre la terre
aux cooperative@ gigantesques du
temps jadis. Meme le president de la
Republique y va de son veto. Cette
oppo@i@iffn ne correspond pas a nos
pratiques anarchistes (possession
oui, propriete non), mais elle a
neanmoins le merite d'exister dans
une Bulgarie qui a oublie de mettre
a son ordre du jour la lutte des
classes. Neanmoins, l'organisation
de l'espace agricole est marquee par
la presence des tracteurs. Des
villages <@ cheval-charette @ cotoient
des villages @ tracteur ,>, ceci dans un
rayon de 20 kilometres. Au moment
de la grande braderie communiste
(durant les annees 1991-1992), le
materiel agricole a ete vendu pour
une somme symbolique a la grande
famille de la bourgeoisie rouge.
Actuellement, le monde rural reste
seul garant des traditions et de
l@ospitalite bulgare.
en emportant les sommes deposees
a leurs guichets. L'@ affaire de la
pyramide @ de la region de Varna
(ville situee sur les bords de la mer
Noire) en est le parfait exemple. Les
epargnants ruines ont dresse des
tentes dans la capitale balneaire,
afin d'alerter I'opinion publique
contre l'incapacite (ou la complicite)
de l'Etat a poursuivre les escrocs.
Ces rassemblements n'ont pas
encore eu les resultats escompt-es.

Le second ennemi du peuple
bulgare est la mafia. Les procedes
mentionnes ci-dessus caracterisent
la majorite des activites de cet Etat
dans l'Etat. La prostitution, le trafic
d'armes et de drogue, le racket, les
assurances sont ses principales
activites. La mafia bulgare garde sa
predominance, alors que la mafia
russe est obligee de lui verser l'obole
pour pouvoir exercer ses activites de
@ bienfaisance ,,. Le seul code
d@onneur existant entre ces diffe-
rentes organisations du crime est
celui du plus fort. Le president de la
Federation de lutte en a fait l'amere
experience, courant avril 1995,
puisqu'il s'est fait mitrailler en
pleine capitale, Sofia. Reglement de
compte entre mafieux ou vengeance
policiere ? La rumeur court
to@ Ce@ nombreu@ reglements
de compte @ont partie du quotidien.
A la radio, a la television nationale,
des bulletins d'information diffusent
essentiellement les dernieres
peripeties des differentes mafias et
des crimes crapuleux. Les quarante
crimes par jour dans la seule ville
de Varna (400 000 habitants) sont
assez revelateurs de l'insecurite qui
semble regner dans le pays. Laisser
les differentes mafias se propager,
regler leurs comptes au milieu des
passants, consacrer un temps
d'antenne a difruser des faits divers
aussi sanglants, bref, laisser se
developper un sentiment d'insecu-
rite dans la mentalite d'une popula-
tion n'est-il pas le choix delibere
d'une politique ? Elle semble reussir
car, de plus en plus, la population
regrette l'epoque ou le Parti commu-
niste tenait de main ferme le pays.
S'opposer a cet Etat dans l'Etat
conduit inevitablement a la mort.
Actuellement, il n'existe aucun
mouvement capable de lutter effica-
cement contre le crime organise. La
police et la mafia semblent entrete-
nir des rapports de bon voisinage
Elles doivent avoir quelques points
communs... Rejoindre la classe des
exploites ou l'organisation du crime,
inspirer le risible ou la crainte, le
choix est simple pour un jeune
homme.
Le peuple bulgare vit dans un
monde sans repere. Le bien est le
mal et la resignation semble
emporter l'esprit des plus
conscients.

Les idees, les pratiques anar-
chistes doivent etre diffusees aupres
du peuple bulgare, a la fois comme
force de resi@tance contre les
e@emi8 du peuple et au88i comme
proposition d'une societe plus egali-
taire et libertaire.
Les propositions des anarchistes
peuvent etre des reponses aux
interrogations actuelles et des
pistes pour une nouvelle societe en
Bulgarie. Par le passe, malgre la
repression monarchiste, nos idees,
nos pratiques faisaient partie
integrante de la vie quotidienne
dans le@ campagnes comme dans les
villes. Notre presse etait diffilsee a
plus de 70 ooo exemplaires par
semaine, dans l'immediate apres-
guerre. Les camps de concentration
communistes se sont remplis de
milliers de nos militants, et la
repression a empeche, en grande
partie, le renouvellement des
generations de compagnon@. Mai8
dans les mentalites bulgares, l'ideal
est encore vivant.
Resister dans un premier temps
contre les ennemis du peuple, puis
proposer une societe ou nos idees et
nos pratiques puissent etre compa-
tibles avec Ies aspirations des
descendants de spartacus, tel eRt le
defi des anarchistes, pour que le
titre de Dumont, transforme par
mes soins, soit jete dans les
poubelles de l'histoire.
ROGER PALTOQUEr

FREEDOM PRESS
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