( fr) G7 - apartheid social

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Mon, 15 Apr 1996 16:07:25 +0200


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CONFLITS_L
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DEVELOPPEMENT SEPARE OU APARTHEID SOCIAL

Une des tendances lourdes qui se dessine actuellement est de faire en
sorte que les poles economiques qui se constituent (la CEE, le Japon et les
Etats-Unis), s'erigent en forteresses. =AB Le terme "global" permet
d'occulter le fait que l'une des caracteristiques essentielles de la
mondialisation est precisement d'integrer comme composante centrale un
double mouvement de polarisation, qui met fin a une tendance de duree
seculaire qui est allee dans le sens de l'integration et de la convergence.
La polarisation est d'abord interne a chaque pays. Les effets du chomage
sont indissociables de ceux qui resultent des ecarts qui se sont creuses
entre les revenus les plus eleves et les revenus les plus bas, en raison de
la montee en force des rentes du capital-argent. La polarisation est
ensuite internationale, creusant l'ecart brutalement entre les pays situes
au c=A6ur de l'oligopole mondial (autrement dit le Centre) et les pays
situes a sa peripherie.

On assiste donc a la mise en place d'un veritable developpement separe ou
apartheid social. Trois points de vue concourent a etayer ce concept :
- l'exclusion sociale ;
- la construction europeenne ;
- les rapports Nord/Sud/Est.

Pour le premier, on reteindra que pendant les Trente Glorieuses, l'Etat
avait l'objectif t'integrer l'ensemble des categories de la population ;
c'etait la t=E2che essentiel de l'Etat-providence. La crise de celui-ci reme=
t
en cause une de ses fonctions essentielles. L'Etat social a tendance a
dispara=EEtre ; il avait pour charge de partager, de maniere plus ou moins
equitable, selon des criteres capitalistes - c'est-a-dire entretenant les
inegalites economiques et sociales - les benefices du progres. L'on
percevait ce dernier, depuis la Revolution fran=E7aise, comme eternel. Cette
conception (cette ideologie) de l'evolution est maintenant tombee en
desuetude ; le progres n'est plus ineluctable ; il est source de
destruction, des etres humains et de destruction ecologique.

=46ace a cette crise profonde, les gouvernants et autres decideurs font le
choix de sacrifier des pans entiers de la population. A la volonte
d'integration - economique et sociale - de l'ensemble des couches de la
population, ils optent maintenant pour l'exclusion de certaines de
celles-ci. Les reponses politiques sont de plus en plus autoritaires et
securitaires pour les victimes de l'exclusion, et de plus en plus liberales
en ce qui concerne les formes de gestion economique (dereglementation du
travail, ce qui se traduit par la croissance du travail precaires).
L'instauration du RMI traduit au mieux cette nouvelle conception de gestion
de la force de travail. Il signifie concretement que l'Etat pense qu'il y a
un nombre - sans doute en evolution - de personne qui sont, sinon a jamais,
du moins durablement exclues de la sphere de production et de celle de
consommation ; on leurs donne environ 2 000 Frs par mois et qu'elles se
debrouillent !

Pour conclure sur ce premier point, on constate qu'il y a un changement de
philosophie politique : pendant les Trente Glorieuses, l'objectif est
l'integration. On considere qu'il est primordiale de developper le marche
interieur, comme l'avait theorise Keynes ; la croissance est en grande
partie fondee sur la consommation des menages : cela a produit la societe
de consommation. Maintenant, on assiste a une rupture avec cette conception
; predominent l'exclusion, la dualisation de la societe, avec comme
corollaire la remise en cause des politiques sociales et l'ensemble des
acquis que les travailleurs ont obtenus durant les Trente Glorieuses : la
"garantie" de l'emploi, l'acces a un logement, droit a la sante=8A En
consequence des categories de la population sont marginalisees ou en voie
de l'etre et ce deliberement ; cela traduit une rupture par rapport a la
periode historique precedente. Cela se verifie par l'instauration de
veritables quartiers ghetto et des regions sacrifiees. Ce clivage de la
societe fran=E7aise se confirmera lors du vote sur le traite Maastricht, o=
=F9
les exclus voteront contre et les autres pour.

Un des fondements de la construction europeenne est la mise en concurrence
des regions entre elles. Certaines ont de reels moyens pour etre
performantes, comme la region Ile de France et d'autres n'ont plus aucun
avenir, si ce n'est pour certaines le tourisme. Cette concurrence va
profiter bien evidemment aux regions deja les plus riches, ou pour celles
permettant une exploitation plus intensive de la force de travail.
Les regions deviennent ainsi de veritables Etats dans l'Etat, aspirant a
devenir des poles economiques de plus en plus autonomes. Pour se faire les
notables regionaux tendent a etendre leur pouvoir et leur influence a tous
les aspects qui touchent de pres ou de loin la vie economique : formation,
education (c'est pourquoi il y a actuellement de fortes pressions pour
demanteler l'Education nationale au profit de sa regionalisation),
politique de developpement regional, de transport=8A Les institutions
regionales deploient de veritables ambassadeurs qui ont pour charge de
trouver des marches, mais aussi des industriels interesses pour s'implanter
sur leur territoire. En France, ce processus a ete reellement engage par la
loi de decentralisation de Deferre en 1982.

Pour conclure sur ce point, force est de constater qu'on assiste la aussi a
la mise en place du developpement separe : d'un cote des regions riches et
de l'autre des regions pauvres, avec pour consequence, a terme,
l'emergence de flux migratoires des regions pauvres vers les riches.
Ainsi la crise que conna=EEt actuellement l'ex-Yougoslavie peut etre, en
partie, analysee avec cette grille de lecture. L'eclatement de la
Yougoslavie est aussi d=FB au pari qu'ont fait certaines regions la composan=
t
; pari reposant sur la possibilite d'integration a la communaute
europeenne, ou du moins visant a un rapprochement significatif avec
l'Allemagne. En effet, ce sont tout d'abord la Slovenie puis la Croatie
(les deux regions les plus riches de la Yougoslavie) qui souhaiterent, en
ultime recours, leur independance. Un des themes qui les motivaient, etait
leur volonte de pouvoir faire partie, a terme, d'un pole economique
hegemonique sur le continent europeen afin d'entrer dans la cour des
grands. Par exemple, un des arguments de la campagne menee en Slovenie pour
l'independance, etait qu'il valait mieux etre le dernier a la ville, plutot
que le premier au village - la ville etant la CEE et le village la
Yougoslavie.

Mais ce processus se verifie aussi au niveau des rapports Nord/Sud/Est.
Auparavant les rapports entre le Centre et la Peripherie se caracterisaient
par =AB l'echange inegal =BB. Ideologiquement les pays occidentaux imposaien=
t
aux pays dits "sous-developpes" le modele du developpement ; autrement dit
on leur proposait de se developper selon le modele occidental. Ainsi ils
pourraient a terme jouir des "bien faits de la democratie". Ce discours
postulait le developpement comme une fin en soi - puisque le progres etait
eternel et devait profiter a tous - sans se soucier des realites
culturelles, economiques, sociales de ces pays et, encore moins, des
aspirations des populations. Concretement, beaucoup de pays ont
effectivement fait la pari du developpement, et ont base leur economie sur
des marchandises d'exportation (petrole, coton, arachide, cafe, etc.). Ils
etaient donc tributaires des marches internationaux, qu'ils ne controlaient
pas ; ainsi les pays du Centre purent - peuvent - piller les pays du Tiers
monde. Les elites politiques de ces pays beneficierent grandement de cette
forme d'echange ; elles etaient toatalement liees, par des interets communs
- entre autre leur maintien au pouvoir -, avec les gouvernements des pays
occidentaux.

Avec la crise, "le mythe du developpement" a fait long feu ! L'evolution
de l'imperialisme impose de nouvelles necessites. Jusqu'aux annees 70,
l'imperialisme etait expansionniste, maintenant il a conquis l'ensemble de
la planete ; autrement dit d'une phase de conquete, on est passe a celle
d'une gestion totale de celle-ci. =AB Ceux-ci (les pays de la Peripherie) n=
e
sont plus seulement des pays subordonnes, reserves de matieres premieres
subissant les effets conjoints de la domination politique et de l'echange
inegal, comme a l'epoque "classique" de l'imperialisme. Ce sont des pays
qui ne presentent pratiquement plus d'interet, ni economique ni strategique
(fin de la "guerre froide"), pour les pays et les firmes situes au c=A6ur de
l'oligopole. Ce sont des fardeaux purs et simples. Ce ne sont plus des pays
promis au "developpement", mais des zones de "pauvrete" (mot qui a envahi
le langage de la Banque mondiale) dont les emigrants menacent les "pays
democratiques".

Parallelement l'ideologie raciste a, elle aussi, evolue. Le racisme
differencialiste a pris le pas sur le racisme fonde sur la superiorite de
la "race blanche". D'une hierarchisation raciale, on passe alors a un
apartheid social : isoler les pays pauvres, garantir l'etancheite des
frontieres, imposer l'idee que les communautes ne peuvent vivre leurs
specificites uniquement chez elles et se definissent essentiellement par
opposition aux autres. Maintenant des continents entiers sont laisses a
l'abandon ; une des principales preoccupations des dirigeants politiques et
economiques des pays du Centre est de contenir les vagues migratoires,
vagues dont l'origine est la misere engendree par les rapports
Nord/Sud/Est. En consequence, ils doivent se premunir des pressions
migratoires des populations des pays du Sud et de l'Est. Par exemple, se
met en place au niveau de la CE, tout un arsenal juridique, administratif
et policier pour rendre les frontieres quasiment hermetiques a l'egard des
populations venant d'Afrique, mais aussi des pays de l'ex-pacte de
Varsovie.

Nous assistons donc a la mise en place d'un nouveau racisme qui puise son
ideologie dans le differencialisme. =AB Ideologiquement, le racisme actuel,
centre chez nous sur le complexe de l'immigration, s'inscrit dans le cadre
d'un "racisme sans race" deja developper hors de France, notamment dans les
pays anglo-saxons : un racisme dont le theme dominant n'est pas l'heredite
biologique, mais l'irreductibilite des differences culturelles ; un racisme
qui=8A postule=8A la nocivite de l'effacement des frontieres, l'incompatibil=
ite
des genres de vie et des traditions : ce qu'on a pu appeler a juste titre
un racisme differencialiste" .

La multiculturalite - ou plutot l'interculturalite - est un enjeu
important, sinon primordial, pour contrecarrer cette evolution. Elle doit
etre un des axes de notre lutte contre cette forme de mondialisation. En
effet comment lutter pour l'ouverture des frontieres, mais aussi pour la
liberte de circulation des femmes, des hommes et des idees ? Comment
combattre la constitution de l'Europe forteresse ? Comment lutter contre le
repli sur soi, si ce n'est en pronant la l'interculturalite comme une de
nos valeurs primordiales ?

[ Extrait de "No Pasaran!", numero 36, mai 1996 ]

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