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Fri, 5 Apr 1996 17:22:50 +0200


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5 avril 1996 / N- 08
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- QUI SONT LES SANS-PAPIERS DE SAINT-AMBROISE ?
- ON N'AVAIT JAMAIS CONNU UN TEL CONSENSUS X=C9NOPHOBE
- =C9TRANGERS, LA FRANCE VOUS PR=C9FERE MORTS
- LES LOIS PASQUA : POLICE PARTOUT, JUSTICE NULLE PART !
- GOSSES SANS PATRIE NI FRONTIERES
- LA LUTTE DES SANS-PAPIERS, UNE SIMPLE MANIPULATION ?
- MANIPULATIONS ET CHARTERS
- CHRONOLOGIE DE LA LUTTE
- LOI TOUBON, LA SOLIDARIT=C9 EN DANGER
- CITOYENS, FIDELES DE SAINT-AMBROISE

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QUI SONT LES SANS-PAPIERS DE SAINT-AMBROISE ?

Des familles pousse'es dans une situation de'sespe're'e, qui mettent
ensemble au grand jour ce qui fait le quotidien des sans-papiers: la
pre'carite', la peur, la dispersion des familles.

Parmi elles:
- des de'boute's du droit d'asile,
- des parents d'enfants francais ou ne's en France
- des conjoints e'trangers de francais,
- des victimes du non-renouvellement de leur carte de se'jour,
- des personnes n'ayant pas be'ne'ficie' du regroupement familial.

Toutes vivent en France et beaucoup depuis tre`s longtemps. Elles ne sont
pas expulsables, les pre'fectures refusent de les re'gulariser et les
rendent "clandestins".
Ce sont toutes des victimes des lois Pasqua sur l'immigration

Re'gularisation de la situation des familles de Saint-Ambroise
Abrogation des lois Pasqua

Ces familles ont besoin de votre soutien Par votre pre'sence, par notre
action a` leur cote', batissons un monde solidaire.

[Extrait d'un tract du Collectif "Dix-huitie`me Paralle`le" ]

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ON N'AVAIT JAMAIS CONNU UN TEL CONSENSUS X=C9NOPHOBE

On n'avait encore jamais connu un tel consensus. La xe'nophobie s'affiche
comme une valeur nationale. Elle s'institutionnalise. L'extreme droite peut
se frotter les mains. De'sormais bien seuls, des associations, des avocats
et quelques magistrats se soucient encore de la dignite' humaine et du
droit.

C'est en effet l'=C9tat de droit qui est en question. Qui peut ignorer, par
exemple, que la situation familiale de beaucoup des Africains du gymnase
Japy aurait du donner lieu a` la de'livrance de titres de se'jour si les
pouvoirs publics avaient respecte', la Convention europe'enne de sauvegarde
des droits de l'homme ?

Il y a bien du souci a` se faire. Pour les e'trangers, e'videmment. Et pour
les Francais e'galement. Sous pre'texte de lutter contre l'immigration, le
ministe`re de l'inte'rieur ne vient-il pas de proposer un fichage de tous
ceux qui solliciteront des certificats d'he'bergement pour recevoir chez
eux la visite d'e'trangers ? Apre`s - entre autres- un durcissement des
re`gles des controles d'identite' qui, en visant les e'trangers, frappe
aussi les Francais; apre`s la modification de la ve'rification de
l'authenticite' du consentement des candidats au mariage, qui peut se
retourner contre des Francais, voila` que pointe a` l'horizon la
surveillance des Francais qui inviteraient des e'trangers.

Bref, le dispositif xe'nophobe se fortifie et gangre`ne la socie'te' tout
entie`re jusqu'a` menacer les liberte's publiques. L'interpellation des
Africains du gymnase Japy en constitue un signe supple'mentaire Il est plus
que temps que les Francais s'inquie`tent.

[ Extrait d'un tract du Groupe d'information et de soutien des travailleurs
immigre's, GISTI ]

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=C9TRANGERS, LA FRANCE VOUS PR=C9FERE MORTS

Depuis le 18 mars, plusieurs centaines d'e'trangers en situation
irre'gulie`re manifestent leur de'sir de sortir de la clandestinite' a`
laquelle on les contraint. Car un "immigre' clandestin" est d'abord une
personne contrainte a` une existence clandestine. Quelqu'un a` qui
l'administration refuse de donner un titre de se'jour et sur qui plane la
menace d'une expulsion. Quelqu'un pour qui des lieux banals ou vitaux
deviennent des lieux dangereux: le me'tro, une e'cole, un service d'aide
sociale, un hopital, exposent celui qui y recourt a` un controle
d'identite', voire a` une de'nonciation aupre`s des pre'fectures. Un
e'tranger sans papiers, c'est une personne qu'on plonge dans la pre'carite'
et dans la peur, qu'on prive de la possibilite' d'e'tudier, de travailler,
de se soigner. Act Up-Paris, association de lutte contre le Sida issue de
la population homosexuelle, sait par expe'rience que lorsqu'on stigmatise
une population, alors on la rend vulne'rable a` la maladie en l'e'loignant
des soins et des messages de pre'vention: on la condamne a` mort .
Voila` le vrai visage des lois Pasqua, du projet de loi Toubon et de
l'avant-projet de loi Debre', et de leurs mises en application
administrative: une volonte' de pre'cariser, de criminaliser et de
terroriser les personnes e'trange`res. En maintenant sciemment dans la
pre'carite' ceux a` qui on refuse des papiers, en les menacant d'expulsion
vers des pays dont la situation politique ou sanitaire constitue pour eux
un pe'ril physique, les pouvoirs publics me`nent en ve'rite' une politique
de'libe're'e de mise en danger.

Act Up-Paris exige donc la re'gularisation des sans-papiers, l'abrogation
des lois Pasqua et le retrait des projets Toubon et Debre'.

[ Tract d'Act Up - Paris ]

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LES LOIS PASQUA : POLICE PARTOUT, JUSTICE NULLE PART !

"Le dimanche 24 mars, a` 6 heures du matin France, ton droit d'asile fout
le camp ! Il est vrai que la police n'est pas un corps d'assistantes
sociales, tandis que le clerge' de ce pays ne connait de fide`les que ceux
qui sont blancs de peau. Un rappel au passe' est indispensable. En mai et
aout 1941, ce sont de'ja` des policiers francais qui enfermaient les Juifs
immigre's au meme gymnase Japy (avant qu'ils ne soient interne's et
de'porte's) et l'Eglise catholique s'e'tait alors illustre'e par un silence
pudique (extrait de Que fait la Police?, mensuel de l'0bservatoire des
liberte's publiques).

L'occupation de l'e'glise Saint-Ambroise, l'intervention de la police et
les proce'dures d'expulsion aussitot entame'es par la pre'fecture de police
auront permis de voir, presque en direct, les lois Pasqua a` l'oeuvre.
Cette grande oeuvre le'gislative est soudain devenue concre`te.

Heureusement pour nos gouvernants, habituellement, les came'ras ne sont pas
toujours la` : l'activite' routinie`re des services de police, de
l'administration, des juges, des services de re'tention et, pour finir, des
charters e'chappe le plus souvent au regard des responsables politiques. Et
le banal train-train des lois Pasqua ne fait, habituellement, aucun bruit.

Une lente de'gradation de l'ordonnance de 1945 sur le se'jour des
e'trangers en France, dont le principal maitre d'oeuvre est bien Pasqua,
mais a` laquelle les derniers gouvernements socialistes ne sont pas tout a`
fait e'trangers, et qui a cre'e' toutes les conditions pour que cette
"honte", dont parlent certains, fasse partie de notre menu quotidien.

Loin de se satisfaire des lois discriminatoires de Joxe et Pasqua,
instaurant un ve'ritable racisme institutionnel, Debre' veut encore aller
plus loin comme le montre son projet de loi Il est pre'vu la cre'ation d'un
fichier d'he'gergeants, un controle renforce' des demandeurs d'asile, la
restriction du renouvellement de la carte de 10 ans. C'est une
pre'carisation de toutes les communaute's e'trange`res qui vivent dans ce
pays qui est ainsi le'galise'e Et pour corser le tout, les associations et
les personnes apportant leur aide aux e'trangers en situation non
re'gulie`re sont elles aussi criminalise'es

=46ace a` la lepe'nisation rampante dans notre socie'te', il faut organiser
la re'sistance, retrouver des solidarite's concre`tes pour refuser
l'aparheid qui se met en place en participer aux initiatives et en
renforcant les collectifs de lutte contre les expulsions

[Extrait d'un tract du Collectif "Dix-huitie`me Paralle`le" ]

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GOSSES SANS PATRIE NI FRONTIERES

Avant d'etre re'expe'die's en Afrique, les e'trangers de l'e'glise
Saint-Ambroise auront tout de meme eu le temps de nous donner un cours de
droit applique'. Et d'e'tudier certaines subtilite's de la nouvelle
le'gislation.

Par exemple, les enfants d'e'trangers qui naissent aujourd'hui en France ne
sont francais qu'apre`s en avoir fait la demande, a` 16 ans. D'ici la`, ils
ne sont ni vraiment e'trangers ni encore francais. Et leurs parents peuvent
etre expulse's sans autre forme de proce`s. Avec ou sans leurs rejetons.

Autre disposition judicieuse: les e'poux ou e'pouses de re'sidents ne
peuvent demander une autorisation de se'jour que depuis leur pays
d'origine. "Retournez dans votre pays, et adressez-vous au consulat de
=46rance", se voient re'pondre les candidats a` la re'gularisation...

On sait que la nouvelle loi, sous pre'texte de faciliter les expulsions, a
transforme' en clandestins des milliers d'e'trangers qui, auparavant,
pouvaient demander un titre de se'jour. Il existe de'sormais une autre
cate'gorie, pre'sente dans l'e'glise Saint-Ambroise: les "irre'guliers
permanents". Certains e'trangers sont en effet prote'ge's contre une mesure
de reconduite a` la frontie`re, par exemple comme parent d'un enfant
francais, ou marie' a` un Francais depuis plus d'un an, ou encore
justifiant de quinze ans de pre'sence sur le territoire. Mais, parfois, ces
memes e'trangers ne peuvent prouver qu'ils sont entre's en France
re'gulie`rement. Et l'administration refuse alors de leur de'livrer un
titre de se'jour.
Inexpulsables, et clandestins a` vie, sans couverture sociale, sans droit
de travailler, susceptibles meme d'etre poursuivis pour se'jour
irre'gulier, ces e'trangers fournissent une main-d'oeuvre ide'ale pour les
ne'griers de tout poil.

D'apre`s Jean-Louis Debre', ce dispositif plein de ressources peut encore
etre ame'liore'. Et une nouvelle loi est en pre'paration. Un moment de
honte est si vite passe'... M. H.

[ Extrait du Canard enchaine', nume'ro 3935, du 27 mars 1996 ]

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LA LUTTE DES SANS-PAPIERS, UNE SIMPLE MANIPULATION ?

"Ces Africains ont servi a` monter un pie`ge me'diatique", nous explique
Mgr Lustiger. Apre`s lui, Nicole Notat (encore elle !) pour la CFDT, Eric
Raoult, ministre de l'Inte'gration, Bernard Kouchner, grand de'fenseur des
droits de l'homme et re'cent convertit a` Radical, tous n'ont pas eu de
mots assez durs pour de'noncer la "manipulation", par les associations, ou
des "extre'mistes", des Africains en situation irre'gulie`re re'fugie's la
semaine dernie`re en l'e'glise Saint-Ambroise

=46ode' Sylla, pre'sident de SOS Racisme, en rajoutera meme une couche dans
le Parisien du 28 mars : "Je suis d'accord avec le cardinal et je trouve
scandaleux qu'un certain nombre de groupements et de groupuscules utilisent
le malheur de ces gens-la` pour des manoeuvres politiciennes et pour en
de'coudre avec le gouvernement. Ces agitateurs n'ont jamais e'te' en
contact avec les immigre's auparavant. Certains ne savent meme pas ce
qu'est une carte de se'jour. En tout e'tat de cause, ces groupuscules
d'extreme gauche ne veulent pas aider ces familles a` re'gulariser leur
situation. Ils ne servent pas leur cause, bien au contraire".

Pour eux c'est purement et simplement incroyable que des gens en aient
marre de la gale`re, marre d'entendre des promesses jamais tenues, mare de
vivre dans la pre'carite'... Au fond, ce qui les de'range, c'est que ces
"parias" n'ai rien demande' a` personne (en tout cas pas aux politiciens)
pour se prendre en mains et se mettre en lutte. En tout cas, s'ils risquent
aujourd'hui l'expulsion, s'ils n'avaient pas occupe' Saint-Ambroise, puis
Japy, s'ils ne continuaient pas leur lutte aujourd'hui, qui se soucierait
d'eux, qui parlerait de la situation de millier d'hommes, de femmes,
d'enfants victimes des lois Pasqua ? Personne !

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MANIPULATIONS ET CHARTERS

La lutte pour l'e'galite' de traitement, la dignite' et le droit de cite'
des populations immigre'es et issues de l'immigration n'est pas un e'ternel
recommencement, mais une continuite'. Des luttes, il y en a eu beaucoup
durant les 25 dernie`res anne'es (contre les crimes racistes, pour
l'e'galite' des droits, pour le logement, contre la double peine, pour le
droit de vote, pour le droit de vivre en famille, etc.). Aujourd'hui, il
faut tirer les lecons des expe'riences des luttes passe'es. Pour notre
part, nous prenons nos responsabilite's et nous en tirons les notres.

Prenons a` titre d'exemple la lutte pour le logement des familles
africaines de l'ex-campement de Vincennes qui a e'te' e'vacue' en octobre
1992 par 1 200 C.R.S. sous un gouvernement socialiste. Quatre ans apre`s,
nous observons qu'une partie importante de ces familles sont toujours
parque'es dans des hopitaux, des alge'cos, des foyers et des hotels. Les
associations antiracistes et de soutien aux immigre's qui ont "soutenu" ces
familles, les ont aussitot abandonne'es quand elles n'ont pas re'ussi a`
les controler ou plutot a` les "manipuler". Manipuler, manipulation voila`
les termes qui sont utilise's aujourd'hui par l'Eglise mais aussi par le
pre'sident de SOS Racisme.

C'est essayer de nous leurrer et de se laver les mains quand SOS Racisme
crie aujourd'hui a` la manipulation alors que son Pre'sident se pre'sentait
devant les me'dias comme le "porte parole" des familles africaines "sans
papiers". Plusieurs personnes parmi ces "re'fugie's de l'e'glise de
Saint-Ambroise" se sont retrouve'es jeudi 28 mars dans un vol d'Air Charter
affre'te' par le ministe`re de l'inte'rieur a` destination de Bamako. Les
autres familles sont ballotte'es, mene'es en bateau, transfe're'es d'un
endroit a` l'autre: e'glise saint Ambroise, Gymnase Japy, local de la LCR,
local de Droit Devant, paroisse du l5e`me, local de Sud PTT. Qui plus est,
cette affaire a e'te' surtout ge're'e sous un angle humanitaire (lait,
couches, nourriture) alors que la question pose'e est une question de
dignite' et de droits. Aujourd'hui personne ne veut endosser la
responsabilite', pourtant il est clair que les associations les ont
emmene'es dans un mur.

Par ailleurs, les associations qui militent pour etre les interme'diaires
et qui conside`rent donc les immigre's et leurs associations comme des
mineurs, ont e'te' de'passe'es par la de'termination des familles.
Celles-ci veulent sortir de l'impasse dans lequel les politiques mene'es
par les diffe'rents gouvernements contre les populations immigre'es depuis
25 ans les ont mises. Re'duire constamment leurs droits, les cantonner dans
la pre'carite' administrative et sociale, les ge'rer par le seul ministe`re
de l'inte'rieur, cette re'alite' suppose de nouvelles forces impliquant
d'abord les concerne's.

C'est notre point de vue. C'est pourquoi nous appelons toutes celles et
tous ceux concerne's de pre`s ou de loin et qui se reconnaissent dans ces
positions, a` nous rejoindre.

[ Tract du MIB - Pour un Mouvement de l'Immigration et des banlieues ]

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CHRONOLOGIE

Tout a` de'marre' par l'interpellation, samedi 16 mars, de trois immigre's
sans papiers, a` l'issue d'une re'union au foyer ADEF de Montreuil,
rassemblant des familles en difficulte' de la Seine-Saint-Denis et de l'Est
parisien. Comment re'agir ? "On avait le choix explique l'initiateur de la
re'union, Mahamadou Sambake, la gre`ve de la faim ou tenter notre chance en
occupant Saint-Ambroise." Pourquoi cette e'glise ? Tout simplement "parce
qu'elle est situe'e juste en face du me'tro et qu'il est facile d'expliquer
comment s'y rendre."

- Lundi 18 mars
Trois cent personnes, dont une centaines d'enfants, investissent l'e'glise
Saint-Ambroise (XIe) et demandent la re'gularisation de leur situation
administraive. Une fois "installe's" dans le lieu de culte, les
sans-papiers vont demander un soutien a` la permanence toute proche de
Me'decins du monde qui relaie l'information aupre`s des autres
associations. Droits devant !, comme Me'decins du monde et SOS-Racisme, ne
n'ont e'te' avertis qu'apre`s coup de l'occupation de l'e'glise. Mises
devant le fait accompli, celles-ci seront vite de'passe'es.

- Mercredi 20 mars
Visite de Msr Lustiger qui de'clare: "Votre de'tresse me touche
profonde'ment. Il est normal que vous soyez venus vers la maison de Dieu
pour trouver du secours car pour nous, vous etes des fre`res et des
soeurs".

- Jeudi 21 mars
C'est la "Journe'e mondiale contre le racisme" : la Pre'fecture de police
annule in extremis l'expulsion initialement pre'vue ce jour la`. Le Front
national ne perd pas le nord et arrose le quartier de tracts "contre
l'immigration sauvage".

- Vendredi matin 22 mars
Expulsion muscle'e par les flics, au petit matin, avec la complicite' des
autorite's religieuses : les forces de l'ordre investissent l'e'glise grace
aux cle's fournies par le cure' de la paroisse. Quarante ce'libataires sont
embarque's vers un centre de re'tention. Cinq militants associatifs sont
blesse's. Les autres s'entassent sur le parvis de l'e'glise.
Le meme jour, Georges Sarre, maire de gauche du XIe, ne "trouve" pas de
salle a` mettre a` disposition des familles, qu'il renvoie a` la Mairie de
Paris et a` la pre'fecture de police (il ne jouera pas non plus les
me'diateurs entre le cardinal, la police et les Africains). Et depuis il
est aux abonne's absents.
Confronte'es a` cette indiffe'rence, elles de'cident alors d'occuper le
gymnase Japy. Le bouclage du quartier est complet.

- Samedi 23 mars
Manifestation des chomeurs et pre'caires. Le corte`ge Scalp-Reflex entraine
une partie de la manifestation jusqu'au gymnase Japy (encercle's par les
CRS)ou` sont de'ja` rassemble'es plus d'une centaine de personnes.
Pendant ce temps, au Palais de justice, de'bute l'audience des 43 personnes
arrete'es la veilles. L'irre'gularite' des interpellation est constate'e
par le juge : tout le monde est relache'.

- Dimanche 24 mars
Deuxie`me expulsion : le gymnase Japy, est investit par la police. Tout le
monde est ambarque'.Soixante trois personnes en "situation irre'gulie`re"
sont place'es en centre de re'tention en attente de leur expulsion. Les
autres, libe're's, sont convoque's dans diffe'rentes pre'fectures.
Le matin un groupe de personnes est intervenu au cours du premier office
ce'le'bre' en l'e'glise Saint-Ambroise interrompant le sermon pour
de'noncer "le fait que l'Eglise livre des e'trangers en situation
irre'gulie`re". Des tracts sont distribue's devant et dans l'e'glise. Ils
de'noncent "L'aide apporte'e par l'Eglise et l'e'piscopat francais a`
l'arrestation et a` l'expulsion des familles qui avaient cru trouver refuge
dans ce lieu de culte". Les manifestants sont refoule's par Le service
d'ordre de l'e'glise avec l'aide des CRS.
En de'but de soire'e deux mille personnes manifestent leur soutien aux
e'trangers sans-papiers e'vacue's par les forces de l'ordre du gymnase
Japy. Plusieurs dizaines de familles se trouvent encore avec Leurs bagages
rudimentaires dans Le petit square de la place Le'on-Blum face a` la Mairie
d'arrondissement avec des enfants de tous ages visiblement fatigue's par
leur journe'e pour le moins mouvemente'e.
Rendez-vous est pris pour une nouvelle manifestation samedi 30 mars.

- Lundi 25 mars
40 personnes arrete'es a` Saint-Ambroise puis libe're'es le lendemain sont
convoque'es dans l'apre`s-midi au tribunal administratif. 63 e'trangers en
situation irre'gulie`re et qui ne sont pas accompagne's d'une famille font
l'objet d'un examen de leur situation administrative en vue d'une
reconduite a` la frontie`re (ces proce'dures concernent 57 Maliens, 4
Guine'ens, 1 Se'ne'galais, et 1 Burkinabe'). 74 familles doivent se rendre
a` la pre'fecture de leur lieu de re'sidence compe'tente pour statuer sur
leur demande de de'livrance d'un titre de se'jour. 300 personnes environ
campent dans les locaux de Droits devant !, rue de Montcalm (XVIIIe).

Dans la semaine les familles passent des locaux de Droit devant !! a' une
e'glise du XVe arrondissement (Saint-Jean-Batiste de la Salle), aux locaux
du syndicat SUD-PTT, puis au the'atre de la "Cartoucherie" =E0 Vincenne ou`
elles peuvent rester jusqu'au 10 avril...

- Samedi 30 mars
Manifestation contre les lois Pasqua et en soutien aux sans-papiers : 3000
personnes. Une de'le'gation des familles demande a' etre recue par le
Premier ministre... et de'couvre que SOS-Racisme est de'ja` la` pour
ne'gocier les cas particuliers dont l'association s'occupe avec le Secours
catholique...

[ Chronologie re'alisee' par des militants du Scalp-Reflex-Paris ]

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LOI TOUBON, LA SOLIDARIT=C9 EN DANGER

Le projet de loi Toubon relatif a` la re'pression du terrorisme et aux
atteintes aux personnes de'positaires de l'autorite' publique est en train
de passer en deuxie`me lecture a` l'Assemble'e Nationale.
Ce texte constitue de'ja` une aggravation de l'article 21 modifie' de
l'ordonnance du 2 novembre 1945 qui assimilait de'ja` a` un acte de
de'linquance l'aide aux e'trangers en situation irre'gulie`re, souvent
depuis longtemps en France et rendus clandestins par les lois elles -
memes. En ouvrant la possibilite' de qualifier cette aide d'acte de
terrorisme, un e'chelon supple'mentaire est gravi dans la voie inacceptable
de la pe'nalisation de la solidarite'.

De plus, la loi Toubon pre'voit aussi des peines de prison ferme pour
injure a` agent!

En s'inse'rant dans le cadre de la loi relative a` la "re'pression des
actes de terrorisme", ce texte confirme la politique de re'pression du
gouvernement et vient en comple'ment aux poursuites de plus en plus
syste'matiques a` l'encontre des proches des "sans-papiers". Les exemples
sont nombreux: Sylvie B. condamne'e a` 3 mois avec sursis pour avoir ve'cu
2 ans avec son futur mari sans le de'noncer, Jean No=EBl C. condamne' a` 6
mois avec sursis pour avoir he'berge' un jeune e'tranger...

Lors de la discussion au Se'nat, a` la suite du travail de pression des
associations, M.Toubon a de'clare' verbalement que l'aspect re'pressif
concernant les familles des "sans papiers" pourrait etre module' a`
l'Assemble'e Nationale.

Ne'anmoins, les associations ne peuvent se satisfaire de ces de'clarations
de bonnes intentions car en l'e'tat, l'article 1-3 du texte stipule que
toute personne voulant exercer son devoir de solidarite' envers un
e'tranger en situation irre'gulie`re peut voir de'sormais son acte
assimile' a` un acte de terrorisme et encourir de ce fait des peines
lourdes et aggrave'es.

Le projet, surfant sur l'impact des attentats de l'e'te' 95, en
approfondissant l'amalgame entre immigration d'un cote', et chomage,
de'linquance et violence de l'autre, e'largit le champ de la suspicion et
de la re'pression en visant a` asseoir dans les esprits une ide'e toute
simple: immigration =3D terrorisme.

Nous re'affirmons fermement notre intention de continuer a` porter
assistance a` toute personne en situation pre'caire inde'pendamment de sa
nationalite' ou de sa situation administrative.
Nous vous appelons a` nous rejoindre dans les actions que nous
entreprendrons pour protester contre cette nouvelle entrave au droit a` la
solidarite'.

Nous exigeons
- le retrait total du projet Toubon
- I'amendement imme'diat de l'article 21 actuel de l'Ordonnance du 2
novembre 1945 afin d'en excepter l'aide accorde'e au titre de la
solidarite' familiale ou humaine

[ Extrait d'un tract Ras l'Front 13e, Collectif "Vendredi 13", AREV 13 ]

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CITOYENS, FIDELES DE SAINT-AMBROISE

Le droit d'asile a e'te' viole' a` l'e'glise Saint-Ambroise.

Avant-hier vendredi, a` six heures du matin, 430 Africains sans papiers ont
e'te' e'vacue's par la force de l'e'glise ou` ils s'e'taient re'fugie's
pour demander !a re'gularisation de leur situation.
Des dizaines de CRS ont investi les lieux et ont violemment traine' dehors
les familles. Apre`s cette e'vacuation muscle'e, 43 personnes ont e'te'
arrete'es, et 39 ont fait l'objet d'un arrete' de reconduite a` la
frontie`re. Place'es en re'tention administrative, elles risquaient
l'expulsion; elles n'y ont momentane'ment e'chappe' qu'en raison d'un vice
de forme.
La veille de l'intervention policie`re, le cardinal Lustiger e'tait venu
"assurer les familles de sa sympathie". Les sans-papiers s'e'taient cru
prote'ge's par l'Eglise.
Ils ont e'te' trompe's. Dans la soire'e du 18 mars, une re'quisition a
e'te' de'livre'e en bonne et due forme aux services de police par le cure'
de votre paroisse, le pe`re Caveau.

Cette semaine l'Eglise a livre' des e'trangers en situation irre'gulie`re
a` la police. Elle a fait appliquer les lois Pasqua qui organisent la
chasse aux e'trangers. Elle a fait jeter dehors des personnes sans logis.
Est-ce la vocation de l'Eglise?
Cette semaine, I'e'piscopat francais a remis en cause le droit d'asile,
sous pre'texte d'hygie`ne et de se'curite'. Est-ce parce que ceux qui le
demandent sont noirs, musulmans, sans-logis et en situation irre'gulie`re?
Est-ce parce que l'e'piscopat francais estime que les conditions de
se'curite' et d'hygie`ne sont meilleures sur un trottoir, dans un gymnase,
au de'pot des e'trangers, dans leur pays d'origine?
L'initiative du pe`re Caveau renoue avec un chapitre de l'histoire de
l'Eglise et de l'histoire de France qu'on aurait aime' croire re'volu.

Apre`s avoir e'te' mis a` la porte de Saint-Ambroise, apre`s s'etre vu
refuser un abri par le maire du XIe`me arrondissement, les expulse's qui
n'ont pas e'te' arrete's se sont re'fugie's dans le gymnase Japy, dans des
conditions de pre'carite' extreme. Ce matin dimanche, ils viennent d'en
etre expulse's.

Pensez-y au moment ou` le pretre de Saint-Ambroise, complice, comme
l'e'piscopat, de ces expulsions, e'voquera le devoir de charite'.

[ Tract distribue' par des habitants du onzie`me arrondissement, dimanche
24 mars, devant l'e'glise Saint-Ambroise, a` l'heure de la messe ]

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TOUTES, TOUS ENSEMBLE,
SOLIDARITE AVEC LES SANS PAPIERS !

Groupe d'information et de soutien des travailleurs immigre's (GISTI)
30, rue des Petites-Ecuries, 75010 Paris

Pour un Mouvement de l'Immigration et des Banlieues (MIB)
46, rue de Montreuil 75011 Paris

Act Up - Paris
BP 287, 75525 Paris Cedex 11

Observatoire des Liberte's Publiques - Que fait la police ?
7-9, passage Dagorno, 75020 Paris

Scalp-Reflex
41 ter, rue Voltaire, 75011 Paris

Collectif "Dix-huitie`me Paralle`le"
10, rue Robert-Planquette, 75018 Paris

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