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Sat, 10 Feb 1996 21:38:28 +0100


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BORDEAUX : POUR LE DROIT AU LOGEMENT
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Comme partout ailleurs, le logement devient un proble`me a` partir du
moment ou` certaines personnes se retrouvent proprie'taires du logement que
d'autres occupent. De la meme fa=E7on que la domination capitaliste
s'e'tablit a` partir de la possession par quelques-uns des moyens de
production (qui se transforment alors en un outil pour faire des profits en
non en un moyen de satisfaire des besoins), le fait d'etre proprie'taire de
logements signale l'accumulation de capitaux et devient la` aussi un moyen
de faire des profits au de'triment de la satisfaction du besoin
e'le'mentaire de se loger. La situation s'aggrave encore avec
l'organisation du marche' du logement, la spe'culation... Nous sommes dans
un syste`me capitaliste, pardi !

Le proble`me du logement a commence' a` se poser a` Bordeaux de facon plus
cruciale avec l'installation dans la "crise", crise savamment orchestre'e
par le capitalisme lui-meme pour ope'rer une re'organisation interne et
augmenter ses be'ne'fices (construction europe'enne, nouvelle opposition
Nord-Sud).

Proprie'taires et investisseurs se tourne`rent alors vers les vieux
quartiers du centre-ville: certains furent de'truits et reconstruits,
d'autres re'nove's (comme le quartier Saint-Pierre) provoquant le de'part
en banlieue de la population d'origine populaire et/ou immigre'e, incapable
d'assumer l'augmentation des loyers.. . Par contre, en spe'culant
intelligemment et en investissant judicieusement, la bourgeoisie bordelaise
a re'alise' une tre`s bonne ope'ration financie`re !

Ces pre'ce'dents vont amener a` la cre'ation du Front de Libe'ration de
Saint-Michel (autre quartier populaire bordelais) afin de lutter et
de'noncer la spe'culation, les immeubles vides, les expulsions, la
re'novation... De'but 90, c'est la naissance du Mouvement du Ras-le-Bol
(MRLB) autour d'une ide'e simple: face a` la mise`re, a` l'exclusion, a` la
pre'carite', il faut, au-dela` des diffe'rences politiques ou autres,
re'agir collectivement et montrer que l'on est d'accord sur un grand nombre
de choses qui sont des minimums vitaux... comme le droit au logement !
C'est dans le cadre du MRLB qu'agit le groupe Emma-Goldman de la FA.
Ainsi, le MRLB a multiplie' manifestations et occupations symboliques, mais
aussi actions de solidarite' concre`te (distribution de nourriture et de
vetements...), toujours en rappelant qu'il y a plus de 20 000 logements
vides sur Bordeaux pour autant de demandes HLM insatisfaites et qu'on
compte plus d'un millier de sans-abri sur la ville !

Pour e'largir son action, le MRLB lance le collectif "Un toit, un droit",
qui regroupe des associations, des organisations politiques et syndicales.

L'hiver dernier, le collectif exige l'application de la loi de re'quisition
lors de l'ouverture d'un nouveau squatt, au meme moment ou` le DAL, a`
Paris, le fait dans la rue du Dragon. Tout en gardant son inde'pendance,
notre collectif continuera a` travailler avec le DAL et d'autres
associations qui luttent pour le droit au logement, conscient qu'il a fait
beaucoup pour cette lutte de par la me'diatisation qu'il a re'ussi a`
susciter.

Apre`s la mort de deux SDF a` Marseille, se cre'e sur Bordeaux la
Coordination des SDF (CSDF), qui dresse durant deux mois un campement face
a` la mairie, avant de squatter un immeuble. Apre`s des ne'gociations, le
CSDF a obtenu que son immeuble soit e'change' contre deux b=E2timents
re'nove's, avec un espace permettant l'accueil des personnes a` la rue. Ce
projet est coordonne' et re'alise' par le CSDF lui-meme ! Comme quoi la
lutte...

Ceci dit, notre petite histoire n'est pas termine'e et nous continuons a`
lutter contre les expulsions, les augmentations (de loyers, de charges,
d'impots locaux...), pour obtenir de nouveaux logements (dans l'urgence et
dans le long terme), et obtenir le maintien des HLM en tant que logements
sociaux... en voyant aussi avec plaisir qu'ailleurs en France, d'autres que
nous s'emparent de ces proble`mes.
De meme, il n'est pas question de se contenter de la situation actuelle:
nous voulons des logements, mais pas des taudis; de meme, le RMI ne peut
nous satisfaire, pas plus que l'organisation de la charite' par les
associations caritatives qui, en plus touchent des subventions pour pallier
a` la mise`re !

Pour notre groupe, il y a le travail que nous effectuons dans le cadre du
collectif (sensibilisation, organisation des luttes...) et puis il y a le
travail spe'cifique de tout militant anarchiste, qui est la` aussi pour
proposer des ide'es et des solutions a` ce proble`me.

Pour nous, il faut s'inscrire dans une strate'gie qui colle a` la re'alite'
du moment, pour organiser le maximum de gens sur les bases les plus claires
possibles, c'est-a`-dire les plus a` meme de gagner des choses qui sont un
pas en avant sur la voie de la transformation du syste`me; expliquer en
quoi exclusion et crise font partie de la logique capitaliste; que les
logements vides font grimper les loyers et gonfler les poches des
spe'culateurs; dire et redire que la proprie'te' c'est le vol; que ce n'est
pas de charite' dont nous avons besoin, mais qu'il s'agit de re'aliser
l'e'galite' e'conomique et sociale, ici comme ailleurs !
De la ne'cessaire organisation de la solidarite' entre les exclus, il nous
faut passer a` l'organisation de la solidarite' entre pre'caires, chomeurs,
et salarie's, tous exploite's par le meme syste`me, sans oublier les
immigre's qui sont toujours les premie`res victimes de l'exclusion.

Pensons a` ceux qui sont ici, mal loge's et mal nourris, et pensons a` ceux
qui arrivent, comme les re'fugie's, pensons a` la carence des liens
d'accueil et pensons aussi aux clandestins, qui se terrent pour e'viter
l'expulsion vers leur pays de mise`re et de tortures, qu'il nous faudra
soutenir et donc he'berger... sans oublier non plus les malades du SIDA,
qui ont de plus en plus de mal a` trouver un logement. Re'sistance
ne'cessaire contre le climat ambiant, se'curitaire, policier et raciste !

- Groupe "Emma-Goldman" de la Fe'de'ration anarchiste

Contacts :
Groupe Emma-Goldman de la Fe'de'ration anarchiste
7, rue du Muguet, 33000 Bordeaux
Collectif "Un toit, un droit",
11, rue Permentade, 33800 Bordeaux
Te'l.: 56.92.56.50.

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TOURS : LORSQUE LA BISE FUT VENUE
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Comme a` chaque fois, lorsque la bise fut venue, les petites fourmis ont
regarde' les cigales crever de froid dehors en se demandant comment une
telle situation e'tait possible dans une socie'te' aussi de'veloppe'e que
la notre. Comment ne pouvait-on pas loger de'cemment tout le monde,
aujourd'hui. Sauf que l'hiver dernier, les fourmis ont pu constater
l'e'mergence de mouvements dans diffe'rentes villes (Paris, Nantes,
Bordeaux, Montpellier, Tours...) autour de ce the`me. Ces mouvements, de
fait, remettaient en cause la notion de proprie'te' prive'e.

A Tours, le Groupe libertaire de Tours (GLT) a e'te' un des principaux
acteurs de ce mouvement. De`s de'cembre 1994, le GLT a participe' a`
l'occupation symbolique d'un immeuble vide appartenant a` la SNCF (1).
L'objectif de cette action e'tait de mettre en avant le the`me des
re'quisitions. L'hiver battant son plein, certains SDF, ainsi que des
associations et organisations sensibles au sujet, de'cide`rent, de'but
janvier, d'occuper la maison de retraite de'saffecte'e Villate.
l'occupation se conclut deux semaines plus tard par un proce`s intente' par
la Ville contre les occupants: il se solda par l'expulsion en plein hiver.

Ce proce`s e'tait perdu d'avance... L'avocate de la Mairie de Tours posa
clairement le de'bat: ce qui est en jeu, a` travers cette occupation, c'est
le droit de proprie'te'; refuser l'expulsion revenait a` remettre en cause
un des piliers de la socie'te'. Autrement dit, le droit de proprie'te'
pre'vaut sur le fait de pouvoir vivre dignement, et meme de pouvoir vivre
tout court (2).

Ce droit de proprie'te' fait que des gens sont laisse's a` la rue ou vivent
dans de ve'ritables taudis. Le logement est un outil comme un autre pour
spe'culer, pour se faire du fric en rackettant des loyers. En outre, de
plus en plus de personnes sont sinon dans l'impossibilite', du moins ont de
plus en plus de difficulte's a` se loger. L'exclusion et la pre'carite'
aidant, les bailleurs, publics ou prive's, imposent des conditions telles
qu'une fraction de la population se trouve dans l'impossibilite' de
re'pondre aux exigences de ces memes bailleurs: revenus stables, l'accord
d'un garant solvable... Ce processus s'accroit avec l'e'volution de la
dualite' de la socie'te'. C'est un ve'ritable cercle vicieux ! Pour le
briser, il faut donc remettre en cause la proprie'te' prive'e et affirmer
que nous devons pouvoir vivre dignement quels que soient nos revenus ! Par
conse'quent, la lutte pour l'obtention d'un logement de'cent montre qu'il
s'agit de lutter contre le capitalisme, ge'ne'rateur d'exclusion. Vouloir
ame'nager des espaces au sein de cette socie'te' (3) pour la rendre plus
"humaine" est une perspective ne pouvant gue`re de'boucher sur des succe`s
durables dans le contexte actuel. Comment le capitalisme peut-il devenir
plus humain ?

Ainsi pour le GLT, il s'agit de'sormais d'avancer que "nos conditions de
vie ne doivent plus etre de'termine'es par nos revenus (salaires,
allocations, RMI...); chacune et chacun a le droit de se vetir, de se
nourrir, de se loger, de pouvoir satisfaire ses de'sirs... nous devons
pouvoir vivre dignement (Premie`re charte du Comite' tourangeau pour le
droit au logement- CT-DAL), re'dige'e alors que le comite' n'e'tait pas
encore affilie' au DAL). Autrement dit, jusqu'a` pre'sent, la socie'te'
fonctionne sur le principe de quantification, c'est-a`-dire que tout est
quantifie', la valeur d'e'change pre'vaut sur la valeur d'usage. Or, il
parait e'vident que la progression de l'exclusion et de la pre'carite', a`
travers les luttes qui leur sont lie'es, remet en cause cette hie'rarchie:
d'une socie'te' fonde'e sur la quantification, on doit passer a` une
socie'te' fonde'e sur la qualite'. Ce qui nous importe, ce n'est pas
combien vaut telle ou telle marchandise mais qu'elle est l'utilite' de tel
ou tel produit. Les luttes doivent tendre vers la satisfaction des besoins
et des de'sirs.

Devant l'impossibilite' re'elle de poser ces de'bats au CT-DAL, qui depuis
s'est affilie' au DAL, nous nous en sommes retire's. Nous participons a` la
mise en place d'une coordination qui a pour objectif de lutter contre
toutes les exclusions, qu'elles soient sociales, racistes, sexistes...
L'appel de cette initiative pour une coordination a de'ja` e'te' publie'
dans plusieurs journaux, et il est disponible en e'crivant, entre autres,
au GLT (4). . Plusieurs groupes ou associations de chomeurs ou de
pre'caires ont re'pondu. Serons-nous capables de lancer une re'elle
dynamique de lutte contre les exclusions ? Serons-nous capables de
proposer, de concre'tiser des alternatives ?
Par exemple, il nous importe de tenter de rede'finir la place du travail
dans notre socie'te'. Il doit perdre sa centralite' et devenir une
activite' sociale parmi d'autres, comme le sont le fait de militer,
d'adhe'rer a` une association, de faire la fete... Actuellement, le travail
organise, pour la plupart d'entre nous, toute notre vie; il de'termine
notre lieu d'habitation, notre emploi du temps... Il a une place centrale,
tant d'un point de vue mate'riel qu'ide'ologique: la valeur du travail est
centrale. Cette centralite', qui est l'un des fondements de l'ide'ologie
bourgeoise, commence a` etre remis en cause de part, notamment,
l'e'volution de l'exclusion et de la pre'carite' (5).

Nous proposons au contraire de de'velopper la notion de TRAVAIL SOCIALEMENT
UTILE (TSU). En effet, pour de'finir ce qui est "utile" il faut de'terminer
"socialement" quels sont nos besoins sociaux et individuels. Si l'on
de'finit le travail comme une activite' ayant pour but de les satisfaire,
celui-ci trouve sa juste place: il est un moyen parmi d'autres: activite's
que nous devons maitriser, c'est-a`-dire en de'terminer les finalite's,
l'utilisation, les me'thodes, les techniques et les moyens employe's pour
les re'aliser, et ce en vue de connaitre et maitriser nos conditions de
vie.

Utopique ! Nous assumons ! Nous devons tenter de re'fle'chir, de re'aliser,
de faire partager et vivre des utopies cre'atrices, des alternatives en
rupture avec l'ordre existant, sinon les replis re'actionnaires,
corporatistes... seront les seules re'ponses a` l'e'volution du capitalisme
qui engendre de plus en plus de mise`re et de barbarie !

- Groupe Libertaire De Tours
Membre de la Fe'de'ration anarchiste
et du Re'seau "No Pasaran !"

(1) Cette action e'tait a` l'initiative d'AC ! 37, d'ACDC (Association de
chomeurs), de la Confe'de'ration syndicale des familles et a` la CNT 37
(syndicat affilie' a` la CNT dite de Bordeaux).
(2) Tous les ans, pendant l'hiver, des personnes meurent car elles n'ont pu
se loger !
(3) Par exemple, des droits qui, de fait, ne sont "garantis ~ uniquement
que par l'Etat de droit, c'est-a`-dire qu'ils sont bien ale'atoires, comme
le montre l'expe'rience. En outre, cela renforce la le'gitimite' de l'Etat,
puisqu'on s'en remet a` lui pour pre'server ce pour quoi on lutte. De plus,
comment peut-on mettre sur le meme plan le fait de pouvoir se loger (le
droit au logement) et le fait de devoir travailler pour subvenir a` ses
besoins (le droit au travail); c'est confondre la satisfaction des besoins
vitaux (se loger, se nourrir, se vetir...) avec le moyen privile'gie' dans
le syste`me capitaliste de pouvoir y parvenir: le travail, avec comme
corollaire l'exploitation des travailleurs.
(4) plusieurs groupes sont a` l'initiative de cette de'marche:
-Travailleurs-Chomeurs Pre'caires en cole`re
c/o Coordination des sans-abri, 9, rue saint Sauveur, 75002 Paris;
-Pre'caires Solidaires nantais(e)s c/o Le Local, 16, rue Sanlecque, 44000
Nantes;
-Le Courtois, 10, nue de Bitche, 44000 Nantes;
-GLT c/o FA, BP 2114, 37021 Tours cedex.
(5) En outre, le travail est de moins en moins le lieu de socialisation
privile'gie', et on souhaite de moins en moins a` "perdre sa vie a` la
gagner" !

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=46IN PARTIE [2/2]
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