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Sat, 10 Feb 1996 21:35:45 +0100


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10 fe'vrier 1995 / N- 07
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SPECIAL OCCUPATIONS DE LOGEMENT

1) PARIS : "TOI, TOIT, MON TOIT"
2) PARIS : DE QUEL DROIT ?
3) PARIS : PRECIS DE DECOMPOSITION DES QUARTIERS
4) NANTES : RECULER POUR MIEUX SAUTER
5) BORDEAUX : POUR LE DROIT AU LOGEMENT
6) TOURS : LORSQUE LA BISE FUT VENUE

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PARIS : "TOI, TOIT, MON TOIT"
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Une re'quisition de logements dans le quartier de "La Moskowa", dans le 18e
arrondissement de Paris.

Le samedi 20 janvier au matin, par un froid de canard, une centaine de
personnes se dirige vers le 37, rue Bonnet, dans le quartier de la Moskowa.
Les appartements (en parfait e'tat) d'un petit b=E2timent, promis a` la
de'molition sont re'qui-sitionne's !

L'initiative, lance'e par des habitants du quartier, et soutenue par
diverses associations et forces politiques ("18e Paralle`le", Comite' des
sans-logis, Les Verts, LCR, Groupe "Louise Michel" de la Fe'de'ration
anarchiste) vise, d'une part, a` re'pondre a` un besoin urgent de logement,
et s'inscrit dans la continuite' des ope'rations mene'es depuis l'anne'e
dernie`re sur le proble`me des mal-loge's a` Paris, comme en province; de
l'autre a` s'opposer aux plans de "re'ame'nagement" de la Semavip (1) qui
massacre litte'ralement ce quartier populaire typique.

La Zac-Moskowa est, en effet, une ope'ration "exemplaire" des me'thodes
employe'es par la Ville de Paris. L'immeuble re'approprie' par les
habitants est promis a` la casse, pourtant, il correspond parfaitement aux
besoins de logement de personnes du quartier ayant peu ou pas de moyens
financiers. Ensuite, ce que l'on peut de'ja` voir de l'ope'ration montre,
une fois de plus, que la Zac n'est pas faite pour re'pondre aux besoins des
habitants, pour ame'liorer leurs conditions de vie, mais pour faire de la
Moskowa un de ces "quartiers vitrines" aseptise's, sans =E2me, livre's au
be'ton et a` la normalisation, avec quelques pelouses "interdites" comme
alibi et six mille me`tres carre's de bureaux en prime...

Un projet tellement scandaleux - par rapport a` l'image sympathique de
"village" qu'a la Moskowa -, que notre nouveau maire s'e'tait prononce' a`
plusieurs reprises pour l'arret des proce'dures de de'molition dans le
pe'rime`tre de la ZAC. Une exposition de photographies sur ce quartier
e'tant meme organise'e (depuis le jeudi 25 janvier) a` la mairie
d'arrondissement.

Plutot que d'assister a` une sorte d'enterrement certes culturel, mais
de'finitif, de ce Paris populaire que tout le monde regrette, les habitants
de la Moskova ont de'cide' de prendre les choses en main, par la
re'quisition d'un immeuble tre`s habitable, mais aussi, paralle`lement, par
la conception d'un contre-projet de re'ame'nagement de la Moskowa (avec
l'aide de l'e'cole d'architecture de La Villette). Un bel exemple de
citoyennete' active !

Il n'en reste pas moins que la bataille s'annonce difficile. La Semavip
semble pre`te a` tout pour imposer ses projets aux habitants. De`s les
jours suivants la re'quisition, les grandes manoeuvres d'intimidation
commen=E7aient.

Des ouvriers sont envoye's pour tenter d'abattre des cloisons au 35 de la
rue Bonnet, sans doute par peur que d'autres mal-loge's suivent l'exemple
du 37... Tentative d'exe'cutrion d'un "Permis de de'molition" pour le
b=E2timent de fond de cour (que la Semavip croit inoccupe') et qui avait
de'ja` e'te' partiellement saccage' par les sbires de la Semavip. Manque de
bol, il a de'ja` re'quisitionne' aussi.

La police convoque, au tristement ce'le`bre commissariat des
Grandes-Carrie`res, un a` un tous les occupants du 37, pour des
"auditions". En fait, pour les cuisiner un peu et savoir "qui" est
derrie`re tout =E7a`...

Enfin (mais ce n'est pas fini), a` plusieurs reprises la pre'sence massive
et conjointe (sans doute un hasard) de forces de police et d'ouvriers de la
Semavip avec pioche et pelles tente d'intimider nos "squatters" et
proce'der a` une de'molition sauvage... Manque de bol, ils devront se
re'soudre : rien ne peut etre entrepris tant qu'il y aura des gens a`
l'inte'rieur. Il ne leur reste plus qu'a` mener la gue'rilla juridique pour
obtenir un avis d'expulsion.

Cette action d'e'clat aura donc, entre autre, eu le me'rite de mettre de
nouveau a` l'ordre du jour la question de l'ame'nagement urbain des
quartiers parisiens, tel qu'il se pratique depuis quelques de'cennies. De
rappeler aussi, a` ceux qui nous gouvernent, qu'il faudra aussi compter
avec nous, habitants, associations, militants du quartier. Et nous comptons
bien nous battre pour en finir avec les projets de'cide's dans les
antichambres du pouvoir municipal, correspondant avant tout a` d'obscures
objectifs financiers et politiques.

Cela d'autant plus que, dans le XVIIIe, la Zac-Moscowa n'est pas la seule
ope'ration de "re'novation" impose'e aux habitants. Le vote au forcing, par
le Conseil de Paris, du projet de la Zac-Pajol, vient nous rappeler que nos
besoins ne seront pris en compte que si nous savons les exprimer
clairement.

A nous, donc, de trouver (et inventer) les moyens de leur faire comprendre
que nous avons besoin de logements (tre`s beaux et pas chers!), d'e'coles,
de jardins, d'e'quipements collectifs, de terrains de sport, etc. La
re'quisition de la rue Bonnet est un premier pas. Continuons...

- Collectif "Dix-huitie`me Paralle`le" (Paris)

(1) Socie'te' d'e'conomie mixte a` qui la Ville "sous-traite" les grandes
manoeuvre de la Zac-Moskowa. C'est tout dire...

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PARIS : RE'QUISITION
au 37, rue Bonnet d'un immeuble a` caracte`re social
situe' dans la Z.A.C. Moskowa, Paris 18e

DE QUEL DROIT ?
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Et si vous veniez visiter ce qui reste encore d'un faubourg du Paris
d'avant-guerre, construit entre les anciennes "fortifs" et le chemin de fer
de Petite Ceinture ?

L'immeuble que nous avons re'quisitionne' appartient a` la Socie'te'
d'E'conomie Mixte de la Ville de Paris; il est promis a` de'molition. Par
cette action, nous voulons le sauver et acce'der a` un logement de'cent
pour lequel nous serions prets a` assumer une contribution (charges, eau,
EDF...) a` la mesure de nos revenus.

Il n'y a pas d'insertion possible sans toit.

Au premier abord, il y a bien des raisons d'etre choque's par l'e'tat de la
plus grande partie de ces ruelles aux pave's de'chausse's, devant les
boutiques ferme'es des artisans, les maisons et les hotels meuble's souvent
de'truits ou mure's. Mais ...

Vue depuis le terrain ces dernie`res anne'es, cette situation n'est pas
l'oeuvre naturelle du Temps, mais le re'sultat d'une volonte' politique, et
financie`re (voir le "pre'cis de de'composition des quartiers" )
Au-dela` des regrets de la me'moire et du charme qu'on efface
comme si de rien n'e'tait, c'est tout un patrimoine d'habitat social qui
disparait ici, construit par les parisiens entre le milieu du XIXe sie`cle
et 1940. Or il s'ave`re que les constructeurs d'aujourd'hui sont bien moins
compe'titifs pour re'pondre, en terme de logements, au proble`me de
l'insertion.

Dans des quartiers comme le notre, des ateliers sont re'ame'nageables tre`s
simplement - ce qui permettrait a` beaucoup de travailler.
Il y a des studios, des chambres pour etre chez soi, des pie`ces communes
ou` partager les repas, des cours et des jardins pour rencontrer voisins et
passants...

Quand nos e'lites re'pe`tent dans les me'dias "restaurons le lien social",
"luttons contre l'exclusion", "aidons l'initiative individuelle pour
l'emploi", "concertation avec les associations locales"... C'est ce que
nous faisons ici.

- Collectif d'habitants de la Moskowa

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PARIS : PRECIS DE DECOMPOSITION DES QUARTIERS
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Re'sume' de l'action de la Ville de Paris a` La Moskowa

1- Geler les baux commerciaux, pour obtenir gr=E2ce a` tous ces
rez-de-chausse'e vides un fond de tristesse et de pourrissement.

2- Abandonner le re'seau des e'gouts a` lui-meme. En surface, alterner
inondation excessive des rues (infiltration), et ne'gligence de nettoyage
(par exemple laisser trainer les pre'servatifs jete's par certains clients
de la prostitution tole're'e sur le boulevard Ney).

3- Des anne'es durant, racheter discre`tement les appartements qui se
libe`rent: on les fera vandaliser pour justifier ulte'rieurement un
parti-pris de de'molition plutot que de re'habilitation.

4- Faire disparaitre de's que possible les b=E2timents sains, laisser sur
pied des anne'es les plus de'grade's.

5- Bien avant toute de'cision vote'e, laisser courir la rumeur; conseiller
aux personnes =E2ge'es de partir.

6- Pour e'viter le relogement, inciter financie`rement les proprie'taires
a` se de'barrasser eux-memes de leurs locataires.

7- Conduire en paralle`le de pre'tendues e'tudes urbaines, longues,
opaques, couteuses et inutiles puisqu'a` terme on conclura bien sur qu'il
n'y a rien d'autre a` faire que de revendre a` de complices promoteurs les
terrains "nus et viabilise's".

8- Savoir recueillir les plaintes avec compre'hension et se poser en
sauveurs, en b=E2tisseurs dynamiques luttant contre l'insalubrite'.

9- Saupoudrer d'Utilite' Publique (espace vert, e'cole, foyer 3e =E2ge,
etc...), un volume de constructions suffisant pour brasser millions de
francs et commissions.

10- Un peu avant de servir, ouvrir un local d'information "transparent", ou
l'on vous racontera une Hhstoire sans doute bien diffe'rente.

- Collectif d'habitants de la Moskowa

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NANTES : RECULER POUR MIEUX SAUTER
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Depuis le mois de fe'vrier 1995, un squatt politique, Le Courtois, s'est
ouvert dans un quartier de Nantes voue' a` la re'novation. Il s'est ouvert
a` l'initiative d'un collectif luttant notamment contre la pre'carite', le
Comite' Pre'caires et Solidaires nantais(e)s. Ce collectif s'est fait
remarquer sur Nantes par ses interventions lors des manifestations anti-CIP
notamment, par l'occupation toute symbolique, durant 24 heures, d'une ANPE
de'saffecte'e et par son discours anticapitaliste rupturiste (critique du
travail comme "invariant de la nature humaine", du chomage percu comme un
"mal social", de'fense de l'e'galite' sociale et e'conomique. . .).

Lorsque le projet a commence' a` germer dans les esprits, il n'e'tait donc
pas question de se battre pour demander l'application de la loi de
re'quisition, ni de cre'er un collectif Droit Au Logement, mais de montrer
qu'un collectif de lutte anti-autoritaire pouvait soutenir un groupe
d'individus de'cide's (dont certains militaient en son sein) a` se
re'approprier un lieu laisse' vide en centre-ville, de refuser le
"caritatif system" et l'"assistanat social". Pourquoi en centre-ville, a`
quelques pas de la prestigieuse Cite' des Congre`s ? Parce qu'a` Nantes,
comme dans d'autres villes, on assiste a` la destruction des anciens
quartiers ouvriers, qui laissent la place a` du locatif pour jeunes cadres
de'sireux de re'inte'grer l'inner-city et rejettent ainsi la population
modeste en banlieue.

Il n'e'tait e'galement pas question d'occuper n'importe quel lieu: la
volonte' unanime e'tait que le squatt ne soit pas uniquement un habitat
collectif, mais e'galement un espace anti-autoritaire ge're'
collectivement, un lieu de vie ouvert a` la politique et a` la
contre-culture, une autre fa=E7on aussi de concevoir sa vie. Et le lieu
occupe' re'pond sans proble`me a` cette exigence: un rez-de-chausse'e
immense, capable d'accueillir plus de 150 personnes, et un e'tage disposant
d'une demi-douzaine de chambres. Et si le squatt a surve'cu jusque la`, il
le doit en grande partie a` son ouverture sur l'exte'rieur. Il est devenu
une sorte de "maison de quartier autoge're'e", accueillant des cours divers
(de langues, de sports d'autode'fense), des concerts (la plupart du temps
en soutien a` des luttes) et une cantine ve'ge'tarienne hebdomadaire,
anime'e par des gens suffisamment responsables pour ne pas s'alie'ner un
voisinage force'ment intrigue' et soupconneux.

Jusqu'a` la mi-septembre, Le Courtois est demeure' un "vrai" squatt (au
sens juridique), peu inquie'te' par la maison Poulaga, gr=E2ce a` l'extreme
discre'tion du proprie'taire (uniquement inte'resse' par la vente du
b=E2timent a` la municipalite'). Quand la Mairie a enfin rachete' le lieu,
elle a propose' aux squatteurs et squatteuses des baux pre'caires. Apre`s
de'bat, le collectif des occupant(e)s, collectif regroupant des
re'sident(e)s et ceux et celles qui les soutiennent (qui se re'unit bon an
mal an chaque semaine et est autonome de Pre'caires et Solidaires), accepta
pour une simple question de... confort ! En effet, sans e'lectricite' ni
eau courante, impossible de vivre, de de'velopper des projets, d'agir sur
la ville. En acceptant les propositions de la Mairie, en refusant la
radicalite' pour la radicalite' (le refus de se faire "le'galiser"
e'quivalant a` la mort du squatt), le collectif des occupant(e)s a fait un
pari: faire du squatt Le Courtois un autre lieu radical sur la ville, moins
marque' ide'ologiquement que Le Local (16, rue Sanlecque, 44000 Nantes),
plus ouvert sur la contreculture, donc sur des approches diffe'rentes de la
politique (qu'il convient e'videmment de ne pas mythifier !)... "Reculer
pour mieux sauter", en quelque sorte

Le squatt Le Courtois sera ce que les occupant(e)s en feront ! C'est une
e'vidence, mais il est bon de le rappeler parfois. Les projets ne manquent
pas: le maintien de la cantine a` 10 francs attire plus de 40 personnes
chaque semaine; le journal mural informe les habitants du quartier de
l'activite' du squatt; les concerts de soutien permettent le financement
d'actions sur la ville (sur le Chiapas, par exemple), la restauration du
lieu (de'coration, ame'nagement...) et d'informer une population peu
encline a` suivre des re'unions-de'bats sur les luttes en cours.

Le squatt vit ainsi sa vie. Il sait aussi que son existence (ou plutot ce
qui fait son originalite': son expression politique anti-capitaliste)
de'pend de la volonte' de la Mairie socialiste (qui est passe'e maitresse
dans l'art de tout inte'grer/normaliser de laisser cette "verrue"
s'enraciner dans un des futurs quartiers chics de la ville, mais e'galement
de la volonte' de ceux et celles qui y viennent: a` eux/elles de s'y
investir, de lui donner vie, de de'passer le simple consume'risme (et on
consomme beaucoup dans la mouvance radicale, du concert anti-ceci au
discours anti-cela!)... en clair, de devenir "acteurs et actrices" de la
contestation sociale. Comme le dit si bien JMR, obscur poe`te ole'ronnais,
"Mieux vaut allumer une seule et minuscule chandelle que de maudire sans
fin l'obscurite'" !

- Patsy
Groupe Milly-Witkop de la Fe'de'ration Anarchiste

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=46IN PARTIE [1/2]
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