(Fr) Mexique (Eng).(Cast)

neil birrell (neil@lds.co.uk)
Wed, 7 Feb 1996 17:28:58 +0100


LE MONDE LIBERTAIRE
1/7 FEVRIER 1996
145, Rue Amelot,
Paris.
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ENTRE ALENA ET FZLN
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Le troisieme volet des ne'gociations entre l'EZLN et le gouvernement a
de'bute' le 8 janvier. Le 1er janvier, I'EZLN a annonce' la cre'ation d'un
Front (FZLN), front plus large politiquement et ge'ographiquement. Du
5 au 10 janvier, a San Cristobal de Las Casas, se tenait un forum
indigene, regroupant plusieurs organisations indigenes du Chiapas,
Oaxaca, Morelos, Guerrero..., afin de cre'er les principes du FZLN. Le
premier but de ce nouveau front est de montrer au gouvernement que
l'Arme'e zapatiste de libe'ration nationale (EZLN) n'est pas seule et que
les problemes de'passent largement le Chiapas. Les principaux themes
aborde's lors de ce forum sont de l'ordre de la strate'gie: cre'er un front
de classe ou cre'er un front politique, dont la lutte se baserait sur les
liberte's politiques... Le deuxieme portait sur la nature meme de la
re'volution et sur l'e'ternel de'bat 're'forme et re'volution'. Des
anarchistes, particulierement d'Oaxaca, e'taient pre'sents, et espe'rons que
leurs ide'es libertaires et autogestionnaires auront fait leur chemin. =20

De'but janvier, quatre 'Aguas calientes' (forums indigenes culturels,
centres de formation et d'information...) ont e'te' inaugure's, malgre' une
forte pre'sence militaire dans la re'gion. L'EZLN a e'galement appele' a
une rencontre intercontinentale anti-libe'rale a P=E2ques, dans la foret
Lacandone. Cette rencontre aura bien e'videmment lieu si la pression de
l'arme'e et des agents des migrations le permet. =20

Voici une pre'sentation de la situation au Mexique, et notamment du
mouvement libertaire. La semaine prochaine, il vous sera donne' un
apercu sur la situation au Chiapas. =20

LA SITUATION E'CONOMIQUE ET POLITIQUE-

Le capitalisme est international. Evidence connue de tous, mais qui est
e'clatante lorsqu'au mois de de'cembre 1995, en France, par milliers les
gens descendent dans la rue et que, dans celles de Mexico, des milliers de
personnes manifestent contre le projet de privatisation de leur propre
se'curite' sociale (IMSS). Le capitalisme mene une seule et meme
politique. Ses mesures de restriction et de pression sociale varient dans
les diffe'rentes re'gions du monde selon l'histoire et l'e'tat des forces de
re'sistance. Dans les anne'es 60-70, le Mexique est le pays d'Ame'rique
latine qui conna=EEtra le plus grand boom e'conomique, grace au pe'trole.
Le FMI financera largement cette politique, et la dette croissante du
gouvernement mexicain ne fera qu'acce'le'rer l'inte'gration progressive
du Mexique a l'e'conomie ame'ricaine. Cette croissance du capitalisme
provoquera une aggravation des de'se'quilibres sociaux. En 1992, 40%
des plus pauvres posse'daient seulement 9,3% des richesses; dans le
Chiapas, 2% des proprie'taires possedent alors 70% des terres. En 1993,
le Mexique compte vingt-quatre milliardaires (le pays est au quatrieme
rang mondial dans ce grand championnat), alors que 500 000 personnes
meurent de malnutrition. =20

Cette situation est aggrave'e par la crise e'conomique. Malgre' des
restrictions salariales et budge'taires, le de'ficit public ne cesse de
croitre, afin de combler les de'ficits des banques prive'es (on comble a
court terme les de'ficits d'investisseurs e'trangers, qui a long terme en
tireront profit). Le 20 de'cembre 1994, douze mois apres son entre'e
dans l'ALENA (accord de libre e'change entre les Etats-Unis, le Canada
et le Mexique), le peso est de'value' de 35%. Politiquement le Parti
re'volutionnaire institutionnel (lie' aux grands proprie'taires, a la
bourgeoisie et a une large part du clerge') impose une dictature en
manipulant les e'lections, apres qu'il ait de'ja re'cupe're' les themes de=
la
re'volution de 1910 afin de sauvegarder ses privileges. Le Parti
re'volutionnaire de'mocratique (sociale-de'mocratie) est le parti
d'opposition le plus repre'sentatif, mais il para=EEt de moins en moins
cre'dible en jouant la carte institutionnelle et en donnant donc caution a
un systeme de'le'gitime'.=20

LE MOUVEMENT SOCIAL - Suite a l'echec de la revolution de l910,
il faudra attendre les anne'es 60 pour voir la renaissance d'un re'el
mouvement social. En octobre 1968, alors que le mouvement e'tudiant
prend de l'ampleur et que les Jeux Olympiques approchent, le
gouvernement massacre 300 manifestants sur la place des Trois
Cultures, a Mexico. En meme temps, une forte re'pression s'abat sur
toutes les organisations politiques, et particulierement celles d'extreme
gauche. Quelques organisations-principalement mao=EFstes - re'sisteront en
plongeant dans la clandestinite'. Il s'ensuivra donc une longue pe'riode
difficile. Mais depuis quelques mois, on constate le de'veloppement d'un
double mouvement: indigene et de la socie'te' civile, avec l'e'mergence
de la Convention nationale de'mocratique et le de'veloppement de
mouvement de contestation sociale. Des syndicats inde'pendants naissent
dans plusieurs villes et commencent a regrouper quelques centaines (ou
milliers ?) d'adhe'rents, qui meneront des greves sporadiques chez Ford,
dans les te'le'communications, a la compagnie du pe'trole... Certains
syndicats font aux ide'es libertaires un bon accueil. C'est ainsi que la
rencontre entreprise en de'cembre 1995 entre des militant(e)s de- la
Fe'de'ration anarchiste et une dizaine de groupes anarchistes mexicains
s'est de'roule'e dans les locaux du syndicat inde'pendant des couturiers,
qui accueillait e'galement la caravane artistique mise sur pied en soutien
a l'EZLN; caravane dont la marche de'butait le ler janvier. =20

Citons plusieurs grands e've'nements qui caracte'risent cette renaissance
des luttes et d'une conscience politique collective au cours de l'anne'e
1995. C'est ainsi que le ler mai, alors que pour des raisons tactiques et
techniques les organisations syndicales officielles ne faisaient rien,
Mexico conna=EEtra sa plus grande marche contestataire depuis 1968, avec
1,5 million de personnes (de'ja, fin mars 1994, 350 000 personnes
manifestaient en faveur de l'EZLN). Il est a signaler, pour mieux
appre'hender ces chiffres, que manifester en France est bien plus facile,
la re'pression au Mexique prenant des dimensions incomparables. Les
revendications des manifestants e'taient, lors de ce ler mai, les suivantes:
non a l'ALENA, augmentation des salaires, re'inte'gration des ouvriers
licencie's lors des dernieres greves, liberte' politique, soutien a l'EZLN.
Le 1er mai 1996 promet de'ja d'etre chaud. Depuis, de nombreux
de'brayages et manifestations ont eu lieu pour protester contre la
privatisation de l'IMSS.=20

LE MOUVEMENT ANARCHISTE -

Quand bien meme, depuis quelques mois, des groupes anarchiste
naissent, le mouvement anarchiste mexicain demeure -marginal,
n'arrivant pas a de'passer la =AB maladie ende'mique =BB du mouvement
anarchiste mondial, a savoir l'inorganisation et une pre'sence toute
relative dans les luttes sociales. Ce mouvement a pourtant toute une
riche histoire. Il est ne' au XIXe siecle sous l'impulsion de Rodakanoty et
de Chauvin. Vers 1900, il y aura bien e'videmment Ricardo Flores-
Magon, qui reste tres populaire, et le Parti libe'ral mexicain (cf. la revue
Itin raire sur le sujet). He'las, le mouvement s'e'teindra en meme temps
que l'e'lan re'volutionnaire de 1910. Apres un grand passage a vide, en
1968, lors des mouvements de l'Universite' autonome de Mexico, des
groupes anarchistes rena=EEtront. On peut e'galement noter la pre'sence
d'une pense'e libertaire au sein du mouvement syndical des anne'es 70
(autonomie ouvriere, information ouvriere...). En 1980 na=EEtra le
mouvement anarcho-punk. =20

Au sein de l'actuel mouvement, la Jeunesse anti-autoritaire
re'volutionnaire-a 80% punk-constitue le groupe le plus important,
rassemblant une centaine d'adhe'rents, et quelques centaines lors de
manifestations. Ce groupe manque trop souvent de cohe'rence. D'autres
groupes existent. Le groupe Motin, plus re'cent, comptant une vingtaine
de personnes sur Mexico, se de'tache de la JAR, lui reprochant de
s'enfoncer dans la lutte culturelle, la contre-culture et l'anarcho-punk. Le
groupe Motin cherche a cre'er les conditions d'un anarchisme social. Il
existe aussi la Bibliotheque sociale, qui possede un local ouvert six
jours sur sept. Au travers de tout le Mexique, on compte une trentaine de
groupes re'partis sur une dizaine de villes. Ces groupes inde'pendant
comptent de 4 a 500 militant(e)s. Ces groupes manquent e'videmment de
liens, de cohe'sion, meme si dans ce domaine les choses e'voluent. Ainsi,
en 1994, Unitaire-Libertaire-Autogestionnaire (ULA) voit le jour,
regroupant des individus de la JAR, du groupe MOTIN, de la
Bibliotheque sociale, et comptant jusqu'a 300 adhe'rents. Cette
organisation a pour origine le mouvement de 1994 dans le Chiapas. Elle
a la volonte' de coordonner l'intervention des libertaires dans les
caravanes de soutien et autres convois de la paix, ainsi qu'au sein de la
CND Malheureusement, ULA a tendance a n'intervenir que vis-a-vis de
l'EZLN ou de la CND, des interventions de plus en plus rares au
demeurant, dans la mesure o=F9 la CND perd un peu de son inte'ret car elle
sombre dans les contradictions de ses courants internes et se trouve
noyaute'e par le PRD. Il est a noter, malgre' tout, la cre'ation d'un=
front
libertaire commun lors de la manifestation du 1er mai 1995, regroupant
environ 3 000 personnes. A cette occasion, des incidents auront lieu
avec les forces de l'ordre et on de'nombrera 19 arrestations (dont 4
anarchistes), qui seront suivies de condamnations a des mois de prison
fermes. En outre, un projet de revue nationale, e'dite'e par une dizaine
de groupes re'partis sur cinq villes, existe. Son premier nume'ro devrait
sortir en mars 1996. Il serait tire' a 1 000 exemplaires.=20

RE'GIS BALRY (groupe Milly-Witkop - Nantes)=20

FREEDOM PRESS
http://www.lglobal.com/TAO/Freedom