(Fr) SOUP KITCHENS - EXTRAIT (Eng)

neil birrell (neil@lds.co.uk)
Sat, 27 Jan 1996 10:54:08 +0100


ETATS UNIS

S'il existe un symbole de la violence americaine des dix
dernieres annees, c'est sans doute l'expansion dans toutes
les grandes villes des cantines et dortoires populaires.
Traditionnellement, les cantines populaires apparaissent
comme le signe de l'augmentation de la pauvrete des secteurs
les plus defavorises, particulierement des personnes vivant
du welfare (assistance publique. La nouvelle pauvrete a
augmente, et est de plus en plus visible. S'il fallait s'en
tenir au dernier recensement, le nombre de ceux qui vivent
audessous du seuil de pauvrete est passe de 25 millions en
1980 a` 37 millions en 1992. Dans les annees 70, le salaire
minimum en dollars, en tenant compte de l'inflation, a
diminue de presque 22%. Un rapport de la maire de New York,
redige en 1992, precisait que presque 1% de la population de
la ville avait passe au moins une nuit dans les dortoires
populaires l'annee precedente. Des donnees semblables ont
ete fournies par une autre grande ville Philadelphie. Ces
donnees nous offrent ainsi une idee du nombre considerable
des sans-abri et des marginaux qui vivent dans le centre des
grandes cites modernes. Pour pouvoir repondre a` cette
situation, les autorites americaines ont augmente les formes
de repression de la mendacite et ont autorise la creation
de corps de police privee (souvent en collaboration avec les
principales societes industrielles et commerciales), des
polices financies par des imptts speciaux, dont le rtle
principal est de maintenir "l'ordre et la securite" dans les
quartiers du centre (ceux ou se deroule la vie commerciale
et financiere) et de reprimer les sans-abri. En effet, apres
les annees 60, un nombre record de pauvres a envahi les
registres du Welfare, mais cet enorme accroissement des
beneficiaires a ete soigneusement cache par la presse et les
autres moyens d'information. Le principal resultat de ce
phenomene a ete que les personnes souhaitait lutter contre
cette situation n'avaient qu'une vue partielle des choses,
et agissaient de facon individuelle sans qu'il n'ait pu se
construire des organisations specifiques. Hormis une seule
exception: le mouvement Welfare Right. Les luttes de
protestation et les formes d'agitation, meme les plus
spectaculaires, sont dans ce contexte restees marginales et
sans grands resultats. L'augmentation considirable des
beneficiaires du Welfare a fini par mener a` la faillite les
administrations municipales (et a aussi contribue a` la crise
fiscale des Etats-Unis), particulierement dans les grands
villes comme New York. Dans la periode la plus recente de
ces vingt dernieres annees, des coups tres durs ont ete
portes aux services sociaux, ainsi des dizaines de milliers
de pauvres ont ete expulses du Welfare. Certains Etats, pour
parvenir a` cet objectif, ont limite le droit au Welfare aux
celibataires, et la plupart de ceux-ci ont introduit de
severes restrictions quant a` son obtention. Les
organisations charitables ont ainsi pris la place de l'Etat,
si bien qu'aujourd'hui elles sont submergees par des
demandes qui sont de loin superieures a` leurs possibilites.
La volonte de l'Etat de transferer le plus possible de
depenses sociales vers la societe civile et la communaute
apparant ironiquement vers les annees 60. Recuperer et
decentraliser deviennent les mots cles de la politique
sociale de l'Etat (demagogiquement l'Etat pretendait vouloir
liberer la communaute des obligations impersonelles et
bureaucratiques du secteur politique), ironiquement car ce
transfere vers la communaute se fait a` un moment ou celle-ci
s'est reduite jusqu'a` disparaitre completement, laminee par
deux decennies de restructuration economique. Les
communautes mythiques a` qui transmettre les responsabilites
et les services toujours plus inefficaces n'existent plus.
Les groupes locaux qui, dans les annees 60, ont servi
d'intigrateur entre Etat et quartier et qui souvent
servaient de soupape de securite aux protestations
individuelles et aux problemes locaux, sont en voie de
disparition. Personne ne participe aux reunions et personne
ne semble avoir aucun interet que ses propres questions.
Aujourd'hui, et ceci est surtout valable pour les ghettos,
les individues refusent de se consacrer completement a`
quelque chose de social. Les cantines populaires et les
dortoirs deviennent ainsi la partie immergie de l'iceberg,
qui montre l'aggravation des conditions de vie pour les plus
precaires parmi les travailleurs americains et les chomeurs
de longue duree. Alors que les services sociaux (Welfare)
ont perdu tout pouvoir legitime dans les vingt dernieres
annees, le spectre des affames dans le pays le plus riche du
monde fait encore vibrer sensiblement l'opinion publique.
Pendant les dernieres fetes de fin d'annee par exemple, les
medias ont ete rempli d'appels a` la charite envers les plus
pauvres, et ils demandaient que l'on soutienne les
associations caritatives qui se sont substituies a l'Etat.

Un autre aspect de cette spectaculaire augmentation des
cantines populaires est la disparition de la honte d'y etre
vu, et de la charge negative qu'elle entrannait il y a une
dizaine d'annees. Beaucoup de personnes y vont maintenant
par habitude, car c'est une facon pour elles d'augmenter
leurs gains, toujours plus maigre, et de recuperer ainsi
sous une autre forme des choses qu'elles n'ont plus la
possibilite d'acheter. Ils sont nombreux ceux qui, avec
l'argent qu'ils economisent en frequentant les cantines,
achetent d'autres biens de premiere necessite et/ou de
l'alcool ou de la drogue. Dans les queues des cantines
populaires on retrouve presque une atmosphere de gaite: les
cantines sont devenues une alternative pour rencontrer
d'autres personnes, pour se socialiser. C'est avant tout une
nouvelle facon de consommer tres personnelle, mais aussi une
approche tres differente de l'habituelle approche des
institutions charitables. Les personnes qui frequente ces
cantines reconnaissent sans probleme les faits. Pour les
populations des secteurs les plus pauvres des ghettos,
frequenter ces cantines devient une facon collective
d'organiser sa survie au-dehors et contre le systeme. Elles
y apprennent a` mendier, seule facon pour elles d'obtenir les
biens qu'on leur nie.
ACTION NOTE COLLECTIVE BALTIMORE

FREEDOM PRESS
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