(fr) RIF / Montpellier (3)

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Sat, 6 Jan 1996 14:08:35 +0100


"JE L'PREND, LE DROIT !"
GREVE A L'UNIVERSIT=C9 DE MONTPELLIER
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Pour la premi=E8re fois, les =E9tudiants d=E9cident de se prendre en main, n=
on
pas contre un rapport ou un projet de loi, mais pour r=E9soudre leurs
probl=E8mes, pour construire les universit=E9s de demain. M=EAme si nous avo=
ns
obtenu gain de cause contre le rapport Laurent, contre le CIP et autres
lois Devaquet, la situation de l'enseignement sup=E9rieur ne s'est pas
am=E9lior=E9e, bien au contraire.

Les cr=E9dits attribu=E9s a l'enseignement sup=E9rieur et =E0 la recherche n=
e
cessent de diminuer. Les universit=E9s, les =E9coles d'architecture, les IUT
sont abandonn=E9s par l'Etat comme la majeure partie du service public. Les
facs priv=E9es sont une insulte =E0 l'id=E9al r=E9publicain, comme le sont l=
es
emplois pr=E9caires qui, seuls, permettent encore aux universit=E9s de
survivre.

RENVERSER LES PRIORIT=C9S DE L'=C9TAT
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Il ne s'agit pas seulement de revendiquer des moyens (37 milliards sur cinq
ans) ni m=EAme des postes administratifs. Nous d=E9fendons l'Universit=E9
r=E9publicaine, la=EFque, une universit=E9 offrant =E0 tous une =E9galit=E9 =
des
chances. Nous d=E9fendons la Libert=E9, le droit au savoir par la revendicat=
ion
d'un statut de l'=E9tudiant, par une universit=E9 ouverte =E0 tous comme lie=
u
d'=E9changes et de progr=E8s.

Ces revendications sont toutes r=E9alisables si une volont=E9 existe. Il s'a=
git
de renverser les priorit=E9s de l'Etat. L'=E9conomie doit =EAtre au service =
de
l'homme et non l'inverse. Les individus ne doivent pas devenir des valeurs
marchandes. Nous voulons que l'individu retrouve sa place comme =EAtre humai=
n
libre et responsable, et non pas comme simple chiffre.

ET LE DIALOGUE ?
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Quand l'=C9tat d=E9cide le transfert des =E9coles d'architecture de l'Equipe=
ment
=E0 la Culture par d=E9cret, le 16 novembre, malgr=E9 les gr=E8ves engag=E9e=
s et sans
concertation, c'est le cadre de vie de chacun qui est ignor=E9.
L'architecture, les arts, la philosophie, toutes ces disciplines sont
laiss=E9es =E0 l'abandon. Lorsque ceux qui pensent la soci=E9t=E9, ceux qui
construisent notre environnement sont d=E9consid=E9r=E9s, c'est l'avenir ent=
ier
d'un peuple qui est en danger.
Et le dialogue ? Quels que soient les gouvernements qui se sont succ=E9d=E9,=
la
fracture entre le peuple et ses dirigeants cro=EEt sans cesse. Nos
revendications actuelles sont m=E9pris=E9es et ne donnent lieu qu'=E0 des
consid=E9rations budg=E9taires. Le refus de la discussion est =E9vident.
Subissant des pressions politiques, la presse locale tronque l'information.
Le Midi libre du 6 d=E9cembre ne trouve rien =E0 dire sur nos manifestations=
,
si ce n'est que "des =E9tudiants prenaient des croquis dans le cadre des
travaux pratiques".

Il se trouve que, depuis le d=E9but de la semaine, l'arr=EAt des cours =E9ta=
it
total =E0 Montpellier et l'=E9cole d'Architecture occup=E9e jours et nuit. E=
t
encore, les "archis" =E9taient cit=E9s, contrairement aux =E9tudiants de let=
tre
et de science. Tout se passe comme si nous n'avion jamais particip=E9 =E0 la
manifestation et seulement surgi pour casser. Oui, n'importe quel lecteur
pourrait croire que les =E9tudiants ne participent pas =E0 la gr=E8ve.

ACCES AUX MEDIAS REFUS=C9
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Le soir du jeudi 30, apr=E8s les violences de Montpellier, au "19-20" de
=46rance 3 Languedoc-Roussillon, des images d'un CRS bless=E9 furent montr=
=E9es,
incriminant biens=FBr la violence des "jeunes". Apr=E8s enqu=EAte de notre p=
art,
il s'av=E8re que ce CRS avait chut=E9 en poursuivant une =E9tudiante qui ten=
tait
de photographier les =E9v=E9nements. Alors, information ou d=E9sinformation
organis=E9e? On choisit un plan vid=E9o, un extrait de discours lors d'une A=
G,
et hop on vous sort un petit article discr=E9ditant les =E9tudiants.

Quant au reste, nos revendications, nos opinions, cela ne doit pas =EAtre
tr=E8s all=E9chant puisque personne n'en parle. Ah si ! juste pour dire comb=
ien
le plan Bayrou (cette insulte aux universit=E9s qui ne propose quasiment que
des emplois de CES et octroie des cr=E9dits d=E9j=E0 pr=E9vus depuis=
longtemps) est
int=E9ressant, pour dire, en quelque sorte: "Regardez, la volont=E9 de dialo=
gue
est l=E0".

Alors comprenez que les =E9tudiants, pour beaucoup en gr=E8ve depuis deux mo=
is,
d=E9sesp=E8rent de se faire entendre, tandis qu'ils subissent des pressions
toujours plus grandes de la part de certains professeurs. L'acc=E8s aux
m=E9dias nous est, sauf exception, toujours refus=E9. Pendant ce temps, les =
CRS
chargent.
Nous sommes en train de r=E9aliser que nous ne vivons pas dans un pays
d=E9mocratique, que la libert=E9 en France n'est qu'un leurre et que pour
I'obtenir, nous devons reprendre le combat r=E9publicain. Pour d=E9fendre no=
s
droits, en obtenir de nouveaux. Nous n'attendons plus rien de l'=C9narchie,
de ceux qui gouvernent sans savoir, sans =E9couter. Nous apportons nos
solutions, nos revendications sont pr=E9cises. Elles devront =EAtre accept=
=E9es
par ce gouvernement ou par un autre, quel qu'il soit.

DOXAI
COLLECTIF D'=C9TUDIANTS DE MONTPELLIER

[Extrait de "Maintenant", 20 d=E9cembre 1995]