(Fr) Extrait de _Le Monde Libertaire_ (1) (Eng)

neil birrell (neil@lds.co.uk)
Sat, 6 Jan 1996 16:58:43 +0100


C'EST LA LUTTE ... ET CE N'EST PAS FINI

TROIS SEMAINES PLEINES de luttes, de manifestations
monstres, un esprit de re'volte incroyable qui pousse les derniers =AB
irre'ductibles =BB a refuser la reprise du travail: nous avons vraiment
ve'cu dans les chemins de fer un mois de reve qui nous laisse
le'gitimement penser que, pour longtemps, plus rien ne se fera
jamais comme avant. Les re'sultats sont la: gel et rene'gociation du=20
contrat de plan, maintien du calcul du montant et des conditions
de de'part en retraite, ne'gociation salariale en 96, gel des
suppressions de postes, gel des restructurations et filialisations et
meme la de'mission de Bergougnoux que personne n'avait
demande'e. Oui, il est juste de dire que nous avons remporte' une
belle victoire, mais il est aussi e'vident que la bourgeoisie, Juppe'
en tete, n'a pas recule' beaucoup et notamment pas sur le re'gime
ge'ne'ral de la se'cu, ce qui doit ne'cessairement nous inciter a
pre'parer de nouvelles luttes. La bourgeoisie n'est pas a genoux,
elle se pre'pare meme encore a frapper.=20

C'EST LA LUTTE... ON A GAGNE'?

Dans les assemble'es ge'ne'rales, des le 14 de'cembre, cela sentait
bon la reprise: les brillants camarades de la C.F.D.T., ces
infatigables =AB lutteurs =BB de classe, laissaient le =AB libre choix =BB=
aux
cheminots de la poursuite du mouvement. Comme si nous les
avions attendus pour savoir ce qu'il fallait faire ! Ces =AB camarades
=BB, pourtant pre'sente's par les me'dia comme des =AB opposants =BB a
Notat, estimaient qu'il y avait des engagements solennels du
gouverne'ment devant les francais, et que donc on n'oserait pas
mentir au bon peuple en revenant sur les promesses. Pour les
cheminots, le probleme e'tait clair: on n'arrete pas une greve de
trois semaines sans engagements chiffre's et e'crits, en
conse'quence les A.G., a l'exception de Strasbourg, reconduisirent
la greve. Le 14, toujours a 21 h 15, tombait la lettre du ministre
des transports, qui s'engageait sur tous les points de revendication
des cheminots, sauf la reprise de la dette de 175 milliards de
francs. A ce point la, les jaunes pales e'taient soulage's et
pouvaient appeler fermement a la reprise du travail, estimant avoir
=AB gagne' =BB une lutte que d'autres avaient mene'e. Le re'sultat, tout le
monde le connut de'ja: une reprise timide, entrave'e par la
conscience d'avoir peu obtenu par rapport a ce qu'il e'tait possible
d'obtenir, par le remords aussi d'abandonner les copains des autres
boites, les ch=F4meurs rencontre's dans les manifs, les e'tudiants qui
s'e'taient charge's de remplir les caisses de greves. =20

Ainsi le re'seau ne fonctionnait re'ellement que le lundi 18
de'cembre, le Midi, Rouen et quelques autres restaient encore
presque une semaine en greve avec occupation. En somme, cette
=AB belle victoire =BB a laisse' un go=FBt amer aux cheminots, mais tout
n'est pas fini... loin de la. Le mardi 19 de'cembre, partout ou cela
e'tait possible, les syndicats rencontraient les directions re'gionales
S.N.C.F. qui annoncerent clairement la couleur: pas question de
revenir sur les suppressions de postes envisage'es avant la lettre du
ministre, le contrat e'tait gele' jusqu'au 30 avril, mais le lendemain,
c'est le meme que la S.N.C.F. entend appliquer. Dans ces
conditions, un pre'avis de greve, commen=E7ant le 24 de'cembre au
soir, e'tait de'pose' pour une dure'e illimite'e. Le lendemain, les
directions reculaient sur la question des suppressions de postes et
des restructurations d'e'tablissements, laissant les choses en l'e'tat.=20

ET LA GE'NE'RALISATION DES GREVES, ALORS!...

On a beaucoup parle' de la greve par procuration du secteur
prive', parfois avec une bonne dose de complaisance. Si ce
phe'nomene a re'ellement existe', il convient de le relativiser et
surtout de le replacer dans son contexte re'el. En effet, on peut
constater que dans pas mal d'endroits, il n'y eut pas =AB procuration =BB
parce que les salarie's sont descendus ensemble dans la rue des le
28 novembre et y sont reste's. En Rhone-Alpes, c'est Grenoble qui
a le mieux donne' ce genre d'exemple; des le 28 novembre, la
plupart des grandes entreprises re'pute'es modernes de
l'agglome'ration e'taient dans la rue pour ne plus en sortir, pour
reprendre en tout cas plus tard que les chemins de fer. Bien s=FBr, la
comme ailleurs, ce ne fut pas un produit du hasard, mais la
volonte' acharne'e de travailleurs, militants syndicaux ou non, de
donner un sens a la re'volte des salarie's exce'des par l'injustice de
cette socie'te'. =20

Pourtant, nous avons tous pu le constater, il y eut pas mal
d'endroits ou la greve n'a pas pris. Cela s'expliquerait aise'ment par
l'action des jaunes, C.F.D.T. en tete, mais ce serait insuffisant pour
comprendre comment un mouvement aussi ge'ne'reux, qui
n'e'coutait pas, au moins jusqu'aux derniers jours, les briseurs de
greve, a pu he'siter tant que finalement la moitie' au moins de ceux
qui auraient pu etre la sont reste's sur le chemin. Disons le tout net:
des anne'es de pratique de la bureaucratie syndicale ont plus
surement ralenti la contestation que tous les parasites mal
intentionne's qui y grenouillaient. Ainsi, a la C.G.T., ceux qui ont
vecu la plus belle greve de leur vie enragent que dans les U.D., les
U.L., on ait attendu parfois une semaine ou plus pour sortir ne
serait-ce-qu'un tract, que Vianet et les permanents a vie du bureau
confe'de'ral aient he'site' une semaine et demi pour parler (du bout
des levres) de ge'ne'ralisation du conflit. Dans les bo=EEtes aussi, les
de'le'gue's saboterent la lutte, a Chambe'ry, par exemple, les
irresponsables syndicaux de la C.P.A.M. de'poserent un pre'avis de
greve de deux heures... alors que l'assemble'e ge'ne'rale avait
de'cide' la greve totale reconductible; mais, ces =AB camarades =BB
trouvaient cela irre'aliste. A Renault Ve'hicules Industriels,
toujours a Chambe'ry, les syndicalistes fe'licitaient les cheminots
venus distribuer des tracts mais il ne leur est jamais venu a l'ide'e
d'organiser une A.G. pour savoir ce que voulait une population de
me'tallos pourtant re'pute'e pour sa combativite.
On peut tourner le probleme dans tous les sens, il restera
toujours que meme si un mouvement est spontane', avec toutes les
qualite's que cela suppose, si le syndicalisme reste ce qu'il est, c'est
a dire en grande partie un mouvement de partenaires sociaux sans
projet social re'volutionnaire, il sera impossible de de'passer le
stade contestataire de la greve pour qu'elle devienne gestionnaire.
Rien n'est fini, comme pre'vu les bourgeois s'appretent a nous
remettre le couvert et la victoire des salarie's de'pendra de leur e'tat
de pre'pa ration. C'est la lutte... et nous devons gagner !

LAURENT

FREEDOM PRESS
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