(Fr)Radios Libres en France(Eng),(It)

neil birrell (neil@lds.co.uk)
Sat, 30 Sep 1995 21:57:38 +0100


RADIO LIBERTAIRE - FRANCE

CEST LE CONGRES de la Fe'de'ration anarchiste
qui, en mai 1981, signa l'acte de naissance de Radio
Libertaire. Apres de longs et contradictoires de'bats,
ce congres acceptait, a l'unanimite', l'idee du
lancement d'une radio qui soit l'organe de la FA.
Cette radio n'avait alors pas encore de nom, pas
d'indicatif, pas vraiment un projet, pas d'animateurs,
et pour son lancement un budget de (vous lisez
bien)... 15 000 F ! Pas un congressiste, a cet instant,
n'aurait pu pre'dire la suite des e've'nements, si ce n'est
qu'a la rentre'e, l'anarchie serait a nouveau sur les
ondes. Comme en 1921, lorsque les insurge's de
Kronstadt lancerent des messages radio; comme en
1936, en Espagne, avec Radio CNT-FAI, ou encore
lors de la participation d'anarchistes au mouvement
des radios libres, en France a la fin des anne'es 70,
avec notamment Radio-Trottoir (a Toulon) et Radio-
Alarme, dont les animateurs e'taient des membres de
la Fe'de'ration anarchiste. =20

C'est le 1er septembre 1981, a 18 h (1), dans une
cave humide de la butte Montmartre que l'aventure
radiophonique commenca. Et de facon fort
rudimentaire, dans des conditions de'fiant les lois de
la radio: un studio de 12 m2, avec un bric-a-brac de
mate'riel de re'cupe'ration, une mini-e'quipe de six
personnes. Premiers appels d'auditeurs, premieres
cartes d'auditeurs... et premiers brouillages !
Pendant ce temps, nombre d'expionniers de la radio
libre installaient des studios tres performants pour se
lancer a la conquete du futur gateau que repre'sentait
la bande FM. L'esprit des radios libres commencait
de'ja a agoniser, victime de l'appe'tit financier de
certains responsables d'ex-radios pirates. Les
socialistes mettaient, en ao=FBt 1983, une terme a
'l'anarchie des ondes' en saisissant de nombreux
e'metteurs, dont celui de Radio Libertaire. Le 28
ao=FBt, a 5h40, les CRS se pre'sentaient devant les
locaux de Radio Libertaire. Ils de'foncerent la porte,
saisirent le mate'riel. Les animateurs furent frappe's et
interpelle's, le cable d'antenne et le pyl=F4ne
sectionne's. Ni la porte blinde'e, ni les nombreux
auditeurs pre'sents, ne purent empecher la saisie de
notre radio. Les socialistes, alors au pouvoir avec
leurs allie's du PCF, n'avaient certainement pas
mesure' a sa juste valeur notre de'termination, et
encore moins la solidarite' que nous te'moignaient des
milliers d'auditeurs depuis deux ans. Deux ans
durant lesquels s'e'taient construits, jour apres jour,
des liens amicaux et solides entre Radio Libertaire et
son auditoire. La riposte fut imme'diate. Et
impressionnante. Son aspect le plus important se
traduisit, le 3 septembre 1983, par une manifestation
de 5 000 personnes et la re'e'mission de Radio
Libertaire. =20

Les moments intenses et chaleureux furent si
nombreux, les rebondissements si fre'quents qu'il est
impossible d'en rendre compte dans un article (2):
les galas, les brouillages des 'radios-fric', les de'mele's
avec le pouvoir, l'obtention de la de'rogation,- les
manifestations... on pourrait dresser, a travers ces
e've'nements, la chronologie des dates importantes de
l'histoire de Radio Libertaire. Le plus important, en
re'alite', ne peut vraiment s'e'crire. C'est l'histoire
quotidienne et collective de Radio Libertaire, dont
nous de'tenons tous, auditeurs et animateurs, des
parcelles. Ce sont ces dizaines de milliers d'heures
d'antenne, de communications te'le'phoniques, qui
susciterent courriers, e'changes et rencontres. Radio
Libertaire s'est construite avec le temps. Chacun y
amena sa pierre: sa voix, son savoir, sa compe'tence,
son e'nergie. Radio Libertaire, c'est aussi cet auditeur
qui amene un micro ('Ca peut vous servir.'); cet autre
qui laisse sa carte de visite ('Je suis e'lectricien, si
vous avez besoin... '); cette retraite'e ('Je suis malade,
et vous savez ma retraite est maigre... mais passez
manger un jour.'); ce non-voyant qui, grace aux
petites annonces d'entraide, re'ussit a partir faire du
tandem a la campagne avec une jeune fille... et
ramene des fleurs au siege de la radio; ce sont toutes
ces lettres qui arrivent au 145, rue Amelot pour
soutenir, poser une question, encourager, sugge'rer,
informer, critiquer. Ce sont, lorsque s'expriment une
revue, une association, un individu, un syndicat, la
Fe'de'ration anarchiste, ces te'le'phones qu'on
s'e'change, ces rendez-vous qu'on se fixe, ces re'seaux
qui se cre'ent et se renforcent. =20

L'identite' culturelle de la station s'est construite avec
le temps. Les premiers animateurs amenerent leurs
disques au studio et firent conna=EEtre a des milliers de
personnes des artistes comme Debronckart, Fanon,
Servat, Gribouille, Jonas, Utge'-Royo, Aurenche,
Capart et beaucoup d'autres. En 1982 arrivait tout
naturellement sur nos ondes une autre musique que
l'on e'coutait dans les squatts, en marge du systeme:
le rock alternatif. Puis d'autres musiques trouverent
tout aussi naturellement leur place sur Radio
Libertaire: le jazz, le blues, le folk, les musiques
industrielles, le rap, le reggae. De toute e'vidence,
d'autres artistes rencontrerent la radio qui s'ouvrit a
de nombreuses formes d'expressions: BD, arts
plastiques, the'atre, litte'rature, cine'ma...
Radio de la Fe'de'ration anarchiste, Radio Libertaire
a ne'anmoins ouvert d'abord, et tout de suite, ses
micros a ses amis: anarcho-syndicalistes de la CNT
ou d'autres syndicats, Libre Pense'e, Union pacifiste,
les espe'rantistes, la Ligue des droits de l'Homme. Et
la aussi, c'est dans la re'alite' quotidienne, dans les
luttes et les rencontres, que s'est forge'e l'ouverture
toute naturelle de Radio Libertaire envers le
mouvement social: travailleurs en greve, chomeurs,
mal-loge's, squatters, antiracistes, e'colos, re'fractaires,
exile's, taulards... Surviennent des crises, et le travail
quotidien de Radio Libertaire est bouleverse' par
l'exigence du moment. C'est le mouvement e'tudiant
de 1986, et Radio Libertaire devient la radio du
mouvement: reportages dans les rues, tables rondes
dans le studio, antenne ouverte pour te'moigner des
violences policieres, agit'prop permanente. Eclate la
guerre du Golfe, et Radio Libertaire devient la radio
des 'anti-guerre' e'coutant tous RL, qui, heure par
heure, annoncait manifs, meetings, re'unions des
comite's de quartier, tout en proposant de'bats et
analyses. Tout aussi naturellement, c'est dans ces
moments chauds que Radio Libertaire trouve sa vraie
dimension de radio de lutte. Radio Libertaire, c'est
aussi mille raisons pour les auditeurs de pester,
rager, protester contre les imperfections techniques
ou des propos que l'on juge incongrus, provocateurs,
trop re'formistes ou trop radicaux. Mais c'est surtout,
nous l'espe'rons, des raisons de de'couvrir le plaisir du
de'bat, de la lutte et des ide'es libertaires. Des coups
de gueule... des coups de coeur... Et c'est tant mieux
! Dans un monde marchand, de'shumanise',
spectaculaire, ou le capitalisme triomphant e'crase les
hommes et les femmes, ou la pense'e, a l'image de
l'e'conomie, s'uniformise et se mondialise, Radio
Libertaire, avec ses forces et faiblesses, ses de'fauts et
qualite's n'appara=EEt-elle pas pour ce qu'elle est:
humaine... tout simplement humaine ?=20

LAURENT FOUILLARD

(1) Radio Libertaire e'mettait alors de
18ha22h,sur89.6Mhz. =20
(2) Lire Radio Libertaire, la voix sans ma=EEtre, Yves
Peyraut, e'ditions du Monde Libertaire. Prix: 50 F.
En vente a la librairie du Monde Libertaire.=20