(Fr) LML Extraits (1)

neil birrell (neil@lds.co.uk)
Wed, 20 Dec 1995 08:01:15 +0100


CONSTRUIRE LES LUTTES PRESENTES ET A VENIR:
LE CAS DES CHEMINS DE FER

La masse salariale est trop
importante ... La productivit=E9 est
trop faib/e ... Le statut des
cheminots est trop rigide @
L'importance de la dette oblige =E0
r=E9agir vite =84. Voici les phrases les
plus importantes r=E9p=E9t=E9es inlassa-
blement dans les derni=E8res
semaines, tant par Anne-Marie
Idrac, secr=E9taire d'Etat aux trans-
ports, que par Jean Bergougnoux,
PDG de la SNCF, et reprises sans
sourciller par tous les petits chefs
ferroviaires encore en activit=E9. Dans
cette poign=E9e de mots, il y a en effet
tout le programme des r=E9jouis-
sances qui attendent salari=E9s et
usagers des chemins de fer, et des
transports en g=E9n=E9ral.

Un passage en force
sans pr=E9c=E9dent

Dans cette entreprise, exemple de
concertation qu'est la SNCF, ce qui
fait lever le sourcil dans un premier
temps, c'est la tentative appuy=E9e de
l'Etat et des dirigeants d'imposer un
contrat de plan en moins d'un mois.
En effet le 15 novembre, les
premi=E8res lignes n'en =E9taient pas
encore connues, et le 15 d=E9cembre
il sera d=E9finitivement sign=E9. Il faut
savoir que les contrats de plan son
sign=E9s pour quatre ans entre l'Etat
et ses @ partenaires @ (EDF-GDF,
SNCF...). Ils d=E9finissent, en th=E9orie,
les missions et objectifs impos=E9s =E0
l'entreprise, et les compensations
financi=E8res =E9ventuelles qui lui sont
allou=E9es en contrepartie. Les
contrats pass=E9s jusque l=E0 par la
SNCF pr=E9voyaient par exemple des
missions de services publics et
d'am=E9nagement du territoire, rnais
aussi des investissements concer-
nant le d=E9veloppement de la grande
vitesse et les infrastructures que
cela n=E9cessite. Evidemment, quand
une direction d'entreprise veut
imposer une r=E9duction massive
d'effectifs et bloquer les salaires, il
devient urgent pour elle de faire vite,
mais aussi de montrer de fa=E7on
claire une force suffisante pour etre
dissuasive. On peut chercher pius
loin et constater que, dans les
entreprises @ publiques =84, le syndi-
calisme traditionnel p=E8se encore
d un certain poi@s el que, m=EAme Sl
cela pr=E9sente les avantages d'une
certaine collaboration de classes,
c'est sans conteste une g=EAne pour
les dirigeants qui pr=E9tendent d=E9cider
vite. Mais plus loin encore, il est
incontestable que le ferroviaire de
par le poids =E9conomique qu'il repr@
sente est une arme politique esser
tielle aux mains du pouvoir, et dan
la p=E9riode d'offensive bourgeois
actuelle il ne serait pas n=E9gligeabl
pour le gouvernement de fair
mordre la poussi=E8re aux salari=E9
des chemins de fer.

A l'heure o=F9 j'=E9cris ces lignes, il
est difficile de dire pr=E9cis=E9ment ce
qu'il va ressortir des n=E9gociations
engag=E9es avec 24 heures d'avance,
en plein dimanche, entre direction
SNCF et syndicats sur un contrat de
plan dont la caract=E9ristique g=E9n=E9rale
est la partition de l'entreprise entre
un secteur <@ rentable @, g=E9r=E9 suivant
les normes de la concurrence
capitaliste, et un secteur @ public @
laiss=E9 en grande partie aux r=E9gions
administratives qui choisiraient de
maintenir les lignes ou de remplacer
ces trains par des cars ou des taxis.
Tout cela repr=E9sente sans conteste
une casse de la solidarit=E9 =E9cono-
mique qui r=E9gissait les transports
ferroviaires jusque l=E0, et dont le
principe =E9tait de n'avoir qu'une seule
caisse pour l'ensemble des r=E9seaux
et permettait ainsi d'obtenir une
couverture importante du territoire
sans tenir compte de la rentabilit=E9
=E9conomique de chaque.
Ajoutons que le contrat de plan en
question remet d=E9finitivement en
cause le syst=E8me de retraite et
assurance maladie propre, jusqu'=E0
pr=E9sent, aux chemins de fer: retraite
=E0 55 ans pour l'ensemble des chemi-
nots. =E0 5n @ns ,nmJr )@.@ m=E9c@
couverture totale des frais de
maladie. Il =E9tait =E9vident qu'=E0 l'heure
o=F9 ies dirigeants politiques enga-
geaient le conflit sur la protection
sociale, des r=E9gimes aussi avanta-
geux que celui-ci allaient se trouver
en ligne de mire en regard =E0 la
@r@riJP dP@ bn@r@ni@
Enfin, pour terminer sur les
grandes lignes, ce fameux contrat
de pian pr=E9voit l'augmentation de la
productivit=E9 moyenne (parce qu'on
ne veut vexer personne, en particu-
lier et surtout pas les cadres) des
cheminots, que la direction et le
gouvernement ne trouvent pas
assez @ polyvalents =84, ou dont le
statut ne permet pas une exploita-
tion assez intensive; par exernple,
on ne peut obliger un m=E9canicien
qui a fini ses huit heures =E0
@ reprendre le volant =84 comme on
pourrait le faire avec un chauffeur
routier. Rappelons utilement =E0 ce
sujet que 80% des transports
routiers en France sont le fait du
groupe SNCF, ce qui lui permet de
mettre en concurrence les salari=E9s
des transports, avec le plus grand
profit.

Cela n'aura =E9chapp=E9 =E0 personne
que la SNCF est un bastion syndical
qui aura permis =E0 la CGT de mainte-
nir la pression en attendant la
journ=E9e de gr=E8ve g=E9n=E9raie du 28
novembre. Il est tout autant =E9vident
que cette centrale joue la duret=E9 sur
le terrain, allant parfois jusqu'=E0
l'action violente comme par exemple
=E0 Chamb=E9ry, parce que son parti de
tutelle-le PCF-n'a pas, comme
son cousin soclaliste, I'occasion de
jouer l'alternance d=E9mocratique lors
des =E9lections. De plus, il est vital
pour l'ensemble des mouvements de
gauche de s'assurer une emprise
sur la soci=E9t=E9, qu'ils n'ont plus
depuis leur collaboration avec l'Etat
social-d=E9mocrate. De ce point de
vue, les tensions internes =E0 la CFDT
ne sont vraisemblablement pas
exemptes de manoeuvres politiques
en vue d'une recomposition syndi-
cale @< =E0 gauche de la gauche @.

Jeter les bases
des luttes =E0 venir

Pour l'=E9mancipation du prol=E9tariat,
et donc pour les anarchistes, les
choses sont passablement diff=E9-
rentes. L'agitation t=E9l=E9guid=E9e par les
appareils politiques ne serviront
qu'=E0 diriger les masses et les priver
de leur autonomie de d=E9cision. Des
revendications ax=E9es uniquement
sur =AB notre profession =E0 nous @ ou
@ des gommes et des crayons @ ne
peuvent que favoriser le retour de la
bourgeoisie de gauche, en mettant
en porte-=E0-faux le gouvernement
Jupp=E9.
Si nous ne sommes manifeste-
ment pas en mesure de prendre en
main la soci=E9t=E9. il para=EEt quand
m=EAme possible de mettre =E0 profit la
p=E9riode de luttes pour avancer des
propositions qui permettent d'in-
fluencer durablement celles-ci et de
construire les outils qui seront
n=E9@essaire@. V@ici une si@rie de
propositions concernant les che-
mins de fer, mais pas seulement:
- redistribution des gain de
productivit=E9 par des augmentations
de salaires et des em@auclleS
correspondantes =E0 la r=E9duction de
la dur=E9e du travail (moins de trente
heures par semaine);
-maintien et m=EAme extension de
la protection sociale et expulsion du
patronat et de l'Etat de sa gestion;
-maintien d'un service public de
transport. Action commune salari=E9e
pour d=E9finir les besoins et obtenir
leur satisfaction.

LAURENT MARTIN
(liaison FA de Modane)

FREEDOM PRESS
http://www.lglobal.com/TAO/Freedom