Ce n'est pas par hasard que sa premiere =9Cuvre publique fut un=20
film de 1952: Hurlement en faveur de Sade, dans laquelle l'image=20
e'tait completement absente et le spectateur - stupe'fait en ve'rite'
de cette provocation de pur style surre'aliste - assistait a une=20
se'quence alterne'e dans laquelle l'e'cran apparaissait blanc puis=20
noir, et pendant laquelle il e'coutait un fonds de dialogues=20
atones de nombreuses personnes jusqu'au dernier 'plan' noir=20
d'une dure'e de 24 minutes dans le silence total. Ce fut cela=20
la premiere de'claration de guerre contre le spectacle que=20
Debord entreprit au cours de sa vie; une de'claration de mort=20
au cine'ma, alors conside're' comme l'essence de la forme=20
artistique produite par la socie'te' bourgeoise et pour cela=20
synthese extreme de ses valeurs en pleine de'composition,=20
puisqu'expression non d'une construction de situation en mesure=20
d'e'largir la vie quotidienne, mais d'un systeme de falsification=20
de la re'alite' afin de la supprimer et de la substituer a travers=20
une production d'images destine'es a se'parer l'individu de son=20
propre ve'cu et faire de lui un participant illusoire du=20
spectacle de la marchandise en tant que de'sormais lui-meme=20
marchandise/produit de ce spectacle.
La fondation en 1957 de l'Internationale Situationiste fut,=20
en partie, la conse'quence logique de ces pre'suppose's artistiques.
Issue du milieu cultural europe'en comme confluence de=20
nombreuses expe'riences artistiques (COBRA, Internationale=20
lettriste, mouvement pour un Bauhaus de l'image, comite'=20
psychoge'ographique de Londres), l'IS depuis le de'but chercha a=20
repre'senter - surtout a travers Debord qui fut le re'dacteur du=20
rapport constructif de l'organisation -la critique de l'art a=20
travers le ne'cessite' de la de'passer grace a la construction de=20
situations libere'es dans lesquelles la vie puisse effectivement=20
expe'rimenter ses propres possibilite's et n'etre pas enferme'es=20
dans la re'pe'tivite' d'images-roles que la socie'te' du spectacle=20
construisait afin de la dominer et de l'exploiter. Mais de'ja=20
dans les premieres anne'es les diffe'rentes tetes de l'IS furent=20
contraintes de s'affronter entre elles, et Debord - qui=20
repre'sentait s=FBrement parmi ceux-ci l'e'sprit le plus cohe'rent=20
avec ses objectifs d'une critique totale de l'art et toute=20
expression culturelle oriente'e vers la production de valeurs=20
se'pare'es de la vie concrete (et pour cela incapable=20
de la transformer radicalement) - prit le meilleur dans les=20
confrontations avec ceux qui pre'supposaient le de'passement de=20
l'art comme une simple re'cupe'ration de la critique=20
architecturale et urbanistique afin de fabriquer des '=9Cuvres=20
d'art' non plus sur toile, mais dans l'espace social d'une=20
cite'.
Ainsi les premieres anne'es de la de'cennie 60 furent les anne'es=20
de la volte-face politique de l'IS, et co=EFncideront avec les=20
anne'es d'engagement politique de Debord; un engagement de'stine'=20
a faire en sorte que son organisation - de'sormais presque e'pure'e=20
du courant artistique - devint le point de ralliement entre=20
l'expe'rience de l'avant-garde culturelle europe'enne et=20
l'expe'rience des mouvements politico-re'volutionnaires,=20
repre'sente's en France par quelques revues (Arguments, et=20
Socialisme et Barbarie) du 're'visionnisme' marxiste. Ce furent=20
ces anne'es-la durant lesquelles Debord collabora aux se'minaires=20
de Lefebvre a Nanterre, et pendant lesquelles put aussi etre=20
de'veloppe' la critique de la vie quotidienne que de'ja le=20
philosophe et sociologue nanterrien avait the'orise'e sur la=20
fin des anne'es 50. La critique de la vie quotidienne petite=20
s=9Cur de l'analyse de l'alie'nation/se'paration produite par la=20
socie'te' spectaculaire, devint le corpus the'orique de l'IS que=20
Debord contribua a mieux expliquer dans son livre le plus=20
fameux, le de'ja nomme' La Socie'te' su Spectacle, dans lequel=20
l'expe'rience the'orique et organisationnelle du conseil ouvrier=20
(emprunte'e suite a la rencontre avec Socialisme et Barbarie)=20
repre'sentait le de'bouche' politico-re'volutionnaire de la the'orie
situationiste. Le scandale de Strasbourg et les e've'nements de=20
Mai repre'senteront non pas tant la confirmation du fait que=20
Debord et l'IS allaient croissants dans ces anne'es-la (comme=20
l'a toujours soutenus l'hagiographe historique de ce mouvement),=20
mais plutot la rencontre fortuite - et par des cote's propice -=20
entre la pratique contestataire et re'volutionnaire du mouvemnent=20
de 68 et la ne'cessite' de trouver 'quoi faire' de la part de la=20
the'orie situationiste. Pourquoi: si il n'y avait pas eu le Mai=20
francais, peut-etre l'IS aurait-elle pu devenir ce qu'elle=20
sembla etre ensuite (c'est-a-dire l'e'tat majeur de la re'volution=20
moderne)? Et l'=9Cuvre de Guy Debord serait-elle apparue comme=20
clairvoyante et prophe'tique, ce qu'induisent de nombreux=20
commentaires qui retiennent ses livres sur le spectacle social=20
comme les uniques textes capables de donner un sens - pardon:=20
la vision - a ce qui se produit a l'Est comme a l'Ouest?
Toutes ces interrogations se rapportent a la question toujours=20
en suspend de savoir qui e'tait Guy Debord; un homme qui, a 62=20
ans, de'cide de se retirer la vie et d'arreter 'son histoire=20
ve'ritable', demandant pardon pour ses propres erreurs. Mais la=20
ve'rite' de son histoire, il faudrait davantage la reconstruire a=20
travers les =9Cuvres qu'il a laisse's a la poste'rite' dans=20
l'intention d'etre connu comme le premier personnage invisible=20
de la socie'te' du spectacle, sera-t-il jamais possible de=20
conna=EEtre cette ve'rite'?
GIANFRANCO MARELLI
FAI Milan
Trans from Le Monde Libertaire 21 Dec. 94
FREEDOM PRESS
http://www.lglobal.com/TAO/Freedom