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(fr) Alternative Libertaire AL #282 - Maroc: Les mines de la mort de Jerada

Date Sun, 8 Apr 2018 19:51:43 +0100


Dans le Nord-Est marocain, l'exaspération sociale a déclenché une mobilisation dans la petite ville
de mineur.es de Jerada. Si les revendications ne sont pas encore entendues, le mouvement n'est pas
fini. ---- Le 22 décembre 2017, alors que la ville de Jerada vit au rythme de manifestations contre
la cherté des factures d'eau et d'électricité, deux frères décèdent tragiquement, révélant le
mal-être du «Maroc oublié». Houcine (23 ans) et Jedouane Doui (30 ans) ont trouvé la mort dans une
mine désaffectée de cette petite ville du Nord-Est marocain. À Jerada, la mine a nourri des
générations de familles depuis les années 1930. Les Charbonnages du Maroc, entreprise publique qui
exploitait l'anthracite, un charbon à haute valeur calorifique, a fermé en 1998 sur injonction du
FMI. La mine employait environ 9 000 ouvriers et ouvrières et le charbon constituait alors la
principale ressource de la population. En dépit de cette fermeture, les habitants et habitantes de
la région continuent d'y extraire du charbon de façon clandestine et artisanale, sans aucune mesure
de sécurité.

Ils seraient entre 1 500 et 2 000 à risquer leur vie tous les jours dans ces mines sauvages. Trous
creusés à la main, les puits donnent à la colline une allure de gruyère. Quand le trou devient
profond, parfois jusqu'à 100 mètres, les mineur.es plongent dans le sous-sol avec un treuil animé
par un groupe électrogène. Avec une corde à la taille, ils et elles descendent en rappel pour en
remonter des sacs de charbon. Parfois, les tunnels cèdent. Le 22 décembre, les deux frères ont été
noyés sous terre, par un torrent soudain. Un mois plus tard, un autre mineur clandestin de 32 ans a
été enseveli dans un éboulement. Depuis vingt ans, plus d'une centaine de personnes y ont laissé
leur vie, selon l'Association marocaine des droits humains.

Révolte populaire

C'est dans ce contexte d'exaspération sociale que la population de Jerada, qui voit les siens mourir
au fond des mines, s'est mobilisée. Une révolte populaire qui fait écho à d'autres mouvements de
protestation. De novembre 2016 à juillet 2017, dans le Rif, la ville d'Al Hoceima, a marché en masse
suite au décès tragique d'un poissonnier broyé par le camion poubelle qui détruisait sa marchandise,
saisie par la police. En octobre dernier, c'est Zagora, au sud du Maroc, qui a répliqué par les
marches de la soif contre la rareté de l'eau en période de sécheresse. En janvier 2018, c'est le
village de Tendrara (province de Figuig à l'est du Maroc) qui a connu des émeutes, après le décès
des suites de ses blessures de Sofiane Zelmat, renversé par un camion d'État, conséquence de
l'arrivée tardive d'une ambulance. Le manque d'infrastructures, où l'ambulance la plus proche est à
une heure de route, est une réalité quotidienne dans cette région.

À Jerada, le soulèvement populaire continue, depuis la grève générale du 29 décembre, appelée par
les syndicats. Une feuille de route fixant des dates de mobilisation a été décidée par le hirak
(«mouvement» en arabe), qui compte déjà ses inculpé.es. Ces mobilisations rappellent les demandes
d'«une alternative économique» pour cette région marginalisée. Parmi elles: des offres d'emploi pour
les jeunes, la baisse des factures d'eau et d'électricité, un traitement en urgence pour malade de
la silicose. Près de 2 000 personnes seraient touchées par cette maladie pulmonaire incurable,
provoquée par l'inhalation de fines poussières de charbon dont le traitement nécessite un suivi
continu mais aussi des moyens onéreux. La lutte continue, notamment avec la manifestation pour les
droits des femmes du 8 mars et celle du 11 mars qui a réuni 10 000 manifestants et manifestantes. Le
14 mars, lors d'un rassemblement, des véhicules de police ont foncé à plusieurs reprises sur la
foule, fauchant plusieurs personnes. Cette répression illustre la violence calculée et la brutalité
du pouvoir marocain, prêt à tout pour terroriser la population. La réponse ne s'est pas faite
attendre, des sit-in et des manifestations de solidarité sont, d'ores et déjà, prévus à Jerada et à
travers le Maroc. Les damné.es de la mine n'ont pas dit leur dernier mot.

Jérémie (AL Gard) et Marouane (AL PNE)
http://www.alternativelibertaire.org/?Maroc-Les-mines-de-la-mort-de-Jerada
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