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(fr) Alternative Libertaire AL #282 - Italie: Crise sociale et poussée réactionnaire

Date Fri, 6 Apr 2018 15:19:55 +0100


Où en est l'Italie? Appauvrissement de la population, «crise démocratique», recompositions
politiques... Un contexte de désespoir des classes populaires et de succès électoral de la droite
dure et de démagogues en tout genre. ---- Début mars, l'Italie votait pour les élections
législatives, alors que l'économie du pays tourne au ralenti avec un taux de chômage de 10,8 % et
des inégalités de revenus parmi les plus fortes de la zone euro. Contrairement à d'autres pays de
celle-ci, la croissance y est considérée comme lente, atone, du fait de l'absence de «bulle
immobilière» et d'explosion de la dette privée avant la crise financière, ce qui devait éviter une
politique de violents ajustements, jusqu'au moment inévitable où il a fallu répondre aux
considérations des marchés voyant la dette italienne peu soutenable, comme celles de l'Irlande, de
la Grèce, de l'Espagne ou du Portugal. Ainsi, lorsque fin 2011 le gouvernement Berlusconi laisse sa
place à un gouvernement de technocrates dirigé par l'ancien commissaire de l'Union européenne à la
concurrence Mario Monti, l'Italie connaît une politique de traitement d'une bulle financière que la
pays n'a pas connu. L'austérité s'est donc imposée, sur les salaires et la dépense publique,
entraînant un cercle vicieux, où la croissance s'effondre avec la baisse de consommation des ménages
et de l'investissement des entreprises. Des «réformes structurelles» régulières visant à «stimuler
la productivité» mais qui ne font que réduire la «demande intérieure». En termes concrets, un
appauvrissement de la population et inévitablement un rejet des politiciens, mais aussi la recherche
de boucs-émissaires comme les migrants et migrantes. Des thèmes qui ont mobilisé la plupart des
formations politiques dans la campagne pour les élections, alors que le gouvernement de Matteo Renzi
et du Parti démocrate (PD, centre) a depuis son accession au pouvoir en 2014 échoué à convaincre la
population des «bienfaits social-libéralisme».

C'est donc naturellement que la coalition centriste de Renzi n'arrive qu'en troisième position lors
de ces législatives. La première place revient à une coalition de droite conservatrice réunissant le
mouvement Forza Italia de Berlusconi et les nationalistes xénophobes de la Ligue (ex-Ligue du Nord),
qui par stratégie délaisse son régionalisme au profit de l'accession au pouvoir national. À la
deuxième place, c'est le Mouvement 5 étoiles (M5S), des démagogues qui ont semé lors de leur
fondation en 2009 des illusions d'opposition à «l'oligarchie» et à l'Union européenne, allant
jusqu'à se réclamer de la démocratie directe... Le M5S a progressivement capitalisé sur le
mécontentement populaire et convaincu des déçus de gauche et de droite de voter pour lui, entraînant
une série de succès électoraux: arrivant troisième aux élections générales de 2013, et surtout
remportant aux municipales de 2016 rien de moins que Rome et Turin. Au fil du temps, les positions
politiques du M5S ont évolué, devenant moins eurosceptique dans le discours et s'opposant à
l'immigration. L'implantation populaire du mouvement due aux rejets des partis institutionnels
habituels explique son succès aux élections de début mars. Le discours de «solidarité» qu'ils ont
tenu vis-à-vis du Sud de l'Italie (plus pauvre que le Nord) a marché, à travers notamment leur
proposition d'un revenu de citoyenneté à 780 euros pour tous les chômeurs. Le positionnement visant
à dépasser le clivage droite/gauche au profit d'un clivage up/down (en haut/en bas), leur opposition
aux «1 %», au «système» et la défense de l'éradication de la pauvreté, est symptomatique de
stratégies en cours dans toute l'Europe de la part de mouvements se prétendant «du peuple», comme
Podemos en Espagne ou la France Insoumise, à ceci près que le M5S est encore plus ambigu en étant
membre au Parlement européen d'un groupe réunissant des partis d'extrême-droite comme l'Ukip
britannique.

Les vainqueurs de ces élections vont devoir former une majorité au Parlement et nous ne savons pas
encore à l'heure actuelle quelle coalition, surement inédite, va se dessiner, mais elle sera
probablement fragile et difficilement gérable par la classe bourgeoise, tout en continuant de
dégrader les conditions de vie de la population.

La gauche à la peine

Dans ces élections, les formations de gauche ont eu des scores très faibles. Les sociaux-démocrates
de Libres et Égaux, dont le discours s'oppose au libéralisme, n'ont pas su convaincre. Il faut dire
que leur leader Pietro Grasso n'est pas un modèle de rejet du système, puisqu'il a été membre du PD
jusqu'en 2017 et président du Sénat.

Enfin, Potere al popolo (Pouvoir au peuple) qui avait suscité quelques espoirs pour la gauche
radicale: le mouvement s'appuie sur des centres sociaux autogérés, notamment celui de Naples, où des
médecins viennent soigner des personnes en très grande pauvreté, et est aussi en lien avec le
mouvement No Tav[1]et No Tap[2]. Si le mouvement n'a obtenu que 1 % des voix, il est aussi très
jeune et peut se targuer du soutien de poids de plusieurs partis italiens de gauche radicale[3]et de
l'Union syndicale de base (USB, syndicalisme alternatif).

Malgré tout, il faut espérer que les mouvement sociaux et syndicaux sauront garder leur propre
agenda sans s'enfermer dans des stratégies électoralistes et de représentation politique et
parlementaire des exploité.es visant à délaisser la construction de fronts de lutte
autogestionnaires de masse. Dans un contexte difficile, le travail de terrain en Italie est
cependant mené chaque jour par les syndicalistes de lutte, ainsi que par nos camarades d'Alternative
libertaire / Fédération des anarchistes-communistes[4].

Marius (AL Toulouse)
http://www.alternativelibertaire.org/?Italie-Crise-sociale-et-poussee-reactionnaire
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