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(fr) Comités Syndicalistes Révolutionnaires - Mouvement des «Gilets Jaunes» Quelles leçons en tirer pour les syndicalistes?

Date Mon, 28 Jan 2019 21:13:09 +0000


Le mouvement des «gilets jaunes» a surpris tout le monde par son caractère inédit: un mouvement lancé sur lesréseaux sociaux, venu de simples citoyen·ne·s, qui a gagné d'emblée la bataille d'opinion parsa popularité et qui remet en cause le système de représentation et de corps intermédiaires classiques (confédérations syndicales, formations politiques, associations). Ce mouvement traduit une colère profonde et légitime qui n'a pas commencé avec l'élection de Macron.

Il est de notre devoir d'analyser ce mouvement, ses succès comme ses défaillances, afin de tirer les leçons qui s'imposent. En effet, le mouvement des «gilets jaunes» se solde par un bilan des plus mitigés, que ce soit au niveau de sa représentativité (une forte détermination cachant des mobilisationstout de même faibles), sa popularité (une sur-médiatisation nourrissant des fantasmes et des prises de positions allant danstouslessens), ainsi que son bilan humain et financier qui pose question (10 morts liés au mouvement, des milliers de blessés et interpellés lors des mobilisations et actions, des milliards d'euros de «cout» et de dégâts matériels lors des manifestations et blocages).

Le milieu militant, boulet du prolétariat

Les organisations ont été prises de court avec un mouvement, certes annoncé, mais spontané, parti des réseaux sociaux. Personne n'avait misé sur la détermination et la mobilisation qui allaientsuivre pendant plus d'un mois. Ce mouvement, populaire et «citoyen», voulant être en dehors dessyndicats, qui mènent pourtant des luttes sur la plupart des mots d'ordre des «gilets jaunes» depuis des années, est un signal fort que nous devons sérieusement prendre en compte.

Ce signal est très clair: les organisations traditionnelles ne font plusrêver, malgré un passé glorieux pour certaines. Car, oui, c'est bien la CGT et le mouvement ouvrier qui furent, pendant plus de soixante-dix ans, à l'avant-garde de l'amélioration des conditions de vie et de travail de toute la population! C'est la CGT, par les grèves et les actions, et avec souvent seulement une minorité agissante, qui a conquis les congés payés, la retraite par répartition, les conventions collectives, les services publics, la formation professionnelle et les qualifications, la Sécurité sociale, la réglementation du temps de travail, les aides sociales, la possibilité pour tous et toutes d'avoir des loisirs et du temps pour soi ou à partager avec sa famille, ses amis, etc. Force est de constater que ce qu'il reste aujourd'hui de la puissance et de la popularité de notre confédération vient de son passé. Tout comme l'existence d'autres confédérations syndicales, issues de scissions, est liée à ce passé, chacune voulant être à sa manière la continuité du glorieux passé de la CGT. Longtemps, la CGT avait su apparaître comme incontournable, mais, aujourd'hui, elle a décliné et laisse planer des doutes sur ses capacités et son utilité. Des «gilets jaunes» l'ont d'ailleurs dit à la télé où ils étaient invités: «La CGT n'a rien gagné de significatif depuisle début des années 1980», et ils ont raison de le rappeler!

Pourtant, ilserait juste de rappeler aussi que les responsabilités sont collectives. Il faut analyser le pourquoi du comment une organisation comme la CGT ne fait plus rêver. Notre autocritique est inévitable et nécessaire, tout comme l'est celle des autres catégories de la société. L'analyse des profils des «gilets jaunes» montre que ce sont, pour beaucoup, des enfants nés dans les années 1960-1970-1980, n'ayant jamais manifesté de leur vie ou très peu, car ils se sont reposés sur les conquêtes sociales des générations précédentes.

Il serait cependant mal avisé de leur lancer la pierre. En luttant pour l'amélioration des conditions de vie et de travail, les militant·e·ssyndicalistes connaissaient les conséquences de l'embourgeoisement des classes populaires. Il ne revenait qu'à notre confédération d'intégrer ces générations «avantagées» dans une dynamique qui aurait permis de continuer le rapport de forces dansle progrèssocial, jusqu'à nouslibérer du capitalisme. Le rôle de toute organisation d'anticiper les événements n'est malheureusement plus d'actualité dans le syndicalisme, et ce depuis justement la fin des «Trente Glorieuses»... Et ce n'est pas qu'une simple coïncidence! L'anticipation est d'ailleurs tout aussi absente aujourd'hui chez les partis et autres formations politiques.

On aura beau critiquer le réveil tardif de beaucoup de «giletsjaunes» qui ne noussoutenaient paslorsque l'on faisait grève, nousrestons en grande partie responsables de cette situation! Le manque de réactivité et de stratégie dont a fait preuve la confédération a cristallisé des rancoeurs et des frustrations accumulées au fil des années sur «l'inefficacité des syndicats et des syndicalistes». La croyance reste cependant toujours tenace, dans la population, que nous devons tous et toutes beaucoup au syndicalisme dans notre pays. Et il en faut peu pour rappeler cette vérité.

Toujours est-il qu'en un moisles «giletsjaunes», dix fois moins nombreux que les syndicats, ont fait bouger le gouvernement et ont gagné des miettes que les syndicats, en plusieurs dizaines de jours de grève et plusieurs mois de mobilisation, n'avaient pas réussi à arracher. On peut d'ailleurs légitimement se poser des questions quant à la sur-médiatisation du mouvement par rapport à ce qu'il représente réellement (moins de personnes mobilisées que lors d'une grève dansla seule fonction publique, par exemple); à une certaine bienveillance des autorités par rapport à la responsabilité des «meneurs» dans les dégâts humains et matériels qui ont fait suite à leurs appels (c'était en tout cas vrai pendant les premières semaines) et au fait qu'à moins nombreux ils arrivent à mieux (ce qui est contradictoire avec tout le baratin démocratique et civique qu'on nous inculque depuis l'école).

L'institutionnalisation nous a tués

Il est indéniable que la volonté pour les classes dirigeantes d'affaiblir encore plus les organisations syndicales de classe a surement pesé dans la balance: après plusieurs défaites syndicales, un mouvement «citoyen» et «apolitique» est entendu au bout de trois semaines et gagne, ne serait-ce que symboliquement, avec quelques miettes, mais gagne tout de même. Consciemment ou non, les «gilets jaunes» aident le gouvernement et le patronat à détruire les syndicats. Et, après tout, les syndicalistes sabotent leurs propres organisations depuis pas mal d'années, rendant possible cette situation. Le fait qu'une tactique comme celle-là passe aussi bien et aussi vite est la preuve que le milieu militant, notammentsyndical, est bien devenu l'arrière-garde du prolétariat. Cette réalité nécessite des mesures d'urgence de notre part, en interne,si nous ne voulons pas que les organisations que nous ont transmis nos anciens, pour nous défendre, disparaissent.

Cette crise du militantisme et de la représentation n'est pas nouvelle. Notre tendance syndicale, fondatrice et continuité de la CGT historique, tire la sonnette d'alarme depuis longtemps. Le syndicalisme s'est fourvoyé dansle piège des compromis, desinstancesreprésentatives du personnel et dans une fuite en avant qui nous déconnecte de la réalité et de la population.

Nos cahiers revendicatifs ne correspondent plus à notre degré de structuration et de déploiement. Ce n'est pas un hasard si la majorité des «gilets jaunes», autres que les retraités, sont issus de milieux défavorisés et de milieux professionnels où notre implantation syndicale est nulle. Ce n'est donc pas non plus un hasard si le syndicalisme leur apparaît complètement éloigné et dépassé.

Le train-train des contestations a pris une forme stagnante, figée, qui bloque nos capacités à innover et à repenser nos moyens d'action. En ça, nous avons intégré la culture bourgeoise de la fainéantise et de la médiocrité contre la culture ouvrière de l'action et de la création. L'exemple du déroulement des grèves et des manifestations aujourd'hui est flagrant. Avant, nous préparions la grève générale, et les manifestations légitimaient les grèves. Ces manifestations, parfois violentes, constituaient la mise en mouvement des grévistes dans un rapport de forces politique qu'était l'occupation de la rue. Aujourd'hui, c'est l'inverse, on se met en grève pour aller dans une manifestation qui ne fait plus peur au camp adverse, tant sa banalité et sa prévisibilité sont devenues la norme. Aujourd'hui, le but n'est pas de réussir la grève (bloquer l'appareil capitaliste et construire un rapport de forces), mais de réussir la manifestation... pour, au final, rentrer chezsoi après et retourner le lendemain au boulot. Nous ne sommes donc plus dans une logique syndicaliste de défense des intérêts de notre classe, mais dans une logique républicaine et démocratique, de bienveillance citoyenne, vis-à-vis de nos maîtres et de nos exploiteurs.

Cette institutionnalisation du syndicalisme, où l'organisation ne vit même plus de ses seules cotisations et adhérent·e·s, ne permet plus de tirer, en interne, des bilans sereinement et en toute objectivité, d'où la nécessité d'une tendance syndicale comme les CSR. Le mouvement des «giletsjaunes» est la conséquence directe de notre soumission. Il est la conséquence de notre retard en termes d'identité, de structuration, de propositions, et il est la conséquence de notre non-déploiement dans des secteurs qu'on a laissé tomber faute de sociabilité, d'accueil, d'organisation, de perspectives politiques et de formation.

En quête d'action et de sociabilité

Le mouvement des «giletsjaunes» s'est caractérisé par son imprévisibilité. Il est inédit sur deux aspects. D'abord, de part sa violence et sa détermination, venant de couches de la population qui n'étaient jusquelà pas trop familières avec ce genre d'actions et de mobilisations. Il est d'ailleurs à noter que le gouvernement n'a pas reculé devant les faibles manifestations (dont les effectifs baissent considérablement à chaque «acte»), mais a plutôt reculé devant les violences et dégradations, quasisystématiques et généralisées, ainsi que les blocages économiques et commerciaux à l'approche de Noël et du Nouvel An. Ce n'est donc pas le pacifisme et le citoyennisme des «gilets jaunes» qui ont permisl'attention et les quelques miettes accordées par le gouvernement. Les «gilets jaunes» ont juste remis au gout du jour des modes d'action issus du syndicalisme, mais que nous n'utilisons plus: action directe, grève, occupation, blocage, boycott, sabotage. Et, comme lors des grèves d'il y a encore quarante ans, la «radicalité» des moyens d'action n'a pas empêché le soutien de la majorité de la population.

Le deuxième aspect inédit du mouvement estsa durabilité sur les lieux de blocage et la mise en place progressive, mais rapide, d'une microsociété sur l'espace occupé. Là aussi, les «gilets jaunes» ont remis au gout du jour des pratiques issues du milieu syndical, celles des anciennes Bourses du travail, à savoir qu'un lieu de lutte est un lieu de vie. Combats, décisions et repas en commun, partages, fraternisations, sociabilité, vie collective... le mouvement des «gilets jaunes» fut une aventure humaine pour des personnes et des milieux isolés, habituellement repliés sur le travail, la famille, quelques amis. Le mouvement a permis à des gens de gouter à une solidarité et à une sociabilité qu'ils n'avaient pas eues depuis longtemps, voire qui les ont découvertes, parfois à plus de 50 ans.

Cette réalité a été critiquée par nombre de syndicalistes qui militent depuislongtemps et ne comprennent pas l'émergence soudaine et tardive de «gilets jaunes». Cependant, ne prenons pas un mouvement, ni des individus, tels qu'on voudrait qu'ils soient, mais prenons-lestels qu'ilssont, toutsimplement. Le véritable travail militant part de la réalité. Avec le mouvement des «giletsjaunes», nul ne peut rester désormais aveugle devant la solitude et le manque de vie sociale d'une grande partie de la population, ainsi que les disparités sociogéographiques mortifères qui se sont créées dans notre pays. Cette réalité prouve que la confédération a perdu beaucoup de terrain et n'est pas près d'en regagner si elle continue sur la même voie.

Une tactique d'intervention dans une véritable stratégie

Nous ne pouvons prévoir en détail ce que sera la phase 2 de ce mouvement. Mais il est évident qu'il va être confronté à ses contradictions, et donc à la division et aux récupérations (institutionnelles ou non). Mais il commence également à débattre desrelations à entretenir avec les organisations syndicales. Les plus lucides parmi eux ont déjà comprisla nécessaire unité d'action. Ce qui contraint tous les syndicalistes à se positionner, eux aussi. Dans plusieurs localités, là où le travail syndical a été assumé publiquement, ce rapprochement est en train de s'opérer. Le sectarisme de la majorité des militants syndicaux à l'égard des «gilets jaunes» est le constat d'un total refus de remise en cause. Et, comme nousl'avons dit, d'un conservatisme suicidaire. L'instabilité de la situation sociale ne va aller qu'en s'accentuant. Ceux qui refusent de tenir compte de cette réalité devraient rendre leurs mandats syndicaux au plus tôt, car ils vont souffrir moralement. Le syndicalisme d'accompagnement, souvent justifié par des discours affinitaires très radicaux, est bel et bien fini.

Le phénomène des «gilets jaunes» n'est que le début d'une nouvelle situation historique où vont émerger d'autres mobilisations atypiques. Il va donc falloir réapprendre à réfléchir, à débattre et à se positionner collectivement dans l'urgence. Cette activité ne pourra se faire sur la base d'un agenda syndical déterminé par le calendrier des réunions d'instances représentatives du personnelles et autres espaces de «dialogue social».

Dès la première semaine de mobilisation, les CSR ont réactualisé leur analyse du mouvement des «gilets jaunes». Nous avons constaté que les organisations patronales, l'extrême droite et les populistes n'avaient pas réussi à prendre la direction d'une mobilisation composée en large majorité de prolétaires. Nous avons donc essayé de tisser des liens, fait de débats et d'actions, entre «gilets jaunes» et syndicats. Contrairement à beaucoup de militants, nous avons assumé notre appartenance syndicale dans les débats sur le terrain, mais aussi dans les manifestations (autocollants, gilets syndicaux, drapeaux...). Nous ne nous sommes pas cachés derrière une autre appartenance ou en nous autocensurant, pourse noyer de façon opportuniste dans ce mouvement. Car la question n'est pas de savoir combien de «gilets jaunes» vont rejoindre les petites formations anticapitalistes. L'objectif d'un·e révolutionnaire n'est pas de construire des appareils ou autres groupuscules, mais de participer à l'organisation et à la formation des travailleurs.

L'enjeu était bel et bien, dans l'urgence, d'unir la grande masse des manifestants avec les confédérations syndicales, et ensuite de favoriser une vague de syndicalisation. Nous ne reprenons pas la thèse idéaliste selon laquelle un mouvement est intéressants'il adopte des discours et des modes d'actionsradicaux. Car la colère n'est pas forcément un critère de construction d'une perspective révolutionnaire. Elle peut être tout l'inverse et s'enfermer dans la haine sectaire et l'autodestruction individualiste. Matérialistes, nous estimons que ce qui fait la force d'un mouvement, c'est sa dynamique sociale, c'est-à-dire sa capacité à se construire durablement en contre-société. C'est-à-dire à se doter d'une organisation sociale fédérant au quotidien le plus grand nombre possible de prolétaires. Les CSR disposent, dans ce domaine, d'une stratégie et, donc, d'une perspective d'action. Ce n'est pas seulement la nôtre, c'est surtout celle de la CGT historique. Celle qui savait remporter des victoires et des conquêtes durables.

Il est donc de notre responsabilité d'engager le débat avec nos camarades des groupes affinitaires. Dans les premières semaines, beaucoup parmi eux ne cachèrent pas leur plaisir à constater que les organisationssyndicales(dont la leur!) étaient débordées. Cette schizophrénie s'explique par leurs références historiques qui fantasment sur le débordement des «appareil syndicaux» par des collectifs, conseils ouvriers, comités de luttes et autres structures spontanées. Deux mois plus tard, il va bien falloir qu'ils nous expliquent le bilan qu'ils tirent de cette insurrection spontanée qui n'a rien construit du tout comme contre-pouvoir durable. Ce que nous observons depuis des semaines, c'est bel et bien l'échec total de ce qu'ils proposaient et attendaient depuis des décennies. L'échec du spontanéisme soustoutessesformes, modérées ou radicales. La fraction radicale du prolétariat s'est mobilisée avec une dynamique inespérée, avec les modalités d'action et d'organisation défendues par la gauche radicale... pour obtenir des petites primes de fin d'année exonérées de cotisations sociales!

Alors, oui, il apparaît évident que le débordement des organisations syndicales va se transformer en déroute, ressentiment, pessimisme et replis sectaires ou individualistes... si nos camarades de la «gauche radicale» ne se ressaisissent pas. Cela fait des semaines qu'ils ont déserté leur activité syndicale. Le plus souvent, ils disposent de mandatssyndicaux. Ces mandats, ils doivent désormais les assumer, c'est-à-dire débattre de stratégie dans leur syndicat et d'aller au contact des «giletsjaunes» avec un mandat de leur OS. Nous nous proposons également de discuter avec eux de stratégie dans les mois qui suivront afin de nous débarrasser de bien des confusions. Car, oui, les organisations affinitaires ont leur utilité. Celle de débattre et de populariser des réflexions stratégiques. Mais, depuis des décennies, elles ont abandonné leur fonction pour se substituer aux confédérations syndicales pour animer des luttes sociales. Ce n'est pas leur rôle! Nous allons avoir également besoin d'une tendance syndicale influente afin d'engager le débat dans nos confédérations. Leur décomposition pose la question urgente d'une intervention collective des militantssyndicalistes révolutionnaires afin d'y défendre les positions de la charte d'Amiens, dans leur cohérence et leur globalité.

Les groupes affinitaires profitent de la situation

La perte de repères, de perspectives politiques et de stratégie dans nos rangs nous amène à des situations délirantes où beaucoup de militant·e·ssyndicalistes, par ailleurs militant·e·s politiques de gauche etsurtout d'extrême-gauche, vont aux actions des «gilets jaunes» sans afficher ou assumer qui ils sont. Beaucoup d'entre eux ont préféré répondre aux appels des «gilets jaunes» plutôt qu'à ceux de leurs organisations de classe sur des mots d'ordres pourtant similaires, et qui datent d'avant novembre 2018. Cette attitude que beaucoup d'entre eux considèrent comme normale a, en réalité, bloqué les tentatives de rapprochements entre «gilets jaunes» et syndicats, puisque l'identité de classe a été délaissée pour l'anonymat citoyen. Ces mêmes militant·e·s y voient, parfois, une aubaine pour tirer leur épingle du jeu. De manière générale, nous n'avons donc pas pu porter au sein du mouvement des «giletsjaunes» un débat basé sur nos positions et nos revendications syndicales.

Ces mêmes militant·e·s, quis'autoproclament porteparole ou avocats de «la base», champions de «l'autoorganisation» et de la «révolte», aux discourssouvent virulents contre les responsables et permanents syndicaux, contre le «réformisme» de la confédération qui passeraitson temps à «trahir», n'assurent eux-mêmes pas le boulot de terrain, ou ne participent plus depuis longtemps à la vie et au développement des organisations de classe dont ils et ellessont adhérent·e·s, à côté de leurs groupuscules. Il est temps qu'on se dise les choses, la situation catastrophique dans laquelle nous sommes, et qui ne semble laisser personne indifférent, est aussi de la responsabilité de ces militant·e·s!

Cela étant dit, il ne s'agit pas d'attaquer ces militant·e·sindividuellement, ni leurs organisations en tant que telles, ce serait injuste puisque, jusqu'ici personne, et les CSR non plus, n'a encore été capable d'améliorer le situation. Ce que nous condamnons, c'est une culture politique stérile qui se trompe sur la nature et l'importance du syndicat. En pensant que c'est le groupe politique qui est primordial, que c'est lui qui va apporter les perspective et les outils, on fait totalement fausse route. Le syndicat en est réduit à un rôle de chambre d'écho, de zone d'influence, qui bougerait sous l'influence des militants à la conscience politique plus avancée... Sauf que c'est la nature sociale du syndicat (et des «giletsjaunes») qui produit organiquement des savoir-faire et des modes d'organisation, pasl'idéologie. Il s'agit de l'intelligence collective des travailleurs, du bon sens, pas de l'intelligence individuelle des militants (même d'intelligences mises bout à bout). Après tout, les travailleurs sont, par définition, des personnes qui savent utiliser les bons outils pour effecteur la bonne tâche. C'est leur réalité quotidienne!

En niant au syndicat son importance primordiale, comme premier outil de la lutte contre le capitalisme, on le rend inutile, on l'utilise pour des broutilles. Mais, en plus, en faisant cela, on affaiblit la classe et, de ce fait, on affaiblit les groupes politiques qui entendent influencer cette classe, lui apporter des idées, puisqu'il n'y a pas de classe organisée pour recevoir ces idées, et en faire quelque chose. Les militants politiques se tirent une balle dans le pied. Loin de nous l'idée de condamner l'existence des groupes politiques et leur volonté d'influence dans la classe. Au contraire, plus il y a d'apports, plus le débat sera sain et riche, et les actions qui en ressortiront seront pertinentes. Mais ce n'est pas une raison pour oublier les fondamentaux. Agir pour faire changer la société, c'est une action sociale, il faut donc une organisation sociale. Le groupe politique vient après. S'il n'est pas enraciné dans la classe, il est hors-sol, déconnecté,sansinfluence, inefficace. Et, en fait, contreproductif.

Si, pour certains, le souhait de voir une confédération syndicale comme la CGT affaiblie n'était pas un secret, cet état a néanmoins des conséquences dans bien des domaines. Il y a plus de cent trente ans, c'est la sociabilité ouvrière qui a constitué le socle des luttes syndicales, par lessociétés de secours mutuels, puis par les Bourses du travail, avec leurs multiples activitéssociales mises à la disposition des travailleurs et des travailleuses. Cette sociabilité faisait office de défense immunitaire pour la confédération face aux sectes philosophiques et religieuses voulant manipuler et diviser le prolétariat. Une fois que l'unité matérielle de la classe fut réalisée par une seule et même confédération syndicale, les conquêtes sociales auxquelles nous faisons systématiquement référence furent possibles.

Mais le syndicalisme a abandonné progressivement, après les années 1950, la sociabilité au profit de l'implantation dans les instances représentatives du personnel, sur un terrain qu'a choisi l'adversaire, c'est-à-dire l'entreprise.

Ce changement d'axe militant a favorisé l'éclosion et le développement de groupes affinitaires. Ces petits groupes, souvent affiliés à l'extrême gauche mais parfois à l'extrême droite (comme on a pu le voir lors du mouvement des «giletsjaunes»),sont repliéssur euxmêmes et n'ont d'autre perspective que celle de nuire à tous et partout. Ils ont profité de l'inorganisation et de l'inexpérience des «gilets jaunes» pour capter l'attention et les médias. D'ailleurs, à chaque mouvement social, depuisles années 2000, ces groupesréapparaissent et font la une. Bien que partisans de l'action directe et révolutionnaire, nous ne pouvons que constater que cette nouvelle épidémie de «maladie infantile» est aussi une conséquence de notre indiscipline et de notre incapacité à mener nosrevendications et nos luttes, de classe, à terme. Et c'est là un enjeu énorme, car plus les groupes affinitaires progresseront dansla société et plusles perspectivesrévolutionnaires de socialisme et d'autogestion s'éloigneront. Les relations humaines deviendront de plus en plus conflictuelles et sectaires à mesure que la désocialisation progressera. Il y a donc urgence. Seule une organisation sociale, c'est-à-dire une confédération syndicale, peut changer la donne, à condition qu'elle se dote d'une stratégie, d'un programme et d'outils adéquats.
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