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(fr) UCL Saguenay - Quand notre production alimentaire tourne sur l'exploitation sans limite

Date Tue, 12 May 2020 20:18:07 +0100


La pandémie de la Covid-19 vient chambouler plusieurs secteurs économiques et comme toujours, ce sont les personnes les plus vulnérables qui subissent de plein fouet ces changements. Pendant que des politiciens, des acteurs et autres personnalités du showbiz nous demandent de faire «notre part» en restant chez nous dans nos petits appartements pendant que ceux-ci sont confinés dans leurs maisons luxueuses de bourgeois bien friqués, les gens les plus exploités doivent se mettre en danger et travailler pour continuer à faire tourner les secteurs essentiels de l'économie. C'est, entre autres, le cas pour les travailleurs étrangers venus bosser dans les champs agricoles pour l'été. Cette année, environ 4 000 personnes en provenance du Mexique et du Guatemala sont arrivées au Québec alors qu'elles étaient 17 000 l'an dernier. Devant le manque de main-d'oeuvre, les producteurs agricoles multiplient les abus. Selon Michel Pilon du Réseau d'aide aux travailleurs et travailleuses migrants agricoles du Québec (RATTMAQ), qui est en lien avec les travailleurs étrangers: «On les fait travailler 16, 17, même 18 heures par jour. Ils sont fatigués. On leur dit qu'ils ne sont pas obligés de le faire, mais ils ont peur.». En effet, les boss mettent beaucoup de pression sur les travailleurs puisqu'il y a sans cesse des travaux à effectuer. ---- Les abus de la part des employeurs n'ont aucune limite. Ces derniers «ont peur» que la Covid-19 «entre» sur leur ferme alors ils empêchent les travailleurs de quitter les installations agricoles. Toujours selon M. Pilon: «Il y en a un qui avait décidé d'aller s'acheter de la bouffe pendant sa journée de congé. Il gardait la distanciation requise, mais il a quand même eu une mesure disciplinaire parce qu'il a quitté la ferme. Les producteurs disent qu'ils ont peur que la COVID rentre dans leurs fermes, alors ils contrôlent les déplacements. Ça ne marche pas.». Rappelons que les travailleurs ont du faire une quarantaine de 14 jours lors de leur arrivée sur le territoire québécois, donc il n'y a absolument rien qui justifie une telle violation des droits humains fondamentaux.

Dans l'une de ses infolettres, l'Union des producteurs agricoles (UPA) déclare: «Après la quarantaine, les travailleurs sont soumis aux mêmes règles de circulation que nous tous. Ils peuvent donc sortir de la ferme s'ils le souhaitent et l'employeur a le devoir de les sensibiliser aux règles de circulation, aux mesures de distanciation sociale et aux risques de contamination, a-t-elle écrit. Même en période de pandémie, après la quarantaine, il est hors de question d'interdire les sorties, ce qui serait à l'encontre de la Charte des droits et libertés de la personne.». Certains travailleurs sont même suspendus par l'employeur et ils ne peuvent donc plus travailler pour un temps X. Et de l'autre côté, il est clair que les boss ne s'imposent pas les mêmes restrictions de non déplacement. En plus de tout cela, en date du 1er mai, aucun travailleur n'a été diagnostiqué comme infecté à la Covid-19. Il y a seulement un ouvrier étranger qui a été testé pour des symptômes apparentés à la Covid-19 et il est en attente de ses résultats[1].

Une double exploitation

Pendant que ces travailleurs sud-américains se font exploiter au Québec, dans les pays d'Amérique latine, c'est le même système d'exploitation capitaliste qui est en place. À travers les longs siècles de colonialisme, les peuples du Sud se sont fait spolier leurs terres agricoles par des multinationales occidentales pour la production d'aliments pour le Nord. De la production dans les champs jusqu'à la livraison en Occident, toute la chaîne appartient à des compagnies occidentales[2]. De plus, il faut ajouter à cela la destruction d'écosystèmes pour augmenter la production de masse et l'élevage ainsi que la difficulté à bien s'alimenter pour les populations locales puisque toute la production ou presque est envoyée à l'étranger. Trois exemples contemporains très frappants sont la production de quinoa dans les pays andins (Pérou, Bolivie et Équateur), celle de l'avocat au Mexique et l'élevage bovin au Brésil, l'une des principales causes de la déforestation en Amazonie[3].

Crédit photo: Carl de Souza Agence France-Presse. Déforestation de l'Amazonie au Brésil
Cette division internationale du travail, où des pays se «spécialisent» dans certains secteurs de production, engendre des inégalités et de l'exploitation. Elle est due au système de production capitaliste qui crée de la compétition entre les divers pays. Ainsi, chacun doit trouver sa spécialité et échanger avec les autres «Nations». Bien évidemment, cela ne se fait pas sur une base égalitaire et ceux qui possèdent les moyens de production et de distribution ne sont pas les populations locales, surtout dans les pays du Sud. Cette division internationale du travail vient alimenter la consommation inutile. Maintenant, nous pouvons manger des oranges à l'année au Canada, des ananas, des avocats et pleins d'autres fruits et légumes qui poussent à des dizaines de milliers de kilomètres de l'endroit où on les achète... Et à quel prix environnemental? Nos territoires nous permettent de produire et de trouver ce qu'il nous faut pour subvenir à nos besoins. Mais pour cela, il faut se réapproprier les savoirs et les techniques. Cette vision d'une agriculture paysanne opposée à la production de masse capitaliste est déjà mise en place par plusieurs organisations qui prônent et militent pour la souveraineté alimentaire. Pour La Via Campesina, un mouvement paysan international qui compte plus de 180 organisations membres dans 81 pays, la souveraineté alimentaire se définie comme suit:

«Une notion développée par les personnes les plus menacées par les processus de consolidation de pouvoir dans les systèmes alimentaires et agricoles: les paysans et paysannes. Plutôt que d'accepter la fatalité historique, ils et elles avancent une proposition pour solutionner les crises multiples auxquelles l'humanité fait face. La souveraineté alimentaire constitue un processus de construction de mouvements sociaux et permet aux individus d'organiser leurs sociétés de manière à transcender la vision néolibérale d'un monde de marchandises, de marchés et d'acteurs et d'actrices économiques égoïstes. Il n'existe pas de solution universelle à une myriade de problèmes complexes auxquels nous faisons face actuellement. Au contraire, le processus de souveraineté alimentaire s'adapte aux individus et aux lieux où il est mis en pratique.

La souveraineté alimentaire est synonyme de solidarité, et non de concurrence. Elle permet de construire un monde plus juste de la base vers le haut. La souveraineté alimentaire a émergé pour proposer une réponse et une alternative au modèle néo-libéral de la mondialisation des entreprises. À ce titre, elle revêt un caractère internationaliste et apporte un cadre à la compréhension et à la transformation de la gouvernance internationale autour de l'alimentation et de l'agriculture.»[4].

En ces moments de pandémie profitons-en pour repenser notre système, mettre en place des alternatives pour une souveraineté alimentaire et soutenir les paysans et paysannes qui travaillent déjà en ce sens.

[1]Isabelle Porter, Le Devoir: Des travailleurs étrangers contraints de travailler jusqu'à 18 heures d'affilée.

[2]Sur l'exploitation et la colonisation en Amérique latine, lire l'ouvrage de l'écrivain uruguayen Eduardo Galeano Les veines ouvertes de l'Amérique latine. Ce dernier retrace l'histoire du pillage des ressources naturelles de ce territoire depuis le début de la colonisation européenne des Amériques jusqu'à l'époque contemporaine.

[3]Au Mexique, plusieurs forêts sont brulées pour planter des avocatiers et des rivières sont asséchées puisque ce type de culture demande énormément d'eau. Le niveau des lacs et des nappes phréatiques baisse, engendrant une guerre de l'eau entre les villages. Pour plus d'information, Radio-Canada: L'avocat, or maudit du Mexique.

Pour le quinoa, la production a augmenté tout comme les prix pour cet aliment. À cause de cela, les populations locales ne sont plus capables de s'en payer. Lire cet article dans le journal Le Monde: Le quinoa, l'or controversé des Andes.

[4]Source pour la définition, le site web de La Via Campesina.

http://ucl-saguenay.blogspot.com/2020/05/quand-notre-production-alimentaire.html
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