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(fr) CIRA Marseille: Tout Le Monde déteste le PKK - Histoire d'une censure - Pierre Bance

Date Sun, 22 Oct 2017 09:55:40 +0300


«Les corbeaux incendient la cave des hiboux», tiré de l'ouvrage Kelileh va Demneh, artiste inconnu (1429). ---- Extrait, de La Lettre d'Orient XXI, 26 février - 4 mars 2016. ---- Le 13 juin 2017, j'envoyais au quotidien Le Monde une tribune libre avec pour titre «Après Rakka, l'ambition démocratique de la Fédération de la Syrie du Nord». Son objet était de montrer que la conquête de Rakka par les Forces démocratiques syriennes n'est pas seulement une opération militaire, mais qu'elle porte aussi le projet politique d'installer, dans la Syrie septentrionale, un système fédéral basé sur des communes autonomes. Cette «auto-administration démocratique», phase préalable au confédéralisme démocratique du leader kurde Abdullah Öcalan, luimême inspiré par le municipalisme libertaire du philosophe américain Murray Bookchin, est déjà une réalité dans les trois cantons du Kurdistan de Syrie (Rojava).

Elle est actée dans deux documents de nature constitutionnelle. Le premier qui date
2
du 14 janvier 2014 est connu sous le nom de Charte du Rojava. Le deuxième en
date du 29 décembre 2016 renforce le fédéralisme avec pour vocation de l'étendre
aux territoires libérés. D'où son nom, Contrat social de la Fédération démocratique
de la Syrie du Nord. Comme vous pourrez le lire ci-dessous en annexe, ce libre
propos n'est pas une apologie du projet, les critiques qui peuvent lui être adressées
comme les interrogations qu'il soulève ne sont pas cachées.

Le 14 juin, Le Monde me répond qu'il souhaite réserver cet article et «qu'une date
sera fixée pour sa parution dans le quotidien et, ou, sur son site». Mais, le 25 juin,
c'est une tribune de Jean-Pierre Filiu intitulée «Le vrai visage des libérateurs de
Rakka» que Le Monde publie sur la page «Débats» de son site (1). Je signale
aussitôt aux journalistes du Monde que pour nourrir le débat, il serait bon de publier
mon texte en contrepoint, car il propose une toute autre lecture du contexte kurde.
Le personnage Filiu et sa relation avec Le Monde méritent qu'on s'y arrête un instant.
Ce spécialiste des pays arabes, professeur à Science Po, membre de divers cabinets
ministériels socialistes dont celui de Lionel Jospin entre 2000 et 2002, s'est pris de
passion pour les révolutions arabes, spécialement pour l'opposition démocratique
syrienne bien que celle-ci ne représente qu'elle-même et la fantomatique Armée
syrienne libre. Concomitamment, Filiu s'est pris d'aversion envers le Mouvement
révolutionnaire kurde en général, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et son
organisation soeur en Syrie, le Parti de l'union démocratique (PYD) en particulier (2).

Le soutien aux premiers n'impliquait pas, au premier regard, la détestation des
seconds. Or, l'homme ne se contente pas de critiquer les Kurdes, ses propos frôlent le
délire complotiste quand il voit la main malfaisante du PKK partout. Pour s'en
convaincre on regardera ses tribunes publiées, plus souvent qu'à leur tour, dans la
page «Débats» du Monde.fr. Le Monde qui en fait d'ailleurs sa référence préférée
pour le Proche-Orient (3). Outre sa dernière livraison, «Le vrai visage des libérateurs
de Rakka», précitée, on lira avec délice jusqu'où peut conduire l'enferment
idéologique dans «La question kurde dans l'impasse» (4) et la sottise en politique
dans «Comment le PKK de Cemil Bayik a trahi les Kurdes de Syrie». Écrits tous
démentis par les faits, (5).

Cela étant, ma tribune n'est pas publiée en réponse. Je laisse passer les vacances
et relance Le Monde le 4 septembre lui demandant les raisons de son abstention. Je
fais valoir que le sujet est plus que jamais d'actualité. Les Forces démocratiques
syriennes (FDS) ont étendu leur territoire, libérant le canton d'al-Shabba, la région de
Mambij et celle de Rakka, encerclant la ville sur le point de tomber, tout en faisant
une percée vers Deir ez-Zor. Que, par ailleurs, la Fédération démocratique de la
1. Le Monde.fr, 25 juin 2017 (http://filiu.blog.lemonde.fr/2017/06/25/le-vrai-visage-des-liberateurs-
de-rakka/). Lire la réponse cinglante et argumentée d'André Métayer sur le site des Amitiés kurdes de
Bretagne (http://www.akb.bzh/spip.php?article1217).
2. Voir la notice que consacre Wikipédia à Jean-Pierre Filiu (https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-
Pierre_Filiu).
3. Pas moins de six mentions entre juillet 2017 et aujourd'hui, sans compter les rappels fréquents
à son blog en page d'accueil (http://lemonde.fr/recherche/?keywords=filiu&page_num=1).
4. Le Monde.fr, 30 avril 2017 (http://filiu.blog.lemonde.fr/2017/04/30/la-question-kurde-dans-
limpasse/).
5. Le Monde.fr, 4 septembre 2016 (http://filiu.blog.lemonde.fr/2016/09/04/comment-le-pkk-de-
cemil-bayik-a-trahi-les-kurdes-de-syrie/).
Syrie du Nord a réorganisé son administration en conséquence et que des élections
se dérouleront dans quelque quatre mille communes le 22 septembre, et sont
prévues aux assemblées des six cantons le 3 novembre, des trois régions et deFédération le 29 janvier 2018. Aucune réponse de la rédaction du Monde.
Comment ne pas conclure à une censure? Certes Le Monde est libre de publier les
tribunes qu'il veut, mais il perd cette liberté une fois qu'il s'est engagé sur leur
parution. Pourquoi alors cette décision de retrait et ce silence? Certes, dans mon
livre Un autre futur pour le Kurdistan. Municipalisme libertaire et confédéralisme
démocratique (6), je reconnais ne pas avoir été tendre pour un journaliste du Monde,
Alan Kaval.
J'ai dit que certains écrits d'Alan Kaval pourraient l'avoir été par une agence de presse
pro-gouvernementale turque (7). Kaval, qui connaît bien son sujet, n'ignore pas quePKK a abandonné le marxisme-léninisme pour «son idéologie propre» (8) mais
jamais il ne précise honnêtement le projet du confédéralisme démocratique, car unexposé ruinerait ses dénigrements. Tout est ramené à des «fantasmes utopiques(9), une intention démocratique qui «masque mal la mainmise du parti sur les
institutions et l'éviction de ses rivaux» (10) quand il ne se lance pas dans une (perfide)
présentation de ce qu'il qualifie d'«assemblage labyrinthique»: «En se retirant derégion, le régime a permis au mouvement kurde de se servir des territoires passés
sous son contrôle pour imposer son modèle, celui dit de "l'autonomie démocratique",grande idée théorique d'Abdullah Öcalan. Elle est censée aboutir, selon la vulgate
diffusée par le PKK, à la construction d'un "système politique sans État où la sociétégouverne elle-même". Sa mise en pratique se traduit concrètement par la construction
d'un assemblage institutionnel labyrinthique composé de "maisons du peuple", de
communes, de municipalités, d'assemblées locales, de comités divers et de ministères
autoproclamés, où tous les postes à responsabilités sont soumis à une règle de parité
stricte entre hommes et femmes. En réalité, chacune de ces institutions, prétendument
représentatives, est noyautée par des cadres du PYD, qui ont fait leurs armes au sein
du PKK face à l'armée turque durant les décennies précédentes.» (11).
Mais Filiu et Kaval ne sont pas les seuls à abhorrer le PKK, à s'obstiner à voir enune organisation nationaliste, autoritaire et terroriste.
Quelques exemples. Marie Jégo, correspondante permanente du Monde à Istanbul,
continue de qualifier le PYD et le PKK d'organisations marxistes (12) et Alain Frachon,
spécialiste du Proche-Orient, de partis marxistes-léninistes (13). Erdogan pourra aussi
remercier Louis Imbert qui explique que les Forces démocratiques syriennes sont une
6. Noir et Rouge, 2017, 400 pages (http://www.autrefutur.net/Un-Autre-Futur-pour-le-Kurdistan).
7. Un autre futur pour le Kurdistan, page 180, note 717. Est plus spécialement visé un article, «La
guerre perdue du PKK», paru dans Le Monde du 25 septembre 2016,
8. «Les Kurdes préparent l'après-EI à Rakka», Le Monde, 30 aout 2017. Malgré le titre de
l'article, on ne saura rien de ce que préparent les Kurdes sinon des manoeuvres de couloir avec les
tribus arabes et, toujours, sous le contrôle sans partage du PKK.
9. «Kobané, "ville musée" de la résistance kurde», Le Monde, 24 mai 2016.
10. «Les Kurdes, combien de divisions?», Le Monde diplomatique, novembre 2014
11. «À Kamechliyé[Qamislo], capitale du Kurdistan syrien, Le Monde, 16 juin 2015.
12. «Les Kurdes de Syrie voient l'intervention russe d'un bon oeil», Le Monde, 3 octobre 2015.
13. «Poutine s'en va-t-en guerre», Le Monde, 2 octobre 2015.
alliance «dominée par les cadres issus du PKK» (14) et encore Pierre Breteau qui
écrit à peu près la même chose en s'appuyant sur Jean-Pierre Filiu (15). Enfin, et c'est
tout dire de la philosophie générale du journal, dans un récent éditorial à proposprocès de journalistes turcs, Le Monde écrit: «À qui fera-t-on croire que ces femmes
et ces hommes, patriotes responsables, ont maille à partir avec le terrorisme que
pratique le mouvement kurde PKK?» (16).
Y aurait-il un lobby anti-PKK au Monde qui serait intervenu pour stopper la publi-
cation de ma tribune préalablement décidée par des imprudents? Sans doute non,
mais plus certainement un groupe de pression qui se fédère naturellement autour de
préjugés.
Ainsi, les lecteurs du Monde, s'ils n'ont pas eu la curiosité d'aller voir ailleurs, ne
sauront rien de la société sans État des Kurdes. Un projet nouveau pour un Proche-
Orient nationaliste, étatiste et si peu démocratique, un projet qui s'adresse égale-
ment à toute l'humanité. Même si tout n'est pas rose au Kurdistan, loin de là, etrenvoie encore à Un autre futur pour le Kurdistan comme à la tribune ci-dessous, ila beaucoup à apprendre de l'expérience de la Syrie du Nord, non seulement pour les
révolutionnaires tombés dans un trou noir mais pour tous ceux qui, à gauche,
souhaitent se libérer du carcan partidaire et étatique. Le vieux monde dedémocratie représentative n'est pas une fatalité. La Commune n'est pas morte,Mouvement kurde le prouve en Syrie et en Turquie.
Aussi, pour conclure et préciser mon propos, je ne dirai pas que «Tout Le Monde
déteste le PKK», mais bien que «Tout Le Monde déteste la démocratie directe».
Paris, le 20 septembre 2017
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