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(fr) ucl-saguenay: Le café équitable est bien soluble dans le capitalisme par Collectif Emma Goldman

Date Tue, 12 Jul 2016 12:40:26 +0300


Texte paru dans le numéro 17 https://offensiverevue.wordpress.com/2015/02/22/offensive-17/du trimestriel d'Offensive libertaire et sociale. ---- En 2004, Max Havelaar, chantre de l’équitable, met en vente «son café» dans les MacDo helvétiques. Cet événement, chargé de symboles, résume à lui seul les limites du commerce équitable. En réussissant ce tour de force, Max Havelaar (ou plutôt Mac Havelaar!), principal acteur du commerce équitable, rappelle l’inconsistance des démarches humanitaires [1]. En refusant de pointer du doigt le système capitaliste d’exploitation, ils réduisent la situation des paysans du Sud à un seul problème de misère, sans cause ni responsable. Dès lors, il n’y a rien de délirant à s’allier à MacDo.

Le système du commerce équitable conforte les producteurs dans une relation de dominés à l’égard de l’Occident. «Qui fixe les prix? Qui dit où est l’équitable, où il commence et où il finit? Qui planifie et organise l’assistance équitable?» interroge Christian Jacquiau [2] Finalement, ce «concept» ne remet pas en cause les rapports Nord-Sud. Il «s’inscrit davantage dans un type de domination maintenant le producteur dans une posture de soumission par rapport à la demande des pays occidentaux. Il s’agit d’un type de colonisation s’appuyant sur des critères économiques visant à faire disparaître toute valeur culturelle propre à un pays au profit d’une production de masse visant à satisfaire la société de consommation.» comme l’explique Julien Poncet [3].

Qui plus est le «petit paysan» n’est pas la seule victime du commerce du café. Des dockers qui transportent les conteneurs aux caissières des supermarchés en passant par les marins des pavillons de complaisance, la liste des ouvriers dont les conditions de travail sont déplorables est longue. Une réalité qu’a souhaité omettre la loi française votée en 2005 qui le réduit «aux producteurs désavantagés situés dans les pays en voie de développement». Manquerait plus que le commerce équitable remette en cause notre mode de production et d’échange ici!

Jouer sur des idées reçues

Il y a donc bien une imposture. Elles est largement entretenue par des acteurs du commerce équitable qui souhaitent conserver leur niche: «le problème est que de plus en plus de personnes veulent faire du commerce équitable» explique Tristan Lecomte [4]. Ah bon, le commerce équitable n’est pas un modèle à généraliser? L’imagerie est aussi une tromperie. Le petit paysan, logo de la marque Max Havelaar, créé le trouble. On s’imagine aisément que les deniers supplémentaires dépensés pour l’achat du paquet de café vont dans la poche de ce petit paysan pour mieux nourrir sa famille. Pourtant, personne n’en sait rien. Une étude menée par la répression des fraudes en 2004 a montré que sur 55 acteurs du commerce équitable, «dans la moitié des entités contrôlées, des anomalies ont été constatées sur le respect des règles générales de qualité, de sécurité et commerciales». Onze d’entre elles n’ont pas pu présenter de document certifiant leur démarche [2].

Les publicités pour le commerce équitable omettent aussi de préciser, que la plupart du temps, la rémunération supplémentaire revenant aux paysans – après le ponctionnement des coopératives– relève le plus souvent du domaine du symbolique. Qui garantit aux producteurs le fonctionnement équitable des coopératives? En France, les pratiques des coopératives sont dénoncées par les paysans. En outre, nombre de petits paysans qui bénéficient du commerce équitable emploient des ouvriers agricoles dont la rémunération n’a parfois rien d’équitable! Et au final, personne n’est capable de donner des résultats conséquents sur les effets du commerce équitable. Si vous allez sur le site de Max Havelaar, il existe un lien nommé «des résultats pour les producteurs». Seul un exemple est présent sur des producteurs maliens de coton. A lui seul, doit-on comprendre que les effets mondiaux de cette pratique sont incontestables?

La communication du commerce équitable est en effet assise sur les quelques centimes supplémentaires qu’on paie à la caisse du supermarché: le juste prix. Dans le cas du café, il est fixé au-dessus du marché. Pourtant depuis 1989 il n’a pas bougé: 135 cents par livre. Chose surprenante alors que les prix ont, en vingt ans, augmenté dans les pays producteurs. Et comment se fait-il que ce prix considéré juste soit le même au Laos, au Pérou ou au Rwanda où le coût de la vie est différent? De même, quand le prix du café était à 250 cents par livre cela signifiait-il que le prix de 135 n’était plus juste? Des réponses qui ne tracassent pas Max Havelaar dont les données sont aussi élastiques que le cours du caoutchouc. À les écouter, en 2002, le «petit paysan» était payé trois fois mieux par le système équitable, en 2003 c’était quatre fois mieux, tandis qu’en 2005 ce n’était plus que deux fois. Deux fois, quatre fois, trois fois, des zones de flou si épaisses que la coopérative Andines réfléchit à abandonner la marque «commerce équitable», dont elle est l’inventrice et titulaire du dépôt à l’INPI (Institut national de la propriété intellectuelle), pour ne plus être associée aux marchands de charité.

Le développement démesuré qu’a connu le commerce équitable a conduit à la massification de sa pratique. Des petits magasins Artisans du monde du début des années 80, où l’on profitait du passage d’un acheteur pour informer sur les luttes de solidarité internationale, on est passé aux grandes surfaces. L’acte de solidarité est réduit à un acte d’achat, dont l’acheteur ignore les tenants et les aboutissants. Les défenseurs de la massification du commerce équitable arguent du développement considérable des ventes. Mais il a aussi ouvert la porte à tout et n’importe quoi. La vente en masse pose la question de l’anonymat et du contrôle. Lorsque plus personne ne connaît son boucher, son boulanger, lorsque «grâce» aux caisses automatiques on fait ses courses pour la semaine sans parler à un seul être humain, on est contraint d’inventer des organismes qui remplacent les relations de confiance, les effets de réputation. Des certificateurs sont censés garantir que le poulet est bio, le café équitable et le PQ écoresponsable. Mais qui certifie les certificateurs? Qui garantit que le label est un vrai label? Depuis dix ans, les multinationales ont inventé leur certification. Carrefour labellise lui-même des produits Agir Solidaire. La multinationale joue sur le flou intégral du commerce équitable pour soulager, d’un même pas, la bonne conscience de l’acheteur et son porte-monnaie.

Dépasser le commerce équitable

Personne ne vous interdit d’affirmer que vos produits sont issus du commerce équitable. Il devient donc impossible de distinguer le vrai du faux. Les labels et certificats ne sont qu’une jambe de bois sur un système bancal. Tant que les centres commerciaux seront aussi grands que des villes, et les ordinateurs remplaceront les vendeurs, le commerce équitable ne pourra pas exister. «Moins idéalistes que les tenants d’une approche du marketing "éthique", nous n’avons pas la prétention de croire que nous pouvons changer le capitalisme de l’intérieur en poussant un caddie dans les grandes surfaces. […] Les tenants de ce consumérisme partent du principe que les contraintes de la mondialisation ne permettent pas une amélioration de la rémunération et des conditions de travail. Comme par hasard ils ironisent sur la baisse du pouvoir politique qu’ils font tout pour accélérer incitant le public à considérer que l’exercice de la citoyenneté se limite à l’acte de consommation: le pouvoir du citoyen serait uniquement son pouvoir d’achat. La démocratie devrait elle se réduire à ce consumérisme!» explique l’association Minga [5].
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Si on ne devait garder qu’une chose du commerce équitable, c’est qu’il a permis de politiser nos achats. De plus en plus de personnes s’organisent pour créer de véritables expériences de commerce équitable. Elles renouent ainsi le lien avec les coopératives ouvrières qui à la fin du XIXe siècle organisaient les échanges pour ne pas dépendre des desiderata de la bourgeoisie. Les membre des Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP), par exemple, offrent une véritable alternative à la grande distribution. Dans une AMAP, les consommateurs s’associent à un agriculteur. Le principe est pour un groupe de consommateur de se mettre en relation avec un agriculteur, le plus souvent bio. Ils garantissent alors l’achat de tout ou une partie de la production. Cela offre à la fois la possibilité au consommateur de savoir ce qu’il mange et de fixer avec l’agriculteur, qu’ils connaissent, une rémunération décente. Au Japon, les AMAP sont apparues dans les années 60 suite à l’empoisonnement d’enfants par des pesticides. Des mères de famille se sont alors mis en relation avec un agriculteur pour s’assurer de la qualité des produits. Aujourd’hui, avec toutes les limites d’une expérience insérée dans le capitalisme, elle permet à 20% des japonais de se passer des grandes surfaces.

Gildas

1. Voir Offensive 16 (novembre 2007) «La victime humanitaire et l’occident salvateur»

2. Les coulisses du commerce équitable, mensonges et vérités sur un petit business qui monte, Christian Jacquiau, Mille et une nuits, 2006

3. Julien Poncet, «Le défi de l’éthique dans la distribution de produits équitables», Mémoire Université Montpellier III, 2004

4. Dans le film 0,01, Visages du commerce équitable, Sandra Blondel et Pascal Hennequin, Fokus 21, 2005, 52 min.

5. Vers un commerce équitable, Minga, 2006

Minga, équitable du Nord au Sud.

Créé en 1999, Minga pense que le commerce équitable ne peut pas «être réduit à une œuvre caritative ou à la marchandisation symbolique de la pauvreté (jouant sur les sentiments de culpabilité du client), il est autant une affaire de responsabilité collective que de comportement individuel». Regroupant plusieurs dizaines de structures, elle revendique «l’exigence d’équité économique et sociale tout au long des filières, dans un fonctionnement démocratique». Une approche qui tranche avec le discours habituel sur la question. L’association entend révolutionner la société pas par sa seule pratique, mais bien en s’associant aux autres acteurs de la vie politique (travailleurs en lutte, organisations politiques…).

Minga 1, quai du square 93200
Saint-Denis, www.minga.net

http://ucl-saguenay.blogspot.co.il/2016/07/le-cafe-equitable-est-bien-soluble-dans.html
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