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(fr) ucl-saguenay: Le privilège blanc au sein des luttes autochtones - Réflexions sur Standing Rock et la décolonisation. par Collectif Emma Goldman

Date Sun, 18 Dec 2016 12:32:12 +0200


Si mon passage à Standing Rock m'a confirmé une chose sur les lieux de résistance collective, c'est bien l'importance des toilettes en tant qu'espace d'expression libre et anonyme (mais surtout que la route vers la décolonisation sera encore bien bien longue). Cette réflexion aura donc comme point de départ cette phrase ayant élu domicile sur la porte bleue ciel qui accompagnait mes matinées. (Et j'en profite pour remercier la personne qui l'y a inscrite!) ---- «Si tu es blancHe et que tu n'es pas prêtE à mettre tes privilèges sur la ligne de front, alors que fais-tu ici?» Anonyme-Standing Rock 2016 ---- Je spécifie d'abord que je suis blancHE descendante de colonisateursTRICES européenNE. Ce texte sera donc écrit de ce point de vue, mais avec un objectif de constante évolution; j'invite donc les personnes ayant d'autres perspectives à me les partager!

Cette phrase semblera peut-être choquante pour certainEs, mais elle découle de diverses réalités souvent oubliées par les groupes dominants. Les personnes autochtones et les personnes de couleur (POC) sont systématiquement la cible d'une violence policière beaucoup plus élevée que les personnes blanches. Elles sont aussi largement défavorisées dans leurs interactions avec les systèmes carcéraux et judiciaires; instances principalement pensées, organisées et contrôlées par des blancHEs. Le fait de demander de mettre nos privilèges sur la ligne de front n'est pas anodin, nous avons beaucoup moins à perdre qu'elleux et nous courrons beaucoup moins de risques, autant physiques que juridiques. Il était aussi clair que la police ciblait ouvertement les «organisateursTRICES» pour affaiblir le mouvement et judiciariser des personnes considérées clés. Il était donc demandé que les personnes blanches arrêtables soient prêtes à être aux premières lignes, si nécessaire, pour permettre aux autochtones et aux POC non-arrêtables de quitter les lieux en premier. Au stade où j'ai rejoint le campement, de nombreuses personnes autochtones s'étaient déjà fait arrêter et emprisonner à plusieurs reprises. La solidarité ne pouvait plus se traduire uniquement par une présence au campement, l'aide en cuisine ou en construction; la prise de risque se devait elle aussi d'être partagée.

Est-ce la seule chose que des personnes blanches pouvaient apporter comme forme de solidarité à Standing Rock sans participer à une forme de néo-colonialisme?

Surement pas. Par contre, à mon sens, elle devrait être considérée principale. Nous étions en ces terres en tant qu'invitéEs, ce qui implique d'une certaine façon de mette de côté ses agendas personnels et ses conceptions de ce qu'est une «bonne» façon de lutter contre un pipeline. Se présenter dans ce genre de lieux avec l'idée de sauver les peuples autochtones, de leur montrer comment faire ou même juste pour les aider, c'est encore une fois s'imposer en colonisateurTRICE et nuire au mouvement déjà construit par les personnes natives. L'idée principale derrière l'appel aux alliéEs blancHEs à se déplacer était (outre le pouvoir spectaculaire d'une masse de gens), d'être à leur côté dans la lutte, en soutien de toutes les façons qui nous seront demandées. Dans ce cas-ci, le campement avait pris une direction générale pacifique et de prière, ce qui implique de respecter ce désir (pour clarification, je considère que de s'enchaîner à de la machinerie, entraver la circulation, bloquer l'avancée des travaux en général est pacifique, malgré la dissension sur ces sujets au sein même du campement).

Cela demande également d'être doublement conscientEs des dynamiques au sein des groupes dans le campement, de la perception de la diversité des tactiques et des tensions que cela peut engendrer (eh oui, les peuples autochtones n'ont pas une seule et même voix, ni une seule manière d'agir, ni une seule idée commune de ce qu'est une action directe). Cela m'a aussi demandé de mettre certains de mes principes de côté. Allons-y d'un exemple clair: lors d'un entraînement pour une action, les personnes arrêtable devaient se placer devant la ligne de police et se mettre à genoux pour former une barricade humaine. Je ne vous décrirai pas de long en large le sentiment de répulsion et de révolte que cette idée a réveillé en moi (je me suis toujours promis de ne jamais m'agenouiller/m'asseoir devant des policierEs). À première vue, ce genre de tactique m'a choqué, mais après un moment de réflexion, je me suis dit: «Hey! En fait, calme ton petit orgueil de pseudo-anarchiste blanche. Si c'est ce qui est demandé en ce moment comme tactique la plus efficace pour soutenir ces personnes avec qui tu luttes et qui sont ici en leurs terres depuis bien plus longtemps que toi, eh bien, c'est ce que tu vas faire. Même si tu ne crois pas nécessairement à ce genre d'action. Et si demain c'est de tenir les barricades pour permettre au non-arrêtables de partir ou à des personnes autochtones de faire une autre action et que ça implique de te faire arrêter de façon plutôt moche, tant pis. Appliquer les méthodes qu'illes ont mis sur pied, qu'elles te plaisent ou non, ce sera quand même la chose la plus respectueuse que tu pourras faire ici.».

Au final, c'est de mettre de côté cette idée de lutte ancrée dans les milieux anti-autoritaires lié à la reconnaissance des actions dangereuses et héroïques, d'accepter de ne pas être sur les lignes de front quand c'est un moment qui appartient aux autochtones, mais d'y être quand, à mon sens, le plus logique serait de partir et d'éviter l'arrestation. C'est aussi de réfléchir avant de prendre des initiatives personnelles et d'avoir conscience que si notre passage en ce lieu est temporaire, ce n'est pas le cas pour la communauté autochtone qui devra subir le retour du balancier lorsque tout sera terminé. C'est elleux qui devront endurer le racisme et les violences des villages environnants, avec leur refus de vendre aux personnes identifiées autochtones, avec les redneck qui voudront se venger, ou remettre à leur place les «maudits indiens».

À divers moment, plusieurs personnes autochtones ont soulevé qu'illes se sentaient coloniséEs par la présence blanche grandissante, que les personnes autochtones devenaient une minorité dans un campement qui était leur initiative. Cette situation renvoi à l'importance de ne pas oublier que nous sommes des invitéEs sur ces territoires, que cela implique donc un respect de ce qui nous entoure, une responsabilité à ne pas abuser des ressources et à ne pas laisser de trace après notre départ, mais surtout de savoir partir au bon moment. Ce lieu n'est pas un endroit où venir construire une nouvelle vie, ses projets personnels ou trouver sa spiritualité, même si cela peut demander de devoir piler sur notre orgueil, de partir plus tôt que prévu ou de se retrouver dans des situations inconfortables et malaisantes. Dans ce cas-ci, mon départ a été principalement motivé par le fait qu'il y avait un appel à l'arrêt des actions (et donc mes privilèges ne seraient plus utiles en ligne de front), partir laissait une place supplémentaire pour une personne autochtone dans un endroit chaud et aménagé pour l'hiver et réduisait mon impact sur la communauté en n'utilisant plus leurs ressources et leur énergie. J'ai fait le choix de continuer la lutte ici où je savais pouvoir être utiles, mais différemment.

Les réflexions apportées par diverses personnes rencontrées à Standing Rock m'ont aidé à dresser un portrait de certaines actions qui peuvent être mises de l'avant par des personnes blanches pour réduire l'impact de la présence non-autochtone au sein du campement et pour laisser l'espace et l'énergie aux personnes natives.

Je développerai un peu plus sur le principe d'interpeller d'autres personnes sur leurs privilèges (Call-out), parce que cela me semble primordial. Encore une petite mise en situation, c'est si efficace pour faire comprendre les choses! Au cours d'une action, une personne blanche s'est mise à scander des slogans de façon très entêtante, alors que certain nombre d'autochtones étaient en prière et chantaient. J'étais très mal à l'aise, mais je n'ai rien fait et une autre personne s'est occupée de lui demander d'arrêter, que ce n'était pas sa place et que c'était aux autochtones de débuter des slogans, ou pas. Je me questionnais encore sur mon rôle à savoir si je devais interpeller les gens, ne voulant pas parler au nom des personnes autochtones sur ce qui les brusque/est colonial. On m'a par après rappelé toute la responsabilité émotive que cela impliquait de prendre le rôle de faire un call-out, de toujours répéter, de devoir expliquer à unE inconnuE quelque chose qui nous fait une violence extrême, d'être la personne chiante, de se faire engueuler etc. Ainsi, soutenir les personnes autochtones en lutte implique clairement de ne pas laisser toute cette responsabilité sur leurs épaules. De prendre ce rôle, sans parler en leur nom, mais pour pousser la réflexion de d'autres personnes blanches, quitte à demander par après à une personne autochtone (s'il y en a de présentes) de compléter/corriger ce qui a été dit, mais qu'au moins le début du travail (qui est souvent lourd et difficile) soit entamé.

Par après, voici une liste de gestes qui peuvent sembler simples, mais qui sont parfois plus difficiles à appliquer qu'on ne le pense:

Parler moins/écouter plus
Donner la parole aux autochtones lorsqu'il est temps de parler de leurs luttes (surtout dans les médias de masse, lors d'interviews etc.)
Ne pas folkloriser/idéaliser les personnes autochtones et leur culture
Ne pas accaparer le temps des personnes autochtones (illes n'ont pas un devoir de tout nous apprendre)
Être réceptifVEs aux critiques, ne pas réagir sur la défensive
Ne pas se justifier en disant "oui, mais UN/E autochtone m'a dit que ..."
Se rendre utile, donner plus que l'on ne prend
Provoquer des débats et réflexions entre personnes blanches
Utiliser son accès aux ressources pour apporter un soutien matériel/monétaire

J'aurais pu dans ce texte donner en exemple tous les gestes, phrases néo-colonialistes flagrantes posées par des personnes blanches durant mon séjour, les calls de «je ne vois pas les races, je ne suis donc pas raciste», les personne blanches avec des plumes ou qui récitent une prière de cérémonie alors que ce n'est clairement pas leur place, mais je pense également que certaines formes d'oppressions sont plus subtiles et de ce fait plus difficiles à remettre en question que ce qui fait déjà l'unanimité en nos milieux. Se décoloniser demande des efforts permanents et personnels de travail sur soi et sur les personnes qui nous entourent, pleins d'aspects n'ont pas encore été abordés dans ce texte, mais j'ai bon espoir que ça viendra!

Les lumières aveuglantes dans la nuit
Pour nous rappeler sans cesse
Qu'illes avancent
Que demain tout sera détruit

Il faudrait relancer les dés
Faire taire le bruit des moteurs
Et laisser les pieds nus folâtrer
À nouveau
Loin des peurs

Pour plus de pistes de réflexion:

Des complices, pas des alliéEs. Abolir le complexe industriel de la solidarité intéressée. Une perspective autochtone.

Accomplices Not Allies: Abolishing The Ally Industrial Complex.
Publié il y a 16 hours ago par Collectif Emma Goldman
http://ucl-saguenay.blogspot.co.il/2016/12/le-privilege-blanc-au-sein-des-luttes.html
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